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LES STATISTIQUES

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MAIS JE DEBLOGUE...

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3 juillet 2009 5 03 /07 /juillet /2009 07:17

Il arrive parfois que sous l'effet de l'exaspération, on finisse par partager des décisions que nous ne devrions que condamner. C'est probablement une forme de « tentation au renoncement » qui frappe, car elle met en cause tous les efforts que nous accomplissons pour convaincre. Dans le fond, la Droite et la Gauche se partagent sur deux réalités : le doute et la volonté de convaincre au lieu de celle d'imposer. C'est probablement la raison pour laquelle les vrais pédagogues se retrouvent dans le camp de la Gauche. Ils savent qu'il faut sans cesse essayer de favoriser l'adhésion tout en ne se faisant aucune illusion sur leur capacité à l'obtenir spontanément. En politique, il y a véritablement ceux qui acceptent le débat, avec l'espoir de convaincre, et ceux qui annoncent avec l'espoir de séduire. Impossible de ne pas céder à la tentation quand on finit pas essuyer des échecs à répétition.
Par exemple, il faut comprendre la position du Maire de Mazamet qui a interdit aux enfants de moins de 14 ans de sortir non accompagnés d'un adulte dans les rues du centre ville entre 22h 30 et 6h 00. Selon l'arrêté, applicable jusqu'au 15 janvier 2010, il est « interdit aux jeunes de moins de 14 ans de déambuler seuls ou en groupe dans les rues de la cité entre 22h30 et 06 h 00 du matin, s'ils ne sont pas accompagnés par des parents ou des adultes de la famille ». Ce couvre-feu concerne le centre ville de Mazamet et le quartier de La Lauze, les plus sensibles en termes de sécurité. Cette décision sera certainement extrêmement critiquée, et comme je ne connais pas la tendance politique de cet élu, je suis certain que les opposants, de quelque côté qu'ils soient, la condamneront avec une virulence particulière. Bien évidemment, on en fera le procès sous la forme d'un « couvre-feu » anti-jeunes, alors qu'il s'agit non pas de « jeunes », mais d'enfants.
« Je me sens responsable de tous ces jeunes qui, pas plus haut que trois pommes, sont livrés à eux-mêmes, parce que leurs parents ne répondent pas à leurs responsabilités, ils sont livrés à tous les dangers, notamment celui de tomber dans la petite délinquance », déclare Laurent Bonneville, le maire de Mazamet. « Il n'est par rare de voir des bandes de jeunes déambulant la nuit dans la ville, où ils font parfois les imbéciles (...) Nous ne voulons pas jouer les pères fouettards, mais nous souhaitons avoir une idée des raisons pour lesquelles ces enfants préfèrent la rue à la vie familiale, et mettre les parents face à leur responsabilité », ajoute-t-il. C'est vrai que cette décision, qui vise à stigmatiser des familles, mais aussi à les remettre face à leur propre image, va faire jaser à l'approche de l'été; mais tous les maires, quelle que soit leur tendance, ont éprouvé à un moment où à un autre la tentation de prendre cet arrêté. Ils ont en effet en commun, souvent, un véritable sentiment d'impuissance face à la dérive qui détruit un petit nombre d'enfants ou d'adolescents (et de plus en plus d'adolescentes) n'ayant plus ni repères horaires, ni règles réelles de vie collective. Il est facile de le nier, mais il n'est guère aisé de trouver la bonne mesure et donc la bonne solution.

SENTIMENT D'INSECURITE
Plusieurs raisons concourent à faire de la délinquance juvénile une catégorie particulière. D'un point de vue statistique tout d'abord, les jeunes étant surreprésentés parmi les auteurs de pratiques délinquantes, car ils sont souvent plus aisés à attraper. Sur le plan juridique ensuite, les mineurs se voient appliquer une réglementation pénale particulière, et donc sont faciles à recenser. Dans le domaine de la sociologie enfin, la théorie des comportements juvéniles souligne la spécificité de la jeunesse, âge de l'indétermination, des classements, de la cristallisation des habitudes... Ces réalités viennent conforter les a priori sur cette jeunesse, qui serait globalement désastreuse. Or, en fait, il ne s'agit que de « cas » qui, faute de traitement individualisé, prétendent à devenir des exemples.
Dans de nombreux villages, les abribus servent de lieux de rencontre, comme ailleurs ce sont les cages des escaliers. Le phénomène prend indéniablement de l'ampleur sans heureusement atteindre (mais il y a un an le feu était mis au gymnase communal de Créon) l'ampleur de certaines zones de non-droit effectives. Mais nier l'existence d'un tel problème, ce serait avoir l'attitude de l'autruche.
Tous ces acteurs du débat public, qui ont entonné en cœur le refrain de l'insécurité, se sont justifiés en prenant à témoin le « sentiment d'insécurité » croissant des Français, le fait qu'une majorité d'entre eux désignent « l'insécurité » comme la « première de leurs préoccupations ». Or, les enquêtes montrent que, s'il correspond bien à des peurs personnelles directes, pour une petite partie d'entre eux (fondées ou non sur une expérience de la « victimation » personnelle ou dans son entourage), ce sentiment renvoie chez la plupart à tout autre chose qu'au risque d'être victimes, soi-même ou ses proches, d'un acte de délinquance.

INQUIETUDES GENERALES
Il renvoie en réalité à une préoccupation collective, qui s'articule chez certains à des rigidités mentales (xénophobie, volonté de rétablir la peine de mort, homophobie), mais qui se nourrit chez la plupart (surtout dans les milieux les plus pauvres et les moins diplômés) d'inquiétudes plus générales et plus partagées sur l'évolution sociale, sanitaire, industrielle de la société française, et même sur l'évolution du monde moderne. Le sentiment d'insécurité est ici la traduction de l'incertitude du lendemain, de l'absence de réponse à des questions telles que « Quelle sera ma place et celle de mes enfants dans la société de demain ? », « Sera-t-elle meilleure ou pire qu'aujourd'hui ? ». Dès lors, quoi qu'il en soit par ailleurs de la délinquance des jeunes, il est manifeste qu'en faisant de ce thème le catalyseur de toutes ces peurs, et en la présentant elle-même comme un phénomène incompréhensible et comme un danger se répandant comme une tâche d'huile, on a surtout réactivé la vieille peur des faubourgs criminels, et fabriqué un bouc-émissaire et un exutoire à des inquiétudes beaucoup plus générales. En fait, les Maires ne font que prendre en compte une défaillance sociale forte, sur laquelle ils posent un pansement.

APACHES ET BLOUSONS NOIRS
Quittons l'univers des représentations médiatiques pour plonger dans une durée plus longue. Au cours du 20ème siècle, la société française a connu en réalité trois grands moments de panique, liés à la délinquance juvénile. La première période est celle des années 1900-1914, et la figure des jeunes délinquants de l'époque est celle des " Apaches ". Cette panique s'organise alors déjà autour de trois éléments indissociables : premièrement une probable augmentation de la pression délinquante, liée à la situation économique et sociale du moment, deuxièmement une instrumentalisation de la peur de cette délinquance par les médias de masse naissants, troisièmement une instrumentalisation de cette peur dans le débat politique. Au cœur de cette période, l'existence de bandes de jeunes délinquants, réputés très violents, constitue déjà le centre du débat politico-médiatique, à tel point qu'un journaliste d'un quotidien de l'époque (La Petite République) peut écrire en 1907 : « L'insécurité est à la mode, c'est un fait ». Vous voyez que le problème ne date pas d'hier.
Lors de l'été 1959, il y a un demi-siècle, j'ai 12 ans, lorsque surgit dans la presse la figure des « blousons noirs ». Ces bandes de jeunes hommes se caractériseraient par leur taille, qui serait faramineuse (on évoque des groupes rivaux comptant près d'une centaine de jeunes), et par leur violence, qui serait à la fois fulgurante (d'autant plus qu'elle utilise des armes, même de fortune) et « irrationnelle ». Un commentateur de l'époque témoigne avec une ironie significative du climat et des angoisses de son époque : « Comme l'ange noir, annonciateur des apocalypses célestes, le blouson noir inquiète. Est-il le signe avant-coureur d'un effondrement total des valeurs occidentales? Une matérialisation de la 'crise morale' du monde déchristianisé ? Une ‘avant garde' de la barbarie dans laquelle la guerre atomique risque de nous précipiter ? » En fait, on pourrait retrouver les mêmes écrits durant cet été. Regardez bien, lisez bien et la karchérisation vous reviendra à l'esprit.
Mais je déblogue...

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Published by Jean-Marie DARMIAN - dans ACTUALITE
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