Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog

Texte Libre

LES STATISTIQUES

VISITEURS UNIQUES

1 074 692

PAGES LUES

7 113 288


MAIS JE DEBLOGUE...

Archives

21 juin 2008 6 21 /06 /juin /2008 08:42
Mille ! Aujourd'hui je mets en ligne selon le compteur officiel d'over-blog ma millième chronique. Il n'y a guère eu de défaillance quotidienne malgré des emplois du temps démentiels et des inquiétudes sur le sujet quotidien à trouver. J'avoue humblement que je suis simplement heureux d'avoir tenu bon depuis le 1° septembre 2005 pour tenter, à partir de faits puisés dans les multiples sources d'actualité désormais disponibles, de bâtir une vision différente de ce que l'opinion dominante attend chaque jour. En effet on ne « part » plus chercher des informations mais on donne un « produit » correspondant à ce qu'attend le public. Il veut du glamour, le rédacteur ne va pas plus loin : il lui fabrique du glamour ! Il se régale avec de l'horreur : la rédaction privilégie immédiatement la femme découpée en morceaux ou les voitures des braves gens brûlées sans raison apparente. Il se délecte d'effets d'annonce lui promettant un avenir souriant : on lui donne des effets d'annonce quotidiens. Inutile de contrôler quoi que ce soit, de hiérarchiser rigoureusement, les patrons ont tellement peur de perdre du lectorat, de l'audimat ou de l'auditorat qu'ils laissent prendre tout événement plus ou moins sensationnel tout pour argent (inexistant) comptant. Il aime que les grands de ce monde se déchirent : l'appareil du reporter scrute leurs disputes même dérisoires ou subalternes. Plus rien en correspond à une véritable enquête sérieuse, fouillée, argumentée, précise mais on diffuse de plus en plus des « impressions » des « sentiments », des « apparences ». On diffuse ou on imprime de l'a peu près globalisé permanent !
L'AUTRE QUOTIDIEN ne prétend pas changer cette donne, ne souhaite pas prétendre à la vérité, ne veut surtout pas donner de leçons mais il veut tout bonnement démontrer qu'il peut y avoir une autre lecture de faits avérés et que le journalisme n'est qu'un agencement subjectif de faits réputés intangibles. La démocratie meurt, lentement étouffée par l'indifférence, par une absence totale de décodage d'un système médiatique omniprésent qui n'est en fait qu'un théâtre de Guignols dont on ne voit ni les véritables acteurs, ni les auteurs, ni les manipulateurs. L'AUTRE QUOTIDIEN reste une sorte de révolte contre cette culture médiatique standardisée et dominante qui fait et défaits les pouvoirs !
Mille chroniques sûrement inégales et parfois ans véritable intérêt. Mais tant pis, c'est la loi du genre et il faut accepter que parfois en pleine nuit après 17 ou 18 heures consacrées aux autres je ne sois pas avec l'esprit assez clair pour analyser doctement des « informations » contradictoires ou très partielles. Ce sont plus de 3 000 heures consacrées à ce que je considère comme un acte citoyen plutôt qu'un acte vaniteux.
Lassé de constater, pour avoir vécu la réalité journalistique de l'intérieur, l'absence totale de critique possible à l'égard d'un milieu sûr de lui, dominateur, prêt aux représailles, prêt à « tuer » au nom d'un droit souverain à diffuser ou à ne pas diffuser ce qui doit devenir une vérité je lutte à ma manière contre cette pression permanente sur tous les acteurs sociaux actifs. Les médias ne sont plus véritablement des contre pouvoirs « pédagogiques e' formateurs mais des contre pouvoirs ciblés et manipulés car ils n'ont plus les moyens financiers et humains de vivre autrement.
J'éprouve un sentiment permanent d'injustice en constatant que la puissance sociale ne repose plus sur l'intelligence, la raison, la rigueur, la loyauté mais sur le fric, la frime, la superficialité et la triche. Les complicités sont partout mais il ne faut surtout pas l'écrire, le dire, ou le montrer car c'est se prendre pour un autre... un donneur de leçons agressif qui ne mérite qu'indifférence et mépris.
LE DANGER DE L'AUTOCENSURE
J'ai accompagné durant des semaines, les chroniques que quelques échos sur la face cachée le l'iceberg politique. J'ai bien failli y perdre tous mes amis et surtout j'ai réussi à me créer des dizaines d'ennemis. Selon un principe, qu'un célèbre camarade socialiste répète quand on évoque avec lui son parcours, je n'arrivais plus à concevoir que « mes amis d'aujourd'hui soient mes ennemis de demain et mes ennemis d'aujourd'hui puissent devenir mes amis de demain ! ». Il est vrai que cette recette permet de survivre à tous les traquenards mais le matin devant une glace il faut vraiment se regarder dans une glace en ébène massif ! Il faut aussi convenir que le danger repose de plus en plus sur la clarté et la franchise... dans un monde où il faut être transparent pour espérer durer. C'est mon regret que celui de ne pas pouvoir fournir à environ 950 lectrices et lecteurs quotidiens quelques clés pour leur permettre de « décoder » ce qu'ils prennent trop souvent pour des certitudes alors qu'il ne s'agit que des petits arrangements entre amis.
La rubrique a fini par disparaître sans qu'il n'y ait eu d'autres pressions... qu'amicales ! Vous savez celles que l'on vous glisse au téléphone, celles que l'on vous signifie au petit matin en tête à tête lors d'un rendez-vous discret, celles qui vous mettent en porte à faux avec une fidélité à des idées. Lentement comme le veut une tradition bien française vous développez le syndrome de l'autocensure, celle qui devient le lot commun dans bien des médias. J'ai eu honte durant quelques semaines d'avoir renoncé alors qu'il y a mille et une autres manières anonymes de poursuivre ce travail de déshabillage des tenues de camouflage. Dans le fond j'ai retrouvé la tranquillité de celles et ceux qui savent mais se disent qu'il vaut mieux qu'ils oublient qu'ils savent.
C'est bel et bien spécifique d'une époque voulant que l'on se contente d'une opinion dominante fabriquant un consensus « mou » souhaité par la majorité si l'on se fie aux sondages. Il règne une atmosphère délétère dans une société qui refuse tout ce qui peut déranger. L'installation majoritaire dans le « ça ne nous regarde pas ! » saupoudré de la nouvelle devise républicaine « maison, gazon, télévision » permet de dormir en paix et je l'avoue c'est parfois confortable et appréciable ! Inutile de se prendre pour Zorro car le rôle conduit en vérité à la pendaison politique haut et court !
UN OUBLI REVELATEUR
Et de 1000 avec bientôt un million de pages lues ce qui demeure étonnant puisque si SUD OUEST ou les journaux nationaux font référence à divers blogs ils oublient souvent les chroniques de L'AUTRE QUOTIDIEN. mais c'est normal on préfère citer les déjà connus prenant des positions habituelles car c'est plus confortable que de citer un « inconnu » basique qui ne fait pas des « coups » médiatiques mais tient la route régulièrement, sans faiblesse car il est considéré comme un train qui arrive à l'heure ! Pas une seule citation dans la presse alors que L'AUTRE QUOTIDIEN a occupé durant des semaines la première place des blogs politiques d'over-blog... mais personne n'y a prêté attention pas plus que les 300 abonnés quotidiens n'interpellent les autres médias. C'est en fait l'illustration des trains qui arrivent à l'heure ! Pas une seule citation dans la presse alors que L'AUTRE QUOTIDIEN a occupé durant des semaines la première place des blogs politiques d'over-blog... mais personne n'y a prêté attention pas plus que les 300 abonnés quotidiens n'interpellent les autres médias. C'est en fait l'illustration d'un système qui s'auto-congratule, qui s'auto-nourrit, qui s'auto-promeut. En fait les médias émergeants ne sont intéressants que s'ils s'inscrivent dans la politique de développement du média lui-même.
C'est un constat sans amertume mais une réalité du fonctionnement d'un système qui demande toujours aux mêmes de venir faire un petit tour sur ses estrades afin de s'assurer de son taux d'audience. Il vaut mieux un homme et une femme porteur de la parole dominante et surtout qui assassine son propre camp pour attirer la clientèle. On va aller chercher la contribution que l'on veut pour donner une certaine idée du sujet à traiter. Si l'on observe sur un an les invités des plateaux télé ou des émissions de radio on trouve pas plus de quelques dizaines d'habitués... On ne va jamais chercher la différence sauf si elle st agressive ou auto-destructrice ! Les donneurs de leçons ont le privilège du commentaire car ils offrent une garantie de recette !
LA TENTATION DE RENONCER
Un millier de chroniques c'est souvent la tentation de renoncer en raison du faible retour que l'on en a. Bine costaud celui qui ne se pose pas de questions sur le rapport entre l'investissement que représente cette gageure et les retombées obtenues. Même avec plus de 3 000 commentaires il faut bien convenir que c'est très peu. Les textes ne sont pas assez provocateurs ? Le taux de lecture est insuffisant ? les contenus n'apportent rien ? Il faut avoir le courage de se poser ces questions car elles ont l'avantage de ramener aux réalités. Il ne faut pas rêver l'impact d'un quotidien est bien moindre qu'une prise de position occasionnelle qui fait événement. C'est la rançon de la régularité qui banalise totalement les contenus. Des textes trop longs, dans une société du zapping doivent décourager beaucoup d'entre vous ! Au moment de passer le cap 1 000 je doute de l'avenir de cette formule. D'autant que j'entretiens un autre blog sur www.jeanmariedarmian.fr qui demande beaucoup moins de travail et a néanmoins un impact aussi grand bien qu'il soit plus factuel. En définitive c'est révélateur d'une société de gens pressés qui oublient le contenu compliqué pour les synthèses plus confortables.
L'autre constat plus inquiétant repose sur la faiblesse relative des commentaires suivant un papier. Pourquoi ? En dehors des partisans convaincus et des adversaires résolus personne ne pose des posts réguliers. C'est parfois décevant car même un rectificatif, un mot différent pourraient améliorer la perception que l'on peut avoir de la démarche quotidienne. Une amie niçoise me faisait remarquer qu'elle est parfois déçue de na pas avoir de débat s'organiser autour d'un sujet traité. C'est significatif d'une société qui « admet » qui subit mais qui ne se manifeste plus. C'est d'autant plus étonnant que je m'interdis de mettre la moindre réponse à une prise de position sauf si elle est incohérente, si elle constitue une pub personnelle ou si elles est extrémiste !
Et de 1000 : c'est un effort incessant, c'est une volonté militante plus lourde à assumer que de lever la main dans un groupe, que de signer un texte écrit par d'autres, de critiquer autour d'une tablée familiale ou amicale. J'ignore si j'aurai encore la volonté de continuer à la rentrée car parfois il faut des signes forts pour relancer des machines défaillantes. Alors, pour cette millième chronique, donnez enfin votre avis... car elle n'existera que par ce que vous voudrez bien lui apporter. A vous de lui donner l'élan nouveau dont elle a besoin !
Mais je déblogue... Pour la millième fois !
Repost 0
Published by Jean-Marie DARMIAN - dans PERSONNEL
commenter cet article
17 mai 2008 6 17 /05 /mai /2008 18:39
L'avantage du monde actuel c'est qu'en quelques heures d'avion on peut changer de repères, perdre ses certitudes et assouvir sa soif éventuelle de découverte en inversant le rapport habituel que l'on a à la connaissance. La réussite d'un voyage quel qu'il soit dépend en effet de la capacité que l'on a à devenir modeste et à admettre que l'on apprend toujours des autres. Si l'on part pour essayer de retrouver ce que l'on sait et ce que l'on veut on est forcément déçu. Malheureusement le système actuel des déplacements groupés organisés ne favorise pas l'enrichissement culturel car il ne propose souvent que du « prêt à porter » dont il est difficile d'apprécier la véritable valeur. Par « culture » personnelle je préfère simplement regarder vivre les gens pour tenter de déceler les parcelles authentiques permettant de constituer le puzzle de la réalité. Il n'y a jamais un lieu qui puisse s'extraire totalement de son environnement humain et l'oublier conduit à se contenter des apparences.
Impossible donc en une poignée de jours au Maroc d'appréhender ce pays dont je n'avais qu'une vision sur papier glacé de magazines. Je n'en ramène donc que des sensations n'ayant pas d'autre valeur que celle de témoigner d'un pays vu par un œil neuf. En s'extrayant du « spectacle » imposé pour s'intéresser à ses à cotés on finit par cumuler les indices d'une évolution probable des idées reçues que l'on transporte dans ses bagages.
En fait je ne reviens qu'avec une certitude : la France première destination touristique du monde a vite intérêt à se remettre au boulot pour conserver sa clientèle car les retombées économiques de cette activité pourraient vite en prendre un coup. Comme bien d'autres destinations dites autrefois secondaires le Maroc progresse à grands pas dans l'accueil, dans la diversification de son offre et plus encore dans le fameux rapport qualité-prix auquel le touriste est très attaché.
Parfaitement organisées autour de la notion nouvelle de patrimoine les propositions marocaines s'affirment avec des sites restaurés, des traditions productives maintenues, une volonté de restaurer une confiance autour de l'authenticité. Il m'a semblé que les axes porteurs que sont « l'itinérance » et surtout la « culture » soient en cours d'exploitation sur des territoires structurés prompts à s'adapter aux besoins des visiteurs. La lourdeur de notre système très cloisonné avec un niveau local, départemental, régional pénalise une image globale forte de la France. La référence au patrimoine architectural s'accompagne d'une dimension humaine faisant singulièrement défaut dans nos propositions touristiques. Partout on accompagne le « produit » du « geste » ce qui donne une dimension particulière à toute la démarche. La France n'a pas maintenu cette valorisation de la création sans laquelle rien n'aurait pu exister ou peut exister. Au Maroc elle apparaît comme essentielle.
L'histoire des traditions et de l'art marocains remonte à l'époque néolithique. C'est durant cette période que les peuples venus de l'Est et du Nord migrent et s'implantent dans cette région, marquant ainsi les prémices de la culture du Royaume du Maroc. L'artisanat marocain d'aujourd'hui puise ses sources dans cet héritage ancestral, modelé par une culture bouillonnante par sa diversité et sa créativité. Ayant été beaucoup épargné par l'industrialisation il a pu maintenir dans une société très « familiale » la transmission des « arts de la main ».
UN SECTEUR ESSENTIEL
Cet artisanat est donc en perpétuelle évolution. Confronté à l'économie moderne, à l'exportation, au tourisme et aux besoins de la population, il allie tradition et modernité grâce à des structures oubliées chez nous : les coopératives. A Fés, les potiers céramistes, les brodeuses, les tisseuses, les fabricantes de tapis... sont organisées pour une fabrication authentique qu'ils commercialisent ensuite collectivement.
Ces réseaux ont permis de maintenir en vie des filière menacées de disparition. Il s'agit cependant d'un patrimoine fragile, faisant partie intégrante de l'histoire marocaine et qu'il est nécessaire de préserver. Regroupant 70 métiers et faisant vivre des milliers de familles, une grande partie de la population serait plongée dans la pauvreté sans l'artisanat.
Du façonnage du bois à la production d'huile d'argan très tendance dans les pays développés , de l'art du tapis au travail du cuir, de la terre ou du métal, une ville comme Fés propose un voyage dans le passé et le présent du Royaume marocain. Dans quelques années on mesurera, chez nous, combien la disparition de ces « artisans » méprisés car « peu rentables » appauvrira la culture française.
De nombreux indicateurs économiques attestent à quel point le secteur de l'artisanat est primordial pour l'économie marocaine mais aussi pour une grande partie de la population. En effet, par exemple, en 2004 ce secteur représentait 19 % du PIB marocain contre 8 % en 1996. Il générait près de 800 millions de Dirhams grâce à l'exportation. Aujourd'hui, ce secteur est le deuxième employeur après l'agriculture, puisqu'il emploie près de... 20 % de la population active et permet à un tiers de la population de vivre. Il faut préciser que la seule exploitation de la production de l'huile d'argan la permet à plus de... deux millions de marocaines et marocains de subsister. Enfin, il est important de signaler que le touriste joue un rôle primordial dans la survie de ce secteur, puisque les recettes des produits vendus, notamment dans les souks, permettent à de nombreuses familles rurales de vivre. Le Maroc fait un effort important pour préserver cette authenticité des créatrices et des créateurs même si parfois il faut être extrêmement méfiant pour... démêler le faux du vrai ! Je rentre cependant persuadé que cette micro économie structurée résistera mieux que d'autres aux aléas de la conjoncture mondiale !
MODIFICATION DES COMPORTEMENTS
D'ailleurs l'autre impression c'est la montée en puissance d'un pays connaissant une modification démographique à la fois préoccupante mais aussi rassurante pour son avenir. Un processus de modernisation sociale basé sur la baisse de l'indice de fécondité et le taux d'analphabétisme est en effet en cours. La première conséquence de cette évolution c'est que la modernisation sociale au Maroc est beaucoup plus avancée que ne le laissent penser les indicateurs économiques. Elle se voit en s'asseyant à la terrasse d'un café et en regardant en début de soirée la foule déambuler sur l'avenue Mohamed V de Fés, sortes de Champs Elysées de la ville impériale. L'indice de fécondité est passé de 5,5 à 2,5 enfants par femme entre 1982 et 2004. Cette évolution a des conséquences extrêmement importantes sur le système de valeurs des Marocains. En acceptant d'avoir moins d'enfants, les Marocains diminuent les chances d'avoir un garçon et les comportements s'en ressentent.
L'égalisation des statuts masculin et féminin est en marche de par la volonté et l'action même de la population et on le voit par la présence féminine extrêmement fortes des « gazelles » comme disent les hommes dans la vie collective. Dans une étude récente très poussée deux spécialistes expliquent cette chute spectaculaire de l'indice de fécondité au Maroc par la concomitance de deux phénomènes, la crise économique du milieu des années 70 et la hausse du taux d'alphabétisation des hommes.
DEVELOPPEMENT CONTINU
Le premier phénomène a obligé les ménages à chercher de nouvelles sources de revenus avec, comme conséquence, un accès plus ouvert des femmes au monde du travail. Le deuxième phénomène a permis aux hommes de mieux accepter l'émancipation économique de la femme avec ses corollaires sociaux. Les auteurs de l'étude soulignent aussi fortement les particularités du Maroc par rapport au reste du monde arabe. En fait, il prédisent une évolution économique et sociale radieuse pour le Maroc dans les 25 années à venir du seul fait de cette évolution démographique. Les constructions se multiplient. Les investisseurs se précipitent.
Les flux d'investissements et prêts privés reçus en 2007 ont par exemple progressé de 41,9% par rapport à 2006 confirmant le renforcement de l'attrait du Maroc pour l'investissement international. On le sent. On le vérifie.
Le Maroc ressemble étrangement à l'Espagne d'il y a une trentaine d'années. Le problème c'est que la France n'est plus nécessairement la référence en matière de développement. Les liens se distendent et les interpellations dans la Médina de Fés avec le nom de « Sarkozy » comme référence hostile ne laissent pas augurer de jours meilleurs. J'ai parfois mal vécu que notre pays soit associé aux positions de son Président. Nicolas Sarkozy a été le premier à émettre l'idée d'une Union méditerranéenne pendant sa campagne électorale en 2007, en proposant que cinq pays d'Afrique du Nord (le Maroc, l'Algérie, la Tunisie, la Mauritanie et la Libye) et cinq Etats membres (la France, l'Espagne, l'Italie, le Portugal et Malte) s'unissent afin de faire progresser la coopération dans la région. Il va falloir, encore une fois, ne pas oublier les peuples
En tous cas un séjour libre, indépendant et... de curieux invétéré avec une journée dans la Médina permet de vérifier que le tourisme n'a pas nécessairement la même signification pour tout le monde.
Mais je déblogue...
Repost 0
Published by Jean-Marie DARMIAN - dans PERSONNEL
commenter cet article
6 mai 2008 2 06 /05 /mai /2008 08:11
Je suis de la génération de la radio car il m'a fallu attendre l'âge seize ans pour découvrir ce que pouvait être une image de télévision. Je conserve des souvenirs merveilleux de ces heures passées devant un poste de TSF monumental que mon père avait acheté d'occasion à un commerçant fortuné du village qui avait, lui, été conquis par une petit écran noir et blanc. Ce monstre doré muni d'une antenne variable lui permettant de capter au mieux la qualité des voix portait mon imaginaire d'enfant. Les grandes vedettes se forgeaient une notoriété grâce à leur science du dialogue induit avec des auditeurs. Les informations parvenaient avec un soin particulier dans l'énoncé. Les programmes tentaient de satisfaire toutes les générations. Le soir, comportement inimaginable à notre époque, nous écoutions religieusement des émissions dont le niveau culturel n'avait rien de comparable avec celui des émissions télévisuelles actuelles. Que ce soit pour « Les Maîtres du Mystère » qui portaient le suspense au bout de la nuit ou pour « le Grenier de Montmartre » dont les chansonniers avaient des années d'avance sur les Guignols de l'Info nous goûtions à des instants d'une rare intensité dans le silence d'une cuisine servant de pièce unique de vie. Je garde en mémoire la station préférée de mes parents sur laquelle nous tentions parfois vainement de capter une suite claire du programme prévue : Radio Andorre. Si le brouillage et les poursuites contre son propriétaire avaient en effet cessé à l'aube des années 50, les pressions du gouvernement français continuèrent très longtemps avec, comme objectif, de réduire Radio Andorre au silence.
Tracasseries administratives, fermeture de la frontière andorrane pour bloquer ses livraisons de disque, campagnes de presse n'y avaient rien fait : Radio Andorre avait maintenu sa popularité auprès de ses auditeurs et nous étions toujours en haleine en soirée. Peu à peu le confort s'améliora et le mercredi soir, parfois, alors que nous étions au lit, mes parents, suprême récompense, nous permettaient d'écouter l'émission qu'ils écoutaient en laissant la porte de leur chambre ouverte. J'ai toujours eu un sentiment de bonheur parfait quand, réfugié sous l'édredon, bien au chaud, je savourais les saillies politiques satiriques des humoristes d'alors. Incisifs, manieurs de mots agiles ils éreintaient les ministres ou les Présidents du conseil d'une République mal en point.
Même si sa zone d'écoute devint plus réduite qu'avant, on captait radio Andorre dans toute la France, et dans le Sud, où on ne savait pas encore écouter Radio Luxembourg ou la nouvelle Europe n°1, elle dominera le paysage radiophonique une bonne décennie.
AQUI RADIO ANDORRA
On ne sait pas assez que l'Etat français décida même de créer une nouvelle station périphérique pouvant concurrencer sur sa zone géographique cette station iconoclaste. Après de nombreuses péripéties avec les autorités andorranes, il parvint à lancer cette nouvelle station en Andorre en obtenant une concession de même nature que celle de Radio Andorre. Ce n'est qu'en 1958, que cette station contrôlée par l'Etat français, par le biais de la SOFIRAD, émettra sous le nom de « Radio des Vallées » qui deviendra, plus tard, Sud Radio.
Radio Andorre réagit en augmentant encore sa puissance.  A la fin des années 50, elle a gagné la première bataille de l'audience avec sa concurrente et poursuit la programmation qui a fait son succès depuis sa création : des tranches de 15 minutes de musique, classées par genre. Mais, peu à peu, les émissions produites par "Les Programmes de France" (filiale de Radio Luxembourg), feuilletons, jeux radiophoniques et grandes émissions de variété sponsorisées, prennent une place prépondérante à l'antenne, notamment durant les heures de grande écoute de la soirée. La rivalité des ondes faisait rage.
Autre innovation : les speakers et speakerines de la station sortent de l'anonymat. Non seulement, on connaît leurs noms, mais en plus, ils marquent de leur personnalité les émissions qu'ils présentent. Mais dans les années 50, Radio Andorre ne diffuse toujours pas d'information et il nous fallait en journée aller sur la RTF pour trouver les « nouvelles du monde ». C'est durant les événements d'Algérie que la radio joua pour nous un rôle important. J'ai le souvenir du maire, de mon père et de mon instituteur écoutant dans un silence de plomb les derniers informations durant le putsch des généraux à Alger. Des moments qui marquent car il régnait une ambiance tendue, inquiète mais d'unité face à des hypothèses de parachutages de militaires sur les grandes villes afin de prendre le pouvoir en France.
J'écoutais avec délectation les « Jeudis de l'oncle Henry » pour m'escrimer à répondre à une énigme ou pour expédier un dessin maladroit qui devait me rapporter un premier prix que je n'obtins jamais ! le fameux « Aqui Radio Andorra » résonne encore dans mon esprits comme un signal magique conduisant vers les rêve car je pouvais imaginer ce que bon me semblait, me construire sur les mots des histoires rocambolesques dont j'étais le héros. Chaque voix appartenait à mon univers dont celle qui vint un jour, de la RTF, enchanter ma vie : celle de Georges Briquet !
LE ROI DU SPRINT VOCAL
Cet homme d'une extraordinaire volubilité fut pour moi le chantre du sport. Comme il était totalement impossible pour moi de pratiquer la moindre activité physique organisée dans le village de Sadirac, c'est à lui que je dois, j'en suis certain ma vocation ultérieure de journaliste sportif. Lui qui avait connu les horreurs de Dachau comme déporté avait été sauvé par l'idée de ses copains de stalag de lui fabriquer avec quelques bouts de fil de fer récupérés un micro lui ayant permis de les passionner par des descriptions mythiques d'arrivées imaginaires du Tour de France cycliste. Il les avait suivies et il allait les suivre longtemps pour donner sa dimension d'épopée médiévale à une épreuve sportive qu'il fallait imaginer puisqu'il était impossible de la visionner en direct. « Sport et Musique » qui durant... quatre heures, passai en revue les principaux événements sportifs meublait mes dimanches après-midi. J'allais sur des stades imaginaires. Je partageais des défaillances imprévues. Je vivais des exploits exceptionnels. Je volais sur les ailes de l'imaginaire grâce à des descriptions interminables transformant une rencontre en tournois chevaleresques.
Je me mis à l'imiter et je devins à une dizaine d'années un motif de fierté pour la famille. Lors des vendanges, les amis et les proches qui venaient donner un coup de main à mes parents me demandaient de leur commenter une arrivée au sprint d'une étape du Tour de France... J'en fis une spécialité qui me valut une célébrité dans le village tant je parvenais à captiver mon auditoire par un style similaire à celui dont je buvais littéralement les paroles. Je fus comme bien des grands journalistes sportifs un émule de Georges Briquet car il magnifiait le banal ce que seule la radio peut faire grâce au poids des rêves portés par les mots. La réalité n'existe pas puisque malgré la précision des descriptions on est contraint de se faire une idée des visages, des faits, des événements.
LA CULTURE DU PEUPLE
Je n'ai jamais pu me détacher de la radio. Elle m'accompagne tous les matins et souvent quand je travaille. Des voix évoquent encore des moments de ma vie. Impossible d'oublier la religiosité avec laquelle nous écoutions le jeu des mille francs ! Lucien Jeunesse était pour tous plus qu'une voix car pour nous il portait, un rendez-vous quotidien dans la bonne humeur et la France profonde. Il représentait les bienfaits de l'école qui avait permis à des gens humbles, non bardés de diplômes, de démontrer qu'ils avaient un savoir exceptionnel comme c'était le cas pour « quitte ou double » autre référence qui nous tenait en haleine.
Le Jeu des mille francs, avait débuté en 1958, a d'abord été présenté par Henri Kubnick, puis Albert Raisner, Maurice Gardett, Roger Lanzac. Mais Lucien Jeunesse, qui l'anime de 1965 à 1995, y attache définitivement son nom, avant de passer le flambeau à Louis Bozon. Son « Chers Amis, Bonjour ! » était un appel à la joie de vivre qui durait 12 minutes, le temps de l'émission rythmée par les poèmes qu'il déclamait avant le début du jeu de questions de culture générale, ou les « Banco, Banco! » ou les « Super Super ! » du public. Il entrait dans de nombreux foyers pour apporter cette voix qui rassurait sur les faiblesses des uns et qui décuplait le bonheur des autres. Le son aigrelet du xylophone qui marquait les 30 dernières secondes fatidiques en attendant les réponses des candidats et leur éventuelle élimination prenaient des allures parfois désolantes. On était heureux et fier de connaître une réponse. On était enthousiaste quand l'instit d'un village de la France oubliée emportait le super Banco ou quand un employé de bureau dénichait un nom ou une date ignorés de tous. Le peuple montrait sa culture et non plus son ignorance crasse ! Lucien jeunesse a paraît-il animé plus de 10.000 émissions, posé en 30 ans 80.000 questions "bleues", "blanches" ou "rouges", parcouru des centaines de milliers de kilomètres dans toute la France, visité d'innombrables villes, en étant écouté par plus d'un million d'auditeurs par jour en France métropolitaine, beaucoup d'autres dans les DOM-TOM et à l'étranger. Il disparaît l'année des 50 ans de la création du "Jeu des mille francs". Un demi-siècle plus tard les médias jouent un tout autre rôle. Est-il meilleur ? Je l'ignore. Je garde précieusement ma nostalgie.
Mais je déblogue...
Repost 0
Published by Jean-Marie DARMIAN - dans PERSONNEL
commenter cet article
1 mai 2008 4 01 /05 /mai /2008 15:37
Dans un contexte où les apparences comptent davantage que la réalité, peu d'analystes font référence à un « parcours ». On n'aime seulement l'instant de l'arrivée sur la scène, celle où l'on met la personne sous les feux d'une actualité plus ou moins glorieuse. On se régale de son succès ou plus encore de son échec un peu de la même manière que ces passagers de paquebots qui vont admirer du pont les icebergs. Depuis les années 60 on s'est installé dans le culte du paraître. Tout notre système social a basculé dans cette vision voulant que l'image doive résumer l'intégralité d'une vie. Un bon maquillage, un excellent éclairage, une habillage correct, une discours préfabriqué suffisent à donner un aboutissement réussi à un parcours. Or il ne peut pas y avoir de véracité dans les comportements si l'on ne revient pas sur les racines de sa construction. Il faudrait sans cesse parler du chemin parcouru avant de se référer à l'instant. Nous ne sommes que des résultantes d'une patiente construction effectuée dans le temps. Mais comme il faut aller vite, comme il faut absolument donner à « manger » à des médias avides d'instantanés spectaculaires on oublie aussi vite que l'on a appris.
En politique il n'existe que deux catégories de femmes et d'hommes : les héritiers et les conquérants, ceux à qui on a un jour conduit sur l'autoroute du pouvoir et ceux qui patiemment on dû faire leurs preuves pour se mettre au service des autres. Il suffit de constater combien le parcours est dur pour les seconds, combien dans ce contexte de l'éphémère ,a durabilité de l'ascension a des allures passéistes. Il faut tout et tout de suite dans tous les domaines et dans toutes les couches d'une société du trompe l'œil.
Si aujourd'hui, 1° mai, je fais référence à ce constat c'est qu'il est de plus en plus dur à expliquer que ce jour n'est que la face visible de longues luttes ouvrières marqués par un désir extrêmement fort chez certain de conquérir une liberté que nous perdons pas simple inconscience. Qui fera référence à celles et ceux qui sont morts à Fourmies dans ce monde où la culture politique ressemble à celle nécessaire pour être membre du jury d'une Star Ac' au rabais ? Qui parlera des souffrances endurées par celles et ceux qui ont été contraints de trimer pour simplement mal nourrir leur famille ? Qui évoquera ces luttes féroces pour arracher au monde du profit les congés payés, la retraite, le code du travail, la seule notion de contrat ? On se contentera de relever que la 1° mai 2008 n'aura pas été une fois encore celui de l'unité syndicale. On épiloguera sur le manque de mobilisation sur l'enrobé qui a englouti les pavés de mai 68 et ses 100 000 manifestants parisiens. On se contentera de l'instant sans évoquer les sentiers tortueux, ingrats, exigeants qui ont conduit certaines et certains à ce qu'ils croient être l'ivresse du pouvoir.
ASCENSION SOCIALE PERMANENTE
Aujourd'hui, 15 ans après il est un véritable parcours dont l'Histoire ne gardera pas de glorieuses traces. Comme pour expier la pire des fautes qu'est l'indifférence au sort des autres, le Parti socialiste fera devoir rapide de mémoire. On rendra un hommage à Pierre Bérégovoy. Or pour moi, bien que je n'ai jamais partagé son cheminement et même alors ses engagements au sein du PS son « suicide » devrait symboliser tout ce que la politique moderne a de désolant. Il était non pas seulement un Homme mais surtout, pour moi, un « parcours » et je préfère les parcours aux Hommes aussi importants soient ils. Je crois davantage dans le comportement dans la durée que la contemplation de la marche atteinte. Sa vie fut en effet celle d'un ouvrier accédant au poste de Premier Ministre à laquelle il devait tout ou presque mais qu'il avait farouchement défendue et servie.
Fils d'Adrien Bérégovoy, capitaine russe blanc et menchevik ayant immigré de l'Ukraine en France où il tint un café-épicerie, et de Hélène Baudelin. Elévé par sa grand-mère à laquelle il vouera un reconnaissance permanente il va effectuer le parcours standard des fils d'immigrés dont la réussite reposait sur l'obtention du certificat
d'études puis son père tombant gravement malade, il quitte le lycée, obtient un Brevet élémentaire industriel, un CAP d'ajusteur, un CAP de dessin industriel, lui permettant à l'âge de 16 ans de travailler pendant neuf mois à l'usine de tissage Fraencker.
En 1942 il entre sur concours à la SNCF en tant que cheminot. Après sa rencontre avec Roland Leroy il rejoint la Résistance via le réseau interne aux chemins de fer et s'engage également dans les Jeunesses socialistes. Aucune autoroute de la vie professionnelle et militante mais des chemins escarpés dangereux dans lesquels on ne peut pas nécessairement obtenir une place au soleil !
Après avoir physiquement participé à la libération de la banlieue de Rouen il se retrouve en 1949 au cabinet de Christian Pineau Ministre des Travaux publics et des Transports au titre... des relations avec les syndicats ce qui n'est pas une sinécure dans le contexte de cette année là. Il restera ensuite jusqu'à sa retraite dans le giron du service public avec divers postes à Gaz de France. Pas d'institut d'Etudes Politiques, pas d'ENA, pas de grands cabinets ministériels, pas de carrière toute prête, pas de casaque choisie au dernier moment comme le font les enfants gâtés de la politique.
TOUJOURS FIDELE A SON PARCOURS
Adhésion à une SFIO qu'il ne supporte plus très vite puisqu'il fonde sur les traces de Pierre Mendés France de PSU en... 1959, un épisode oublié de ce qui fut le cheminement de bon nombre de responsables socialistes actuels mais dont on ne parle jamais. Fidèle du meilleur et du plus lucide des Ministre de l'Education nationale qu'ait eu la Gauche, Alain Savary il le rejoint dans le nouveau parti socialiste à Epinay. Il ne revendique jamais rien. Il tente de rester fidèle à son engagement et s'il progresse ce n'est que par une volonté farouche d'apprendre, de toujours apprendre dans l'action au contact des autres. Il ne se rangera que tardivement aux cotés de Mitterrand car il appartient toujours à cette filière « historique » des socialistes issus de la Résistance que porte Alain Savary pour qui il vote... d'ailleurs au Congrès d'Epinay ! Il ne rejoindra celui qui allait devenir Président de la République au Congrès de Metz en 79 c'est à dire quasiment après 30 années de parcours parallèle voire aopposé.
Beaucoup de campagnes électorales perdues mais aucun mandat électif jusqu'en septembre 83 où il devient enfin maire de Nevers ! Il possède alors 40 années ininterrompues de participation aux arrières cours du pouvoir, aux négociations dangereuses où les autres ne veulent pas aller, au suivi des dossiers sur lesquels intervient le gratin de la nomenklatura bardée de diplômes et de certitudes. Tout le monde sait qu'on lui fait remarquer et que l'on ne se gêne pas pour se gausser du fraiseur cherchant à imposer une volonté politique à des cabinets rétifs ! Il fait figure d'inadapté, d'égaré dans un monde d'une technicité réputée toute puissante. Avec Jacques Delors il symbolisait dans la fameuse génération Mitterrand le coté pragmatique, concret, républicain qui manquait à bien des « arrivants ». Il ne fut jamais « admis » et jamais véritablement respecté même quand il était Secrétaire général de l'Elysée. Cet homme là totalement atypique ne correspondait plus à l'époque durant laquelle il fallait avoir davantage des références de « collaborateurs » prodiges que de grognards du monde social réel !
UNE SENTIMENT DE CULPABILITE
L'échec de la Gauche aux élections législatives de 93 était pour lui, d'une certaine manière, son échec personnel alors qu'il était arrivé au pouvoir pour tenter d'effacer l'image catastrophique du gouvernement Edith Cresson et pour tenter seulement de sauver ce qui pouvait l'être encore. J'ai toujours constaté que l'on est dans la vie politique beaucoup plus exigeant avec les « conquérants » qu'avec les « héritiers ». Ses proches le décrivaient comme dépressif depuis cette défaite du mois de mars et la polémique à propos de l'achat d'un appartement dans le XVIe arrondissement grâce à un prêt à 0 % consenti par Roger-Patrice Pelat. Je ressens ce qu'il a dû ressentir. Je partage ce sentiment de culpabilité qui a dû l'envahir quand il a constaté son échec politique qui n'était plus le sien mais celui d'une certaine idée de l'engagement républicain. Pierre Mendés France avait été lui aussi profondément déprimé par le fait que la vérité conduisait souvent à la... mise en accusation ! Pierre Bérégovoy se sentait véritablement investi d'une mission particulière : démontrer que la République pouvait aussi trouver ses serviteurs les plus efficaces dans le monde du travail, celui dont parle beaucoup les « grands » de ce monde sans jamais en avoir connu les contraintes et les limites !
« Pour toute décision importante, Pierre Bérégovoy réfléchissait longtemps avant de prendre une option et, une fois son choix arrêté, il s'y tenait et allait jusqu'au bout. Tel semble aussi avoir été le cas pour sa décision de mettre fin à ses jours. C'est la conclusion unanime à laquelle sont arrivés, dimanche, les proches collaborateurs de l'ancien premier ministre, qui l'ont accompagné pendant dix ans à la municipalité de Nevers. » trouvait-on dans le Monde daté du 4 mai 1993. On pourra se livrer à toutes les hypothèses sur sa mort mais je demeure convaincu qu'il n'a pas supporté cette pression que vous mettent directement ou indirectement ces amis bien placés qui vous ne vous veulent jamais du bien, ces ennemis intimes que votre conquête du pouvoir a déstabilisé, ces donneurs de leçons qui affirment après les événements qu'ils les avaient prévus. Il ne faut garder de ce 1° mai différent des autres la fin du discours discutable de François Mitterrand aux obsèques de celui qui, bien que lui ayant été d'une scrupuleuse fidélité n'avait jamais véritablement été reconnu pour tel : « J'ai moi-même tant et tant parcouru ces chemins que je reconnais la vieille terre fidèle où il va reposer, et je pense à ces derniers mots du grand savant Jacques Monod que chacun répète en soi-même jusqu'à la fin : «Je cherche à comprendre.» Pierre Bérégovoy avait bien compris que dans la vie publique on n'est souvent qu'un Kleenex au service du parcours des autres. Il a préféré ne pas connaître la poubelle de l'Histoire.
Mais je déblogue...
Repost 0
Published by Jean-Marie DARMIAN - dans PERSONNEL
commenter cet article
21 avril 2008 1 21 /04 /avril /2008 20:50

Il existe bien des hommes qui ne deviennent indispensables que quand ils sont morts. J'ai maintes fois écrit que la seule vérité de la célébrité, c'est le temps qui la dévoile. Parfois, il arrive qu'un artiste ait de l'avance sur son époque, mais on ne reconnaîtra son talent que bien après sa disparition. Nous en connaissons d'autres qui ont un succès considérable sur une période courte, avant de disparaître engloutis par une nouvelle vague. En fait, il faut, pour ne pas mourir réellement, s'adresser d'abord et surtout à l'intelligence, beaucoup plus qu'aux sensations, car l'une dure alors que les autres s'évanouissent aussi vite qu'elles sont arrivées.
Pierre Desproges, pitre, comique, provocateur, chroniqueur de la haine ordinaire des années 1980, est mort il y a vingt ans, le 18 avril 1988. Il aura dérangé, dépité, agacé, mais il aura surtout permis de mettre en évidence que l'humour le plus efficace était celui qui préférait la finesse à la facilité. Journaliste, amuseur public, misanthrope, moraliste, pourfendeur de l'hypocrisie et de la médiocrité de son époque, il n'a pas eu le temps de donner la libre mesure de son talent de tonton flingueur. Il dégainait les mots qui tuent avec la délectation des tireurs d'élite plaçant une balle au coeur d'une cible.
Pierre Desproges aurait eu l'an prochain 70 ans. Il était entré par hasard au quotidien L'Aurore, il y avait décroché une chronique de "brèves" repiquées dans les journaux, qui fut très vite la plus lue du quotidien. Il savait dénicher les perles rares, celles qui donnent une dimension particulière aux faits les plus ordinaires. Il entra véritablement dans le monde des humoristes caustiques quand il travailla aux côtés de Jacques Martin... Son ton décalé, la précision de ses traits d'humour, constitués de flèches acérées, tranchaient sur le reste de l'émission.
Des millions de spectateurs découvrent cependant l'humour apparemment pitoyable de ce clown renfrogné qui interviewe une Françoise Sagan éberluée, à qui il réclame une verveine et montre des photos de son beau-frère en vacances. C'est devenu un moment culte de la télévision que celui-ci, car il tourne en dérision à la fois le métier respecté d'intervieweur, et surtout cette télévision bien pensante qu'il va quitter en plein succès.
Pierre Desproges a toujours revendiqué un certain « élitisme » dans son jeu, une volonté de ne pas s'adresser à tous mais plus sûrement à certains. Admirateur de Paul Léautaud et de Marcel Aymé, il appartient à l'espèce rare des comiques lettrés et préfère, dit-il, plaire à quelques personnes qui le comprennent « qu'à des millions de gens à qui il n'a rien à dire ». C'est ce qui fera sa force, mais aussi sa faiblesse.
Amoureux passionné des mots, Pierre Desproges a passé sa vie à écrire, car il adorait les agencer, les accoupler, les opposer de telle manière qu'ils fassent des étincelles, comme les silex que l'on cogne. A la télévision, il plonge les téléspectateurs dans la consternation ou le dépit avec « La minute nécessaire de Monsieur Cyclopède ». On y apprend à 20 h 35, en quelques secondes : « Comment vieillir sans déranger les jeunes » ou « Comment ne pas sombrer dans l'antinazisme primaire ». Il dérange forcément, car il donne l'impression de se moquer pas mal de l'appréciation que l'on porte sur sa vision personnelle des événements. Elle est à prendre ou à laisser. Il déverse sa hargne contre l'hypocrisie, la lâcheté, les préjugés ou le bon goût, dans des livres aux titres poétiques : « Vivons heureux en attendant la mort » (1983), le « Dictionnaire superflu à l'usage de l'élite et des bien nantis » (1985) ou ses « Chroniques de la haine ordinaire » (1987). Pierre Desporges se voulait tolérant, mais jamais indulgent. Il souhaitait que chaque mot soit une invitation à réfléchir autrement.
C'est pourtant le « Tribunal des flagrants délires » sur France-Inter, où il joue les procureurs à partir de 1980, qui le consacre, aux côtés de Claude Villers et Luis Régo. Provocateur épidermique, Pierre Desproges ne recule devant rien et laisse libre cours à ses détestations. Il passe au lance-flamme à l'antenne « l'intelligentsia crapoteuse", les jeunes, « les humanistes sirupeux », l'armée, les politiques, les Résistants et les collabos, l'Académie, les communistes, le Pape... : « De la même façon qu'il existe un humour juif, je crois instinctivement pratiquer un humour catholique », explique-t-il en pensant certainement que ses prises de position n'ont souvent pourtant rien de charitables. Je n'ose penser à ce qu'il aurait écrit 20 ans après sur le monde politique actuel... Pierre Desproges, était le rebelle-réactionnaire, le misanthrope-humaniste, qui, comme le personnage principal de son unique roman, « aime trop les hommes pour les tolérer médiocres ».
Exceptionnellement, je vous propose, en hommage à son humour qui aura constitué un bienfait pour la démocratie, un certain nombre de ses phrases piquées au hasard de ses provocations volontaires. Pardonnez-moi ces vendanges, différentes des autres chroniques, mais j'espère que vous prendrez autant de plaisir que moi en relisant ce que je crois être des grains de caviar dans un monde où l'insolence spirituelle se raréfie. En cherchant, vous leur trouverez un lien, vingt ans après, avec l'actualité :

« Ma femme est très portée sur le sexe. Malheureusement ce n'est pas le mien ! »

« La nostalgie c'est comme les coups de soleil : ça fait pas mal pendant, ça fait mal le soir »

« Moi, j'ai pas de cancer, j'en aurai jamais, je suis contre » (NDLR : il est mort d'un cancer à 49 ans)

« La recherche a besoin d'argent dans deux domaines prioritaires : le cancer et les missiles antimissiles. Pour les missiles antimissiles, il y a les impôts. Pour le cancer, on fait la quête. »

« Les deux tiers des enfants du monde meurent de faim, alors même que le troisième tiers crève de son excès de cholestérol »

« Le rire n'est jamais gratuit : l'homme donne à pleurer, mais prête à rire »

« J'essaie de ne pas vivre en contradiction avec les idées que je n'ai pas »

« Les aspirations des pauvres ne sont pas très éloignées des réalités des riches »

« Il faut rire de tout. C'est extrêmement important. C'est la seule humaine façon de friser la lucidité sans tomber dedans »

« L'intelligence, c'est le seul outil qui permet à l'homme de mesurer l'étendue de son malheur

« Il ne faut pas désespérer des imbéciles. Avec un peu d'entraînement ont peut arriver à en faire des militaires »

« L'intelligence c'est comme les parachutes, quand on n'en a pas on s'écrase »

« La caractéristique principale d'un ami c'est sa capacité à vous décevoir »

« Que la vie serait belle si tout le monde doutait de tout, si personne n'était sûr de rien. On pourrait supprimer du dictionnaire les trois quarts des mots en « iste », fasciste et communiste, monarchiste et gauchiste, khomeyniste et papiste »


Allez, 20 ans après, le Mousquetaire aurait bien d'autres saillies, mais celles-ci sont mes favorites. Elles entretiennent la flamme de l'intelligence. Cet orfèvre des mots adorait graver les eaux fortes avec de l'acide. C'est bien ce qui nous manque le plus par les temps qui courent, où tout est au ras des pâquerettes.
Mais je déblogue...

P.S. : Annie, tu vois je peux changer de style... et être moi triste !

Repost 0
Published by Jean-Marie DARMIAN - dans PERSONNEL
commenter cet article
17 mars 2008 1 17 /03 /mars /2008 21:19

Amis lectrices et lecteurs habituels ou occasionnels de L'AUTRE QUOTIDIEN je vous dois quelques explications sur les deux interruptions des chroniques. En effet vous ne savez peut-être pas toutes et tous que j'ai mené de front une double campagne électorale des municipales et des cantonales. Je dois à la vérité d'écrire que ce fut compliqué, au cours de ces deux derniers mois, de mener de front l'écriture d'une chronique quotidienne et les nécessités des échéances électorales!
Cette période est terminée et... bien terminée!
J'ai en effet été réelu maire de Créon au premier tour de scrutin de liste avec 83 % des suffrages exprimés et 57 % des inscrits ce qui me paraît plus significatif car on devrait donner les pourcentages sur les inscrits pour mesurer réellement l'impact d'un scrutin sur l'électorat local.
En ce qui concerne les cantonales sur Créon j'ai obtenu 82 % des suffrages exprimés au second tour après avoir totalisé plus de 70 % au premier tour avec face à moi 2 candidats de gauche et 2 de droite. Au total, dans le plus grand canton de France par son nombre de communes (28) je suis arrivé le 9 mars à 46, 28 % des voix ! 
Le second m'a valu la satisfaction de finir avec plus de 66 % des suffrages exprimés ! Je vous livre les résultats définitifs de cette seconde élection

Inscrits : 31 099
Votants : 15 287
Exprimés : 14 635
Jean-Marie DARMIAN (PS) : 9 679 (66,14 %)
Patricia BOUCHEZ (Droite) : 4 956 (33,86 %)

Amis lecteurs et amies lectrices, L'AUTRE QUOTIDIEN, va essayer de continuer malgré tout afin de vous démontrer qu'il est encore possible de se battre contre l'opinion dominante et d'être suivi par des amis... électrices ou électeurs. Les deux étant parfois les mêmes! Vous lisez donc désormais le blog quotidien du Maire et du conseiller général PS de Créon! Par honnêteté je tenais à vous en informer !
Je me permets aussi de vous narrer une péripétie de cette période. Dans la nuit du 14 au 15 mars (vendredi à samedi) 4 ordinateurs sur 10 ont été "volés" dans la mairie de Créon : celui du... courrier de la mairie, celui... de l'informatique, celui de la secrétaire générale et... le mien! Un pur hasard à moins de 24 heuers du scrutin cantonal. Nous entrons dans une époque formidable ! Mais j'ai certainement l'esprit tordu mais vous, vous le savez en me faisant confiance chaque jour!
Repost 0
Published by Jean-Marie DARMIAN - dans PERSONNEL
commenter cet article
6 janvier 2008 7 06 /01 /janvier /2008 05:08

Mon père est décédé cette nuit. Voici simplement ce que j'écrivais sur lui le 11 novembre 2005 dans une chroniques. 
Il est désormais délivré. Ce sera ma façon de lui dire que je l'aimais pour ce qu'il était et non pas pour ce qu'il paraissait être.

Qu’y a t il de plus terrible que de voir son père sombrer peu à peu vers la dépendance totale ? Je croyais que, dans la vie, on pouvait affronter cette dure réalité avec un certain fatalisme. Malheureusement, le contexte philosophique actuel porte à nier la mort et à espérer qu’elle ne touchera jamais celles et ceux que vous aimez. Les médecins ne sont plus chargés de soigner des maux plus ou moins graves mais deviennent comptables de notre longévité considérée comme un dû. Ils ont même une obligation de résultat. Ce qui fait, de la vraie vieillesse, une étape de plus en plus douloureuse du passage sur terre car, souvent, elle témoigne d’une déchéance mal supportée et de l'impuissance médicale. 
En entrant, le plus souvent possible, dans la maison de retraite de Créon, afin d’aller apporter quelques mots de distraction à mon père, installé depuis quelques mois dans ce lieu d’où on ne ressort définitivement que mort, j’éprouve toujours un inévitable mal être. Beaucoup des gens, qui y terminent leur parcours, appartiennent à mon enfance. Ils me plongent, à la fois, dans les souvenirs de jours insouciants et dans la peine de les voir, pour certains, immobiles, prostrés, absents. Les regards perdus dans un ailleurs dont on ne devine pas les contours, ils n’attendent  rien d’un jour qui tarde à passer. Le moindre signe de leur part, le moindre regard, la moindre esquisse de sourire, la moindre main tendue possèdent une valeur inestimable car ils tissent un lien furtif entre leur passé et mon présent.  
LA HAINE D'UN SORT INJUSTE
Pétrifié par une maladie " orpheline " dégénérative au nom froid comme une lame de couteau la paralysie supranucléaire progessive de Steel et Richadson mon père ne peut quasiment plus communiquer que par de petits repères discrets et inconnus pour les non proches. Sa souffrance n’est pas physique mais elle est, bel et bien là, quelque part dans sa tête, terriblement silencieuse. Nous n’avons pas besoin d’échanger des mots pour nous comprendre. Dans la lumière encore vive de ses yeux, je lis sa haine d’un sort qui le cloue dans un fauteuil. Lui qui ne supportait pas une seconde d’inutilité, le voici fossilisé par un mal inconnu. Le supplice de l’inactivité absolue pèse sur la durée de chaque minute. Elle couvre d’un linceul immaculé ses journées. Elle l’a enseveli vivant dans le monde des statues. Sa lucidité intacte lui permet cependant de jeter un regard de plus en plus impitoyable sur ce monde qu’il perçoit désormais exclusivement à travers les images de la télé. Il se forge, alors qu’il n’a jamais antérieurement regardé cette étrange lucarne, son jugement sur les journaux télévisés. Il est d’autant plus sévère sur ce qu’il voit que sa vie n’a jamais été marquée par la facilité. 
Fils d’immigrés italiens sans papiers il est passé par toutes les phases de cette fameuse intégration qui ruisselle dans les discours et les débats. D’abord ce fut dans le monde impitoyable de l’industrie sidérurgique lorraine. Là-bas dans la pièce unique du " ghetto " transalpin de Talange, au-dessus, du café où l’on évoquait les espoirs et les nostalgies, il a appris ce qu’était la pression des autres sur celles et ceux qui voulaient réussir ailleurs que chez eux. Il sait ce que " relégation ", la peur des autres, veulent dire et dans ses yeux je lis la réprobation furieuse qu’il voudrait formuler quand on semble présenter ce phénomène comme une nouveauté du XXI° siècle. La France oublie facilement qu’elle n’a jamais été tendre pour les immigrés de toutes origines. Le racisme anti-italien a été virulent, mortel, farouche. Les " macaronis " s’en souviennent… et les chasses à l’homme pratiquées, avant guerre, dans les Bouches du Rhône ne constituent pas les pages les plus glorieuses de notre histoire. D'ailleurs on ne les cite jamais! Europe fraternelle oblige! 
LA MEUTE DES BRAVES GENS EST LA PLUS REDOUTABLE
Les contrôles d’identité, l’angoisse de ne pas avoir des " papiers " en règle, les difficultés de trouver sa place dans une école " méprisante ", le logement taudis de domestique (le mot n’existe même plus tant il fait maintenant honte) agricole au sol en terre battue de Cursan, remontent dans sa mémoire quand il voit Sarkozy " aboyer. 
" Racaille ", " voyou ", " bandit ", " chenapan " et bientôt" assassin" ressasse le fils d’immigré hongrois ayant eu la richesse pour favoriser son installation. Ces mots uniquement lâchés pour faire bien, pour gagner des voix, pour flatter les oreilles de celles et ceux, d’autant plus sévères, qu’ils ne les ont jamais entendus prononcés à leur égard, le révulsent, le meurtrissent. 
Mon père sait que la meute des braves gens demeure la plus redoutable car elle ne cherche pas à juger mais qu’elle condamne aveuglément. Elle pourchasse physiquement et moralement. Elle généralise hâtivement. Elle se construit des certitudes sur des éléments ténus, qu’elle présente comme des preuves. Mon père l’a vécu, l’a éprouvé sans savoir se révolter.
Il ne dit toujours rien. Il ne peut plus manifester sa colère que par les éclairs d’un orage intérieur traversant ses yeux. Il ne comprend pas pourquoi, comme lui, ces jeunes en perdition ne sont pas animés par la farouche volonté de démontrer ce qu’ils sont car c’est la seule solution qui leur permettrait de se sortir des sables mouvants de l’inactivité. Le reste n'est  que poudre pour les yeux des caméras. 
BRISER LES CHAINES DE LA MALADIE 
I
l voudrait leur crier que, lui aussi, n’a jamais réussi dans une " communale " déjà préoccupée par le mythe de la seule prouesse scolaire. Il voudrait briser les chaînes de sa maladie qui le condamnent au bagne éternel pour leur expliquer qu’il a travaillé la terre dès 5 ans, qu’il a été charpentier à 20 ans, qu’il a curé des fossés, taillé des haies, goudronné des routes, réparé tout ce qui pouvait être réparé; qu’il a absolument tout fait pour justifier la confiance placée en lui l'immigré par des Français bien pensants; qu’il a cultivé sa vigne, son jardin, qu’il n’a jamais refusé une seule minute de boulot au service des autres… Il meurt d’envie de leur expliquer qu’il faut parfois mettre un mouchoir sur sa fierté, sur son ego, sur ses prétentions pour aller chercher la reconnaissance par l’exemple. Il ne souffre plus pour lui, mais pour eux. 
Il n’admet pas cependant leur comportement car il ne s’est jamais révolté. Il a sans cesse prouvé… Il a certes subi mais pour mieux se hisser, malgré tous les obstacles, à force de volonté, de travail, de loyauté vers une intégration conquise mais surtout pas octroyée. Les larmes envahissent son regard quand il contemple de sa " cellule " de prisonnier de la maladie, ce monde où l’on brûle des voitures. Lui qui a mis quarante ans, avant de pouvoir acquérir une 4 chevaux d’occasion, ne peut pas admettre que, pour témoigner de sa révolte, on incendie celle de braves gens ayant peiné pour acquérir leur indépendance. Il vit le désarroi des victimes… mais ressent la douleur de ceux qui peinent à trouver une place dans une société de l’indifférence. Il est partagé, tiraillé, écartelé. Il a du mal à garder un espoir en un monde qu’il sait inexorablement moins positif que celui qu’il a traversé depuis 80 ans !

Il est désormais délivré.

Chronique publiée le 11 novembre 2005

Repost 0
Published by Jean-Marie DARMIAN - dans PERSONNEL
commenter cet article
25 août 2007 6 25 /08 /août /2007 08:40
Que se passe-t-il depuis quelques jours ? Il souffle un vent bizarre sur la Gauche. Une sorte de mistral gagnant que l’on n’attendait plus et des bruits que l’on n’entendait plus. Une brise vivifiante que l’on ne connaissait pas depuis belle lurette. Les déclarations se succèdent et elles changent brutalement de tonalité. On a même l’impression qu’elles sont faites pour influencer les discours qui vont venir dans les prochains jours lors des universités d’été ou les journées parlementaires. Il faut même envisager qu’elles soient provocatrices, afin justement d’obliger un certain nombre de caciques à sortir de l’ombre dans laquelle ils se sont réfugiés. Impossible de ne pas lier ces "tribunes libres " à l’outrance des déclarations et des comportements de Nicolas Sarkozy. Dans le fond, il en oblige les plus " timorés " à durcir le ton et les " ralliés " potentiels à faire profil bas. Son allégeance à la politique de Bush, sa bévue sur les exonérations rétroactives oubliées sur les emprunts immobiliers, son choix vers la France des propriétaires qui n’a pas un rond pour faire face à la hausse des prix et à celle des… taux d’intérêt que va décider la BCE, les procès démagogiques pour les coupables jugés médicalement irresponsables, la franchise médicale que Sud-Ouest évaluait hier à 100 € vont bien contraindre un certain nombre de " sociaux-opportunistes " à se démarquer plus fortement des propositions présidentielles. Et on peut imaginer qu’il y aura bientôt des gens qui deviendront par miracle encore plus à gauche que ceux qui le furent en étant méprisés pour leur archaïsme.
En effet, certaines et certains socialistes anticipent, car le pire est à venir et il vaudra mieux se distinguer vite pour ne pas apparaître comme étant un résistant de la dernière heure. Cette attitude très répandue dans notre pays consiste à se déclarer encore plus anti libéral que les anti-libéraux originels, quand on sent que le vent tourne. Et il commence à tourner. On voit un frémissement : aucune refondation de la Gauche ne passerait par la tendance " chamalo ", car elle se terminerait par un " tous pareils ", qui depuis plusieurs années détruit la crédibilité des progressistes qui ne s’assument pas. L’influence des éditorialistes et commentateurs qui ne cessent de répéter que les idéaux historiques de la gauche sont condamnés, car peu " lisibles ", peu " sérieux ", peu " réalistes ", va finir par s’atténuer sous l’influence de la réalité.
Hier matin, dans un article du quotidien régional Sud-Ouest consacré, par exemple, à un triste fait divers ayant vu un huissier violemment agressé dans l’exercice de sa fonction, il était étonnant de retenir des propos tenus par une responsable de la Banque de France ( ?). Ils avaient matière à faire réfléchir, les fans du Président d’un République pris dans la foule enthousiaste des vacanciers retraités d’Arcachon, et qui a pris aux plus pauvres pour gaver les plus riches. Cet dame là, que l’on ne suspectera pas d’être une Trotskiste attardée, déclarait avec lucidité que " les cas de surendettement sont en constante augmentation en France depuis 1978, selon une étude de la Banque de France datée de juillet dernier. En Gironde, nous traitons 4 000 dossiers de surendettement par an ", déclare Mme Viala qui sait de quoi elle parle car elle vit quotidiennement cette réalité !
La responsable du service surendettement à la succursale bordelaise de la Banque de France assure que " la recrudescence des dossiers coïncide avec la mise en application de la procédure Borloo de rétablissement personnel qui vise l'effacement des dettes sous certaines conditions. " Tous les dossiers ne font pas l'objet d'une procédure de saisie. Mais le président de la chambre syndicale des Huissiers avoue être en contact avec des personnes dans des situations de plus en plus difficiles : " Il y a un phénomène net de paupérisation. Des personnes qui ne s'auto-restreignent pas, qui ne savent pas prendre les précautions nécessaires. Hier, je traitais de petites affaires de crédit à la consommation. Aujourd'hui, ce sont des affaires plus conséquentes. Les saisies ne représentent cependant que 3 à 5 % de mon activité. " Un constat déjà fait dans ces chroniques, mais qui ne semblent pas toucher le comportement électoral des gens ayant voté pour celui qui les ignore ostensiblement. Le réel socialiste ou de gauche est là. Il n’est plus dans les querelles byzantines sur le sexe de l’ange salvateur qui conduira le combat.
SE MONTRER PERCUTANT
Dans une tribune du journal Le Monde (elle a eu la décence de ne pas opter pour " Pravda-Match " comme d’autres) Martine Aubry met les pieds dans le plat, où tout le monde veut manger. Pour la Maire de Lille, le PS doit renoncer aux " querelles de chapelles ou de générations " et se montrer " percutant " dans ses propositions pour contrer " la politique dure, inefficace et injuste " de Nicolas Sarkozy. Tiens donc, on commencerait à parler des vrais problèmes et ne pas se soucier de savoir si les éléphants doivent mourir sous les attaques des lionceaux et si les querelles de ménage ont influencé le vote du peuple !
La maire socialiste de Lille a résumé, dans une tribune datée d’aujourd’hui, les 100 jours du chef de l'Etat: "Ouverture dans le style, la communication et les symboles. Fermeture dans les faits, quand la démocratie est fragilisée par une personnalisation excessive du pouvoir au détriment de la transparence (...), fermeture quand les valeurs de la République sont oubliées par la partialité et l'injustice des décisions ". Je suis certain que les habitués de L’AUTRE QUOTIDIEN qui ont la fidélité des lectrices et des lecteurs curieux retrouveront des dizaines de pages écrites sur ce thème sans avoir soulevé un autre intérêt que celui des " mouchards " garants de la doctrine du temple. Il faut, plus que jamais, ne pas avoir raison avant les chefs.
" Malgré l'habileté et l'assurance de notre président, une telle politique ne peut conduire qu'à des lendemains qui déchantent", estime-t-elle. Bien dit mais… déjà écrit ! Face à cela, Martine Aubry appelle le Parti socialiste à " affirmer une gauche solide sur ses valeurs et percutante sur ses propositions ". C’est à rêver debout. Elle devrait l’expliquer à Jack Lang, Bernard Kouchner, DSK, Rebsamen, Sapin et bien d’autres, convaincus que le salut est dans l’indulgence, au prétexte que " l’on n’aurait pas fait mieux "
"Ne perdons pas notre temps dans des querelles de chapelles et de générations (...) La renaissance de la gauche est possible si nous cessons de parler chacun pour soi ou de nous interroger sur le nom de notre représentant à la prochaine élection présidentielle, et si nous nous mettons au travail pour dire aux Français ce que proposent les socialistes et la gauche", poursuit l'ancienne ministre. Puisse-t-elle  être entendue ! Je n’ose y croire. Martine Aubry plaide pour une " renaissance " des " valeurs " de la gauche (je croyais que ce concept était préhistorique !) : "liberté égalité, fraternité, justice, solidarité, laïcité. Nous devons convaincre les Français que l'aspiration à l'épanouissement individuel va de pair avec le progrès collectif", écrit-elle.
DES DEBATS NON TRANCHES
Quand on rapproche ces propos de ceux de Philippe Martin, Député PS du Gers, dans Libération, on se pince. Reviendrait-on aux fondamentaux ? Il est encore bien trop tôt pour savoir si la peopolisation socialiste ne reprendra pas le dessus, mais c’est encourageant. Le président du Conseil Général du Gers n’y va pas par quatre chemins en parlant du PS : " Comprendre pourquoi ses dirigeants, à force de querelles recuites, de débats non tranchés et d’un goût parfois immodéré pour les plans de carrière à court terme sont devenus, à leur corps défendant, les acteurs de nos déconvenues. Cette approche suppose que nous admettions, par principe, qu’une critique n’est pas un procès et qu’un tabou qu’on  n'a pas le courage d’aborder, demeure un frein dans cette quête de vérité. Le discrédit collectif qui nous frappe est injuste pour ces centaines d’élus locaux socialistes qui font leur travail dans la fidélité à leur engagement de jeunesse, et inventent au quotidien un socialisme de proximité. Seulement voilà, l’addition de nos expériences locales, fussent-elles régionales, ne saurait constituer le grand projet que les Français nous réclament ! " Impossible que L’AUTRE QUOTIDIEN n’apprécie pas cette analyse, car c’est le fondement de son existence !
" Nos compatriotes veulent un horizon et des propositions concrètes pour améliorer leur vie quotidienne. Ils veulent aussi les mots pour comprendre où nous allons. Nicolas Sarkozy a gagné la bataille idéologique, il a aussi remporté la bataille sémantique, en rendant intelligibles ses propositions quand les Français en étaient à se demander si nous croyions aux nôtres. Ordres, contre ordres, difficile d’y voir clair et d’avancer droit dans ces conditions. Voilà le premier défi à relever, celui de la clarification. Clarification des priorités, clarification du discours, lesquelles conduiront naturellement à une clarification des alliances "
AYONS LE COURAGE
" Pour y parvenir, il nous faut d’abord dresser la liste des obstacles supposés à cette entreprise (…) s’ interroger sur la composition sociologique du Parti socialiste et se demander quelles sont les catégories sociales que nous voulons, en priorité, représenter et défendre. Exercice délicat, tant l’hétérogénéité de notre " corps militant " s’est accrue avec les années et le rythme soutenu des alternances pouvoir opposition. Les militants des quartiers populaires ou des territoires ruraux, dont l’adhésion remonte aux débuts des années 70 et qui restent souvent très attachés à l’union de la gauche, cohabitent désormais avec des adhérents plus récents qui nous apportent un regard neuf et des idées utiles, mais qui bouleversent aussi - ayons le courage de le dire - nos habitudes, en subordonnant la marche des affaires aux circonstances,, qu’il s’agisse de la ligne politique, de l’ordre de nos priorités ou des alliances futures (…)
" Les divergences idéologiques sont importantes au Parti socialiste. Sont-elles surmontables ? Pas sûr. En tout cas, pas à n’importe quel prix ! Entre ceux qui continuent de penser que les écarts entre classes sociales grandissent et justifient la poursuite de l’esprit de lutte, et ceux qui se résignent à n’avoir pour seul objectif que d’atténuer les effets de la mondialisation, le claquage idéologique nous guette à chaque congrès (…) Une société où l’on célèbre chaque jour davantage la réussite individuelle, au détriment de l’engagement collectif, des citoyens résignés par un discours mondial déniant aux hommes politiques la capacité de peser vraiment sur le cours des choses et la vie des gens, sont plus propices au renoncement et à la capitulation qu’à la renaissance et au combat. Raison de plus pour le mener ! "
Cet homme-là est d'une lucidité rafraîchissante. Il apporte le bonheur dans le pré de mes idées. Je ne changerai pas un iota à sa contribution, même si je dois y gagner la réputation de n'être qu'un archaïque invétéré ! Aucun militant sincère ne peut nier l'authenticité de cette analyse, qui constitue en fait le problème clé de la refondation du PS. Car beaucoup plus que d'une refondation, le PS a surtout besoin d'une clarification de sa situation. Le reste découlera de cette volonté d'appeler socialiste ce qui l'est, et de ne pas adapter le concept aux circonstances propices à l'élection d'une telle ou d'un tel !
D’autant qu’un certain Olivier Besancenot estime à son tour, dans une interview au Parisien de hier, que son parti, la Ligue communiste révolutionnaire (LCR), doit céder la place à une nouvelle organisation plus fédératrice. "La LCR n'a plus vocation à exister", déclare-t-il. "Nous voulons rassembler tous les anti-capitalistes et les partisans d'un changement de société dans une nouvelle formation. (...) Ce n'est pas un énième cartel d'organisations mais une opportunité pour la gauche radicale d'écrire une nouvelle page de son histoire", dit-il. Attention, le facteur ne sonnera pas deux fois. Il  sait que c’est maintenant où jamais, que le temps est venu de se refaire… la cerise grâce à Nicolas Sarkozy et aux errements de celles et de ceux qui, au lieu de le combattre, se contente de ferrailler comme des d’Artagnan d’opérette.
Mais je déblogue…
Repost 0
Published by Jean-Marie DARMIAN - dans PERSONNEL
commenter cet article
23 décembre 2005 5 23 /12 /décembre /2005 07:17

Si j’en crois les médias, la France aurait actuellement les meilleurs chirurgiens du monde. Leurs prouesses spectaculaires font envie à tous les gens qui souffrent dans les pays les plus riches de la planète. Greffe des mains, greffe du visage, séparation d’enfants " siamois "… Chaque jour ou presque parvient une nouvelle réussite, heureusement sensationnelle, des virtuoses hexagonaux du bistouri. Ces actes médicaux, soumis au code de la déontologie, prennent une dimension mondiale, grâce à l’intrusion des médias jusque dans les salles d’opération .

Paris-Match achète ainsi à prix d’or des photos exclusives de la " femme aux deux visages ". Dans quelques jours nous verront apparaître les clichés de ces deux frères, âgés de 15 mois, reliés par la colonne vertébrale. Mohamed et Souleymane, nés grands prématurés à 26 semaines, ont été opérés avec succès à Marseille. La famille n’aura peut-être pas le courage de résister à des offres mirobolantes.

Il faut reconnaître que ce phénomène n’est pas récent. Dans les foires, autrefois, on exposait, à la curiosité populaire, les anomalies de la nature, et dans les années cinquante les journaux s’emparaient, avec la même avidité que maintenant, des sextuplés ou des quintuplés, pour vanter les mérites de laits ou de farines encore peu usités. Le système n’a guère varié, et il a même pris une tournure encore plus contestable,: on expose les "réparés" de la cruauté naturelle.

LE SOMMET DE LA GREFFE.-
Ce matin, sera ainsi organisé, le sommet de la " greffe " avec, à l'hôpital Edouard-Herriot de Lyon, le " face à face " entre Denis Chatelier le premier bénéficiaire du " remplacement " de ses deux mains, et Isabelle, la patiente qui a reçu la première greffe partielle de visage. Cette dernière, âgée de 38 ans, gravement défigurée en mai par son chien, a bénéficié le 27 novembre dernier de la première greffe de la face (triangle nez-lèvres-menton) réalisée par l'équipe du professeur Bernard Devauchelle, spécialiste de chirurgie maxillo-faciale au CHU d'Amiens, en étroite collaboration avec celle du célèbre professeur Jean-Michel Dubernard. Elle aurait sollicité cette " confrontation " pour être rassurée sur les suites de son opération : traitement anti-rejet, choc psychologique. Il y a fort à parier qu’une caméra, et un ou plusieurs appareils photos, immortaliseront la scène…pour la postérité et pour quelques comptes en banque !

Il est vrai que, la célébrité acquise par le Dr Christiaan Barnard, qui avait osé, le 3 décembre 1967,tenter la première greffe cardiaque à l'hôpital "Groote Schuur"  du Cap, a ouvert des perspectives aux audacieux de la " réparation " humaine. Pour avoir prélevé le premier cœur humain battant, c'est-à-dire sur un cadavre en état de mort cérébrale, maintenu artificiellement en vie, il avait levé un tabou : faire admettre une définition de la mort en terme de fonction cérébrale, alors qu'elle se basait légalement sur l'arrêt du cœur et de la circulation sanguine. Le décès du " receveur " ne modifiera pas son objectif.

Le 2 janvier 1968, Barnard tentera donc la deuxième transplantation sur un dentiste du Cap, âgé de 58 ans . Il rentre chez lui deux mois après l'opération. Les médias ont suivi, jour après jour, le bulletin de santé de la preuve vivante du succès de la greffe. Même si ce second patient décède huit mois plus tard, le départ de la transplantation d'un cœur humain à un receveur humain était donné : une centaine de transplantations cardiaques seront réalisées dans le monde au cours de l'année 1968 avec de piètres résultats en terme de survie des patients (le plus souvent de quelques jours à quelques mois !).

Désormais on n’attend que des… donneurs, car la technique est acquise et l’espoir de " survivre " grâce à la solidarité volontaire (ou trop souvent involontaire) d’un autre, n’est plus vain. Plus aucun quotidien ne fait sa une sur une greffe cardiaque, rénale, pulmonaire, osseuse ou de moelle épinière, sur des prothèses de hanches, de genoux. Ce sont des acquis du progrès !

VERITABLES EXPLOITS.- 
Il faut sans cesse aller plus loin pour assurer l’immortalité de l’Homme. Le sentiment parcourt les esprits, il se renforce sous l ‘influence de ces véritables exploits dont les médias s’emparent avec délectation. Le médecin de campagne ou de ville le plus humble, qui reçoit ou visite (c’est maintenant très rare) une clientèle quotidienne soucieuse de diminuer ses maux, devient de plus en plus soumis à " l’obligation de guérison ". Le patient dont la sinusite, l’angine, l'otite ne seront pas guéries dans des délais raisonnables se retournera contre le toubib qui n’aura pas rempli sa mission.

La médecine, science forcément " humaine ", malgré l’inflation exceptionnelle des moyens techniques mis à sa disposition, entre de plus en plus dans la cour des miracles permanents. Elle devient redevable d’une " éternité " que même les religions ne promettent pas sur terre. Bien plus que " réparatrice " elle doit être maintenant " prolongatrice " d’une vie, qui durant des siècles, n’avait été placée que sous la férule des fantaisies du destin. Il leur faut assumer l’échec que représente la mort, comme une forme d’impuissance à résoudre l’énigme fondamentale de notre existence et de notre disparition. Un poids moral considérable pèse sur ce secteur social, auquel on ne pardonne plus de ne pas savoir…guérir ! Le patient va d’un cabinet à l’autre, malgré les contraintes légales nouvelles. Mieux, il veut obtenir l’avis du " spécialiste ", homme clé du système, puisque détenteur de la vérité sur une parcelle fragile du corps.

Les chirurgiens de l’impossible, en modifiant les " apparences " physiques les plus dévastatrices, ont introduit une nouvelle dimension : ils effacent maintenant le malheur accidentel ou naturel. Ils peuvent à tout moment aller plus loin dans le spectacle. Ainsi, leur capacité de " bien faire " ne suffit plus, ils doivent, par tous les moyens, le faire savoir. " Nous n'avons pas fait un coup. Cette greffe est un espoir immense pour toutes les personnes défigurées, à qui on pourra redonner une vie normale ", a assuré Jean-Michel Dubernard, l’un des auteurs de la greffe du visage, accessoirement, à ses moments perdus … député UMP de Lyon, dans Paris Match !

Quelle chance a eu Isabelle de passer en de si bonnes mains. Au moins, elle, je lui souhaite ardemment, toute sa vie, en se regardant dans la glace, chaque matin, de ne pas penser aux Présidentielles ! Même si Mireille Dumas ou Delarue se battent pour, un jour, la recevoir sur leur plateau, en compagnie... du Pr Dubernard!

Mais je déblogue…

Repost 0
Published by Jean-Marie Darmian - dans PERSONNEL
commenter cet article
11 novembre 2005 5 11 /11 /novembre /2005 00:00

Qu’y a-t-il de plus terrible que de voir son père sombrer peu à peu vers la dépendance totale ? Je croyais que dans la vie, on pouvait affronter cette dure réalité avec un certain fatalisme. Malheureusement, le contexte philosophique actuel porte à nier la mort, et à espérer qu’elle ne touchera jamais celles et ceux que vous aimez. Les médecins ne sont plus chargés de soigner des maux plus ou moins graves, mais deviennent comptables de notre longévité, considérée comme un dû. Ils ont même une obligation de résultat. Ce qui fait de la vraie vieillesse une étape de plus en plus douloureuse du passage sur terre car, souvent, elle témoigne d’une déchéance mal supportée et de l'impuissance médicale.

En entrant, le plus souvent possible, dans la maison de retraite, afin d’aller apporter quelques mots de distraction à mon père, installé depuis quelques mois dans ce lieu d’où on ne ressort définitivement que mort, j’éprouve toujours un inévitable mal-être. Nombreux, parmi ceux qui y terminent leur parcours, appartiennent à mon enfance. Ils me plongent, à la fois, dans les souvenirs de jours insouciants, et dans la peine de les voir, pour certains, immobiles, prostrés, absents. Les regards perdus dans un ailleurs dont on ne devine pas les contours, ils n’attendent  rien d’un jour qui tarde à passer. Le moindre signe de leur part, le moindre regard, la moindre esquisse de sourire, la moindre main tendue, possèdent une valeur inestimable, car ils tissent un lien furtif entre leur passé et mon présent.

LA HAINE D'UN SORT INJUSTE

Pétrifié par une maladie " orpheline " dégénérative, mon père ne peut quasiment plus communiquer que par de petits repères discrets et inconnus pour les non proches. Sa souffrance n’est pas physique, mais elle est bel et bien là, quelque part dans sa tête, terriblement silencieuse. Nous n’avons pas besoin d’échanger des mots pour nous comprendre. Dans la lumière encore vive de ses yeux, je lis sa haine d’un sort qui le cloue dans un fauteuil. Lui qui ne supportait pas une seconde d’inutilité, le voici fossilisé par un mal inconnu. Le supplice de l’inactivité absolue pèse sur la durée de chaque minute. Elle couvre d’un linceul immaculé ses journées. Elle l’a enseveli vivant dans le monde des statues. Sa lucidité intacte lui permet cependant de jeter un regard de plus en plus impitoyable sur ce monde, qu’il perçoit désormais exclusivement à travers les images de la télé. Il se forge, alors qu’il n’a jamais antérieurement regardé cette étrange lucarne, son jugement sur les journaux télévisés. Il est d’autant plus sévère sur ce qu’il voit que sa vie n’a jamais été marquée par la facilité.

Fils d’immigrés italiens, mon père est passé par toutes les phases de cette fameuse intégration qui ruisselle dans les discours et les débats. D’abord, ce fut dans le monde impitoyable de l’industrie sidérurgique lorraine. Là-bas, dans la pièce unique du " ghetto " transalpin de Talange, au-dessus du café, où l’on évoquait les espoirs et les nostalgies, il a appris ce qu’était la pression des autres sur celles et ceux qui voulaient réussir ailleurs que chez eux. Il sait ce que " relégation " veut dire, et dans ses yeux, je lis la réprobation furieuse qu’il voudrait formuler quand on semble présenter ce phénomène comme une nouveauté du XXI° siècle. La France oublie facilement qu’elle n’a jamais été tendre pour les immigrés de toutes origines. Le racisme anti-italien a été virulent, mortel, farouche. Les " macaronis " s’en souviennent… et les chasses à l’homme pratiquées, avant guerre, dans les Bouches du Rhône, ne constituent pas les pages les plus glorieuses de notre histoire, que l'on ne cite jamais !

LA MEUTE DES BRAVES GENS EST LA PLUS REDOUTABLE

Les contrôles d’identité, l’angoisse de ne pas avoir des " papiers " en règle, les difficultés de trouver sa place dans une école " méprisante ", le logement taudis de domestique (le mot n’existe même plus, tant il fait maintenant honte) agricole, au sol en terre battue, à Cursan, remontent dans sa mémoire quand il voit Sarkozy " aboyer. " Racaille ", " voyou ", " bandit ", " chenapan ", et bientôt " assassin" ressasse ce fils d’immigré hongrois, ayant eu la richesse pour favoriser son installation. Ces mots, uniquement lâchés pour faire bien, pour gagner des voix, pour flatter les oreilles de celles et ceux, d’autant plus sévères, qu’ils ne les ont jamais entendus prononcés à leur égard, le révulsent, le meurtrissent.

Mon père sait que la meute des braves gens demeure la plus redoutable, car elle ne cherche pas à juger, mais qu’elle condamne aveuglément. Elle pourchasse physiquement et moralement. Elle généralise hâtivement. Elle se construit des certitudes sur des éléments ténus, qu’elle présente comme des preuves. Mon père l’a vécu, l’a éprouvé, sans savoir se révolter.

Il ne dit toujours rien. Il ne peut plus manifester sa colère que par les éclairs d’un orage intérieur traversant ses  yeux. Il ne comprend pas pourquoi, comme lui, ces jeunes en perdition ne sont pas animés par la farouche volonté de démontrer ce qu’ils sont, car c’est la seule solution qui leur permettrait de se sortir des sables mouvants de l’inactivité. Le reste n'est  que poudre pour les yeux des caméras.

BRISER LES CHAINES DE LA MALADIE

Il voudrait leur crier que, lui non plus, n’a jamais réussi dans une " communale ", déjà préoccupée par le mythe de la seule prouesse scolaire. Il voudrait briser les chaînes de sa maladie, qui le condamnent au bagne éternel, pour leur expliquer qu’il a travaillé la terre dès 5 ans, qu’il a été charpentier à 20 ans, qu’il a curé des fossés, taillé des haies, goudronné des routes, réparé tout ce qui pouvait être réparé, qu’il a absolument tout fait pour justifier la confiance placée en lui, l'immigré, par des Français bien pensants, qu’il a cultivé sa vigne, son jardin, qu’il n’a jamais refusé une seule minute de boulot au service des autres… Il meurt d’envie de leur expliquer qu’il faut parfois mettre un mouchoir sur sa fierté, sur son ego, sur ses prétentions, pour aller chercher la reconnaissance par l’exemple. Il ne souffre plus pour lui, mais pour eux. 

Il n’admet pas cependant leur comportement, car il ne s’est jamais révolté. Il a sans cesse prouvé… Il a certes subi, mais pour mieux se hisser, malgré tous les obstacles, à force de volonté, de travail, de loyauté vers une intégration conquise, mais surtout pas octroyée. Les larmes envahissent son regard quand il contemple, de sa " cellule " de prisonnier de la maladie, ce monde où l’on brûle des voitures. Lui, qui a mis quarante ans avant de pouvoir acquérir une 4 chevaux d’occasion, ne peut pas admettre que, pour témoigner de sa révolte, on incendie celle de braves gens qui peiné pour acquérir leur indépendance. Il vit le désarroi des victimes… mais ressent la douleur de ceux qui peinent à trouver une place dans une société de l’indifférence. Il est partagé, tiraillé, écartelé. Il a du mal à garder un espoir en un monde qu’il sait inexorablement moins positif que celui qu’il a traversé depuis 80 ans !

Mais je déblogue…

 


Repost 0
Published by Jean-Marie Darmian - dans PERSONNEL
commenter cet article