Lorsque l’on a quitté la vie sociale active, le plus difficile reste d’effectuer son… retour. Lionel Jospin en sait quelque chose. Il faut en effet ne pas montrer à la fois que l’on sait prendre de la distance et que l’on souhaite retrouver la proximité avec le terrain. Le milieu du show-bizz est bien différent car les artistes aiment bien multiplier les tournées d’adieux ce qui leur évite d’avoir à effectuer leur come back. En politique le plus difficile on maintient que l’on n’est jamais " mort " et que l’on a vu dans l’histoire des hommes ressusciter après une catastrophe les ayant véritablement laminé. On sait par exemple qu’après le fameux attentat dit de l’Observatoire, tout le monde considérait François Mitterrand comme définitivement exclu du jeu. Or il a réussi lentement mais purement à remonter la pente et parvenir au sommet. Giscard d’Estaing est, de son coté, parvenu à rester au plus haut niveau en persuadant médiatiquement qu’il avait un rôle encore éminent alors que quasiment plus personne ne se soucie de ce qu’il fait. C’est l’exemple typique de celui qui s’impose alors qu’il a cumulé les échecs : élections présidentielles, élections régionales, référendum sur le Traité constitutionnel européen… Après son départ télévisé spectaculaire il a choisi de revenir aux affaires via le local et des échéances auvergnates qui lui ont permis de survivre.
Il restait à savoir comment Jacques Chirac allait faire pour revenir sur scène. Il a choisi la voie traditionnelle, sans risques et sans effets. Membre de droit de cette docte assemblée qu’est le Conseil constitutionnel il est allé occupé le fauteuil qui lui revient de telle manière qu’il puisse être à l’abri. Cet acte lui permet en effet de se placer sous la protection de l’Etat car on voit mal un membre de cette instance supra politique être poursuivi par un juge pour des faits désormais anciens.
D’ailleurs il est intéressant de constater que toutes les " affaires " relatives à son passage à la Mairie de Paris semblent être assoupies depuis plusieurs semaines. En s’asseyant à la gauche de Jean louis Debré qu’il a lui-même nommé il s’est installé dans une position de sage inaccessible aux " bassesses " de ce monde. On prétend aussi qu’il aurait envisagé d’être candidat aux sénatoriales… en Corrèze pour terminer sa carrière sur une immunité parlementaire rassurante.
L’attraction de la récente réunion du conseil constitutionnel n’aura pas été l’examen du test ADN mais bel et bien la présence de Jacques Chirac, qui a siégé, pour la première fois, en séance plénière. Membre de droit puisqu’ancien Président de la République, il a retrouvé l’un de ses prédécesseurs, Valery Giscard d’Estaing et, à la tête des dix sages, Jean-Louis Debré, ancien président de l’Assemblée nationale et grand ami de l’ex maire de Paris. Les deux anciens chefs d’Etat ne se sont pas prononcés publiquement concernant les tests ADN. Mais selon Jacques Toubon, un proche, Jacques Chirac… s’y serait opposé.
En plus de son nouveau poste de sage, l'ancien Président, qui avait instauré la taxe sur les billets d’avion pour financer des médicaments en Afrique, a déposé les statuts de sa future association baptisée " La Fondation Jacques Chirac pour le développement durable et le dialogue des cultures ". Prévue pour l’automne, l’ouverture a été repoussée, faute de financement. Jacques l’Africain, qui a passé ses premières vacances d’ancien Président à Taroudant, au Maroc, compte œuvrer pour le développement du continent, notamment à travers l’apport de pompes à eau qui seraient financées par sa fondation. Il aura ainsi encore l’occasion de voyager avec une note réglée par d’autres.
RETOUR SANS CONCESSIONS
Dans la série des gens importants désireux de rester dans le coup il y a aussi Danielle Mitterrand, qui publié hier, "Le livre de ma mémoire", un nouveau livre dans lequel elle estime que " les socialistes ont un regard beaucoup trop attendri pour l'argent ".
Interrogée sur l'élection d'un socialiste français, Dominique Strauss-Khan, à la tête du FMI, la veuve de l'ancien président socialiste répond " un Français d'accord, un socialiste, on en reparlera ". Elle estime que le PS a " à sa tête des gens qui n'ont pas l'esprit socialiste ", que " depuis quelques années, les dirigeants socialistes n'ont pas la tripe socialiste. Ils ont un regard beaucoup trop attendri pour l'argent. Ils ne réagissent pas, ne respirent pas ce désir de société que nous avons ", ajoute-t-elle. Au moins elle quand elle revient ce n’est pas les bras chargés de roses mais beaucoup plus de cactus. Elle a également déclaré ne pas être inscrite au PS car " ils se sont beaucoup trop rapprochés du système dans lequel on vit. Peut-être veulent-ils l'amender, mais moi je veux en sortir ".
Danielle Mitterrand estime que " la société actuelle, repose sur des valeurs financières ", et sur l'exploitation " de l'homme par l'homme ". Elle n’a pas varié d’un pouce et elle adopte une position sans ambiguïté sur son engagement à Gauche. Elle n’est donc jamais partie et donc elle n’a aucun retour à effectuer ! Quelle femme ! Quel tempérament et surtout qu’elle intransigeance vis à vis de son idéal.
Le quotidien la questionne également sur les photos que François Mitterrand avait laissé prendre de Mazarine Pingeot, la fille naturelle et reconnue de l'ancien président, elle explique qu'il était " harcelé par les journalistes " sur un fait qui relevait de sa vie privée. Elle aimerait probablement beaucoup que la presse témoigne du même empressement pour enquêter sur les pratiques officielles de la vie publique des femmes et des hommes au pouvoir.
" Il a fini par dire: 'Foutez moi la paix et faites ce que vous voulez' ", raconte-t-elle avant d'estimer que " c'est indécent " de lui poser cette question. " Quand vous achetez votre viande, vous ne demandez pas au boucher ce qui se passe dans son lit le soir. C'est ce que vous faites avec nous ", conclut-elle lapidairement. Elle frappe fort et juste en mettant en exergue des comportements actuels en déphasage complets avec l’intérêt politique pour le plus grand nombre.
Elle reste dans le présent mais sans que l’on puisse lui reprocher la moindre faute personnelle et surtout la moindre adaptation au contexte. Comme elle effectuera un jour son retour Cécilia Sarkozy pourrait s’inspirer de cette première dame qui n’a jamais renié le rôle qui lui revenait mais qui l’a exercé de telle manière qu’elle n’ait jamais à rougir de ce qu’elle faisait.
RETOUR GAGNANT
Dans le genre retour gagnant il y a celui de Claude Chirac, la fille de qui vous savez. Elle a su parfaitement exploiter son carnet d’adresse. laude Chirac devient directrice de la communication de PPR. Le groupe présidé par François-Henri Pinault a officialisé sa nomination, jeudi comme directrice de la communication du groupe de luxe français. La fille de l'ancien président de la République entrera en fonction le 4 décembre et fera partie du comité exécutif après avoir été la conseillère en communication de Jacques Chirac à l'Elysée entre 1995 et 2007. Rappelons simplement que le président de PPR, François-Henri Pinault, est le fils de François Pinault, un proche de Jacques Chirac. Ce qui dans le fond ne ressemble pas à un véritable événement cache cependant une évolution extrêmement forte de la vie politique française car on se rend compte, finalement, que François-Henri, qui est le vrai patron du groupe, se fait imposer par son père, la fille d'un de ses proches même si François Pinault et Jacques Chirac ont quelque peu pris leur distance dans les dernières années de la présidence du second. Ils demeurent néanmoins toujours proches, mais moins qu'avec Henri Proglio, P-DG de Veolia, qui reste le premier soutien de Jacques Chirac.
Nous traversons une période de capitalisme mitigé, à mi-chemin entre le modèle anglo-saxon et le modèle du vieux capitalisme opaque du modèle rhénan, celui qu'incarnait autrefois Ambroise Roux. Et ce, depuis une quinzaine d'années. D'un côté, le milieu des affaires pioche dans le premier modèle pour tout ce qui concerne la gouvernance, la rémunération des P-DG, etc. C'est le cas notamment des stock-options.
Mais, d'un autre côté, nous n'avons pas importé la contrepartie de ce mode de fonctionnement qui se veut très transparent. En France, on accepte sans pâlir le conflit d'intérêt. L'empire PPR est très symbolique de cette tendance. L'arrivée de Claude Chirac en est une nouvelle démonstration.
Partout dans le monde, on observe une vague de concentration dans le secteur des médias. Le mouvement s'opère au travers d'empires professionnels: Bertelsmann en Allemagne, Murdoch aux Etats-Unis. On peut critiquer ces groupes, mais il reste que la presse est leur métier. En France, nous vivons l'exact opposé.
On vit une régression démocratique. Les investisseurs qui rachètent des journaux ne sont pas le plus souvent des industriels de la presse; ce sont des proches du pouvoir: ils n'achètent pas des parts de marché, mais des parts d'influence. C'est un capitalisme de connivence. Le chef de l'Etat ne cache pas en effet sa proximité et même son affection pour Lagardère (entré au capital du Monde), Rothschild (Libération) ou Arnault (qui vient d'acquérir Les Echos). Claude Chirac va désormais tenir le budget communication du groupe Pinault et aura donc (ce serait incongru de le contester) un poids économique colossal sur la… presse écrite et audiovisuelle. L’ignorer serait refuser de voir une criante vérité : notre démocratie se meurt lentement mais se meurt dans l’indifférence générée par le diktat de l’opinion dominante. Le réveil sera rude !
Mais je déblogue…