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LES STATISTIQUES

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MAIS JE DEBLOGUE...

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29 juin 2009 1 29 /06 /juin /2009 07:17
Mercredi, la TVA va baisser dans les restaurants...C'est une grande nouvelle, sûrement beaucoup plus attendue dans les chaumières que celle qui aurait pu être adoptée sur les produits de première nécessité. On sait bien que, par les temps qui courent, les Françaises et les Français vont se ruer autour des tables les plus alléchantes, compte tenu de leur pouvoir d'achat. Il est certain qu'une poignée de centimes d'euros éventuellement déduit d'un expresso va favoriser la consommation de café ou que le homard à l'armoricaine va devenir le plat du jour pour toutes celles et tous ceux qui fréquentent les restaurants à midi!
En fait, on va vérifier une fois encore que cette mesure améliorera les profits et n'aura qu'une incidence marginale sur l'emploi, car la fréquentation demeure la clé de la réussite des entreprises de ce type. En fait, il y a eu une stratégie fine, qui a été mise en place depuis que l'annonce du passage à 5,5 % au 1er juillet a été faite. Sur le papier, donc, une telle baisse semble une bonne idée. A y regarder de près, c'est une très mauvaise idée.
Elle profiterait modérément au pouvoir d'achat : car quand bien même elle serait partiellement répercutée sur les prix, qui en profiterait ? En grande partie, les 80 millions de touristes étrangers, qui constituent une bonne part de la clientèle, et qui ne s'interrogent pas sur l'ampleur exacte des taxes sur les produits de consommation, avant de prendre leur billet pour la France. Pour eux, quelques centimes d'euros de plus ou de moins n'ont aucune signification.
Elle est, en effet, injuste : les ménages les plus modestes n'en profiteront que très peu, puisqu'ils vont rarement au restaurant. Elle sera coûteuse : on estime le coût de la mesure entre 2 et 3,5 milliards d'euros, en fonction du nouveau taux de TVA retenu. Selon les calculs du ministre du budget Eric Woerth, le manque à gagner final de l'opération serait limité à 1,2 milliard (après réduction de certaines subventions). Comment sera financé ce manque à gagner ? Par la hausse d'un autre impôt qui, elle, frapperait l'ensemble des Français, y compris les plus fragiles ? Impossible : le président de la République a refusé ce principe.
Son effet sur l'emploi, enfin, reste incertain. Les défenseurs du taux réduit (5,5%) évoquent 40 000 emplois créés, ce qui représenterait un coût de la mesure situé entre 25 000 et 62 500 euros par emploi, selon que l'on évalue la mesure à 1 milliard ou à 2,5 milliards. A ce prix là, ne peut-on pas créer d'avantage d'emplois par d'autres moyens ? Il y a donc déjà eu toute une procédure de contournement de ces annonces gouvernementales.
D'abord il y a eu, au moment du changement de « carte » ou de « menu » ,une hausse des prix au printemps. Elle doit servir maintenant à donner l'illusion d'une... baisse, alors que l'on reviendra au prix initial, permettant ainsi de créer une marge supplémentaire. Personne n'a songé que ce stratagème, inspiré par la crise (c'était la raison de l'augmentation !) pouvait simplement annuler la modification d'un taux qui va priver l'Etat de la bagatelle de 1,2 milliards, en une période où les caisses sonnent creux.
L'impact sur le client est tellement faible que rares sont ceux qui s'en apercevront. Par exemple, un menu actuel affiché à 15 euros TTC soit 12,54 euros HT devrait être après la baisse de la TVA à 13,22 euros TTC. En même temps, on constate qu'il y a vraiment peu de différence, car un menu à 12,54 euros HT ça donne 15 euros TTC avec de la TVA à 19,6% et 13,22 euros TTC avec de la TVA à taux réduit de 5,5%... Il est certain que les fonctionnaires, avec une augmentation de leurs salaires de 0,8 % vont se précipiter dans les restaurants.
Il faut ensuite savoir que, dans certains restaurants, les habitués règlent souvent en liquide, ce qui permet aux tenanciers, depuis de longues années, de minorer les reversements de TVA. Les chiffres d'affaires réels de certains établissements sont supérieurs de 30 à 40 % à ceux qui sont déclarés. Un exemple : le petit noir du matin. Combien de consommateurs règlent par carte bleue ou par chèque et combien récupèrent en campagne un ticket de caisse, surtout quand il n'y en a pas ? L'évasion sur la TVA est probablement déjà significative, mais elle n'a pas été prise en compte... et il n'y plus grand monde, parmi les fonctionnaires, pour contrôler ces défaillances qui auraient dû être prises en compte avant de se lancer dans une baisse.

QUELS EMPLOIS CREES ?
Enfin il y a eu depuis plusieurs mois une propension à ne plus renouveler les CDD dans le secteur de la restauration, afin de pouvoir, en juillet, faire passer les « régularisations » d'emplois plus ou moins déclarés, pour des « créations » demandées par le gouvernement. Quel état des lieux réel a été effectué sur le travail dissimulé, dans une secteur économique où le service (plonge, aide aux cuisine, entretien...) n'est pas toujours très limpide en horaire et en déclarations sociales.
Le « bilan 2006 du plan national de lutte contre le travail illégal » a été publié par le Ministère de l'Emploi et de la Cohésion Sociale. Sans surprise, le secteur des hôtels, cafés, restaurants, était toujours classé dans le peloton de tête. Si surprise il y a, elle vient de l'ampleur du phénomène. Sur 67 135 entreprises contrôlées, celles des HCR en représentent 27%, soit 18 595. Mais alors qu'en 2005, 4,6% des entreprises contrôlées étaient en infraction, en 2006, c'était 12% ! Deux fois et demi de plus. Le montant des redressements n'a pas suivi tout à fait la même courbe, s'établissant à 9 084 051 € contre 5 109 707 € en 2005. La bonne nouvelle : les employeurs concernés avaient du consentir à régulariser la situation de... 1 111 salariés. En revanche, même si cela continue sur ce rythme, on n'arrivera jamais à créer les 40 000 emplois (dont une bonne partie en régularisations) promis en échange des milliards d'euros de cadeaux fiscaux. C'est tout de même une drôle de façon de remercier ses amis politiques qui, c'est une certitude, savent fort bien que les dés sont pipés.

EFFET RESTREINT
Les restaurateurs s'arracheraient les autocollants bleu et orange indiquant « La TVA baisse, les prix aussi ». "C'est bon signe", a estimé, lors d'un point presse dans une brasserie, la Présidente du Syndicat professionnel, qui était entourée d'une dizaine de restaurateurs de la Cité de Carcassonne et de responsables de l'Union des Métiers et des Industries de l'Hôtellerie (UMIH) qu'elle préside.
« La baisse des prix n'est pas une obligation, il n'y aura pas de sanction, mais la sanction viendra du client », a affirmé cette personne qui pèse ses mots. « Nous voulons que nos clients retrouvent confiance dans nos restaurants. Notre objectif est aussi d'améliorer l'image de la profession », a-t-elle ajouté comme une reconnaissance au fait que tous les établissements ne sont pas au top en matière de gestion humaine et financière. Les neuf organisations professionnelles du secteur ont donc été très prudentes et n'ont promis qu'une baisse de 11,8% sur une sélection de produits (une entrée, un plat, un dessert, un plat du jour, un menu, une eau minérale, un café...), mais nullement sur l'ensemble de leurs prestations. Tant pis pour celui qui ne boit pas d'eau minérale et de café : il devra le faire pour bénéficier du milliard d'euros offert aux restaurateurs.
Tout est flou ou contradictoire car toutes ces propositions émanent des structures mais pas des responsables des restaurants qui traversent des difficultés en raison surtout de la baisse de leur activité, liée à celle du pouvoir d'achat. Ils sont tous unanimes : les clients et les touristes font de plus en plus attention à leur budget et choisissent surtout le « moins cher » avec une ou deux exceptions, permettant justement d'oublier la crise. Tout le secteur du tourisme le vérifie depuis le début de la saison. D'ailleurs les « marchandages » sont monnaie courante et ce qui est jugé comme superflu est éliminé. On verra dans un an l'impact réel de cette mesure, centrée non pas sur la qualité, la professionnalisation, l'amélioration de l'accueil, mais sur le seul volet financier !

UN COUT EXHORBITANT
Toutes les mesures d'exonération prises depuis des années en faveur du monde économique n'ont en effet jamais eu d'influence forte sur l'emploi. On sait fort bien que le système d'exonération des heures supplémentaires a tué des milliers de créations de postes au moment où c'était encore possible. Tout le monde reconnaît que le secteur de la restauration, globalement « poujadiste », ayant toujours contourné les 35 heures, a usé d'expédients pour parvenir à se faire entendre. Un emploi créé par une baisse de la TVA dans la restauration reviendrait à 250.000 euros, selon la commission des Finances de l'Assemblée Nationale, citée dans la Tribune. Imaginez un peu que cette commission n'est pas composée de dangereux gauchistes.
« 10.000 emplois supplémentaires coûtent en effet 2,5 milliards d'euros, c'est une performance » a ironisé le président socialiste de la commission, Didier Migaud, soutenu par le rapporteur UMP du Budget, Gilles Carrez... mais qui a fait le calcul ! Auditionné par la commission, le secrétaire d'Etat au Commerce, Hervé Novelli, n'a pas pu démontrer qu'un effort net de 2,5 milliards d'euros pour diminuer la TVA dans les restaurants ferait plus qu'une exonération de charges patronales qui ne coûtait jusqu'ici que... 650 millions. On n'en a surtout pas fait un fromage.
L'objectif est, en effet, purement électoraliste et peu en importe le coût. La clientèle des restaurants ne vote pas majoritairement à gauche et ceux qui l'accueille non plus. Tout est de la même veine, car personne n'a encore dit que ces entrepreneurs méritants vont bénéficier d'un solide coup de pouce, avant d'y ajouter la suppression de la Taxe professionnelle, ce qui leur fera un double effet bénéfique ! A déguster sans modération.
Mais je déblogue...
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28 juin 2009 7 28 /06 /juin /2009 07:17
Chaque année il y a un mot qui entre dans le langage médiatique pour devenir le leimotiv d'une période. Il y eut par exemple « convivialité », qui fit une entrée fracassante dans les années Mitterrand. On retrouve « abracadabrantesque » pour l'époque Chirac... Quand ils survivent aux modes, c'est qu'ils illustrent en fait parfaitement une personnalité, et une pratique sociale réelle. Il semble que celui de l'ère Sarkozy se dessine lentement. Il faut craindre que nous devions nous habituer à entendre, à longueur de journée et de soirée, "emprunt". C'est devenu le best-seller français, qui résumera à merveille la gestion présidentielle reposant sur l'emprunt permanent.
D'abord, il y aura eu « l'emprunt idéologique » qui lui fait, sans arrêt, aller chercher dans la banque des concepts, de multiples références. On a eu de multiples allusions à Mitterrand, Blum, Jaurès, Jules Ferry, Hugo..., au Conseil national de la Résistance, à la Résistance elle-même, à Guy Mocquet... et malheureusement, au fil d'effets d'annonce permanents, des emprunts dans les réserves de l'Histoire. On en est parfois arrivé à se demander si la filiation gaullienne de la droite, que devrait vanter Nicolas Sarkozy, était encore recommandable. Il est vrai que quand ses « meilleurs » amis s'appellent Bush, Poutine, Berlusconi ou Kadhafi, que la France réintègre l'OTAN, et que, face à la crise, on refuse de voir la réalité en face, on est loin, très loin, des principes gaullistes, pour entrer dans une gouvernance social-opportuniste. On emprunte aux autres, on y voit un intérêt immédiat, sans se soucier des volte-face, des reniements, des approximations... et en oubliant les affirmations antérieures. La Droite emprunte à la Gauche, mais ne remet jamais autre chose que des nèfles !
Autre emprunt : celui, quotidien, dans les poches des gens les plus humbles avec les impôts indirects, les restrictions sur le pouvoir d'achat, les cotisations sociales, les prestations habituelles, les services républicains... Le véritable problème, c'est que c'est à fonds perdus,  car tout le monde admet qu'il sera bientôt impossible de revenir en arrière. Tout ce qui aura été « amputé », « soldé », « détruit », ... ne reviendra pas dans les caisses de l'intérêt général ! Cette technique, qui consiste à dilapider le bien commun social, au nom de la rentabilité pour les actionnaires, pèse fortement sur toutes les décisions, et deviendra probablement la constante de l'action sarkoziste. Le « découvert » créé par cette méthode se paiera un jour ou l'autre, par les générations qui découvriront l'ardoise, quand il sera trop tard. Tous les signaux sont au rouge, mais les « clients » se contentent de réagir uniquement quand leur propre compte en banque est contesté. Si on dilapide celui des autres, ils détournent le regard, pour éviter d'avoir à participer au « renflouement » indispensable.
La décision de ne plus avoir recours à une imposition progressive et juste constitue aussi un « emprunt », qui décale sur les futures générations les règlements que nous devrions  effectuer maintenant. Refuser d'ajuster la contribution des uns et des autres en fonction de leurs  ressources, c'est purement et simplement détruire une part des biens des générations futures... Une manière détestable de décaler la facture d'une mauvaise gestion de la crise.

ON RASERA GRATIS
La CGT estime, à juste titre, que certaines orientations fiscales du gouvernement, responsables des pertes de recettes de l'Etat, balisent déjà "étroitement" la consultation que le gouvernement a prévu sur... l'emprunt annoncé par Nicolas Sarkozy. Le syndicat fait ainsi référence au maintien du bouclier fiscal et aux exonérations de charges patronales, ou encore à la suppression de la taxe professionnelle.
Quant à François Chérèque, de la CFDT, favorable à « tout ce qui va dans le sens de l'écoute et de la concertation », il estime néanmoins « qu'on ne peut pas aborder » la question de l'emprunt et de son affectation « sans avoir une fiscalité plus juste ». Des vœux pieux, car on sait bien que la seule idée qui n'ait pas été empruntée aux autres (la paquet fiscal) ne sera jamais remise en cause. Concernant le niveau global de l'emprunt, aucun montant n'a été officiellement évoqué. Mais la presse a parlé de 80 à 100 milliards d'euros. Une somme conséquente, dans un contexte marqué par un assombrissement constant des finances publiques.
Cependant, Philippe Séguin, président de la Cour des comptes, a mis garde contre le fait « qu'à répéter que les caisses sont vides, il ne faudrait pas accréditer l'idée, paradoxale, qu'elles sont inépuisables ». Mais, soucieux de ne pas écorner son image de défenseur de la rigueur budgétaire, François Fillon n'a eu de cesse que de répéter que la lutte contre les déficits était un objectif auquel son gouvernement ne renoncerait jamais.
Le Premier Ministre a aussi vite emprunté le cheval de la rigueur de gestion, en sachant fort bien que personne ne souhaite le voir apparaître au premier plan. Il a réaffirmé, devant les cadres de l'UMP, que jamais il n'accepterait que « l'on finance des dépenses courantes, des dépenses de fonctionnement, avec un emprunt qui consiste, au contraire, à associer les Français à l'effort de relance de l'économie ». Et à « ceux qui pensent que l'emprunt pourrait être une solution de facilité pour résoudre tous les problèmes », notamment ceux dus aux « déficits qui pèsent sur les comptes », François Fillon leur a indiqué qu'ils se trompaient. Des propos qu'il n'a pas pu « emprunter » à son patron, pour la bonne et simple raison que ce dernier, en Voyageur Représentant Politique, a « vendu » exactement le contraire lors de sa déclaration au Parlement.

UN TOTAL ASTRONOMIQUE
Le mot "emprunt" revient partout, comme si les banques n'étaient pas allées trop loin dans ce secteur de leur activité. Elles auraient brutalement de l'argent à ne plus savoir qu'en faire, et seraient surtout disposées à boucher les trous.
Ainsi hier, on a appris que l'assurance chômage pourrait souscrire un... emprunt à l'automne, dont le montant s'élèverait à 3 milliards d'euros. Dans son édition de samedi, Le Figaro affirme que l'Unedic pourrait éditer cet été, à court terme, des billets de trésorerie pour un montant de 3 milliards d'euros, puis lever à l'automne, auprès des marchés, une première tranche de 3 milliards, remboursable sur cinq ou sept ans. Ce qui signifie que les frais de fonctionnement de l'Unedic seront bel et bien payés par les travailleurs de l'après crise !
Le Président de cette belle institution a confirmé que les montants étaient de cet ordre-là. Rappelant qu'il y avait déjà... 5 milliards de dettes financées par des billets de trésorerie, l'Unedic va donc simplement demander une autorisation supplémentaire, jusqu'à 3 milliards supplémentaires.
Le patronat a souligné la dégradation des comptes du régime, qui devra réemprunter de l'argent pour couvrir son déficit cumulé, vendredi lors du conseil d'administration. Ce déficit, qui pourrait atteindre 18 milliards d'euros en 2013, ne commencerait à se résorber qu'en 2014, selon des documents remis aux partenaires sociaux. Si ce n'est pas un emprunt totalement bidon, ne reposant que sur des supputations de reprise, c'est à ne rien comprendre aux méthodes de gestion, qui ne reposent que sur un principe clair : transférer les « mauvais » déficits sur les organismes ou les collectivités, et leur laisser le soin de faire payer l'addition finale au Peuple. On a encore une fois joué sur l'approximation, dans une société où... plus personne ne débat ou n'analyse des messages hypnotiseurs.
Erdf aura raflé 3 milliards, l'Unedic 3 autres, et l'Etat certainement... 100 ! Demain ce sera au tour des caisses de retraite. Mais on trouvera les moyens de juguler ces prises de risques: taper sur les bénéficiaires, en réduisant tous les effets positifs pour ces derniers, de manière à ne pas diminuer les profits de celles et ceux qui exploitent le système.

500 000 EUROS PARTIS
L'événement essentiel de la semaine écoulée aura donc été « l'emprunt », dont l'annonce devant le Congrès aura coûté environ 500 000 euros. Nicolas Sarkozy n'a rien vu d'autre, n'a pas entendu les reproches, et se contente de constater que, ce matin, le JDD lui donne 3 points supplémentaires de popularité. Il a livré une bouillie idéologique inédite, qui a troublé jusque dans les rangs de l'UMP : il a d'abord appelé de ses vœux la constitution d'un nouveau modèle français, qui mêlerait productivisme, consommation, investissement et écologie. Quelqu'un se souvient-il de la campagne présidentielle de 2007 ? Sarkozy promettait de casser ce modèle vieillissant qui décourageait le travail. On allait jusqu'à la « rupture ». Or en 2009, il fait le grand écart, au risque de  froisser ses adducteurs, patiemment entretenus en compagnie de Michel Drucker sur son vélo, ou dans des footings de vacances. Il faudrait travailler plus, dépenser plus, consommer davantage, et préserver la planète. Il invoque le "génie français", récuse la laïcité positive et la discrimination positive, attaque la polémique du moment, dénonce "la loi du plus fort ou celle du plus malin", et découvre que la situation carcérale est une "honte pour notre pays".
En fouillant un peu ses propos, on retrouve bien ses vieilles lubies libérales : pas question d'augmenter les impôts pour financer le déficit croissant des comptes publics ! Nicolas Sarkozy préfère autre chose : réduire ces « déficits structurels », ces « mauvaises » dépenses, les niches sociales, les « excès de bureaucratie ». Mais son logiciel idéologique vit à crédit, au jour le jour. Il veut cacher ses intentions de rupture, sous un emprunt à la dialectique radicale-socialiste des années 60.
Lundi, il a surtout annoncé le lancement d'un emprunt national, dont ni le montant ni l'usage réel ne sont définis. Avec cet emprunt, Sarkozy emprunte aux ménages ce qu'il ne peut plus et donc ne veut plus leur prendre en impôt. Chaque jour, les fonctionnaires du Trésor empruntent sur les marchés financiers, espérant que la crédibilité de l'Etat tient encore auprès des prêteurs du monde. En 2009, on rase encore gratis en Sarkofrance. Fallait-il dépenser 500 000 euros, mobiliser des centaines de policiers et des caméras de télévision, pour solliciter un nouveau crédit ? Depuis mai 2007, la dette publique a progressé de... 380 milliards d'euros. Question remboursement, on en parlera après 2012... Le Monarque veut gagner du temps : l'heure de vérité, fiscale et financière, est pour bientôt. Après sa réélection, il sera toujours temps de « purger » les déficits, et de plonger le pays dans une cure d'austérité, digne des plus grandes récessions.
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27 juin 2009 6 27 /06 /juin /2009 07:17
Il faudrait se désoler du système médiatique qui multiplie les approximations, les contre vérités, les articles de lèche majesté et une forme de réalisme en poudre aux yeux. C'est une énorme supercherie permanente, une trahison de la confiance entre téléspectateur, auditeur et lecteur, et les transmetteurs d'information. Chaque jour, j'aurais un exemple à donner, car après plus de 20 années passées dans le milieu, je pourrais écrire un manuel de la supercherie. Un cas parmi d'autres ? Il fut une époque où je travaillais comme modeste coordonnateur d'une rédaction, et l'un des journalistes me disait, chaque fois que je le pressais de me remettre le papier que je lui avais commandé : « veux-tu un vrai papier ou un papier de chic ? ». Il était spécialiste du papier de chic, qu'il écrivait avec talent à la terrasse d'un café, sans avoir quitté l'environnement immédiat du journal. C'étaient d'excellents papiers, vendeurs et superbement écrits, mais ils étaient bidonnés de la première à la dernière ligne... et pourtant, nous les avons publié sans sourciller ! J'ai maintes fois écrit des articles, à la place de gens « oublieux » ou « manquant singulièrement de sérénité ou de talent ». J'ai des centaines de fois rédigé des compte-rendus de rencontres sportives sans aller sur le stade où elles se déroulaient... Mais peu importe, l'essentiel était que le lecteur soit heureux ! Tous les directeurs des rédactions, tous les donneurs de leçons, tous les « je-sais-tout » du journalisme, prétendront que c'est inexact, alors que je possède des dizaines de preuves de cette triste réalité.
Il arrive même qu'ils se laissent prendre au jeu pervers de cette manipulation de l'information. Le bidonnage est constant et de splendides reportages sont rédigés dans la chambre d'un hôtel 4 étoiles ! Hier a éclaté un mini scandale qui ne révoltera personne, mais qui pourtant démontre amplement la déviance d'un système de moins en moins fiable et surtout, souvent inféodé à des considérations uniquement économiques. Deux étudiants aux Arts Déco de Strasbourg ont trompé Paris Match, qui leur a remis un prix pour un photo reportage sur la précarité étudiante, qui s'est révélé être totalement faux, conduisant le magazine à leur retirer le trophée. Ces jeunes devraient être récompensés pour leur talent, et plus encore pour leur action citoyenne.
Intitulé "Etudiants. Tendance Précaire", le reportage  - quatre photos en noir et blanc publiées dans l'édition du 25 juin de Paris Match - a été réalisé par deux étudiants à l'Ecole supérieure des arts décoratifs de Strasbourg. Tous deux ont démontré de manière claire, indiscutable, cohérente que les magazines peuvent avaler n'importe quelle nourriture médiatique, pourvu qu'elle soit « sensationnelle » et bien montée ! Accompagnés de légendes musclées du genre « Pour pouvoir étudier le jour, je me sers de mon cul la nuit », les clichés sont supposés dévoiler différents aspects de la précarité en milieu étudiant (une étudiante obligée de se prostituer, un autre de vivre dans un squat...). Or, la précarité existe. Elles est connue, dénoncée politiquement, mais jamais... reprise par « Paris Match Pravda » !

RECOMPENSES AVEC PLAISIR
Mercredi, ils ont reçu le Grand Prix Paris Match du Photo reportage Etudiant 2009, dans les locaux de la prestigieuse Sorbonne, à Paris. Avec, à la clé, un chèque de 5.000 euros et la publication du travail dans l'hebdomadaire. Un pactole qui les dédommageait de leurs mises en scène, car le reportage est bidonné de A à Z. Les personnages photographiés sont des amis des étudiants... qui se sont eux-mêmes mis en scène sur certains clichés. C'est courant, très courant dans les reportages télévisés, où l'on « commande » des témoins figurants, adaptés au public.
C'est régulier dans la presse écrite, où on ne rectifie jamais des erreurs manifestes pour ne pas accentuer une véritable perte de crédibilité ! Et ce sont les lauréats eux-mêmes qui ont dévoilé la supercherie lors de la remise des prix. Ils ont alors lu un texte, dans lequel ils décrivent leur "démarche artistique" comme une « tentative de remise en question » des « rouages d'un discours médiatique qui a pour ingrédients la complaisance et le voyeurisme dans la représentation de la détresse ». La misère, c'est vendeur comme l'est le luxe. Les membres du jury ont alors « un peu blêmi, mais nous ont quand même remis le chèque en nous disant bravo", rapporte l'un des auteurs de la supercherie.
"On avait exagéré les photos, on avait écrit les légendes à la première personne pour bien faire larmoyer", poursuit-il. "On pensait que ça serait trop, mais ils ont quand même aimé", s'amuse-t-il. « On s'est dit que ça serait une bonne occasion de dévoiler les mécanismes d'une certaine presse qui ne vérifie pas ses sources et privilégie l'information sensationnaliste et racoleuse », poursuit le jeune homme.
Dans un communiqué diffusé jeudi, Paris Match estime, pour sa part, que cette « mise en scène photographique (...) éloigne (les étudiants) du règlement du Grand Prix Paris Match du Photoreportage Etudiant (...) et de la philosophie que défend le magazine depuis 60 ans ». L'hebdomadaire a décidé d'annuler le trophée dans cette catégorie, mais a maintenu la bourse de 5.000 euros à l'ESAD pour participer « aux soutiens nécessaires en faveur de ceux dont ils ont voulu raconter la vie ». Une manière élégante de confirmer que tout réside dans le fait de « raconter » mais pas nécessairement dans la véracité du contenu. Ce sera vite oublié, et la semaine prochaine, on vous montrera la vie cachée de Michael Jackson, dans un numéro spécial, avec photos volées, et affirmations sur sa sexualité bien croustillantes ! Ainsi va la véritable information !

DIRE LE VRAI ?
Claude Soula, excellent journaliste du Nouvel Observateur, sur son blog, résume parfaitement la situation dans une superbe chronique, dont voici l'essentiel. D'abord, c'est une banalité atroce : pour s'amuser ainsi, il faut qu'ils (NDLR : les deux étudiants) n'aient pas une haute idée de l'information, ni de la crédibilité, en général, des journalistes. C'est le cas de tous les sondages qui minent un peu plus cette crédibilité. Est-ce le but recherché ? Pas forcément, puisque leur discours est de démontrer que le faux - quand on le met en scène - est plus vrai que le réel.
C'est le but de l'art, mais pas celui du journalisme. Mais n'empêche que ce sont des journalistes qui ont jugé cette supercherie comme crédible. D'abord, parce que l'essence même du journaliste est de dire le vrai, est non pas le faux. Même et surtout quand le « vrai » est moins spectaculaire que le faux. Car le vrai, c'est la banalité, c'est la vie de tous les jours, c'est parfois l'ennui. Le vrai, ce n'est pas des étudiants qui se prostituent, fouillent dans les poubelles pour se nourrir. Cela existe ? Peut-être, mais c'est si exceptionnel que cela ne veut rien dire sur la réalité de leur vie, en général. Leur vie, c'est plutôt des locaux délabrés, des perspectives de job compliquées, des profs pas assez nombreux. Et c'est pour cela que le reportage bidonné nous pose aussi des questions sur notre pratique : il s'appuie sur de vrais clichés journalistiques.
Les journalistes ne parlent pas des étudiants moyens, ils ont trop peu parlé de la grève des derniers mois, mais ils ont beaucoup parlé des étudiants hors normes, ceux qui flattent notre voyeurisme. On a donc eu droit à de nombreuses étudiantes contraintes à la prostitution. C'était vendeur. Des étudiantes inquiètes du fait de la réforme des universités,  c'était banal et... politique ! On se doute pourtant bien que ce phénomène est très répandu, qu'il est sûrement gonflé, qu'il est plus éloigné du fantasme que de la réalité. Mais pourtant, c'est cette vision-là que « Paris Match » ou « VSD » ont mis en avant depuis un an, et c'est cela que leur renvoie les étudiants, comme un boomerang. Il n'y a aucune différence entre leur mise en scène, et les soit-disant vraies photos publiées dans Match, et tous les journaux people qui se mettent à faire de la politique.
C'est un des paradoxes du journalisme actuel : il ne peut pas parler de la réalité « banale », par peur de perdre des lecteurs, de les ennuyer. Si nous allons vers le spectacle, nous attirons le regard, mais les lecteurs nous le reprochent, parce qu'ils savent que nous jouons sur leurs bas instincts. Et ce n'est pas cette mésaventure qui va freiner le mouvement, malheureusement, mais elle aura contribué à creuser un peu plus la tombe du journalisme à la française.

UN ORDRE A CREER
Quelques journalistes en appellent à la création d'une « haute autorité », qui « en se fondant sur une charte, veillerait à ce que les journalistes n'acceptent pas de décorations du pouvoir » et « ne touchent pas d'argent dans un service public ou une entreprise privée où leur qualité de journaliste, leur influence, leurs relations, sont susceptibles d'être exploitées ». C'est, en effet, l'un des principes de la charte des journalistes français de 1938, affinée en 1970. La « haute autorité » serait également chargée de revoir de fond en comble les critères d'attribution de la carte de presse. « À quoi cela rime-t-il de donner la carte de presse aux personnes qui écrivent dans la presse de loisir ? Elle devrait être réservée aux journalistes de la presse d'actualité » affirme une proposition.
Une autre vise à réglementer l'accès des industriels à la propriété d'un organe de presse « en l'interdisant à ceux dont une part significative du chiffre d'affaires provient de commandes de l'État ou d'entreprises dépendant de l'État ». La création d'un « ordre des journalistes » a toujours été rejetée par la profession. Qui devrait y siéger ? De quel droit un confrère jugerait un autre confrère ? Deux questions épineuses sur lesquelles certains journalistes, « sans dieu ni maître », ont toujours buté. En outre, rien ne garantit que les petites manigances habituelles au sein de ce genre d'instance ne se perpétuent, ajoutant aux plaies du métier la tartufferie de ceux qui sont censés donner l'exemple.
Quant à l'idée d'écarter les industriels vivant des commandes publiques du monde des médias, ce fut une idée que la gauche n'a jamais osé appliquer quand elle fut au pouvoir. Cette décision, si d'aventure elle était un jour prise, écarterait d'un seul coup les groupes Lagardère ( Elle , Paris Match , le JDD , Europe 1, etc.), Bouygues (TF1), Dassault ( Le Figaro, où quatre membres de la famille sont désormais au conseil d'administration ) de la sphère médiatique...
Et si l'indépendance et la qualité des journalistes étaient avant tout l'affaire de chacun ? Un choix quasi animal : devenir vertébré ou rester reptilien. Plus facile à dire qu'à faire. Surtout par les temps qui courent. Merci à ces deux étudiants d'avoir rappelé que seul le doute, toujours le doute, conduit à des parcelles de vérité. Car, avec eux, l'information bidonnée devient une bien triste réalité.
Mais je déblogue...
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Published by Jean-Marie DARMIAN - dans ACTUALITE
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26 juin 2009 5 26 /06 /juin /2009 07:17
Les paradis fiscaux sont devenus les bêtes noires de Nicolas Sarkozy, dont la plupart des amis bien placés sont, soyez-en certains, totalement d'accord avec lui. Devant le Parlement européen, il s'en était vivement pris au paradis fiscaux en Europe, et en particulier au Luxembourg de son ex-ami Jean-Claude Juncker. "Je compte sur le soutien du Luxembourg pour que l'architecture financière soit profondément repensée, à l'extérieur de notre continent et à l'intérieur de notre continent - les deux", avait-il déclaré. Avant d'ajouter "on ne peut pas se battre à l'extérieur de notre continent contre certaines pratiques et les tolérer sur notre continent, c'est tout". Oui, mais quid de Monaco? Pourquoi Nicolas Sarkozy n'a-t-il rien dit de cette Principauté, certes indépendante sur le papier mais, de fait, totalement contrôlée par la France ?
Pourquoi n'a-t-il pas dit que Monaco, dont le ministre d'Etat (c'est-à-dire le Premier ministre) est français, faisait partie des trois derniers Etats figurant sur la liste noire de l'OCDE sur les paradis fiscaux ?
Pourquoi n'a-t-il pas dit que les soixante dix banques présentes sur le Rocher dépendaient de la Commission bancaire française ? Le saviez-vous ? Certaines banques monégasques attirent justement leurs clients étrangers en leur vantant les mérites de leur liens avec... la France. Le slogan de l'une d'entre elle est par exemple : "Les avantages du système français, sans les inconvénients". Autrement dit, la position de Nicolas Sarkozy serait plus forte et plus crédible si Paris ne couvrait pas les activités opaques de certains établissements financiers monégasques.
Rappelons que l'article premier du traité d'amitié entre la France et Monaco, entré en vigueur en 2005, et qui scelle "une communauté de destin", stipule que: "La Principauté s'engage à ce que les actions qu'elle conduit dans l'exercice de sa souveraineté s'accordent avec les intérêts fondamentaux de la République française dans les domaines politique, économique, de sécurité et de défense."  Ce lien économique a été oublié par le Co-Prince d'Andorre, lieu hautement symbolique des dépôts clandestins entre la France et l'Espagne. On y achète des lingots, que l'on laisse au chaud dans un coffre : c'est moins sophistiqué mais aussi rentable ! La Commission européenne vient pourtant de donner l'exemple. Chiche pour le nouveau gouvernement : qu'il suive cette voie extrêmement concrète.

LES PRINCES DU LUXEMBOURG
Le Luxembourg sera en effet traduit devant la Cour européenne de justice (CEJ) pour application incorrecte de certaines dispositions de la législation sur la fiscalité de l'épargne, a décidé hier la Commission européenne.
En novembre 2008, Bruxelles avait adressé au Luxembourg un « avis motivé », deuxième étape de la procédure d'infraction européenne. La Commission demandait une modification des éléments de la législation du Grand Duché qui permettent notamment à des Britanniques d'échapper à toute taxation de leurs capitaux investis dans ce pays. Mais « le Luxembourg n'ayant pas modifié sa législation de manière à se conformer à l'avis motivé transmis par la Commission en novembre 2008, la Commission a décidé de saisir la Cour européenne de justice », indique-t-elle dans un communiqué.
La directive européenne sur la fiscalité de l'épargne prévoit un échange d'informations entre pays de l'UE sur les revenus de l'épargne des non résidents. Les Etats qui ne veulent pas y participer (Luxembourg, Belgique et Autriche, pratiquant le secret bancaire) sont autorisés, à la place, à taxer à la source les intérêts tirés de l'épargne placée chez eux. Mais, selon la Commission, le Luxembourg exonère de manière abusive la retenue à la source dans certains cas. Ainsi, certaines personnes peuvent être exonérées de retenue à la source si elles bénéficient du statut de "résident non domicilié" dans leur pays de résidence. C'est-à-dire si elles ne sont pas taxées dans leur Etat de résidence fiscale, ou si elles bénéficient d'une législation, existant en Irlande ou au Royaume-Uni, qui leur permet de ne pas être taxées, dès lors que le patrimoine concerné reste investi à l'étranger.
L'exonération accordée par le Luxembourg permet donc à des grosses fortunes anglaises, irlandaises ou encore maltaises, d'échapper à la retenue à la source, sans que l'Etat de résidence en soit informé. Placé sur la liste "grise" des paradis fiscaux, publiée début avril par l'OCDE, le Luxembourg est régulièrement critiqué pour sa pratique du secret bancaire. Le pays a signé récemment des accords permettant la levée du secret dans les échanges d'informations fiscales avec plusieurs pays, dont la France... il est certain que la même démarche sera faite avec Monaco et Andorre ! D'autant que le Président de la République a déjà oublié ses déclarations fracassantes, et que rien n'a véritablement évolué !

BRAS D'HONNEUR SUISSE
Il avait pourtant été menaçant, notre chevalier blanc de la fraude fiscale. Nicolas Sarkozy, qui parlait à la presse, à l'issue d'un sommet européen sur la crise économique, avait répondu sur le placement de la Suisse sur la liste des mauvais élèves : « en l'état actuel des choses et sur la base de l'OCDE (Organisation de coopération et de développement économique), la réponse est plutôt oui ». Toutefois, il avait estimé que l'issue était encore ouverte. « Ca dépend de ses réponses !», avait dit le chef de l'Etat français, à l'intention de la Suisse.
En octobre 2008, lors d'une réunion des pays membres à Paris, l'Allemagne avait demandé l'inscription de la Suisse sur la liste noire de l'OCDE, car « elle proposait des conditions de placement qui incitaient certains contribuables allemands à pratiquer l'évasion fiscale ». Les pays de l'OCDE avaient demandé à l'organisation de réactualiser d'ici à mi-2009 sa liste. Vidée de sa substance au fil des années, elle ne comptait plus actuellement qu'Andorre, Monaco et le Liechtenstein. Le Bayard de la fuite des capitaux occultes n'y était pas allé avec le dos de la cuillère : « J'ai dit qu'il n'était pas admissible qu'on garde des paradis fiscaux, c'est-à-dire des places financières qui ne déclarent pas l'origine de l'argent et la direction de l'argent (...) qui ne disent pas d'où vient l'argent et où il va ! » Ce fut efficace. La preuve en est venue hier.
Le Président de la Confédération suisse, Hans-Rudolf Merz, qui est également le ministre des Finances, a estimé que le secret bancaire était toujours préservé en Suisse : « en ce qui concerne le secret bancaire en lui-même, rien n'a changé par rapport au passé, rien ne sera assoupli. Il y a juste une collaboration internationale plus étroite », estime le président, bien que la Confédération eût récemment été contrainte de se plier aux normes édictées par l'OCDE.
Pressé par les pays du G20, Berne compte ratifier d'ici la fin de l'année une douzaine d'accords de double imposition pour se mettre en conformité avec les normes de l'OCDE en matière de transparence et d'échange d'informations fiscales, et être ainsi rayée de la liste à la triste mine grise ! Au total, 23 pays ont annoncé leur intention de renégocier les accords de double imposition avec la Confédération. Six Etats ont jusqu'à présent ratifié un tel accord : les Etats-Unis, le Danemark, la Norvège, la France, le Mexique et un pays qui n'a pas été identifié par les autorités suisses.
L'influente Association suisse des banquiers (ASB) a nommé à sa tête le banquier privé Patrick Odier, qui a prévenu qu'il agirait pour « assurer une protection durable » du secret bancaire. C'est clair : rien ne changera véritablement et toutes les magouilles financières se poursuivront allègrement.

OU EST PASSEE LA LISTE ?
Autre rappel des effets d'annonce jamais suivis d'effets. Qui étaient par exemple les 200 contribuables français détenteurs de comptes bancaires LGT, au Liechtenstein ? Au début de l'année, le ministère des Comptes publics, à Bercy, avait reçu une liste, non pas en provenance d'Allemagne, mais du Royaume-Uni, lequel avait lui-même été alerté par Berlin auparavant. Si " aucune personnalité en vue " n'y figurait, selon une source proche du dossier, le portrait-robot des personnes concernées se précisait. Cadres expatriés, dirigeants ayant réalisé des transactions avec des partenaires étrangers : " Des postes clefs dans des grands groupes présents à l'international sont forcément dans le collimateur du fisc ", estimait un expert fiscal. Il n'était évidemment pas interdit de posséder un compte à l'étranger. Encore fallait-il que ce compte soit déclaré à l'administration française, dès son ouverture, et que les revenus qui l'alimentaient le soient également, chaque année : salaires, dons, héritages... Malgré toutes ces précautions, les sommes en question pouvaient être interdites de rapatriement en France pour cause de soupçon de blanchiment. Dans ce cas, c'est Tracfin, la cellule de Bercy en charge de ce sujet, qui devait prendre le relais des impôts pour enquêter, en cas d'identification. Les intéressés se croyaient protégés. Ils risquaient pourtant d'avoir une mauvaise surprise.
D'abord parce que le délai de prescription de trois ans habituellement évoqué en matière fiscale restait très relatif. Dans les faits, le fisc pouvait, en effet, remonter plus loin dans le passé, pour engager un redressement sur des périodes où le contribuable n'était pas résident en France. Autre idée reçue : la durée d'absence de l'Hexagone, au-delà de laquelle un Français est considéré comme non résident. " Il est complètement faux de croire qu'à partir de 183 jours par an, on n'est plus redevable de l'impôt dans son pays d'origine ", affirmait un avocat.
Le Syndicat national unifié des impôts (SNUI) avait aussitôt dénoncé le maintien de règles fiscales nationales au sein de l'Europe. " En France, sur un total de 52.292 contrôles fiscaux effectués en 2007, moins de 9 % portaient sur des redressements effectués à l'international",  déplorait-il. En 1983, une affaire du même ordre concernant des comptes établis auprès de l'Union des banques suisses avait été révélée. Elle avait donné lieu à de nombreuses poursuites. A l'époque, le fisc avait acheté le listing, qui contenait 5.000 noms... Mais en  1983, tout le monde voulait fuir le socialisme triomphant. Les temps ont bien changé, car désormais, les plus riches peuvent se réfugier derrière le bouclier fiscal. Ce n'est plus la double peine : c'est le paradis !
Mais je déblogue...
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25 juin 2009 4 25 /06 /juin /2009 07:17
Empruntez... il en restera toujours quelque chose ! S'il s'agit d'investissements en dur et durable, il y aura un amortissement possible et donc une véritable signification pour celles et ceux qui acquittent le remboursement de la dette. Par contre, lorsqu'il faut avoir recours au crédit pour financer des actions, des dépenses de fonctionnement, des dépenses courantes, la situation devient plus grave. Nicolas Sarkozy a parfaitement joué sur les mots (une fois encore) en présentant comme « investissements » les programmes destinés à la recherche, à l'éducation, lesquels ne se traduisent pas par des constructions, qui, dans ces domaines, sont à la charge des collectivités locales. Combien l'Etat doit-il ou peut-il emprunter auprès du public ? Pour lutter contre la crise, soutenir les banques, l'automobile, la consommation, le gouvernement a déjà consacré 80 milliards d'euros.
La quasi-totalité de ce montant a été financée par de l'endettement. Le nouvel emprunt servirait donc à des mesures complémentaires, de "priorité nationale", a expliqué le chef de l'Etat. Henri Guaino, conseiller spécial à l'Elysée rêvait que soit annoncé le montant colossal de 80 milliards à 100 milliards "de vrai argent", mais il a été stoppé par les conseillers économiques de l'Elysée, Matignon et Bercy, qui refusent toute estimation et veulent recourir à d'autres financements que l'emprunt... mais c'est improbable, car le non recours à l'impôt bouche l'horizon ! Pour financer ses déficits, l'Etat fait déjà appel à des investisseurs professionnels. Il emprunte sur le marché, en émettant des obligations à deux, cinq, dix ou trente ans. Aujourd'hui, 1 074 milliards d'euros de dette de l'Etat français circulent sur le marché, dont 65 % sont détenus par des investisseurs étrangers (fonds de pension, compagnies d'assurance, fonds souverains...). Pour l'heure, l'Etat n'a aucun mal à trouver des acheteurs pour ses titres de dette. Mais compte tenu de l'ampleur des plans de relance, en France, en Europe ou aux Etats-Unis, le marché de la dette publique pourrait se saturer.
En faisant appel aux particuliers, l'Etat diversifierait ses sources. Faire appel au public nécessite un renfort de publicité, forcément coûteux.

QUI A DES FONDS
L'Etat devra également s'appuyer sur le réseau des banques qu'il renfloue pour commercialiser ce nouveau placement. Elles seront rémunérées d'une commission, estimée au minimum à 1 %, peut-être à 2 % du montant de l'emprunt, soit plus de 800 millions pour un emprunt de 80 milliards d'euros. Pour garantir le succès de l'opération, qui se veut aussi "un référendum populaire de la politique économique du gouvernement", estime l'économiste Jacques Mistral, l'Etat devra proposer des conditions avantageuses. Supérieures par exemple à celle du Livret A (1,75 %), sans toutefois coûter trop cher à l'Etat. Les experts estiment qu'un taux autour de 4 % sur dix ans serait assez attractif. L'Etat pourrait aussi, à l'instar de l'emprunt Balladur, proposer des mesures de défiscalisation, plébiscitées en France. Ira-t-il, comme le suggère Bernard Accoyer, jusqu'à inciter le rapatriement des capitaux de Suisse ou du Luxembourg ? La possible impopularité d'une telle mesure pourrait l'en dissuader. Emprunts russes ou argentins mis à part, prêter à un Etat comporte peu de risques, un pays ayant peu de chances de faire faillite... même si la France est considérablement endettée et de plus en plus insolvable.
L'épargne peut toutefois être rongée par l'inflation, à moins que le rendement du futur emprunt ne soit indexé sur la hausse des prix, comme certains l'envisagent, afin d'éviter "de laminer les petits épargnants". De fait, "la menace d'inflation plane sur les dix ou quinze prochaines années", et lancer un emprunt populaire serait une "fuite en avant vers l'endettement".
En s'adressant au public, l'Etat paiera plus cher que s'il s'adresse à des institutionnels. Mais avec la baisse des taux, consécutive à celle des taux de la Banque centrale européenne, les conditions de financement sont favorables aux emprunteurs. "C'est le moment d'en profiter", rapporte un proche du dossier. L'emprunt vise à doper la croissance. Mais à court terme, il peut inciter les Français à épargner plutôt qu'à consommer, ce qui gripperait l'économie et irait à l'encontre du plan de relance. Toutefois, explique ce dernier, du fait de la crise, les Français sont de toute façon incités à constituer une épargne de précaution. L'emprunt détournerait donc, plutôt à son avantage, d'autres placements, Livret A, assurance-vie, etc...

SEGUIN SE FACHE
A circonstances exceptionnelles, il peut y avoir "des réponses exceptionnelles", qui entraînent une augmentation du déficit et de la dette, a estimé Christian Seguin, Président de la cour des Comptes, à propos de l'emprunt Sarkozy. Mais, a-t-il ajouté, ces réponses doivent être "circonscrites, provisoires et directement liées à la crise" et elles ne dispensent pas d'un effort continu de maîtrise de la dépense. Le premier président a dit craindre que la crise ne crée "un climat propice à un relâchement de l'effort" et juge indispensable de lutter "de front" contre le déficit de crise et le déficit structurel (celui, a-t-il dit, qui est corrigé des variations conjoncturelles). La dégradation des comptes publics expose la France, selon la Cour, à quatre risques : "Un risque économique" sous la forme d'une remontée du taux d'épargne des ménages, préjudiciable à la consommation et à la croissance ; le risque de "l'appauvrissement de l'Etat", et son corollaire pour les citoyens (moins de services et moins de protection sociale) ; celui d'"un emballement de la dette" et, partant, d'une possible "remise en question de la crédibilité de la signature de la France". "A répéter que les caisses sont vides, il ne faudrait pas accréditer l'idée - paradoxale - qu'elles sont inépuisables", a relevé M. Séguin taclant au passage, sans le nommer, le premier ministre François Fillon, dont il a été le mentor en politique. "Il n'y aura peut-être pas de faillite mais il semble qu'on néglige les conséquences concrètes et inévitables de la dérive des finances publiques sur la vie quotidienne des Français. Car plus on attend, plus il faudra payer", a-t-il assuré.
En 2008, la dette publique a augmenté de 118 milliards d'euros et atteint 1 327 milliards, soit 47 400 euros par actif. Sur cette dette, a précisé ce bon Séguin, la France doit payer "des intérêts colossaux" : plus de 54 milliards, c'est-à-dire plus que le produit de l'impôt sur le revenu et plus de 2 000 euros par an et par personne ayant un emploi. "On a atteint un tel niveau de déficit structurel et d'endettement, qu'une faible aggravation du déficit (liée par exemple, aux dépenses de vieillissement) pourrait provoquer un emballement exponentiel de la dette", a indiqué le président de la cour des Comptes, qui épingle à tout va les élus qui empruntent trop pour investir.
Face à cette situation, il n'y a pas d'autres voies, selon lui, que "la réduction des dépenses et/ou l'augmentation des prélèvements obligatoires (en commençant par la réduction des niches sociales et fiscales)". La Cour évalue à quelque 70 milliards d'euros les économies nécessaires pour ramener les finances publiques à l'équilibre. Pour Christian Séguin, qui juge "trompeuse"  l'idée que "la France s'en tirerait mieux" que ses voisins, "les lendemains risquent d'y être pire qu'ailleurs". La France, note-t-il, a un déficit structurel élevé, elle est le quatrième Etat le plus endetté de la zone euro, et ses dépenses publiques (plus de 52 % du PIB) sont supérieures de 9 points à celles de l'Allemagne.

COMMENT REMBOURSER ?
Personne ne s'est inquiété sur cette utilisation de la carte bleue « revolving » qui a tué tant de ménages, et qui finira par tuer l'Etat républicain. La France ne renouera pas en effet avec les critères européens de déficit et de dette publics en 2012, en raison de la crise, mais l'inflation ne saurait constituer une issue, prévient le ministre du Budget, Eric Woerth. L'inflation n'est pas une solution valable pour assainir les finances publiques car cela « remettrait en cause les fondements même de la construction européenne, de l'euro, du couple franco-allemand », a-t-il déclaré devant la commission des finances de l'Assemblée, en présentant les nouvelles prévisions.
Le gouvernement prévoit désormais que le déficit public atteindra 5 à 5,5% du PIB en 2012, puis 6 à 6,5% en 2011 et 7 à 7,5% en 2009 et 2010. En 2008, il avait été de 3,4%. Qui dit mieux dans les semaines à venir ! La dette publique passera de 68,1% du PIB en 2008 à 77% en 2009, 83% en 2010, 86% en 2011 et 88% en 2012, lit-on dans le document préparatoire au débat d'orientation budgétaire présenté hier à la commission des finances.
Le pacte de stabilité et de croissance européen fixe comme limite 3% de déficit et 60% de dette, critères que la France s'était engagée à respecter au plus tard en 2012... « Le retour à trois points de PIB de déficit en 2012, dans la mesure des informations qui sont disponibles actuellement, n'est pas atteignable sans un rebond extrêmement fort de la croissance, qui ne peut être exclu, mais qu'on ne peut prendre comme référence dans un débat d'orientation budgétaire », a dit Eric Woerth, dans le texte de son allocution ...mais il ne l'a apparemment pas dit à Nicolas Sarkozy ! Les prévisions du gouvernement restent plus optimistes que celles annoncées hier par l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), selon qui la dette de la France atteindra 86% du PIB l'an prochain et le déficit 7,9%.
Les nouvelles prévisions du gouvernement tiennent compte de la révision de la prévision de croissance du PIB cette année, qui a été ramenée de -1,5% à -3%, et du repli des recettes de l'Etat lié au ralentissement général de l'économie. Les recettes de l'impôt sur les sociétés passeraient ainsi de 50 milliards en 2008 à 20 ou 25 milliards cette année, a-t-il ajouté. Le déficit de l'Etat atteindrait 110 à 115 milliards d'euros cette année en comptabilité "maastrichtienne", et 125 à 130 milliards en comptabilité budgétaire. Allez, ce n'est pas grave : l'Etat ne risque pas de succomber à une crise des subprimes !
Mais je déblogue...
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24 juin 2009 3 24 /06 /juin /2009 07:17
En écoutant, pour peu qu'ils en aient eu le temps, le Président d'une République qui se veut exemplaire dans sa gestion, bon nombre d'élus locaux ont dû avoir un zeste d'étonnement. Eux qui sont parfois stigmatisés par la Cour Régionale des Comptes, qui sont jetés en pâture aux médias lors de comparaisons hâtives, et souvent mis à l'index par les médias qui établissent des classements comparatifs plus ou moins fiables en raison de leur ratios d'endettement, ont du être interloqués par les propos présidentiels.
Ils viennent de découvrir qu'une bonne gestion passe  justement par les emprunts pour assurer l'avenir. Comprenne qui pourra : les collectivités locales doivent conforter leur autofinancement, et elles sont montrées du doigt dès qu'il a un « trou » dans leurs recettes, en raison du désengagement de l'Etat, alors que la Président vient de prôner exactement le contraire, accentuant de manière exponentielle le déficit du pays ! Drôle de discours que celui qui consiste à annoncer avec assurance et bagout que le fait d'avoir recours aux banques pour financer autre chose que de l'investissement constitue un mode de gestion rigoureux !
« Que nous propose le président? Emprunter plus, pour dépenser plus et demain, payer plus d'impôts pour rembourser », lance le président socialiste de la commission des Finances de l'Assemblée nationale, Didier Migaud. Tandis que pour François Hollande, « Nicolas Sarkozy a été pris en flagrant délit de faiblesse. Un emprunt n'est pas une solution, c'est un expédient ». De quoi ébahir les élus locaux, qui tentent de diminuer leurs frais de fonctionnement et d'améliorer leurs recettes, afin de ne jamais déraper dans le fonctionnement.
Nicolas Sarkozy a appelé, du haut de la tribune du Congrès, face à une parterre de Présidents de Conseils régionaux, de Conseils généraux, de maires, à une concertation de trois mois, de juillet à septembre, pour définir des « priorités nationales », qui seront financées par un emprunt national, souscrit auprès du grand public ou sur les marchés financiers. Bien évidemment, les membres de la majorité soutiennent le projet du président,  alors que, sur le terrain, quand ils sont dans l'opposition ils accablent les majorités locales qui empruntent pour investir. « Qu'il s'agisse des ménages, des entreprises ou de l'Etat, lorsqu'on investit dans l'avenir (sic), de manière durable, on finance par la dette, c'est classique », a justifié Christine Lagarde. Ces investissements, qui  se traduiront majoritairement par du fonctionnement, « permettront à la France de garder son rang », a fait valoir la ministre de l'Economie. Au sujet des priorités, la ministre a évoqué des investissements « dont la rentabilité à court terme n'est pas évidente », citant notamment « l'économie de la connaissance, l'investissement dans le réseau numérique, l'infrastructure de manière générale ».
Si « la dette qui finance les dépenses de fonctionnement, ce n'est pas de la bonne dette », selon Christine Lagarde (c'est ce que Bercy fait chaque jour), « la dette qui finance les dépenses d'investissement » (mais on ne voit pas lesquelles dans sa première liste), qui augmente les actifs de la France, peut être qualifiée, selon elle, d'utile. La nuance est extrêmement faible... mais comme on ne conteste pas la parole présidentielle, on se contentera de continuer à payer cette gestion étatique erratique, alors que l'on  tapera à bras raccourcis sur les régions, les départements, les mairies et les intercommunalités, réputées dépensières et surendettées, avec des ratios par habitant fallacieux.

QUELS INVESTISSEMENTS ?
Didier Migaud souligne pourtant qu'entre le deuxième trimestre 2007 et la fin de l'année 2009, selon les prévisions de la Commission européenne, la dette publique française aura déjà augmenté de... 380 milliards d'euros, ce qui représente environ 15 milliards de charges annuelles de la dette supplémentaires. En fait, comme il n'y a plus aucun autofinancement possible en raison des exonérations accordées, des dettes accumulées par l'Etat très mauvais payeur, de la faiblesse terrible des rentrées fiscales, du refus de pratiquer une contribution équitable à l'effort financier indispensable, on va simplement reporter la facture après 2012. C'est encore un effet d'annonce qui s'appuie sur l'absence d'éducation citoyenne des femmes et des hommes, eux-mêmes préoccupés par la manière dont ils vont faire face... à leur propre endettement.
Avec un minimum d'honnêteté intellectuelle on ne peut que partager l'analyse de François Hollande, président de conseil général, qui affirme que « l'emprunt est le symbole même de sa politique, à la fois une technique de communication - grands emprunts des hommes politiques, pour laisser leur nom à la postérité, pas toujours dans le meilleur sens: Pinay, Giscard, Balladur - et comme une fuite par rapport à des choix qui ne sont pas faits, ou pire, des choix qui ont été faits » (voir le paquet fiscal). Le député du Nouveau Centre Charles de Courson a estimé pour sa part que « l'investissement est la seule légitimation » du grand emprunt national annoncé par Nicolas Sarkozy devant le Congrès. Ira-t-il, lui comme les autres, jusqu'à renoncer à sanctionner cette dérive, le jour où on lui demandera de voter le principe de l'emprunt !
« L'annonce d'un nouvel emprunt a quelque chose de surréaliste, parce que de l'emprunt on en fait tous les jours », a pour sa part estimé François Bayrou. On en est, il est vrai, à 140 milliards de déficit annuel annoncés par le ministre des Finances. Où sont les limites dans cette dérive qui semble ne plus avoir de frein ? « Quand on parle déficit il n'y a pas tant de différences entre les bons, les moyens et les mauvais déficits. Au bout du compte c'est toujours de la dette qu'il faudra qu'on paye » a expliqué le président du modem, dont le trésorier est entré dans ce gouvernement, pour donner des fonds à l'aménagement du territoire ! Mais par les temps qui courent, même les évidences ne sont pas entendues par des téléspectateurs, obnubilés par le sort de Rama Yade, de Rachida Dati, de Frédéric Mitterrand ou de ce pauvre Claude Allègre, qui va aller refroidir ses ambitions ministérielles après le plus beau gadin de l'année !

HARO SUR LES IMPOTS
Martine Aubry s'est déclarée pour sa part « convaincue » que l'emprunt est « essentiellement un moyen pour financer le déficit actuel ». C'est le principe même de la cavalerie, qui consiste à emprunter pour avoir les moyens de rembourser ce que l'on doit. C'est une vis sans fin. Quant à Laurent Fabius, il a ironisé sur celui qui est entré dans l'histoire pour avoir rétabli un droit inutilisé depuis napoléon III alors qu'en fait, il sera le responsable politique ayant creusé le plus extraordinaire déficit de la France, dans tous les postes de responsabilité qu'il a occupés. « On le pressentait déjà, lorsque M. Sarkozy était ministre du Budget, déjà il avait fait déraper le déficit comme jamais. Devenu président, cela recommence », a déploré l'ancien Premier ministre sur France 2. « Quand on dit emprunt, c'est une manière aimable de dire qu'on va encore aggraver le déficit » avec l'argent que l'on va aller chercher, avec de nouveaux avantages fiscaux, dans la poche de celles et ceux qui auront encore les moyens de confier leurs économies au « trou » républicain. En attendant, on va continuer l'entreprise de démolition du modèle social français qui, paraît-il, est envié par de nombreuses autres économies. C'est tout et le contraire de tout ! Laurent Fabius a enfin ajouté qu'il y avait un « troisième levier inévitable: celui de l'impôt », que le président refuse de regarder en face.
En effet, alors qu'il faudrait remettre à la une, dans cette terrible période de crise sociale, la solidarité, Nicolas Sarkozy s'efforce de démontrer qu'il est opposé à ce principe. Haro sur les impôts dont on oublie de rappeler qu'ils constituent le fondement de la République. Dramatique discours que celui qui explique aux Françaises et aux Français que l'école, les universités, la recherche, la santé, la justice, la sécurité... vont, conformément aux annonces présidentielles, devenir prioritaires, sans que celles et ceux qui le peuvent y contribuent sur le principe de la progressivité et de l'équité. Alors qu'il faudrait défendre, durant une période difficile, un « effort de guerre économique », il expliqué, devant des parlementaires qui hurleront quand on taillera dans les crédits de 2010 sur leurs territoires, que tout se ferait sans aucune solidarité. Absurde. Démagogue. Dangereux.

LA REPUBLIQUE BAFOUEE
La révolution avait modifié le cours de l'inégalité, radicalement. La suppression des privilèges d'ordre et de classe, ainsi que la suppression de la dîme et des droits féodaux contribuèrent à l'instauration de nouvelles bases de calcul dans l'application de l'exercice fiscal. Deux mesures notables : le calcul de la contribution foncière, ramené sur la base des revenus nets de la terre, et non plus sur la base des revenus bruts, permit aux gens de respirer un peu, de même que le calcul d'une taxe de capitation en fonction du train de vie du contribuable réduisit considérablement la contribution d'individus à revenus limités. Mais ce système, et toutes ses autres applications (patentes, impôt sur les activités commerciales; contribution des portes et fenêtres, impôt sur les ouvertures des maisons visibles de l'extérieur ; l'enregistrement et le timbre, les taxes sur tous les actes notariés...), n'était pas viable, à cause de nombreuses lacunes, - notamment la suppression des impôts indirects- très importantes pour l'alimentation du Trésor public.
Aujourd'hui, le système fiscal serait encore à repenser selon certains. Les revenus du travail sont toujours taxés à des niveaux élevés, tandis que la fiscalité sur les profits des entreprises se situe à des niveaux inférieurs à ceux qu'appliquent la plupart des pays voisins... Pour d'autres, le système fiscal actuel, sans être parfait, s'est largement amélioré au cours de l'histoire. Ses innovations, telles que l'impôt sur le revenu, l'impôt de solidarité sur la fortune (ISF) ainsi que la taxe sur la valeur ajoutée (TVA) constituent l'un des régimes fiscaux les plus satisfaisants d'un point de vue économique.
Mais quoi qu'en pensent les uns et les autres, on s'entend toutefois sur le fait que l'impôt, nécessaire à la structure sociale d'un pays, a bien sa raison d'être. Ceci étant dit, permettons-nous de râler encore un peu, histoire de s'offrir cette mince consolation thérapeutique ! L'emprunt ne changera pas d'un iota la réalité, car il faudra bien un jour ou l'autre, après 2012 payer l'ardoise, pour des effets d'annonce à crédit ! Nicolas Sarkozy a jeté l'opprobre sur les élus locaux. Non seulement il les a présentés comme des gaspilleurs, des trop payés, des laxistes, alors que tout au long de son discours du trône, il a expédié vers eux toutes les dépenses indispensables au quotidien. Il a refait le sketch de celui qui creuse un trou pour boucher celui qu'il a antérieurement creusé!
Mais je déblogue...

 

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23 juin 2009 2 23 /06 /juin /2009 07:17
Il arrive souvent que les montagnes médiatiques accouchent d'une souris sarkoziste. C'est la rançon de cette prétention à faire mousser tant et plus ce que le Président annonce. Il aura de plus en plus de mal à étonner, tellement il galvaude ses apparitions. En se faisant omniprésent, il finit par effacer tous ses effets et, dans le fond, tout ce qui était événement devient maintenant banal. C'est probablement, avec la communication d'hier, le début d'une appréciation différente de la stratégie sarkoziste. En voulant trop en faire en sacralisant son intervention devant un Congrès acquis à sa cause, il a été trop haut pour ne pas en subir les conséquences ultérieurement. On ne peut que tomber d'un trône, alors qu'il est aisé d'y monter quand on n'est entouré que de courtisans.
Hier, le Chef de l'Etat s'est « couronné » devant un parterre de représentants du peuple, encore gonflés par les 12 % de votes favorables que leur a accordé le scrutin des Européennes. Il a endossé le costume du Prince Président, avec la jubilation de celui à qui tout sourit et qui ne voit pas pourquoi ça ne continuerait pas, tellement ses adversaires patinent.
Il a donné l'impression de ces chefs cuisiniers qui savent seulement accommoder les restes. Il s'est gavé de mots, de formules ambiguës pouvant laisser accroire qu'il trahissait son propre camp pour lui proposer des doctrines de gauche : éducation, recherche, égalité, liberté, fraternité, service public, laïcité... rien n'a manqué, sauf que les mesures prises depuis des mois vont exactement dans le sens inverse de ces principes. Il a repris ses thèmes de campagne, en les adaptant simplement à l'évolution socio-économique, c'est-à-dire en tentant de démontrer que lui ne fait pas de politique, mais qu'il « gère » par delà les clivages présentés ostensiblement comme artificiels. Références à Michel Rocard, à Jules Ferry et d'autres, mise en évidence de l'importance de la taxe carbone, apitoiement sur le sort dans les prisons, soutien au système français d'amortisseur social de la crise, le ton a été aussi consensuel que possible, mais sonnait creux, comme si tout était, encore une fois, dans les apparences. C'était la venue devant le Congrès qui était importante et, dans le fond, le discours n'avait qu'une importance limitée. Mieux, Nicolas Sarkozy n'attachait aucune importance à son contenu, puisque qu'il était venu pour débiter des banalités destinées simplement à justifier sa prééminence sur le pouvoir législatif. L'opération était simple : « C'est moi le Chef. C'est moi qui gouverne. Si vous ne l'avez pas encore compris, vous allez le savoir dès cette semaine ! ». En fait, il a accentué la pression en insistant sur sa toute puissance sur le gouvernement, et en parlant, contrairement aux annonces antérieures, de « remaniement ». Car, dans la fond, les plus mal à l'aise sous les ors de Versailles étaient les Ministres, et celui qui se prétend le Premier d'entre eux. Ils attendent aujourd'hui le coup de fil qui les sauvera ou qui les expédiera aux oubliettes de l'Histoire.

LA TROUILLE DES MINISTRES
Rares sont ceux qui, en sortant, parlaient réellement des annonces sarkozistes, puisqu'il n'y en a pas eu, mais du sort des unes ou des autres. Il a suffi que Nicolas Sarkozy ait évoqué à trois reprises, le « prochain gouvernement » - des mots qui ne figuraient pas dans la version écrite de son discours - pour semer un vent de panique chez les ministres, et les tenir dans sa main. À la sortie de l'hémicycle, c'était même le sujet de conversation numéro un entre eux. « Cela va-t-il être plus large que prévu ? », s'inquiétait un secrétaire d'État, tandis que Xavier Darcos semblait résigné à rester à l'Éducation nationale...alors qu'il se verrait bien rendre la justice et nommer des Procureurs. Il faut dire que Nicolas Sarkozy en a surpris plus d'un en annonçant lui-même que ce serait pour demain. Un symbole : c'est moi qui fait et défait les Ministres et personne d'autre ! Et en employant le mot de « remaniement », alors que ses conseillers, depuis plusieurs jours, s'escrimaient à minimiser l'événement. L'Élysée ne parlant que d'un « simple réaménagement ».
Qu'en est-il vraiment ? Nicolas Sarkozy, qui s'était concentré ces derniers jours sur son discours de Versailles, n'a évoqué cette échéance qu'en tout petit comité avec ses conseillers, Claude Guéant, Raymond Soubie, Patrick Buisson et le sondeur Pierre Giacometti, les véritables membres du gouvernement, puisque les autres ne sont que des collaborateurs. En fin de semaine dernière, à Bruxelles, le président s'est longuement entretenu de ce sujet avec François Fillon. Les deux hommes ont prévu de se revoir, selon des indiscrétions, aujourd'hui pour « finaliser » leur nouvelle équipe.
Dans les couloirs du Congrès, on ne parlait que de « ça » et pas du tout des mesures absentes. Et les spéculations en tout genre, allaient bon train. « On reste sur l'hypothèse de huit à neuf départs ou changements de portefeuille », avance un ministre dans la confidence, si l'on en croit lefigaro.fr, qui sait de quoi il parle.

UN SYMBOLE C'EST TOUT
Nicolas Sarkozy n'a travaillé que sur des symboles. Il savait que son texte passe-partout serait applaudi, comme l'aurait été un recueil de bons sentiments. Il voulait simplement dominer, toujours dominer, car c'est maladif chez lui. Ces députés, ces sénateurs qui l'ont parfois « oublié », « combattu », « oublié » avant, hier, d'adorer ce qu'ils avaient parfois haï, il les avait devant lui, ramenés au statut de supporteurs obligés. Quelle jubilation ! Quel moment privilégié pour celui qui sait que la revanche reste un moment privilégié de la vie politique. Ils ont applaudi avec enthousiasme, comme à un spectacle de Johnny. Ils se sont levés, comme on le faisait pour les empereurs romains. Ils étaient là, à savourer leur honneur d'être face à lui, et c'était cela l'objectif de la manœuvre.
Grand discours républicain ou simple discours de politique générale empiétant sur le rôle du Premier ministre, les constitutionnalistes étaient partagés après l'intervention historique du président Nicolas Sarkozy devant le Congrès à Versailles. « On ne peut pas dire que Nicolas Sarkozy a prononcé un discours de politique générale comme pourrait le faire un Premier ministre qui engagerait l'existence d'un gouvernement et afficherait un programme de législature », estime le politologue Dominique Chagnollaud. Sauf que sa responsabilité ne sera jamais engagée, et qu'il peut affirmer ce que bon lui semble, sans aucun risque !
Pour Dominique Rousseau, professeur de droit à Montpellier, le chef de l'Etat a exprimé dans son intervention « toute l'ambiguïté de la fonction présidentielle ». Pour lui, il est par ailleurs « paradoxal de voir le président de la République, qui a modifié la Constitution pour pouvoir s'exprimer en personne devant le Congrès, lire devant les parlementaires un message écrit, alors qu'il était possible pour un président, avant la réforme constitutionnelle, de faire lire un message au Congrès ». C'est bien la preuve que le contenu n'avait absolument aucune importance, mais que ce n'était que le « flacon » qui devait donner l'ivresse.
Le discours de M. Sarkozy était plus qu'un discours de Premier ministre, estime pour sa part le conseiller d'Etat, Didier Maus, ajoutant aussitôt: « mais ce n'était pas le discours qu'aurait pu faire un François Mitterrand. Il ne serait pas entré dans un certain nombre de détails et aurait donné une dimension historique plus grande à son intervention", dit-il. « Le président Sarkozy se considère depuis deux ans comme le véritable chef de l'exécutif. Il est resté dans cette logique, a été conforme à lui-même », juge le constitutionnaliste. « C'est un discours qui restera dans les annales du fait même qu'il existe et qu'il n'avait pas de précédent. Cette première constitutionnelle est un événement indépendamment même de son contenu » conclut M. Maus. Impossible de pas partager cet avis : c'était inutile, totalement inutile !
Et c'est bien là tout le problème : on est entré dans l'étiquette de la cour avec ses rites, ses ors et ses courtisans. On sait désormais que le « Président-Prince » peut venir à tout moment pour 500 000 euros faire un acte d'affirmation de son pouvoir. La première tentative aura été la bonne, car elle suppose l'inexistence d'une opposition crédible, puisqu'il était inutile de l'entendre. Elle est mal, car incapable de riposter à un symbole !
Mais je déblogue...

 

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22 juin 2009 1 22 /06 /juin /2009 07:17
En mai 2002, quelques jours après la réélection de Jacques Chirac, un kamikaze fait exploser à Karachi un bus rempli de salariés français de la Direction des constructions navales (DCN), qui travaillaient à la construction de sous-marins pour la marine pakistanaise. 14 morts et 11 blessés graves qui depuis traînent leur misère. Une enquête délicate débute, car il n'y a aucune revendication ce qui parait troublant. De 2002 à 2008, les familles des victimes de l'attentat de Karachi ont surtout été invitées à se taire. A ne pas trop en demander, y compris en matière d'indemnisation. L'épais dossier pénal montre pourtant que l'employeur de leurs pères ou de leurs maris connaissait les risques physiques encourus sur place quand il les dépêchait à Karachi. Une note du service juridique de la Direction des constructions navales (DCN) datée du 17 juillet 2002 tranche froidement : « Les sommes versées ou susceptibles d'être versées sont modestes. [...] Le quantum du préjudice matériel pour la DCN est par contre difficile à évaluer.» Tant pis pour eux, car ils savaient bien où ils allaient ! Certaines veuves ou orphelines ont donc décidé d'en finir avec ce cynisme. Parmi elles, Giselle Leclerc et Magalie Drouet. Les souvenirs de Magalie font froid dans le dos : «Mon père est parti pour retrouver le chantier de Karachi le 26 avril 2002 (deux semaines avant l'attentat). Il avait peur de ne pas rentrer. Il a laissé une liste des actes à accomplir pour le cas où il ne reviendrait pas.» Et de rajouter : « Mon père avait l'habitude de tout scanner et de tout archiver sur son ordinateur portable sur ce qui passait dans son travail à Karachi. On nous a rendu son ordinateur après en avoir arraché le disque dur.»
L'enquête n'avancera véritablement jamais, car le dossier a été confié de 2002 à 2008, au juge Jean-Louis Bruguière, qui instruisait alors l'affaire, et celui-ci, comme l'avocat de l'association SOS Attentats se sont montrés d'une grande discrétion à l'égard de ces femmes. Pendant six années, ces parties civiles d'un procès instruit en France, n'ont jamais pu consulter le dossier d'instruction, qui les intéresse pourtant au premier chef. Entre temps, le juge Bruguière a été candidat UMP aux législatives et aux municipales de Villeneuve sur Lot... avec deux échecs à la clé ! Silence radio et télé sur cette affaire, qui a pourtant récemment donné lieu à un scénario très crédible (mais toute ressemblance avec des personnages existant ou ayant existé ne seraient que pure coïncidence) de la série « Reporters » sur Canal +. On tarde à instruire. On tente de faire oublier les faits. On parle de secret défense.
En France, rien ne filtre et on se contente d'une explication similaire à celle qui justifie la situation économique et sociale actuelle (« ce n'est pas nous c'est la crise mondiale ») avec une affirmation simple : « cet attentat est une affaire intérieure pakistanaise et vient des terroristes d'Al Qaïda » ... responsables et coupables de tout ce qui peut arriver de terrible sur la planète. Comme de toutes manières, ces derniers ne démentiront pas et ne se montreront pas, le risque est minime.

DEUX VICTIMES DESIGNEES
Le dispositif - une Toyota piégée avec un explosif sophistiqué - allait pourtant vite convaincre les enquêteurs de la DNAT (Division nationale antiterroriste) que la France et la DCN étaient directement visées, comme «Libération» le révélait le 27 novembre dernier... sans soulever la moindre attention de la part des autres grands médias. Nul ne veut remettre en cause la version officielle. D'ailleurs, deux islamistes pakistanais ont été condamnés à mort pour « assassinats par explosifs et terrorisme » avant, bizarrement, d'être acquittés par la cour d'appel de la province du Sind dont Karachi est la capitale. Asif Zaheer et Mohammad Rizwan avaient pourtant été condamnés à mort en première instance, le 30 juin 2003, un après l'attentat. La cour d'appel a pourtant estimé que « faute de preuves suffisantes », ils « doivent être remis en liberté sur le champ ». Ces deux islamistes avaient été arrêtés en décembre 2002. Où sont-ils maintenant ? Mystère ! Tous ces faits étalés dans le temps ont été occultés par des médias « oublieux », et plus prompts à parler de la feuille d'impôts du couple Hollande-Royal que des enquêtes « dangereuses » pour la majorité présidentielle alors au pouvoir.
En 2008, il avait néanmoins été révélé qu'un rapport de... septembre 2002 avait mis en cause des milieux militaires pakistanais, et que la mouvance islamiste avait été instrumentalisée pour lancer cette attaque. La police pakistanaise aurait reconnu que les activistes appartenaient à l'organisation Harkat ul Moudjahidine al-Alami, scission totalement « inconnue » d'un groupe islamiste combattant au Cachemire et lié aux services de renseignements pakistanais. Mais l'affaire était classée, avec la même promptitude que le sera la fin tragique des passagers du vol Rio-Paris.
En France, il n'y pas de commission d'enquête parlementaire suffisamment puissante pour troubler la quiétude des services secrets, dont on ne cesse pourtant de constater  l'implication dans tous les coups tordus de la vie politique ! Or, brutalement, on s'aperçoit qu'il y a, pour le moins, un doute sur les versions officielles, car le mystère, 15 ans plus tard, plane toujours sur les commanditaires.

RETOUR DES COMMISSIONS
En enquêtant sur une affaire de corruption au sein de la DCN, un juge saisit une note, baptisée Nautilus, rédigée par un ex-agent de la DST, pour qui l'attentat de Karachi s'expliquerait par l'arrêt de commissions que devait verser la France à des militaires pakistanais, en marge du contrat sur les sous-marins. Les affirmations sont extrêmement précises, et reposent sur des pièces écrites trouvées dans diverses perquisitions, mais dont le bon peuple de TF1 n'aura jamais connaissance... car tout va vite être étouffé ! Or, sur liberation.fr on dresse la distribution des rôles dans cette opération avant l'attentat. Véritablement passionnant !
En 1994, ministre délégué au Budget, Nicolas Sarkozy qui a un trou de mémoire sur son passage dans la gestion financière de la France, donne son feu vert à la DCN, en vue de créer une structure... luxembourgeoise, « Heine », par laquelle transiteront des commissions à l'exportation. A l'époque, ces flux offshore étaient déductibles de l'impôt sur le bénéfice des sociétés, après accord de Bercy. Le feu vert de Sarkozy est strictement logistique : il ne vaut pas autorisation à des fameuses « rétrocommissions » versées à des décideurs français, il signifie encore moins que lui-même en serait éventuellement bénéficiaire. Simplement, Sarkozy autorise alors des virements à l'étranger - discrets, à défaut d'être occultes - dont tout le monde sait qu'ils font l'objet de rétrovirements. Son feu vert est doublé de celui de Nicolas Bazire, alors directeur de cabinet d'Edouard Balladur à Matignon, toujours intime de l'actuel président de la République. Mais aussi de François Léotard, alors ministre de la Défense, désormais pourfendeur de la Sarkozie.
François Pérol (tiens donc !) aujourd'hui nommé dans les circonstances que l'on connaît à la tête du groupe Caisse d'épargne-Banque populaire, ex-secrétaire général adjoint de l'Elysée en charge des affaires économiques, déjà membre du cabinet de Nicolas Sarkozy lors de son second passage à Bercy (en 2004), a été au moins... administrateur de la DCN et donc parfaitement au courant des pratiques de l'époque. C'était à la fin des années 90, quand Pérol était membre de la direction du Trésor - et quand valsaient les commissions baladeuses. Mais bien entendu, en tant que haut fonctionnaire, il n'en a jamais entendu parler !
Bien des années plus tard, en 2005, Brice Hortefeux intervient auprès des services fiscaux. Depuis l'adoption de la directive anticorruption de l'OCDE, en 2000, les commissions « offshore » sont proscrites. Mais la DCN entend continuer à les déduire de son bénéfice imposable, sous couvert de « frais commerciaux ». Bercy accepte dans un premier temps, avec un plafond de 15 %. Trop peu pour la DCN, manifestement plus généreuse en matière de grands contrats. Elle charge Hortefeux, alors ministre délégué de Sarkozy au ministère de l'Intérieur, de jouer l'avocat de ce système auprès de Bercy, en transmettant ce courrier : «S'il est bien vrai que des fonds ont transité vers des sociétés au Luxembourg et en Belgique, ceux-ci ont servi, pour l'essentiel, à s'assurer de la rétribution des sources et du paiement de documents confidentiels.» Hortefeux s'exécute, et transmet à son collègue des Finances... Jean-François Copé.
Ce dernier, ministre du Budget, fait répondre à la DCN : «J'ai fait procéder à un examen particulièrement attentif de cette affaire. Les commissions versées ont été considérées comme engagées dans l'intérêt de l'entreprise à hauteur de 15 % du chiffre d'affaires réalisé. Aucun événement nouveau n'étant présenté, le taux de commission admis, particulièrement bienveillant compte tenu des pratiques courantes en la matière, ne me paraît pas pouvoir être remis en cause.» Refus et ultime sursaut chiraquien, Copé qui en a assez d'en prendre plein la gueule en tant que supporteur de Chirac, transmet le dossier au parquet : le fisc est à l'origine du déballage pénal de l'affaire DCN. C'est parti...

CHIRAC SOUS INFLUENCE
Le contrat signé en 1994 porte sur 5,4 milliards de francs, soit 835 millions d'euros. Selon un spécialiste, les commissions prévues officiellement sont de 6% pour deux décideurs pakistanais, et 4% pour l'intermédiaire syrien, qui devait vraisemblablement verser des « rétrocommissions » en France. Là-dessus, Chirac est élu en 1995 et donne l'ordre de cesser le versement des commissions. Il pense, à tort ou à raison, qu'une partie des fonds a été destinée au financement de la campagne de Balladur. A ce stade, une partie des fonds a déjà été versée à une banque suisse, qui les a transférés à deux sociétés panaméennes dont on ignore tout. On trouvera d'ailleurs bientôt, car, vous le savez, le Président Sarkozy est un ardent pourfendeur des paradis fiscaux et du trafic financier via des pays qu'il voue aux gémonies. L'attentat serait donc un message « fort » adressé à la France.
Auparavant, deux incidents étaient passés inaperçus: un membre du consulat français avait fait l'objet d'une tentative d'enlèvement, et une bombe avait été découverte sous la voiture d'un autre officiel français. Bien sûr, les Pakistanais ont immédiatement mis l'attentat de Karachi sur le dos des islamistes. Mais il est apparu que l'explosif utilisé était d'origine militaire, et que leur histoire ne tenait pas debout. Aujourd'hui, 15 ans plus tard, on est incontestablement face à une affaire d'Etat... au moins aussi sombre que celle des vedettes de Taiwan, des listings de Clearstream, des fonds des casinos pour Pasqua, puisqu'aucune de ces embrouilles financières n'a causé la mort de 14 Français !
Il faut remarquer qu'il y a d'étranges coïncidences médiatiques, car au moment où éclate une vérité potentielle sur l'attentat de Karachi et ces histoires de financement occulte de la vie politique française, les journaux évoquent les liens financiers entre Jacques Chirac et Omar Bongo. Un nouvel avertissement sans frais, au cas où certains voudraient divulguer ce qu'ils savent. On est dans le fameux jeu enfantin : « je te tiens, tu me tiens par la barbichette !.. » L'avocat des familles de victimes pourrait en effet demander dans les prochaines semaines les auditions de M. Balladur et Jacques Chirac.
« C'est ridicule (...) c'est grotesque (...), qui peut croire une fable pareille ?", a répondu le président français vendredi à la presse, à l'issue du Sommet européen à Bruxelles. "Si vous avez des éléments, donnez-les à la justice!" a-t-il lancé, agacé. Chiche. Mais il sait bien que dans quelques temps la passivité des Françaises et des Français conduira à la suppression des juges d'instruction, et au verrouillage complet du système judiciaire. Il suffit de nier et de menacer pour remettre le couvercle sur cette affaire explosive. Surtout pour les pauvres 14 victimes.
Mais je déblogue...
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20 juin 2009 6 20 /06 /juin /2009 07:17
Un article du Monde.fr rappelle de manière très intéressante les rapports entre le Roi de France et le Parlement, qui avait été partiellement élu au suffrage censitaire. Cette évocation historique mérite d'être rappelée à quelques heures de l'arrivée à Versailles, en limousine, d'un certain Nicolas Sarkozy, venant délivrer un message politique au Congrès, réuni pour la circonstance. Cette lubie présidentielle coûtera environ un demi-million d'euros aux contribuables pour un message d'une petite heure : c'est plus cher qu'un gala de Johnny Hallyday ! En effet, lundi à 15 heures, le Président de l'Assemblée nationale ouvrira la séance, et il appellera le chef de l'Etat à la tribune : "Monsieur le président de la République, au nom du Congrès du Parlement, je vous souhaite la bienvenue. Vous avez la parole." A l'issue de la délivrance de la bonne parole, il suspendra la séance, et raccompagnera Nicolas Sarkozy, avec M. Larcher et M. Fillon comme aides de camp, laissant les représentants du Peuple à la buvette.
Ce sera une grande première que personne n'avait osé s'offrir. Même pas de Gaulle ! En juillet 2008, Nicolas Sarkozy a fait modifier la Constitution afin de pouvoir s'exprimer devant les parlementaires et s'offrir une tribune démontrant son pouvoir vis-à-vis des élus de base. Interrompue sous la IIIe République d'Adolphe Thiers, en 1873, la pratique des discours du chef de l'exécutif au Parlement va donc connaître une restauration télévisée, et abondamment relayée par tous les médias. Il a donc fallu réinventer le "protocole de Versailles". Celui-ci a été consigné à l'issue de plusieurs réunions entre les services de l'Assemblée et le cabinet du président de la République. M. Sarkozy le voulait "digne". On a été obligé de le fixer dans le marbre, grâce à une réunion spéciale du Conseil constitutionnel. Le Congrès adoptera en effet, dans la matinée de lundi, une modification de son règlement afin que le président de la République puisse prendre la parole dans l'après-midi. Celle-ci doit être validée dans la foulée par le Conseil constitutionnel, convoqué à cet effet. Problème : avisés tardivement de cette séance exceptionnelle, plusieurs "Sages" étaient pris par des obligations auxquelles ils ne pouvaient se soustraire. Seuls six des neuf membres pouvaient être présents lundi midi, alors que la règle du quorum réclame la présence de sept juges. C'est grâce à Jacques Chirac, membre de droit en tant qu'ancien président de la République, qui s'est libéré, que le quorum pourra être atteint. Et que Nicolas Sarkozy pourra intervenir... comme le faisait le Roi de France il y a plus de deux siècles.
En effet, la Constitution du 14 septembre 1791 avait, la première, établi les "relations du corps législatif avec le roi". Il pouvait, chaque année, "faire l'ouverture de la session et proposer les objets qu'il croit devoir être pris en considération". Pour marquer la séparation des pouvoirs entre l'exécutif et le législatif, la Constitution républicaine précisait : "Toutes les fois que le roi se rendra au lieu des séances du corps législatif, il sera reçu et reconduit par une députation (délégation). (...) Dans aucun cas, le président (du corps législatif) ne pourra faire partie d'une députation." Ce principe ne sera même plus respecté, puisque le Président du Congrès servira d'accompagnateur au Président de la République, faisant ainsi acte d'allégeance ! Aucun membre du Congrès ne sera autorisé à intervenir pendant sa déclaration ni à l'issue de celle-ci. Ce n'est qu'après que M. Sarkozy aura été reconduit que la séance pourra être reprise. Chaque groupe parlementaire - quatre à l'Assemblée nationale et cinq au Sénat - disposera d'un temps d'intervention de dix minutes, et le premier non-inscrit qui en aura fait la demande disposera de cinq minutes. Il n'y aura aucun vote.

AU SECOURS MONTESQUIEU
Pour Montesquieu, le type de régime importait peu, pourvu que ce ne soit pas le despotisme qui refusait toute séparation des pouvoirs. Pour lui, la république présente des risques de dérives en raison de la démagogie ; c' est donc un régime à éviter ; de plus, se reposer sur la vertu de tous en fait une quasi utopie... On n'est pas loin de cette appréciation dans la situation actuelle. Il expliquait aussi que la monarchie risquait toujours, en raison de la simple distribution des pouvoirs entre législatif et exécutif (pas de séparation des pouvoirs), de dériver vers le despotisme. Pour éviter cela, il fallait que la monarchie soit modérée. Cette modération s'opérait par la présence d'intermédiaires ayant une troisième puissance, la puissance judiciaire, indépendante des deux autres (exécutive / législative). La monarchie modérée était donc pour lui le meilleur des régimes. Nous y sommes depuis l'avènement de la Vème République
Par conséquent, Montesquieu ne préconisait pas une séparation des pouvoirs totale, mais une séparation des pouvoirs limitée (que la doctrine qualifiera par la suite de séparation des pouvoirs souple). Néanmoins, avec l'évolution des régimes, on ne peut plus aujourd'hui garder cette classification : on peut difficilement classer dans un même régime les monarchies telles que le Royaume-Uni où le roi est effacé et les monarchies comme le Maroc où le roi, au contraire est, de fait, à la tête de l'exécutif. Cependant, on a gardé de cette classification de Montesquieu la distinction entre les régimes de séparation des pouvoirs (connotation positive) et les régimes de confusion des pouvoirs (connotation négative). Il serait intéressant de connaître son analyse de la situation actuelle où, de fait, il n'y a bientôt plus que des frontières ténues entre les diverses formes de pouvoir. Ce Congrès réduit au rôle de chambre d'écho des volontés présidentielles prend des allures inquiétantes que, bien évidemment, personne ne voudra voir, en raison du caractère abstrait des menaces qu'il porte. On est sur des principes républicains et... ça n'intéresse personne en cette époque, où les contre pouvoirs locaux sont de plus en plus présents dans la vie quotidienne, sur tous les sujets.

DISSOLUTION ET CENSURE
Le critère principal d'un régime parlementaire est l'existence de moyens d'action réciproques entre l'exécutif et le législatif. Ainsi, ils ont des moyens de révocabilité mutuelle. Dans les faits, ce n'est plus le cas en France, puisque le Président n'admet même plus le débat autour de ses positions : il les annonce et s'en va !
La mise en jeu de la responsabilité du gouvernement devant le parlement (ce mécanisme de mise en jeu de la responsabilité permet au législatif de s'opposer à l'exécutif et à sa politique en le renversant) n'a pas lieu d'être, puisque le Président n'a en rien à rendre compte de ses décisions devant le Congrès, alors qu'il peut décider seul de la dissolution de l'Assembleé nationale. Cette mise en jeu de l'existence de l'exécutif, qui n'est pas, dans le droit français, le Président de la République, peut intervenir, par contre, à l'initiative du législatif, à travers la motion de censure (vote censurant le gouvernement par une majorité renforcée). Or en France, depuis 2 ans, la politique est décidée chaque jour par le Président qui, dans les faits, n'en supporte pas les risques vis-à-vis de sa majorité. Il pourrait annoncer à l'Assemblée ce qu'il veut, faire n'importe quelle annonce, sans que les représentants des Françaises et des Français puissent même manifester leur désaccord devant lui ! Extraordinaire République que celle qui nous a été concoctée !
La mise en œuvre du droit de dissolution (l'exécutif remet en cause le législatif en procédant à la dissolution d'une chambre ou de l'ensemble du parlement) appartient, par contre, au seul Nicolas Sarkozy.
Le peuple devrait alors jouer le rôle d'arbitre entre les pouvoirs : soit il réélit la même chambre (par exemple, au début de la IIIe République, après la dissolution de la chambre par Mac Mahon, celui-ci dut se soumettre face à une chambre de même bord) soit il soutient l'exécutif en changeant le bord politique de l'assemblée (par exemple les dissolutions de 1981 et de 1988 par le Président de gauche nouvellement élu, François Mitterrand). On a même vu Chirac dissoudre l'assemblée et... dissoudre sa propre majorité : un exemple d'erreur manifeste de jugement ! Mais lundi, il n'y a aucun risque de ce genre, car tout est désormais inutile, puisque le Président n'est responsable de ses décisions que vis-à-vis de lui-même ! Ce qui, tout de même, est extrêmement confortable. Lundi, la leçon de modestie sera exemplaire dans le temple du Roi Soleil
Mai je déblogue...
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19 juin 2009 5 19 /06 /juin /2009 07:17
Les socialistes français avaient basé toute leur campagne européenne sur le rejet d'un duo politique dont ils avaient lié le sort : Sarkozy-Barroso. Ils ont fait une grave erreur en pensant que les électrices et les électeurs, s'ils connaissaient le premier allaient construire leur vote sur l'avenir du second. En fait, peu d'entre eux savaient le rôle de Barroso à l'échelle du continent, et surtout en quoi consiste véritablement son poste de président de la commission européenne. Le PS a tablé sur une citoyenneté en déliquescence en France au fil des scrutins. Le Peuple ne se prononce plus que sur des « images d'Epinal » politiques, sur des appréciations affectives, sur des sentiment globaux, mais surtout pas sur des réalités, sur des raisonnements ou sur des appréciations objectives. En effet, quasiment personne ne connaît véritablement le parcours politique de celui auquel on a confié le destin de l'Union européenne et donc la lutte contre la crise.
José Manuel Durão Barroso est un juriste, formé notamment à l'université de Genève, où il fut l'assistant du professeur Dusan Sidjanski à l'Institut universitaire d'études européennes. Jeune homme, il se situe à l'extrême gauche radicale de l'échiquier politique, comme président des étudiants maoïstes (MRPP) lors de la révolution des œillets en 1974. Il a donc un parcours qu'aucun homme de droite français ne tolèrerait pour un... socialiste français, comme ce fut le cas pour ce pauvre Lionel Jospin dont le passage chez les Trotskistes fit grand bruit. Là, en revanche, c'est le silence radio, et les plus radicaux des libéraux admettent volontiers de confier l'Europe à un ex-maoïste, reconverti à l'économie de marché. José Manuel Durão Barroso a ensuite fait son entrée dans le « social opportunisme » en soutenant le socialiste Mario Soares, avant de basculer vers le Parti social-démocrate de centre droit. En 1979, il fonde l'Association universitaire d'études européennes... et devient donc un adversaire de celui qu'il avait aidé antérieurement. Barre à tribord toute !
Son parcours politique commence en effet en 1980, lorsqu'il devient membre du parti social démocrate (PSD). Il est élu président du parti en 1999 et réélu à trois reprises. Il a été vice-président du Parti populaire européen pendant cette même période. Il se veut « modéré, réformateur et anti-étatiste » ce qui le rapproche toujours plus de l'opinion dominante européenne, et lui permet d'effacer ses « erreurs de jeunesse »
Il a été ministre des Affaires étrangères de 1991 à 1995. Mais le gouvernement défait par les socialistes, il quitte le Portugal pour les États-Unis d'Amérique, pour parfaire sa formation à l'université de Georgetown.

ERREUR DE CIBLE
Après avoir gagné les élections législatives de mars 2002, il est chargé de former le gouvernement portugais et de trouver une majorité pour le soutenir. Son parti, le Parti populaire démocrate/Parti social-démocrate (Portugal) PPD/PSD, avec 40,12 % et 102 sièges sur 230, devra cependant s'allier avec le Parti de centre droit du CDS/PP (Portugal) Centre Démocratique Social/Parti populaire qui ont obtenu 8,75 % des voix et 14 sièges. Il occupe ce poste jusqu'à sa nomination à la présidence de la Commission européenne en juillet 2004...où il donnera son sens à la formule « une concurrence libre et non faussée ».
Ce transfuge de l'extrême gauche passé au libéralisme le plus débridé va se construire une image de Président d'une commission européenne technocratique, se réfugiant en permanence derrière la nécessité de rechercher le plus petit dénominateur commun entre 27 pays aux intérêts divergents. Les socialistes, qui ne s'étaient pas opposés à sa nomination, au nom de l'alliance toujours possible avec le centre, semblent avoir changé d'avis, compte tenu du silence étourdissant de l'Europe de Barroso en cette période de crise sociale. Ils ont cru que sa politique serait condamnée par une majorité de Françaises et de Français, alors qu'elle n'est véritablement connue de personne.
Les chefs d'Etat l'aiment bien, car il ne leur fait pas trop d'ombre. Il a donc recueilli encore une fois un consensus mou favorable. S'il a en effet obtenu le soutien des dirigeants de l'UE pour un second mandat à la tête de la Commission européenne, José Manuel Barroso va devoir, à présent, mener une dure bataille pour obtenir la confirmation des eurodéputés, dont certains lui sont très hostiles. L'ancien chef du gouvernement portugais de 53 ans, s'est donc, d'ailleurs, gardé de crier victoire lors du sommet européen qui l'a mis sur les rails pour égaler le record de longévité du socialiste français Jacques Delors, qui régna de 1985 à 1995 sur l'influente Commission. "Ce sera au Parlement de décider", a-t-il sobrement déclaré, ce qui, en langage diplomatique, veut dire qu'il sait qu'il est cuit, sauf à mener des tractations délicates pour répartir le « gâteau » des postes européens.

LES IRLANDIS ARBITRENT
La décision unanime des chefs d'Etat et de gouvernement de l'UE d'appuyer sa reconduction s'apparente plus à un choix par défaut qu'à un cri du coeur. José Manuel Barroso se voit reprocher tout à trac de manquer de dynamisme, d'avoir tardé à réagir à la crise financière ou d'être trop docile face aux grands Etats de l'UE, ce qui est un doux euphémisme. Le président français Nicolas Sarkozy lui a d'ailleurs rendu un hommage à double tranchant.
Tout en saluant le travail « extrêmement positif » accompli jusqu'ici par José Manuel Barroso, il s'est félicité de « l'inflexion intéressante » du programme du Portugais pour les 5 ans à venir vers des préoccupations chères à la France, comme la politique agricole commune. Le problème, pour le président de la Commission, est aujourd'hui le calendrier. Il souhaite être fixé le plus vite possible sur son sort, avec un vote du Parlement européen dès sa session inaugurale à la mi-juillet. Mais l'entourage de José Manuel Barroso n'exclut plus de devoir prendre son mal en patience jusqu'à l'automne, compte tenu des divisions que suscite le Portugais parmi les eurodéputés, ce qui va, de toutes les manières, mettre la politique européenne en stand-by, en une période où il faudrait des réactions rapides et fortes.
Sa famille politique actuelle encore plus conservatrice que la précedente a certes remporté les dernières élections, mais elle n'a pas, à elle seule, une majorité suffisante et doit nouer des alliances. Qui plus est, José Manuel Barroso entend trouver un « soutien élargi » au sein du Parlement, dépassant donc le seul camp de la droite... et il lorgne donc vers les socialistes qui peuvent fort bien se diviser, une fois encore, sur le sort de cet ex-maoïste reconverti. La deuxième force politique du Parlement refuse, pour l'instant, de se laisser forcer la main. Ses dirigeants veulent attendre, pour se prononcer, d'être fixés à l'automne sur l'issue du nouveau référendum sur le traité de Lisbonne, prévu en Irlande, qui réformera la Commission... car dans l'hypothèse probable où les Irlandais reviendraient sur leur vote négatif, le contexte changerait, et l'Europe s'engagerait sur une autoroute pour le libéralisme ambiant.

LES RECOMPENSES A VENIR
Les gouvernements européens vont, du coup, devoir s'employer à faire pression sur leurs propres eurodéputés. En particulier, les chefs de gouvernement socialistes espagnol, José Luis Rodriguez Zapatero, et portugais José Socrates, qui soutiennent José Manuel Barroso, mais dont les troupes sont beaucoup plus hésitantes. « Ils ont dit qu'ils allaient travailler au corps leurs députés », résume un haut responsable belge qui préfère resté discret. Il faut aller vite, et ne pas laisser s'organiser une éventuelle opposition crédible. José Manuel Barroso redoute, en effet, qu'en cas de report des décisions à l'automne, le délai soit mis à profit par ses adversaires pour tenter de monter une candidature rivale contre lui.
Le chef de file des écologistes au Parlement, Daniel Cohn-Bendit, s'y emploie pourtant avec vigueur, en promouvant l'ancien Premier ministre libéral belge Guy Verhofstadt. Lequel ne cesse de critiquer le bilan de José Manuel Barroso, et a même écrit un bouquin pour le dire. Tout le monde sait que tout se jouera sur la distribution en coulisses des seconds rôles. La présidence de la Commission européenne n'est en effet que l'un des nombreux postes européens de premier plan qui restent à pourvoir dans les mois à venir, et devraient donner lieu à de délicats marchandages. Par exemple, la présidence du Parlement devrait revenir au Polonais Jerzy Buzek, mais il reste à attribuer la fonction de diplomate en chef de l'UE, voire la présidence stable de l'UE en cas d'entrée en vigueur du traité de Lisbonne. Pour ce dernier poste, le chef du gouvernement italien Silvio Berlusconi a relancé vendredi le nom de Tony Blair, en jugeant que l'ex-Premier ministre britannique serait "la personnalité idéale".
On tente de détourner les eurodéputés de leurs louables intentions d'opposition, en allant puiser des voix dans les pays les plus fragiles politiquement. Et pendant ce temps, la démolition continue... Nicolas Sarkozy a vite rappelé le rôle éminent qu'il remplissait au plan européen, surtout après la large majorité de 12 % des électrices et des électeurs qui ont fait confiance à ses listes. Le chef de l'Etat français a tenu à souligner que le soutien politique exprimé par les 27 pays membres de l'UE en faveur d'un deuxième mandat de M. Barroso à la tête de la Commission était « unanime » et partagé, y compris par les
« Premiers ministres socialistes autour de la table ».

Toutefois, a ajouté M. Sarkozy, « je me suis permis de dire à dîner que ce soutien ne devait pas être compris comme un message d'immobilisme » et « que ça devait changer ».
Le président français a également estimé que la confirmation de la nomination de M. Barroso par le Parlement européen, souhaitée dès le mois prochain par le Conseil européen, devrait « bien se passer », malgré la défiance exprimée par les députés socialistes et écologistes qui siègent à Strasbourg. Il a sûrement des indications que ses collègues n'ont pas sur les vertus de l'ouverture... Par exemple, il doit compter sur Bernard Kouchner ou Jack Lang pour aller pêcher des voix dans le camp adverse, et affirmer publiquement qu'il n'y a pas plus socialiste qu'un ex-maoïste converti au libéralisme débridé. Ils savent en effet de quoi ils parlent !
Mais je déblogue...

 

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Published by Jean-Marie DARMIAN - dans ACTUALITE
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