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LES STATISTIQUES

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MAIS JE DEBLOGUE...

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14 juillet 2009 2 14 /07 /juillet /2009 07:17
La veille du 14 juillet est toujours une soirée de fête. Les gens qui aiment les rencontres populaires, celles où l'on n'existe pas par soi-même mais simplement parce que l'on participe à un moment collectif fort dans lequel on trouve des raisons de pratiquer la liberté d'être, la fraternité des rencontres et l'égalité d'accès, ont été déçus hier soir puisque l'orage est venu, en Gironde, « tuer » les organisations collectives. Ce rendez-vous aura été gâché alors qu'il repose sur l'authenticité indispensable à la démocratie, faite de partages et d'échanges. Tristesse pour les organisateurs dans tous les villages qui se saignent aux quatre veines afin de proposer des fusées multicolores qui prétendent tutoyer les étoiles. Pour eux la fête nationale n'aura pas le même sens ce matin puisque tous leurs efforts auront été engloutis par le nuage noir de la crise climatique.
Les orages violents se multiplient à la frontière entre deux températures disproportionnées, mais personne ne semble trop s'en préoccuper. Les éclairs ont supplantés les bombes sonores, et la prise de la bastille du ciel a été un échec total, sauf que le Président, lui, aura parfaitement réussi son feu d'artifice du populisme, en invitant son pote Johnny sous la tour Eiffel. Le rendez-vous se veut grandiose, et surtout signe d'une bonté présidentielle sans limites : il offre au peuple du pain et des jeux, en l'occurrence simplement du show-biz, ce que chacune et chacun pense gratuit. Or, encore une fois, il s'agit d'une fabuleuse supercherie, mais quel contribuable s'en souciera ? Qui regrettera la simplicité des bals des casernes de sapeurs-pompiers avec un accordéon des pauvres. Mais personne ne saura qu'il contribuera à l'ardoise finale  !
Pour le traditionnel concert du 14 juillet, Nicolas Sarkozy a, en effet, choisi d'offrir aux Français un spectacle gratuit de Johnny Hallyday. Jusque-là, rien d'anormal. Surtout lorsqu'on sait que les deux hommes entretiennent une amitié de longue date... qui passe par une tentative de récupération, via le « paquet fiscal », puisque Johnny avait souligné qu'il allait vivre en Suisse pour éviter les impôts français insupportables. Il en sera récompensé.
Cette récréation coûtera environ 1 million d'euros à l'État français, et la moitié de cette somme est destinée à la rémunération du chanteur. Johnny Hallyday devrait ainsi toucher 500.000 euros pour 3h de spectacle, soit environ 166 000 euros de l'heure ! Qui dit mieux ? Smicards, chômeurs, soyez cons ... allez l'applaudir ... il s'en tape, de vos misères et de la mise en place du RSA !

LA REPUBLIQUE GENEREUSE
Le concert de ce soir au Champ-de-Mars accédera cet été au rang de tradition républicaine : à la demande de Nicolas le Républicain, les cérémonies de la Fête nationale seront une nouvelle fois enrichies d'un grand spectacle gratuit, deux ans après le concert exceptionnel de Michel Polnareff, qui avait réuni un million de spectateurs sous la tour Eiffel. Un coup extrêmement « rentable » sur le plan de la communication. À la fois ordonnateur, impresario, financeur et programmateur, le président de la République a, cette fois encore, choisi lui-même la tête d'affiche : ce sera Johnny Hallyday, qui lui a apporté, rappelons-le, son soutien durant la campagne présidentielle. Comme en 2007 aussi, l'organisation du concert a été confiée au producteur Jean-Claude Camus, dans le cadre d'un accord de gré à gré - c'est-à-dire sans appel d'offres (quel maire peut s'offrir ce luxe sans se faire mettre en examen ?) et sera financée sur le budget du ministère de la Culture et de la Communication, au titre des « fournitures pour les fêtes nationales ».
Le cachet est sensiblement supérieur à celui perçu il y a deux ans par Michel Polnareff (315 000 euros), mais également au montant prévu pour Johnny lui-même dans sa prochaine tournée, qui débutera dans quelques semaines, et devrait comprendre une centaine de dates. Le célèbre rocker est en effet censé percevoir quelque 200 000 euros par soir, sauf que, tout à l'heure, il aura une gratification de 300 000 euros supplémentaires.
Ainsi en a décrété le président de la République. Le privilège consenti au chanteur d' Allumer le feu d'artifice risque de susciter la polémique : Johnny Halliday s'était en effet installé en Suisse à l'hiver 2006, sans dissimuler que son expatriation obéissait avant tout à des considérations fiscales. « Je suis d'accord de payer des impôts, mais il y a une limite », déclarait-il encore au début du mois au journal suisse Le Matin. Combien d'entre nous souhaiteraient atteindre cette limite et vivre avec le reste !

LA GARDE SUISSE
« Avant, je versais plus de 70 %. Avec ce que j'ai payé dans ma vie, j'aurais pu faire vivre plusieurs familles pendant des générations. » Le choix de Nicolas Sarkozy pourra-t-il le consoler d'une déception toute récente : en dépit de sa double domiciliation à Gstaad et à Los Angeles, Johnny a récemment appris que l'essentiel de ses gains entassés lors de sa tournée en France resteraient assujettis à l'impôt français. Cette mauvaise surprise l'aurait même conduit à se séparer de l'un de ses principaux conseillers en matière fiscale... sans qu'il sache si le Ministère n'examinera pas avec bienveillance une requête discrète !
Un pactole pareil ressemble étrangement à une prime de départ à la retraite : la France honore son Johnny et ne lésine pas sur les moyens. La remise en état de la pelouse du Champ de Mars après le passage des fans coûtera 800 000 euros, mais on n'est pas regardant par les temps qui courent !
L'autre problème, c'est qu'à cause du feu d'artifice, Johnny gagnera beaucoup plus en travaillant beaucoup moins, puisque son spectacle d'adieu sera raccourci ! Il faut aussi savoir que ce concert exceptionnel génèrera des frais au moins aussi conséquents que le cachet artistique, car il faudra déployer des moyens de sécurité exceptionnels.
Outre le traditionnel défilé de ce matin sur les Champs-Elysées, il faut assurer l'environnement du concert, suivi d'un spectacle pyrotechnique de trente minutes.
Pour le défilé du 14 juillet, la Préfecture de police mettra en place un service d'ordre et de sécurité s'inscrivant dans le cadre du niveau "rouge" du plan vigipirate. Il faut ce qu'il faut pour protéger l'Armée Française chargée de nous protéger. Pour le rendez-vous, des mesures d'interdictions de stationnement et de circulation seront prises dès... 14 h 00 et la navigation sur la Seine sera interdite de 21 h 30 à 0 h 30 sur une distance de 300 mètres de part et d'autre du pont d'Iéna. Le manque à gagner ne sera pas compensé, et les forces de l'ordre nécessaires seront durablement mobilisées.
La Préfecture rappelle que l'utilisation d'artifices de divertissement et de pétards, particulièrement sur la voie publique et dans les lieux de rassemblement, « présente des dangers d'accidents graves aux personnes et aux biens ». Elle est donc « strictement interdite, y compris le 14 juillet » et la cession et la vente de ces artifices et pétards sont également interdites du 1er au 15 juillet.

DE PARIS A STRASBOURG PAR MONTREUIL
Concernant les festivités du Champ-de-Mars, la police précise que la vente à emporter « sous quelque forme que ce soit, la détention et la consommation de boissons alcooliques sur la voie publique, ainsi que toutes autres boissons contenues dans des bouteilles en verre est interdite. Tant pour le défilé que pour le concert, le public est invité à utiliser les transports en commun, et les automobilistes à contourner très largement les secteurs concernés. Paris sera mobilisé pour le triomphe de Johnny et de Nicolas. D'ailleurs, une place sera faite pour ses amis et surtout pour Carla, dont on sait combien le périple italien a été apprécié par la presse berlusconienne ! Il ne reste plus qu'à espérer qu'un orage malveillant ne vienne pas gâcher la fête !
Au moment où le vin à 9 euros maximum la bouteille, et la garden-party à 67 euros par personne, battra son plein à Strasbourg, le Parlement élu par une minorité d'électrices et d'électeurs (moins de la moitié en France) s'installera pour tenter de persuader les Peuples qu'il peut jouer un rôle dans leur quotidien. Les nouveaux élus boiront du petit lait pendant que dehors, la première manifestation en versera dans les caniveaux. C'est désormais la manière de protester contre un pouvoir ignorant les réalités du monde qu'il gouverne. Du moins, c'est encore ainsi, car il n'est pas certain que cette possibilité soit encore possible très longtemps. Ainsi, plusieurs centaines de manifestants, qui s'étaient regroupés hier en fin d'après-midi à Montreuil pour protester contre les "violences policières", ont affronté les forces de l'ordre pendant près d'une heure, non loin de l'ancienne clinique radiologique près de laquelle un jeune homme a été blessé suite, d'après différents témoins présents au moment des faits, à un tir de flashball qui l'aurait atteint au visage, lors de l'expulsion de squatters.
Un premier face à face tendu s'est produit entre forces de l'ordre et manifestants, non loin de la mairie, durant lequel ces derniers ont tiré à l'aide de mortiers de feu d'artifices et de fusées en direction des gardes mobiles qui n'ont pas répliqué. Les forces de l'ordre ont alors chargé la queue de la manifestation, entraînant la réplique de nombreux manifestants par des jets de projectiles, de chaises et de peinture. Les gardes mobiles ont par la suite chargé à plusieurs reprises, faisant également usage de gaz lacrymogènes et procédant à diverses interpellations.
A chacun son 14 juillet. Rappelons simplement qu'en 1789 sur son journal personnel, alors que la Bastille s'enflammait, Louis XVI avait écrit, alors qu'il rentrait d'une partie de chasse avec ses amis : « Rien ! ». Ce sont heureusement parfois ces petits riens qui font l'histoire.
Mais je déblogue...

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Published by Jean-Marie DARMIAN - dans ACTUALITE
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commentaires

yannick 14/07/2009 11:25

quel souffle cet article, il raviverait presque les consciences révolutionnaires...en quelque sorte, tu as fait de Johnny, le symbôle de la contre-révolution sociale et politique!