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LES STATISTIQUES

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MAIS JE DEBLOGUE...

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29 juin 2009 1 29 /06 /juin /2009 07:17
Mercredi, la TVA va baisser dans les restaurants...C'est une grande nouvelle, sûrement beaucoup plus attendue dans les chaumières que celle qui aurait pu être adoptée sur les produits de première nécessité. On sait bien que, par les temps qui courent, les Françaises et les Français vont se ruer autour des tables les plus alléchantes, compte tenu de leur pouvoir d'achat. Il est certain qu'une poignée de centimes d'euros éventuellement déduit d'un expresso va favoriser la consommation de café ou que le homard à l'armoricaine va devenir le plat du jour pour toutes celles et tous ceux qui fréquentent les restaurants à midi!
En fait, on va vérifier une fois encore que cette mesure améliorera les profits et n'aura qu'une incidence marginale sur l'emploi, car la fréquentation demeure la clé de la réussite des entreprises de ce type. En fait, il y a eu une stratégie fine, qui a été mise en place depuis que l'annonce du passage à 5,5 % au 1er juillet a été faite. Sur le papier, donc, une telle baisse semble une bonne idée. A y regarder de près, c'est une très mauvaise idée.
Elle profiterait modérément au pouvoir d'achat : car quand bien même elle serait partiellement répercutée sur les prix, qui en profiterait ? En grande partie, les 80 millions de touristes étrangers, qui constituent une bonne part de la clientèle, et qui ne s'interrogent pas sur l'ampleur exacte des taxes sur les produits de consommation, avant de prendre leur billet pour la France. Pour eux, quelques centimes d'euros de plus ou de moins n'ont aucune signification.
Elle est, en effet, injuste : les ménages les plus modestes n'en profiteront que très peu, puisqu'ils vont rarement au restaurant. Elle sera coûteuse : on estime le coût de la mesure entre 2 et 3,5 milliards d'euros, en fonction du nouveau taux de TVA retenu. Selon les calculs du ministre du budget Eric Woerth, le manque à gagner final de l'opération serait limité à 1,2 milliard (après réduction de certaines subventions). Comment sera financé ce manque à gagner ? Par la hausse d'un autre impôt qui, elle, frapperait l'ensemble des Français, y compris les plus fragiles ? Impossible : le président de la République a refusé ce principe.
Son effet sur l'emploi, enfin, reste incertain. Les défenseurs du taux réduit (5,5%) évoquent 40 000 emplois créés, ce qui représenterait un coût de la mesure situé entre 25 000 et 62 500 euros par emploi, selon que l'on évalue la mesure à 1 milliard ou à 2,5 milliards. A ce prix là, ne peut-on pas créer d'avantage d'emplois par d'autres moyens ? Il y a donc déjà eu toute une procédure de contournement de ces annonces gouvernementales.
D'abord il y a eu, au moment du changement de « carte » ou de « menu » ,une hausse des prix au printemps. Elle doit servir maintenant à donner l'illusion d'une... baisse, alors que l'on reviendra au prix initial, permettant ainsi de créer une marge supplémentaire. Personne n'a songé que ce stratagème, inspiré par la crise (c'était la raison de l'augmentation !) pouvait simplement annuler la modification d'un taux qui va priver l'Etat de la bagatelle de 1,2 milliards, en une période où les caisses sonnent creux.
L'impact sur le client est tellement faible que rares sont ceux qui s'en apercevront. Par exemple, un menu actuel affiché à 15 euros TTC soit 12,54 euros HT devrait être après la baisse de la TVA à 13,22 euros TTC. En même temps, on constate qu'il y a vraiment peu de différence, car un menu à 12,54 euros HT ça donne 15 euros TTC avec de la TVA à 19,6% et 13,22 euros TTC avec de la TVA à taux réduit de 5,5%... Il est certain que les fonctionnaires, avec une augmentation de leurs salaires de 0,8 % vont se précipiter dans les restaurants.
Il faut ensuite savoir que, dans certains restaurants, les habitués règlent souvent en liquide, ce qui permet aux tenanciers, depuis de longues années, de minorer les reversements de TVA. Les chiffres d'affaires réels de certains établissements sont supérieurs de 30 à 40 % à ceux qui sont déclarés. Un exemple : le petit noir du matin. Combien de consommateurs règlent par carte bleue ou par chèque et combien récupèrent en campagne un ticket de caisse, surtout quand il n'y en a pas ? L'évasion sur la TVA est probablement déjà significative, mais elle n'a pas été prise en compte... et il n'y plus grand monde, parmi les fonctionnaires, pour contrôler ces défaillances qui auraient dû être prises en compte avant de se lancer dans une baisse.

QUELS EMPLOIS CREES ?
Enfin il y a eu depuis plusieurs mois une propension à ne plus renouveler les CDD dans le secteur de la restauration, afin de pouvoir, en juillet, faire passer les « régularisations » d'emplois plus ou moins déclarés, pour des « créations » demandées par le gouvernement. Quel état des lieux réel a été effectué sur le travail dissimulé, dans une secteur économique où le service (plonge, aide aux cuisine, entretien...) n'est pas toujours très limpide en horaire et en déclarations sociales.
Le « bilan 2006 du plan national de lutte contre le travail illégal » a été publié par le Ministère de l'Emploi et de la Cohésion Sociale. Sans surprise, le secteur des hôtels, cafés, restaurants, était toujours classé dans le peloton de tête. Si surprise il y a, elle vient de l'ampleur du phénomène. Sur 67 135 entreprises contrôlées, celles des HCR en représentent 27%, soit 18 595. Mais alors qu'en 2005, 4,6% des entreprises contrôlées étaient en infraction, en 2006, c'était 12% ! Deux fois et demi de plus. Le montant des redressements n'a pas suivi tout à fait la même courbe, s'établissant à 9 084 051 € contre 5 109 707 € en 2005. La bonne nouvelle : les employeurs concernés avaient du consentir à régulariser la situation de... 1 111 salariés. En revanche, même si cela continue sur ce rythme, on n'arrivera jamais à créer les 40 000 emplois (dont une bonne partie en régularisations) promis en échange des milliards d'euros de cadeaux fiscaux. C'est tout de même une drôle de façon de remercier ses amis politiques qui, c'est une certitude, savent fort bien que les dés sont pipés.

EFFET RESTREINT
Les restaurateurs s'arracheraient les autocollants bleu et orange indiquant « La TVA baisse, les prix aussi ». "C'est bon signe", a estimé, lors d'un point presse dans une brasserie, la Présidente du Syndicat professionnel, qui était entourée d'une dizaine de restaurateurs de la Cité de Carcassonne et de responsables de l'Union des Métiers et des Industries de l'Hôtellerie (UMIH) qu'elle préside.
« La baisse des prix n'est pas une obligation, il n'y aura pas de sanction, mais la sanction viendra du client », a affirmé cette personne qui pèse ses mots. « Nous voulons que nos clients retrouvent confiance dans nos restaurants. Notre objectif est aussi d'améliorer l'image de la profession », a-t-elle ajouté comme une reconnaissance au fait que tous les établissements ne sont pas au top en matière de gestion humaine et financière. Les neuf organisations professionnelles du secteur ont donc été très prudentes et n'ont promis qu'une baisse de 11,8% sur une sélection de produits (une entrée, un plat, un dessert, un plat du jour, un menu, une eau minérale, un café...), mais nullement sur l'ensemble de leurs prestations. Tant pis pour celui qui ne boit pas d'eau minérale et de café : il devra le faire pour bénéficier du milliard d'euros offert aux restaurateurs.
Tout est flou ou contradictoire car toutes ces propositions émanent des structures mais pas des responsables des restaurants qui traversent des difficultés en raison surtout de la baisse de leur activité, liée à celle du pouvoir d'achat. Ils sont tous unanimes : les clients et les touristes font de plus en plus attention à leur budget et choisissent surtout le « moins cher » avec une ou deux exceptions, permettant justement d'oublier la crise. Tout le secteur du tourisme le vérifie depuis le début de la saison. D'ailleurs les « marchandages » sont monnaie courante et ce qui est jugé comme superflu est éliminé. On verra dans un an l'impact réel de cette mesure, centrée non pas sur la qualité, la professionnalisation, l'amélioration de l'accueil, mais sur le seul volet financier !

UN COUT EXHORBITANT
Toutes les mesures d'exonération prises depuis des années en faveur du monde économique n'ont en effet jamais eu d'influence forte sur l'emploi. On sait fort bien que le système d'exonération des heures supplémentaires a tué des milliers de créations de postes au moment où c'était encore possible. Tout le monde reconnaît que le secteur de la restauration, globalement « poujadiste », ayant toujours contourné les 35 heures, a usé d'expédients pour parvenir à se faire entendre. Un emploi créé par une baisse de la TVA dans la restauration reviendrait à 250.000 euros, selon la commission des Finances de l'Assemblée Nationale, citée dans la Tribune. Imaginez un peu que cette commission n'est pas composée de dangereux gauchistes.
« 10.000 emplois supplémentaires coûtent en effet 2,5 milliards d'euros, c'est une performance » a ironisé le président socialiste de la commission, Didier Migaud, soutenu par le rapporteur UMP du Budget, Gilles Carrez... mais qui a fait le calcul ! Auditionné par la commission, le secrétaire d'Etat au Commerce, Hervé Novelli, n'a pas pu démontrer qu'un effort net de 2,5 milliards d'euros pour diminuer la TVA dans les restaurants ferait plus qu'une exonération de charges patronales qui ne coûtait jusqu'ici que... 650 millions. On n'en a surtout pas fait un fromage.
L'objectif est, en effet, purement électoraliste et peu en importe le coût. La clientèle des restaurants ne vote pas majoritairement à gauche et ceux qui l'accueille non plus. Tout est de la même veine, car personne n'a encore dit que ces entrepreneurs méritants vont bénéficier d'un solide coup de pouce, avant d'y ajouter la suppression de la Taxe professionnelle, ce qui leur fera un double effet bénéfique ! A déguster sans modération.
Mais je déblogue...

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Published by Jean-Marie DARMIAN - dans ACTUALITE
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commentaires

youkaidi 30/06/2009 00:15

Par contre pas de coup de pouce pour le SMIC.Il est vrai que le lobby des smicards doit rencontrer moins souvent notre President Monarque.Par contre pour les restaurateurs, à chaque fois qu'il va au Fouquet's ou autre à la fin du repas on a bien dû lui rappeler de baisser la TVA.

J-P REIX 29/06/2009 08:37

Respecter cette promesse de campagne injuste n’était effectivement pas ce qui pressait le plus en cette période de crise.