La France n’a jamais véritablement réglé les rapports entre la politique et l’argent. Elle traîne comme un boulet des poncifs voulant que tous les élus s’en mettent plein les poches et ne méritent absolument pas la confiance que leur accordent les citoyennes et les citoyens. Il y a chez nous une survivance de l’époque de la noblesse et du clergé voulant que les revenus soient la conséquence d’une charge obtenue du pouvoir. Il est vrai que les " affaires " ont, sous tous les régimes, contribué à forger des certitudes populaires dont il est parfois difficile de se débarrasser. Impossible de persuader l’opinion publique que pour un comportement condamnable il en existe des dizaines de milliers d’autres qui ne prêtent à aucune suspicion. La sincérité n’est plus un gage d’honnêteté. La transparence n’apparaît plus comme une preuve de démocratie. Il faut sans cesse être aux aguets et se préparer à se justifier ou pour éviter de tomber dans un traquenard possible. Le seul véritable problème c’est l’échelle des constats car pour bien des gens il n’y a pas de différence entre les divers niveaux d’exercice du pouvoir. Ils accablent autant l’élu de base que le Ministre ou le Chef de l’Etat !
Que dirait-on si un maire rural décidait par exemple d’augmenter son indemnité de fonction de… 140 % ? Il serait vite accusé de mégalomanie ou mieux d’être un pilleur des deniers publics. Il circule tellement de contre-vérités sur ce que les journalistes appellent de manière inappropriée les " salaires " des élus alors qu’il ne s’agit pour l’immense majorité d’entre eux que d’une compensation des dizaines d’heures qu’ils passent, parfois jour et nuit, au service des autres. Et, plus encore, il faudrait absolument mettre à coté les avantages en nature de certain(e)s par rapport à d’autres.
A quoi sert donc leur indemnité ? Elle disparaît souvent dans le quotidien de leur fonction car certains que je connais bien payent tout : leur téléphone mobile, leur essence, leur inscription à des formations ou des congrès, leurs billets de train, leurs repas, leur cartes dans les associations, leur entrée au stade ou au spectacle, leurs costumes, les aieds sociales diverses mais on ne verra à l’arrivée que le montant initial du dédommagement versé pour leur investissement dans la vie publique. La méconnaissance réelle qu’ont les contribuables sur le rôle et les obligations de celles et ceux auxquels ils ont confié la gestion de leurs deniers efface tout le reste. Peu d’entre eux mesurent en effet l’investissement réel que représente un mandat véritablement exercé. Ce n’est pas pour autant que tout doit être absous ou que les condamnations doivent être systématique.
MOINS PAYE QUE SON COLLABORATEUR
Nicolas Sarkozy s’est par exemple aperçu qu’il était moins payé que François Fillon. Une disparité qui ne devrait plus exister pour très longtemps. Selon une note que l’hebdomadaire Profession Politique s’est procuré, rédigée par Emmanuelle Mignon – la directrice de cabinet de Nicolas Sarkozy – et transmise à l’Assemblée nationale, le salaire du Président pourrait augmenter de 140%.Nicolas Sarkozy touche en effet actuellement 8.300 € brut par mois. Il est un des chefs d’états européens les moins payés en Europe, très loin derrière Angela Merkel et ses 21.262 € mensuels. Mais le chef de l’Etat n’a aucune facture à payer, il ne règle pas les dépenses courantes (électricité, taxe d’habitation, costumes…).
L'explication d'une telle augmentation est simple pour la directrice de cabinet du Président: il faut que la rémunération de Sarkozy "soit fixée par la loi à un niveau comparable à celle du Premier ministre et des homologues étrangers du président de la République française". Il pourrait donc passer à 20.000 € brut, le même salaire que son Premier ministre. Et être ainsi mieux payé plus que ses ministres et secrétaires d’Etat, qui gagnent respectivement 13.471 € et 12.795 € tous frais payés. Jean-Louis Bianco, ex-codirecteur de campagne de Ségolène Royal, s’est déclaré "choqué" que l’on puisse envisager d’augmenter le salaire du président Nicolas Sarkozy. " Quand on a des gens qui sont précaires, qui n’ont même pas le Smic, l’histoire de s’aligner sur le Premier ministre ou les chefs d’Etat étrangers, c’est surréaliste. Ca ne tient pas la route, c’est très choquant ", a précisé celui qui fut secrétaire général de l’Elysée sous la présidence de François Mitterrand.
" Dans les entreprises, il y a des patrons qui sont aussi moins bien payés que des collaborateurs, il y a vraiment des milliards d’injustices à réformer dans ce pays avant de réformer le salaire du président ",
UN REVENU PITOYABLE
Il faut également rappeler, au passage, que ce " salaire " est de l’argent de poche pour un homme qui vit en permanence à l’Elysée, et surtout qui possède toujours 33 % des parts d’un cabinet d’avocat portant son nom et se portant à merveille ces derniers temps. Mais cette facette de son train de vie n’entre pas en ligne de compte ! Nicolas Sarkozy s’appuie sur le vérité des salaires dans le mondé économique et il peut se plaindre de la médiocrité de ses émoluments. Les revenus des patrons français ont en effet encore progressé en 2006, avec pour les 50 mieux payés de France, un revenu moyen de 3,8 millions d’€ sur l’année, soit l’équivalent de… 316 années de Smic chacun !
" En comparaison de la hausse du pouvoir d’achat des ménages (+2,3%), les dirigeants de grand groupes français se sont accordés l’an dernier des augmentations de Père Noël, jusqu’à 25% pour les mieux lotis ", Cette " envolée va de pair avec une explosion des résultats des entreprises ", avec notamment des bénéfices de près 100 milliards d’euros et des cours de Bourse en hausse de 17% pour les sociétés du CAC 40, mais cela " n’explique pas tout ", selon Capital. On est encore loin des 140 % présidentiels mais il est vrai qu’il existe un tel retard entre le politique et l’économique que même 280 % ne suffirait pas à remonter le handicap des… 8 300 € mensuels actuels !
Le PDG de Renault, Louis Schweitzer, arrive en tête avec des revenus 2006 de 11,9 millions d’euros, notamment grâce à une " belle plus-value de stock-options ". Il est suivi de Daniel Bouton (Société Générale, 10,8 millions d’euros) et Bernard Charlès (Dassaut Systèmes, 10,3 millions d’euros). Notre malheureux président de la République avec ses… pauvres 99 600 € annuels semble faire la mendicité. Heureusement qu’il a un nombre élevé de… fonctionnaires payés par les impôts des PDG qui le narguent pour lui faciliter la vie. La note est d’ailleurs extrêmement salée pour 2008 !
100 MILLIONS D’EUROS
La note précise en effet par ailleurs que "le budget de l’Élysée va tripler en 2008", la présidence réintégrant dans son budget plus de… 800 personnes actuellement "prêtées" par les administrations. Une "opération de transparence" pourqui "conduira mécaniquement à une augmentation de la dotation grosso modo de 32 à 100 millions d’euros."La loi de finances prévoyait une enveloppe de 32 millions, les crédits accordés devraient finalement s’élever à 100 millions... par souci de transparence. Dans une note adressée au rapporteur de la mission budgétaire Pouvoirs publics à l’Assemblée nationale, Emmanuelle Mignon, directrice de cabinet de Nicolas Sarkozy, estime que l’Élysée " sera en mesure, en principe avant la fin de l’année 2007 pour un budget clarifié et transparent dès 2008, de demander au Parlement une consolidation de sa dotation ". Actuellement seulement 159 postes sont rémunérés directement par l’Élysée (98 contractuels et 61 mis à disposition par différents organismes ou entreprises publiques). Cette opération de transparence conduira "mécaniquement" à une augmentation de la dotation "grosso modo de 32 à 100 millions d’euros", écrit Emmanuelle Mignon, qui insiste sur la nature "purement comptable de l’opération".
" Elle sera sans effet sur le montant réel des dépenses de la présidence et compensée par une réduction correspondante des crédits actuellement alloués aux ministères pour financer les activités de la présidence ", précise la note. L’Élysée paiera donc les salaires et les charges de tous ses collaborateurs, " aussi bien le personnel permanent que les collaborateurs directs du Président ". Une somme en moins à payer pour les administrations (Quai d’Orsay, police nationale, Défense...). Cette pratique devrait être étendue à l’ensemble des cabinets ministériels, comme devrait le préconiser le comité Balladur sur les institutions. indique le magazine Capital dans son palmarès des plus hautes rémunérations. a-t-il ajouté, soulignant que le président n’était " pas malheureux à l’Elysée ". On veut bien le croire car il ne doit guère se préoccuper de la gestion de son quotidien et de celui des autres si ce n’est pour insister sur les efforts de gestion à effectuer pour éviter la faillite des régies de retraite, de la sécurité sociale et même plus largement de l’Etat !
Faute de temps, l’Assemblée nationale ne pourra pas intégrer les modifications concernant le budget de l’Élysée. C’est donc le Sénat, en deuxième lecture, qui devrait accorder l’augmentation de la dotation souhaitée par la présidence. Il vaut mieux car c’est moins dangereux pour les Sénateurs UMP que pour les députés qui devraient affronter la colère de leurs mandants parfois réduits à espérer le sauvetage de leur entreprise " délocalisable " ou délocalisée. Ah ! La transparence c’est tout de même beau quand ça remontre jusqu’au sommet du pouvoir.
Mais je déblogue…