Comment ne pas vous parler ce jeudi de l’évènement essentiel de l’année ? Impossible en cette journée réputée " noire " de faire l’impasse sur l’information qui secoue la France au plus profond de ses convictions. Durant ces heures, pas tout à fait comme les autres, il y aura des larmes, des cris, beaucoup d’énervement et des visages marqués par les soucis. Il faudra obligatoirement prendre son mal en patience afin de juger si l’enjeu était véritablement aussi important que prévu. Il existe en effet un doute sur le statut que l’on doit accorder à l’un ou l’autre des camps en présence. Quel sera le vainqueur des deux ? D’un côté on a la puissance médiatique, la sûreté de jugement, l’assurance d’avoir raison envers et contre tout. De l’autre on trouve la générosité, la volonté de ne pas se laisser dominer et surtout celle de ne pas se laisser enfermer dans une logique de la supériorité du paraître sur l’être.
Cette opposition ne donnera pas nécessairement un vainqueur, dans la mesure où l'on sait que l’épreuve du temps peut être redoutable. Il faudra attendre pour jauger le résultat des actions en cours. La France est frappée de stupeur et parfois paralysée par ce face à face entre une vision idéaliste populaire et une conception purement matérielle de la vie. Nul ne sait véritablement s’il s’agit d’une opposition musclée en devenir ou d’une opposition raisonnée déjà planifiée. On le découvrira dans le jugement que l’on portera à terme sur les textes qui découleront de cette confrontation. " Il y a des réformes à faire, tout le monde le sait. J'ai été élu pour ça, on va les faire tranquillement, en maintenant le dialogue ", a déclaré le président Nicolas Sarkozy hier soir. Mais, sans se faire l’avocat de son adversaire, en première ligne du conflit, il faut savoir que ce que son adversaire reproche au maître du pays, c'est de n'avoir dégagé aucun espace de négociation sur le fond du projet et de hausser le ton. On érigera les Françaises et les Français en juges et qui sait si un sondage permettra finalement de dire lequel des belligérants de ce jeudi noir aura finalement capté le capital de sympathie. Certes il y en aura beaucoup qui n’ont rien à faire de ce conflit particulier, et d’autres qui se refuseront à prendre parti, mais je suis certain que dans les chaumières ou sur les quais des gares, ont cherchera fnalement à charger l’un ou l’autre. Impossible qu’une épreuve de force comme celle qui s’engage ne laisse pas des traces. Il y aura un faible et un fort, un vainqueur et un vaincu.
DANS LA PLUS GRANDE DISCRETION
"Le gouvernement doit bouger, sinon on va vers une crispation", a prévenu l’un des acteurs, en laissant planer le risque d'un conflit de longue haleine. C’est dire si la situation est grave. Il faut justement éviter que le conflit dure et perdure. Il doit se régler dans la plus grande discrétion et grâce à des négociations compliquées, mais avec le souci de ne pas mettre en cause les acquis antérieurs ou de reculer face à l’adversité. A en croire un sondage BVA pour le Figaro et LCI, 55% des sondés, contre 43%, estiment que l’événement de ce jeudi n'est pas vraiment ou pas du tout justifié. Mais selon une enquête CSA pour L'Humanité, 54% des sondés disent soutenir le mouvement d’humeur , 26% y étant hostiles et 17% indifférents. Un bataille d’image et de communication va donc s’engager, et chaque camp espère convaincre l'opinion. Nicolas Sarkozy, pour sa part, entend aligner le régime spécial qui était en place sur celui de la fonction publique, une promesse qui repose selon lui sur " un principe d'équité et d'égalité ".
Il semble en effet que cette volonté manifeste de réformer tout, de régenter tout, d’uniformiser tout, de libéraliser tout, pèse fortement sur l’entourage, habitué à plus de considération et surtout à profiter de sa liberté historique antérieure. L’ensemble des problèmes a fait l’objet de divers différends plus ou moins ouverts. En fait, le combat dure depuis des mois sans que l’on sache réellement comment a débuté l’histoire. Il y a certainement une tromperie potentielle, mais dans le fond, elle était attendue, car elle réside dans une antipathie qui paraît ancrée dans l’histoire.
On sentait que de toutes les manières, la rupture promise finirait pas devenir visible. Nicolas Sarkozy ne pouvait pas sans cesse afficher sa différence, sa volonté de bousculer les habitudes, de dépoussiérer les liens sociaux sans connaître l’effet boomerang. Après avoir déclaré sa flamme, avoir encensé le comportement des gens ayant "cocufié" leurs anciens partenaires, avoir débauché des têtes réputées bien faites dans le foyer adverse, il se retrouve à son tour secoué par des soubresauts du même genre. Les actes d'infidélité se multiplient. Les alliances vascillent. Les rassemblements ne sont plus à la gloire du couple occupant le sommet de l’Etat. Mieux, on pense parfois que les événements peuvent avoir raison d’une solidarité factice. Ce soir, normalement, il faudra donner le change, et démontrer que l’on n'est pas touché par le succès du camp adverse. C’est la rançon des images !
AUCUN CONSENTEMENT MUTUEL
En fait, on va directement vers le divorce. On a une seule certitude, il ne sera pas par consentement mutuel. Loin s’en faut. L’une des parties va forcément chercher à préserver ses intérêts bien compris, et surtout à conserver des subsides pour ses vieux jours. Dans ce type de divorce express, il est d’usage que les belligérants déposent une requête conjointe, afin d’accélérer la procédure. Dans le cas présent il semble que Nicolas Sarkozy ait plutôt envie de freiner car il ne souhaite plus tout à fait affronter directement la vindicte de l’opposition. On a donc pris une éminence grise pour fluidifier les " relations sociales ". Le secrétaire général de l’Elysée, Claude Guéant, tel Mazarin, a d’ailleurs pris les choses en main pour accélérer la procédure, car les négociations s’éternisaient, et cette situation perturbait le bon fonctionnement de la présidence.Il faut donc, une bonne fois pour toutes, prendre une décision rapidement. Soit l'on va au conflit public, soit on accepte la négociation intéressée. Il est vrai que le couple concerné par ce jeudi plus rouge que noir a une certaine ancienneté. Cette longue pratique d’une vie commune, organisée aux origines, autour du principe d’un engagement réciproque " gagnant-gagnant " sécurisait tout le monde, car il correspondait aux conventions habituelles. En voulant absolument modifier ces références, Nicolas Sarkozy a brisé les codes habituels, mais bien évidemment, il se refuse à l’admettre car il sait que sa popularité en souffrirait.
Tout son entourage cherche une manière habile d’annoncer que tout est fini et qu’il ira jusqu’au bout, alors que la négociation a été réduite à sa plus simple expression. On s’est contenté de s’informer réciproquement des griefs, avant de repartir chacun de son coté. L’un dans son Palais, alors que l’autre essayait de s’approprier la rue et le soutien du plus grand nombre, après avoir ému les gens sur le triste sort qui lui était promis.
L’ETAT DE DIVORCE PERMANENT
En fait, ce soir on saura peut-être quel est le véritable rapport des forces en présence. Beaucoup de problèmes financiers sont encore à régler. Savoir qui conservera le bénéfice des avantages antérieurs, se mettre d’accord sur les conditions de la retraite annoncée, éviter les fuites dans la presse sur le dialogue en cours, se mettre d’accord sur le processus légal avec le soutien de juristes : autant de sujets qui resteront en suspens quand les calicots auront été repliés et que les premiers bilans seront publiés.
Après le mitterrandien " coup d’Etat permanent " nous sommes entrés dans " l’état de divorce permanent ". Cette situation risque bel et bien de perdurer, car il subsiste un sentiment latent d’injustice et d’agitation, constamment dirigé contre l’autre. Nicolas Sarkozy voulant vampiriser les médias, il faut bien se rendre à l’évidence qu’il annoncera les décisions définitives prises au moment qu’il jugera le plus opportun pour estomper une autre facette de son comportement.
France Inter indique par exemple, ce matin, que l'Elysée pourrait publier dans la journée un communiqué officiel sur la situation qui hante l’esprit de tout un peuple. On aura, comme à l’habitude, deux versions de la situation : celle officielle qui diminuera l’impact des faits, et celle officieuse qui en augmentera les conséquences. En fait, il faudra se rendre à l’évidence : la bataille de l’opinion est bel et bien engagée. De son résultat dépendra la suite des événements et de la profondeur du divorce. mais quel divorce ?
Demain vous le verrez aux Unes de la presse, et ce soir aux choix du Jité de TF1. Il va y avoir débat dans les rédactions : sur quel divorce titre-t-on ? Malheureusement, la réponse ne fait aucun doute : certainement pas sur celui entre les salariés du secteur public et le gouvernement, mais plus sûrement sur celui qui est acquis entre Cécilia et Nicolas… Vous savez, ce drame humain bien plus capital pour des millions d’usagers des transports collectifs que le statut des cheminots. En effet, que vont-ils avoir à lire dans Voici, Gala, Paris Match Pravda, Closer, VSD dans le métro, le RER ou le TER ou le TGV si le couple présidentiel met fin à ses accords bilatéraux sans que ce soit médiatisé ? La vie quotidienne de chacune et chacun en sera bouleversée, et je suis certain que beaucoup des gens ayant voté pour Nicolas Sarkozy sont prêts à se mettre en grève afin d’éviter pareil drame humain. Personne ne fêtera en effet les 40 annuités du couple !
Mais je déblogue…