Il est une filière qui se fait du mouron. On y broie du noir depuis quelque temps et on commence à maltraiter le libéralisme européen sur lequel repose pourtant une bonne partie des fortunes qui font l’attrait de cette profession. On y vit sur la crédulité des centaines de personnes qui espèrent devenir aussi… riches que les autres en quelques minutes. C’est là tout l’attrait pour les premiers qui vivent en fait des espoirs des seconds. Récemment, lors du prix de l’Arc de triomphe, trois membres du gouvernement ont ainsi fait le déplacement à l’hippodrome de Longchamp. Il y avait Michel Barnier, le ministre de l’Agriculture et de tutelle de la "filière équine", Eric Wœrth, ministre du Budget en charge des jeux d’argent et maire de… Chantilly, et le Premier ministre François Fillon, dont on ne sait pas assez, car c’est tout à son honneur, qu’il témoigne d’un intérêt particulier pour les chevaux puisqu’il est encore président de la société de courses de… Sablé-sur-Sarthe.
Ce trio était là pour délivrer un message à une profession qui commence singulièrement à haïr l’Europe. Pas question de voter oui, chez ces gens là au traité européen car ils ont constaté que ces textes vagues et sans véritablement d’intérêt concret sont en passe de détruire la prospérité de leurs établissements ou de leurs métiers. En ce qui me concerne je n'ay jamais versé un euro au PMU dont je me moque totalement.
La Commission européenne, souhaite en effet ouvrir le monopole du PMU à la concurrence des paris en ligne. Autant dire que la tirelire va se casser et les revenus de l’Etat en prendront un sacré coup tout comme ceux des propriétaires, des entraîneurs et de tout le monde du cheval de course. Le pactole des parieurs " prolos " réduits à verser leur obole dominicale ou … quotidienne au seul PMU et donc indirectement à cette filière équine très fermée va s’envoler. La France, ont juré les ministres, défendra jusqu’au bout le particularisme de ce système bien rôdé car actuellement tout le monde est gagnant. Il est vrai que le temps presse et que le branle-bas de combat contre "la dictature de Bruxelles et son bonheur obligatoire" comme le clame Paul Essartial, président du Conseil des chevaux.
Eleveurs, propriétaires et autres entraîneurs ont menacé d’" envoyer mille chevaux et plus " défendre à Bruxelles le PMU et son système de paris mutualisés dans la ligne de mire du commissaire irlandais au marché intérieur, Charlie McCreevy. Un véritable bourrin que ce gars là car il n’a pas compris que la droite française adorait le libéralisme intégral à condition qu’il soit profitable aux privilégiés protégés de… la concurrence ! Pas question de voir la filière très à droite changer de casaque.
Depuis plusieurs mois, Etat et professionnels des courses d’un côté, Commission de Bruxelles et opérateurs privés de paris en ligne de l’autre, se livrent donc une bataille sans merci sur le champ de courses européen. Les premiers s’échignent pour préserver un secteur " agricole " qui fait directement vivre 62 000 personnes en France, dont bon nombre dans des zones rurales, sans oublier les juteuses rentrées fiscales. les seconds pour forcer la France à partager le gâteau du PMU (8,1 milliards d’euros de chiffre d’affaires en 2006), un quart du magot des jeux d’argent avec des bookmakers insatiables ! Rien que ça.
PLUS D’EXCLUSIVITE POUR LE PMU
La pression sur Paris n’a cessé de croître pour faire céder les " barrages " les uns après les autres. Or ce n’est véritablement pas le moment de réduire les retombées financières du goût pour les Français d’identifier les canassons qui vont pulvériser la rentabilité de la cote. Durant l’été, la Cour de cassation a détruit un peu plus la ligne Maginot tricolore en estimant que l’expansion commerciale du PMU plaide contre l’exclusivité dont il bénéficie dans l’Hexagone. A la rentrée, la France, sommée de répondre avant… le 29 octobre, n’avait plus le choix. Elle s’est donc résolue à négocier une " ouverture maîtrisée " comme l’appelle Eric Wœrth, maire de Chantilly où résident 2 800 chevaux plus ou moins rentables. La "priorité des priorités", reste pour lui comme pour d’autres de préserver le financement de la filière via l’argent des paris. Pour le reste on verra plus tard. Mais tout ne va plus très bien pour Madame la Marquise car il y a le feu aux haras et aux hippodromes à cause de cette Europe libérale qui a fait de la concurrence sa religion idéologique.
Le monde des courses hippiques françaises défend bec et ongles son modèle de PMU, car à la différence d’une Française des jeux en charge des loteries, il est un opérateur à part, entièrement dévolu à la filière hippique. Héritage d’une loi fondatrice de 1891 qui lie l’autorisation de la prise de paris sur les courses à l’encouragement au développement de la race chevaline, le PMU est un groupement d’intérêt économique sans but lucratif.
Loin de la logique libérale et anglo-saxonne, le PMU reverse à la filière une bonne partie de ses recettes. Après avoir rétribué ses 6,5 millions de parieurs (72,8 % des mises leur sont redistribuées), reversé sa part à l’Etat (12,7 % des enjeux, 1,1 milliard d’euros en 2006) et déduit ses frais de fonctionnement, ce sont 653 millions d’euros qui lui sont revenus en 2006, soit 80 % de son financement ! Un pactole qui fait des jaloux en Europe et ne revient pas seulement à l’économie du cheval de courses.
Par un jeu de cascades complexe, ce mutualisme arrose aussi les haras nationaux et alimente le fonds Eperon, soutien des activités équestres amateurs créé en 2005. Le diable pour la profession du monde des courses a un nom. C’est le… bookmaker, aujourd’hui présent un peu partout en Europe et qui se sent pousser des ailes à l’ère d’un réseau planétaire se jouant des frontières et réglementations. Il est pour l’instant interdit d’hippodrome en France mais il sait bien que tôt ou tard il y installera ses ordinateurs car il y sera introduit par un Irlandais têtu qui veut se payer l’institution PMU !
LA HAINE DU BOOKMAKER
Ce galeux de bookmaker prend l’argent des parieurs et ne redistribue rien à la filière, à part quelques miettes sur ses bénéfices et comme ils ont bien moins de frais, ils rétribuent mieux. Le parieur lui n’en sera que plus ravi. C’est une concurrence totalement déloyale pour les uns, une aubaine pour les autres. Cauchemar du milieu, ces "book" sont accusés d’avoir détruit les filières équines dans plusieurs pays. A l’ère du pari en ligne, qui représente déjà 5 % des mises et croît de 30 % par an sur Pmu.fr, la concurrence est partout et Zeturf peut engranger les mises de 45 000 parieurs virtuels réguliers sur les courses à Enghien depuis La Valette, en ne reversant que 0,5 % à l’Etat maltais (et 95 % aux parieurs) contre 13 % en France. "Si l’Etat prélève moins, les gens parieront plus et tout le monde sera gagnant. Voilà ce que Bruxelles voudrait faire comprendre à la France." explique le patron de Zeturf qui met le gouvernement en garde contre les dangers d’une position trop inflexible à Bruxelles le 6 novembre prochain.
Eric Wœrth, accompagné du ministre des Affaires européennes Jean-Pierre Jouyet, lanceront une négociation qui s’annonce serrée avec l’Irlandais Mc Creevy. La France est prête à faire machine arrière sur le monopole mais ne pourra pas céder sur trois points essentiels : maintien du pari mutuel, contrôle et agrément des nouveaux opérateurs qui seraient obligés de disposer d’une filiale en France et, surtout, préservation du financement de la filière hippique via l’argent des paris. On voit mal que les chantres du libéralisme européen et parfois aussi des délocalisations salvatrices pour la santé de notre économie laissent filer sur des plates-formes off shore des subsides indispensables aux fragiles équilibres actuels. Voici donc un duo ministériel partisan du chef d’œuvre européen de Nicolas Sarkozy qui va lutter pour que les principes actuels moins libéraux ne soient surtout pas mis en œuvre dans leur pays. Ils ne seront pas très à cheval sur les principes ! ils viennent pourtant de connaître une chute sur la première haie.
L’arrestation du patron de la société suédoise de paris Unibet, Petter Nylander, en garde à vue depuis le début de la semaine à Amsterdam, fait en effet des remous à la Commission européenne qui, par l’intermédiaire du porte-parole du commissaire au marché intérieur Charlie Mc Creevy, s’est ému " qu’au regard des lois européennes, c’est un innocent qui a peut-être été arrêté ". Une fois lancée, la procédure judiciaire n’en suit pas moins inexorablement son cours. Petter Nylander a donc été extradé vers Paris hier à la demande de la justice française qui souhaite l’entendre avant de le mettre éventuellement en examen pour violation du monopole de la Française des jeux sur les paris. Un pavé dans la mare qui va éclabousser le système français !
FUSILLE POUR L’EXEMPLE
Cette arrestation découle d’une plainte déposée par la Française des jeux et le PMU d’abord en 2003 puis relancée en 2006. Convoqué par un juge d’instruction de Nanterre, Petter Nylander avait refusé d’y répondre, ce qui a entraîné la délivrance en juin dernier d’un mandat européen. Voilà pourquoi il a été cueilli par la police néerlandaise lundi dernier à l’aéroport international de Schipol alors qu’il s’apprêtait à embarquer dans un avion pour la Grande-Bretagne où il réside. Bookmaker en ligne, Unibet compte pourtant parmi les plus importants sites de paris du vieux continent et fait partie de ces nouveaux opérateurs privés qui ont profité de l’essor d’Internet pour s’imposer dans le paysage européen.
Côté à la bourse de Stockholm, Unibet possède une licence à Malte, en Grande-Bretagne et en Italie et prend des paris en toute illégalité à ce jour sur le championnat de France de football, celui de basket ou les courses de chevaux à Vincennes ou Longchamp.
La France maintient que chaque pays reste libre de sa législation et Unibet aurait du respecter celle d’un Etat souverain dans ce domaine en s’abstenant de prendre des paris sur les événements sportifs et hippiques français. Rappelons qu’un autre dirigeant d’Unibet avait été mis brièvement en garde à vue en avril dernier puis mis en examen toujours pour atteinte au monopole et " prise de paris illicite " et les deux dirigeants de la société autrichienne Bwin avaient eux-mêmes connus les joies de la garde à vue lors d’un passage dans les Alpes Maritimes en septembre 2006 et vaient précipitamment quitté le maillot des footballeurs de Monaco alors qu’ils sont sur bien d’autres en Europe ! Il ne reste plus qu’au PMU qu'à sponsoriser l’Olympique de Marseille pour se placer avant l’arrivée de ses concurrents qui sera inévitable.
En fait autour des champs de courses se joue les véritables enjeux de cette Europe qui va encore une fois déchirer les socialistes. Le traité adopté à Lisbonne ne change absolument rien sur le fond. C’est un cachet d’aspirine pour soigner un cancer. En effet les principes essentiels (libéralisation, privatisation, dèréglementation) restent d’actualité. Les bars PMU vont donc se transformer en déserts dès qu’ouvriront des lieux automatisés de collecte de fonds pour enrichir les multinationales du jeu.
Cette Europe qui minutieusement démonte le système social français pour le remplacer par un modèle anglo-saxon mérite au minimum un brin de méfiance. Tiens je parie que si le gouvernement décidait de faire un référendum il aurait une nouvelle déception… Il va pourtant falloir en faire un cheval de bataille !
Mais je déblogue…