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LES STATISTIQUES

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MAIS JE DEBLOGUE...

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4 juillet 2009 6 04 /07 /juillet /2009 07:17

La douleur des uns peut parfaitement faire le bonheur des autres, ou tout au moins leur affaire. Depuis son arrivée à l'Elysée, le Président de la République s'inscrit dans cette logique, puisqu'il ne manque absolument aucune occasion de démontrer sa compassion pour celles et ceux qui sont dans le malheur. Dans une société qui puise ses forces dans la certitude qu'il y a toujours des situations pires que celles que l'on vit, il faut absolument compatir. Et depuis quelques jours, on ajoute une couche de repentir, et on entre dans une vision extrêmement « rentable » des comportements : celle de la proximité.
Nicolas Sarkozy, parfaitement conseillé pour son image, conjugue depuis quelques semaines ces deux paramètres, afin de se reconstituer un capital de sympathie, érodé par une attitude trop distante. Plus une seule catastrophe sans qu'il se rende au chevet des victimes, ou sans qu'il rencontre les familles, logiquement éplorées. Il leur promet une vérité qui ne vient pas toujours, mais peu importe l'instantanéité des informations, pourvu  que la vague constante de l'effroyable efface sur la plage des images, celles que l'on croyait gravées dans l'Histoire. Il les assure, avec le ton du Chanoine de Latran visitant les malades, qu'ils peuvent compter sur sa sollicitude et sur le soutien indéfectible de l'Etat. Certes, il est dans son rôle, mais la marge entre l'exploitation calculée, et la compassion spontanée, reste difficile à évaluer. Comme les médias se délectent de cette détresse permanente, le filon devient extrêmement profitable.
Lors de l'accident d'Air France, les grands médias n'avaient que les familles de victimes à se mettre sous la dent et deux prétendus miraculés...qui avaient évité de justesse leur embarquement dans l'avion cercueil. Cette fois, ils ont eu de la...chance puisqu'une survivante s'est tirée du crash de l'airbus A310 en direction des Comores. Que le petit garçon de 5 ans soit devenu une jeune fille de 14 ans, puis de 12 ans, en quelques heures, n'a pas fait sourciller grand monde sur le sérieux des informations diffusées ou publiées à la hussarde. Alléluia, on a eu enfin une miraculée ! La course à l'audimat a donc décollé bien avant l'avion de Yemenia, et ne risque pas de se poser de sitôt. On a alors lâché les objectifs des appareils photos et des caméras. Le miracle a toujours beaucoup fait vendre !

IGNOBLE VOYEURISME
Les premières images du retour en France de la seule survivante du crash Bahia Bakari ont choqué de nombreuses personnes, soucieuses de préserver une enfant dont la souffrance psychique méritait quelques égards. Sur le site de « 20 Minutes », la rédaction a eu honte, et a retiré la vidéo pour en mettre une autre, où l'on entend très peu la petite miraculée.
« 20 Minutes » précise que la fillette et les médecins ont donné leur accord, et qu'elle a été filmée en gros plan pour des raisons de son. Si le quotidien gratuit a été le plus montré du doigt sur le web, il est loin d'être le seul média à céder aux sirènes du sensationnalisme dans cette affaire... et ce fut le cas avec les télés du service public, obligeamment invitées par le gouvernement à suivre le retour de la survivante ! C'est véritablement horrible de jeter en pâture celle qui est, semble-t-il, effarée par cette situation qui la dépasse totalement.
Comme pris de remords « 20 Minutes » a pris une décision « courageuse » : « Nous avons décidé de flouter son visage pour respecter son intégrité physique et morale », a-t-on éprouvé le besoin de préciser sur le site. Une précaution dont ne s'est pas embarrassée France 2 qui a eu l'exclusivité des images avec 20 minutes, et qui les a diffusées jeudi. Le Sécrétaire d'Etat à la coopération Alain Joyandet a, en effet, permis aux deux médias de l'accompagner dans l'avion qui les ramenait en France. Un témoignage ? Pas vraiment. Bahia se force à dire quelques mots, avec difficulté. Il faut quand même préciser que la jeune fille souffre toujours de brûlures et multiples contusions, d'une fracture de la clavicule, et qu'au moment où on la filme, elle vient d'apprendre que sa mère est morte dans l'accident et qu'elle a passé 12 heures dans une mer agitée, accrochée à un débris d'avion... Mais comment peut-on oublier ces réalités ? Comment justifier ces scoops organisés ?
Médias et politiques ont suivi la fillette jusque dans son lit d'hôpital.
Sur un reportage d'Arte, on voit même, à partir de la cinquième seconde, un membre du personnel hospitalier faire signe à la caméra d'arrêter de filmer, pendant qu'Alain Joyandet serre la main de Bahia en jetant un oeil vers les journalistes, pour vérifier que l'on immortalise bien le geste auguste de la compassion ! Il était aussi le plus proche possible de la survivante quand les caméras de LCI étaient pointées pour ces « images exclusives » (c'est à dire, encore plus proche du lit d'hôpital de Bahia). Le journaliste a même précisé que la fillette « n'a plus qu'une idée en tête : retrouver vivante sa mère ». Comme aurait dit Coluche, c'est de source sûre !

MÊME CARLA ETAIT LA
Le traitement infligé est similaire à celui qui suit chaque catastrophe naturelle ou surnaturelle. Depuis l'arrivée de ce miracle, on parle beaucoup moins d'une possible négligence des autorités françaises pour les vols de la compagnie Yemenia, qui se dédouane, alors que les billets ont tout de même été vendus sur son territoire. Du pain béni pour les politiques qui vont tenter de récupérer l'émotion, comme le ferait un égaré dans le désert avec de l'eau bienfaisante.
Nicolas Sarkozy, que l'on a toujours peu entendu jusque là sur ce sujet « technique, s'est rendu aussi au chevet de la miraculée, puis a raconté aux journalistes de LCI leur "rencontre émouvante". Le Président a cru bon d'ajouter que « sa première visite en sortant de l'hôpital [...] sera à l'Elysée ». Soyons certains que c'est ce qu'elle souhaitait par-dessus tout !
"Je l'ai embrassée de la part de... Carla qui m'avait dit de lui faire un petit message. Elle était contente. C'est extraordinaire la conscience et la maturité de cette jeune fille", a-t-il relaté, allant encore plus loin dans la récupération de communication. C'est à vomir tellement c'est énorme. Qu'est-ce qu'on a à faire de Carla, face à la douleur de cette fillette perdue dans un monde d'exploitation de son malheur ? Mais quel voyeurisme déplacé, quel mépris pour ce Peuple qui est toujours prêt à considérer le superficiel comme étant l'essentiel.
Le rôle d'un chef d'Etat serait de promettre des sanctions fortes vis-à-vis des responsables, même s'ils ne sont pas coupables ! Le rôle d'un chef d'Etat consisterait à aller dignement dialoguer avec cette survivante, sans faire de déclarations ostentatoires. Mais c'est au-dessus des forces de celui qui a choisi de faire un acte de contrition public, une sorte d'autocritique rédemptrice. Il préfère se plonger avec délectation dans le malheur des autres pour faire oublier les cures de fastes et d'ors républicains ayant marqué les débuts tonitruants de son mandat. Effacer la soirée du Fouquet's, les yachts des amis du CAC 40, les escapades américaines, les aventures amoureuses... devient l'obsession de celui qui a entamé sa campagne présidentielle de 2012 !

LA REDEMPTION ORGANISEE
Il a utilisé comme confessionnal le Nouvel Obs. Le révérend Père Godfrain en a été tout émoustillé. Lui qui avait tant regretté de ne pas être des grands entretiens télévisés du Maître du monde médiatique a enfin été traité avec les honneurs qu'il estime être attachés à son rang de « je-sais-tout » de la politique ! Il a d'ailleurs donné l'absolution à celui qui a tant regretté ses pêchés d'orgueil mal placés. Par contre, la société des rédacteurs a mal digéré cette promotion du bon samaritain, revenu sur son passé. Elle s'élève vigoureusement contre les conditions dans lesquelles a été réalisée l'interview de Nicolas Sarkozy parue cette semaine dans le Nouvel Observateur(...)
Les rédacteurs considèrent comme inacceptable et contre-productif qu'un tel entretien ait été réalisé sans consultation des rédacteurs en chefs et des journalistes, dont la compétence aurait été pourtant bien utile. Denis Olivennes, président du directoire et directeur de la publication à l'initiative de cette interview, doit s'appuyer sur l'équipe, et non manifester de la défiance, pour ne pas dire de la brutalité et du mépris, à l'égard d'une rédaction et des professionnels qui la composent. Cet épisode a confirmé l'existence d'un fossé qui se creuse entre la rédaction et le président du directoire.
Les rédacteurs du Nouvel Observateur ont été choqués par la succession de deux couvertures consacrées au changement d'image de Nicolas Sarkozy. Ils s'inquiètent de ce que leur journal puisse donner l'apparence d'une complaisance à l'égard du pouvoir, bien peu compatible avec son identité et sa charte. La tentative de séduction du président en direction de la gauche démocratique, nommée « ouverture », ne doit pas passer par le Nouvel Observateur sans contre-enquête ni examen critique. ». Les pauvres, ils auraient donc été trompés "à l'insu de leur plein gré" ? En tout cas, ils auront deux bonnes nouvelles pour leur prochain numéro : Nicolas Sarkozy est en plein forme, si l'on en croit le communiqué officiel, et, enfin, il peut espérer aller aux obsèques de Michael Jackson ! Ca aurait de la gueule si on le photographiait à coté du cercueil, présentant ses condoléances à la famille.
Mais je déblogue...

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Published by Jean-Marie DARMIAN - dans ACTUALITE
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