Il existe au moins déjà une promesse que Nicolas Sarkozy n’aura pas tenue : réviser le budget de l’Elysée et revenir sur le train de vie chiraquien. Il prône le travailler plus pour gagner plus, alors que dans le Palais présidentiel on en arrive au travailler plus… nombreux pour un seul homme, et continuer à dépenser toujours plus… alors que l’on avait promis beaucoup moins.
Depuis 2001, René Dosière, député ex-socialiste de la 1ère circonscription de l’Aisne décortique les dépenses de l'Elysée jusque là tenues secrètes. Seul et contre tous, il a voulu et veut encore savoir. Depuis, la situation a dû évoluer, bien que nous soyons encore loin de la réalité. Si le budget soumis au vote se montait, en effet, à 32 millions d'€, les dépenses réelles de l'Elysée approchent 90 millions. En 12 ans de mandature Chirac, les dépenses Elyséennes auraient augmenté de… 798 % ! On trouvait que sur les 957 personnes en poste à l'Elysée, seules… 91 sont rémunérées sur ce compte. Les autres - 866 - sont des personnels qui étaient mis à disposition par les ministères. Reste à en identifier le nombre et le coût par ministère. M. Dosière avoue ne pas être parvenu à ses fins : "Il existe 142 personnes qui travaillent pour l'Elysée et dont on ignore - encore - qui les rémunère."
René Dosière, député socialiste de l'Aisne, a mené l'enquête pendant cinq ans. De 2001 à 2006, il a utilisé l'une des armes des députés, la question écrite, qui contraint les ministères à répondre aux interrogations des parlementaires dans un délai de trois mois. En tout, le député aura posé 95 questions. Son travail a fait l'objet d'un livre : "L'argent caché de l'Elysée", chez Seuil qui donne une idée exacte des dérives de notre système républicain.
Il y dénonce un principe de fonctionnement que Nicolas Sarkozy a très vite accaparé à son avantage. René Dosière, contre qui le PS a présenté un candidat lors des dernières élections législatives, comme s’il était " intenable " et trop " présent " exprime un point de vue édifiant sur le système : " Je dirais que la Président est un monarque absolu. Ce qui est le plus extraordinaire, et même sidérant, c'est qu’il fixe lui-même le montant du budget de l'Elysée, qu'il utilise selon son bon plaisir sans aucun contrôle, et qu'il fixe également le montant de son traitement ". Incroyable, en une période de faillite de l’Etat et de restrictions tous azimuts sur le pouvoir d’achat ! Actuellement, les premiers mois du régime sarkozyste n’ont rien changé à cette réalité, dénoncée depuis des années par Dosière.
INFLATION DES CONSEILLERS ET COLLABORATEURS
La direction générale des services du palais présidentiel, qui gère toute l'intendance de la maison, reconnaît que l'Élysée craque aux coutures : les 900 salariés de la présidence ne savent plus où donner de la tête. " Il faudra redéployer et peut-être embaucher ", avertit l'un des nouveaux venus fraîchement nommés par Nicolas Sarkozy.
Conséquence : il est devenu compliqué, pour le service de " régulation des déplacements ", de gérer la flotte des voitures qui transporte dans Paris les conseillers du président. Les quarante-quatre chauffeurs ne suffisent plus. Il en faudra d’autres en une période où l’on taille dans la fonction publique à coups de hache. Pour sa " présidence active ", Nicolas Sarkozy s'est entouré d'une équipe étoffée. Résultat : des effectifs de conseillers en hausse de 30 % par rapport à l'équipe en place dans les dernières années de la présidence Chirac. Ils étaient 52 collaborateurs sous Chirac, ils sont aujourd'hui 65. " Cela nous fait tout de même treize bureaux en plus à trouver, ce n'est pas rien ! ", calcule un conseiller qui doit sans arrêt dénicher des locaux supplémentaires. C’est quasiment un gouvernement bis qui s’est installé autour du Président. Il faudra bien se rendre à l’évidence, les Ministères ne sont que des boutiques annexes, destinées à valoriser les coups d’éclat présidentiels.
Nous sommes entrés de plain pied dans un fonctionnement présidentiel du régime politique. Le chef de l’Etat exerce seul le pouvoir et choisit les collaborateurs avec lesquels il veut décider. Par exemple, pour la politique étrangère : celui qui, dans ce domaine réservé, agit directement avec lui, c’est Jean-David Levitte, et non pas ce pauvre Bernard Kouchner. Les nominations, c’est Claude Guéant, véritable premier Minsitre. Nicolas Sarkozy travaille avec un staff rapproché qui lui permet d’exercer le pouvoir de manière solitaire et quotidienne. Il lui faut donc un staff pléthorique pour parvenir à maîtriser depuis l’Elysée tous les rouages de l’Etat en direct.
Le " pauvre " Dosière va encore mécontenter ses amis quand il va harceler les Ministres pour qu’il lui fournissent l’addition des voyages incessants, des commissions multiples, des manifestations destinées à valoriser le maître des lieux. Il est vrai que Chirac lui a laissé une situation confortable puisque durant la dernière année de son mandat il était de ceux qui ne comptaient pas avec les deniers de l’Etat. Ce n’est pas par hasard que depuis hier circule d’ailleurs un énième rapport secret de la Cour des Comptes sur le train de vie de ce couple qui ne s’est jamais privé de rien.
UN MAITRE DES GRANDES OEUVRES
Dans son édition de hier, le Parisien relate en effet qu'un document confidentiel de la Cour des comptes s'interroge sur la rémunération particulièrement élevée d'un architecte en chef des monuments historiques chargé de rénover les résidences de la présidence sous Jacques Chirac. Entre les années 2001 et 2005, Gabor Mester de Parajd aurait perçu un salaire annuel moyen de… 579.000 €, l'équivalent de 48.000 € par mois. Sur la même période, note le quotidien, les autres architectes en chef travaillant pour le Service national des travaux, chargé de la rénovation de prestigieux bâtiments publics, ont reçu en moyenne 135.000 € par an. Non, vous ne rêvez pas, vous qui surveillez votre compte en banque pour savoir si la fin du mois vous permettra d’aller au cinéma, le rapport cite bien une rémunération mensuelle égale à celle du salaire mensuel net de 40 employés communaux des services techniques !
Selon le rapport, la forte rémunération (sic) de l'architecte de l'Elysée provient surtout du fait qu'il a " systématiquement " bénéficié des bonus financiers maximaux prévus en cas de travaux très complexes ou de fortes contraintes de sujétion, selon le principe que quand on aime on ne compte pas ! Rénover l'Elysée est très contraignant en termes de délais ou d'horaires, a souligné l’intéressé.
Le montant des travaux réalisés sur les résidences élyséennes (Palais de l'Elysée, de l'Alma, hôtel de Marigny, résidences de Marly et de Rambouillet etc.) se seraient montés à 43,5 millions d'€ de 1998 à 2004. Les architectes en chef des Monuments historiques sont payés au prorata du montant des travaux. A la mi-décembre, la Cour des Comptes devrait rendre un rapport sur les grands chantiers culturels (Quai Branly etc.) des dix dernières années, a-t-on appris auprès de la Cour. On s’attend à encore mieux et à beaucoup de boulot pour René Dosière. D’ailleurs, on peut s’interroger sur la qualité des rénovations permanentes confiées à ces architectes, puisque le couple Sarkozy n’habite toujours pas dans l’un de ces palais de la République. Alors qu'après le départ du couple Chirac des travaux de rénovation ont eu lieu à l'Elysée, il préfère, semble-t-il, l'apparente quiétude de leur appartement de Neuilly-sur-Seine, voire le pavillon de la Lanterne à Versailles… Autant dire que les hommes de l’Art, payés à prix d’or, ont englouti des sommes folles dans des locaux inutilisés !
DES DISCOURS ET DES REALITES
Dans l'euphorie persistante de la victoire présidentielle, des inquiétudes commencent donc à poindre au sein du groupe UMP, au-delà du petit cercle des insatisfaits (les Villepinistes), sur l'ampleur réelle des réformes et la situation des comptes publics. Il y a ceux qui regrettent que le projet de budget ne soit pas plus " audacieux " sur la réduction du train de vie de l'Etat ou sur les réformes de structure. Et il y a ceux, parfois les mêmes, qui redoutent que l'exonération de charges sociales sur les heures supplémentaires, mesure phare du " paquet fiscal ", ne donne pas les résultats escomptés, au moment où la conjoncture montre des signes d'essoufflement. Ce serait simple et exemplaire de s’attaquer au budget de l’Elysée, de faire la transparence la plus complète sur son fonctionnement, de limiter son poids sur la fonction publique de haut niveau de rémunération en limitant le nombre des membres des cabinets et celui des conseillers. On dépasse concrètement le millier de personnes à l’Elysée et dans les organismes qui lui sont directement rattachés, depuis quelques jours, alors que l’on prône une rigueur à la base qui fait froid dans le dos quand on en mesurera l’impact sur le fonctionnement quotidien de la République.
On prétend même que le député UMP Jérôme Chartier réfléchit à la création d'un fond spécial, financé par l'emprunt, afin d'inciter davantage, sur trois ans, le nombre de départs volontaires des… fonctionnaires à la retraite. Il devrait le soumettre à son idole présidentielle en toute hâte. Incroyable cette dichotomie entre deux comportements dramatiques pour la démocratie, car il continue à accréditer le poncif voulant que tous les élus fassent exactement en leur faveur le contraire de ce qu’ils demandent au Peuple !
Heureusement que quelque part il y a sur les bancs de l’Assemblée nationale un député apparenté PS (il a été exclu pour avoir obtenu la confiance des électrices et des électeurs de sa circonscription contre la candidat officiel) qui veille au grain. Il a obtenu que la carte bleue magique de Cécilia soit restituée. Il a insisté sur le coût des vacances américaines du couple et de ses amis. Il est reparti avec enthousiasme dans la surveillance des dépenses élyséennes. En voici au moins un qui ne s’ennuiera pas au Palais Bourbon.
Mais je déblogue…