Overblog Tous les blogs Top blogs Économie, Finance & Droit Tous les blogs Économie, Finance & Droit
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

L'AUTRE QUOTIDIEN de Jean-Marie DARMIAN, ancien journaliste, maire et conseiller général de Créon (33). La politique et la vie sociale sans langue de bois...au quotidien et contre l'opinion dominante

Publicité

NOS FACULTES FOUTENT LE CAMP

Dans tous les domaines l’autonomie ressemble fortement à la décentralisation. En effet, elle part d’une idée splendide pour se terminer en bombe à retardement. L’état républicain était historiquement le garant de cette fameuse équité de tous les citoyens face aux services indispensables à sa vie sociale. Il devait s’assurer que l’enfant habitant le plus perdu des villages de montagne aurait accès, comme celui de Neuilly, avec une égalité des chances identiques, au savoir dispensé par un fonctionnaire.
 L’état garantissait certes plus ou moins bien que la Lozère et les Hauts de Seine bénéficiaient proportionnellement à leur population (mais pas à leur puissance financière) de moyens matériels et humains identiques. Seule la notion de service public désormais condamnée par l’Europe libérale pouvait garantir cette répartition républicaine des réponses aux besoins identiques. Lentement ce principe s’estompe par le transfert des compétences, la coupe sombre dans les postes, le principe des enveloppes globales gelées, les restrictions budgétaires pour des actions impossibles à mener dans des zones trop isolées…
A cet égard, malgré l’indifférence de la majorité des gens, malgré une caricature médiatique épouvantablement malhonnête, on assiste à une mise en pièces organisée de l’unité territoriale de la France. L’exemple le plus proche est celui de la grève actuelle dans les universités. Les étudiants protestataires sont inlassablement présentés (regardez les Jités ce week-end) comme des enragés politisés qui empêchent les " vaillants, les méritants, les sérieux " d’étudier alors qu’en fait personne ne leur demande véritablement dans un reportage sérieux et construit d’exposer les raisons profondes de leur mécontentement. L’enjeu repose sur un mot clé qui va faire florès dans les prochains mois et que vous n’allez cesser d’entendre : " autonomie ".
UNE AUTONOMIE DESASTREUSE
Toutes les universités auront donc acquis d’ici cinq ans leur " autonomie " et géreront leur budget. Les présidents deviendront les véritables " patrons ", au sens économique, avec des pouvoirs renforcés comme le droit de veto sur les nominations, la distribution de primes au mérite, le contrôle absolu des actions... Le conseil d’administration sera resserré (le poids des élus, notamment étudiants, diminue) et il pourra surtout créer des fondations afin d’attirer des capitaux privés. L’Etat prévoit des exemptions fiscales pour le mécénat ce qui rendra les universités tributaires de la bonne volonté du Medef et surtout conduira à terme à la création d’université privée comme on le voit par exemple dans le domaine de la formation initiale avec le versement de la taxe d’apprentissage. Ce système anglo-saxon, présenté comme le nec plus ultra, de l’université a montré ses limites car il finit pas créer (c’est le rêve des ultra-libéraux) la concurrence entre les campus et l’accentuation de l’inégalité absolue d’accès aux études supérieures.
Les contestataires ne sont pas des illuminés du marxisme mais ils estiment simplement qu’avec des universités autonomes et recourant aux fonds privés, l’Etat en profitera pour se retirer année après année ne garantissant plus d’aucune manière l’équité de traitement des territoires. Alors que pour remédier à la grande misère actuelle des universités, il devrait faire le contraire.
La ministre de l’Enseignement supérieur, Valérie Pécresse, le conteste : avec 1 milliard d’euros supplémentaires pour l’université dans le budget 2008, l’Etat n’a jamais fait un tel effort. Faux répliquent les étudiants : l’essentiel va à des crédits d’impôts, des retards de paiements, des investissements dans l’immobilier mais en aucune manière à l’amélioration du fonctionnement actuel. De plus, aucun poste n’est créé alors qu’il en faudrait pour lutter contre l’échec en licence (40 % au cours des deux premières années) ce qui devrait constituer une véritable priorité. En fait le supplément de crédits n’est que de la poudre aux yeux puisqu’il constitue un moyen de boucher des trous béants accumulés au cours des années antérieurs de gouvernement UMP ! Encore une fois le beau mot d’autonomie dissimule en fait celui d’incapacité à faire face aux obligations historiques de l’Etat républicain. La fracture territoriale va s'accentuer dans un pays qui ne vit qu'accroché aux émois de la région parisienne. Télé oblige !
LA DOUBLE SELECTION INAVOUEE
Pour conforter cette autonomie présentée comme la panacée aux maux dont souffrent les universités on ajoute le médicament miracle camouflé dans un appât. Il faut diminuer d’une manière ou d’une autre le nombre des étudiants actuels et les rendre productifs plus tôt sans qu’ils coûtent au système. On a donc inventé le principe de " l’orientation active " soi-disant testé avec succès l’an passé. Le principe est simple : ne recruter que des bacheliers de qualité issus des meilleurs lycées sans que ce soit une " sélection ". Chaque candidat devra déposer un dossier de pré-inscription dans la fac où il postule et recevra une réponse argumentée, l’encourageant ou non à s’inscrire. Une manière de lui signifier qu’il ne sera pas le bienvenu et que l’on sait déjà qu’il échouera dans une filière réservée à des gens " rentables ". 
Pour les grévistes, cela conduit droit à une sélection, rêve non avoué des grandes universités qui, à l’instar de Paris-Dauphine, ne voudraient prendre que les meilleurs. Mais alors que la France manque de diplômés du supérieur, ce serait un pas en arrière. L’orientation active aggravera en outre les inégalités sociales : les étudiants défavorisés seront plus impressionnés que les autres par un avis négatif et risquent d’abandonner. Ils iront rapidement sur le marché du travail aux conditions que souhaiteront les entreprises et surtout sans les qualifications leur permettant de revendiquer des salaires convenables. Ce filtre qui ne sera en fait que théorique puisqu’il n’y aura jamais les moyens humains d’examiner tous les dossiers de manière sérieuse durant le laps de temps très court précédant les inscriptions. Ce ne sera donc forcément dans certaines universités qu’un simulacre d’orientation correspondant à l’annonce de la transformation du " sumo en athlète ". Ah ! Si les profs actuels qui soutiennent au nom de leur propre réussite ce principe pouvaient simplement présenter leur dossier dans une fac dans les conditions actuelles. Seraient-ils assurés d’être admis ? 
L’autre sélection qui ne dit pas son nom est économique. Il est en effet inscrit dans une loi plus ancienne et historique que l’Etat fixe le montant des droits d’inscription au nom justement du principe républicain d’équité. La nouvelle loi stipule que le recteur devra veiller à ce que les universités ne demandent pas de rallonges aux étudiants (chaque année l’Unef fait la liste des universités qui abusent) mais ne parle plus de droits identiques sur le territoire national. La déduction est simple, il faudra avoir un dossier qui plaise (par exemple être le fils ou la fille d’un médecin pour aller en médecine, le fils ou la fille d’un avocat pour aller en droit…) et ensuite avoir les moyens de payer les droits d’entrée car les universités, lâchées par l’Etat, chercheront de nouvelles recettes propres du côté des étudiants. L’opinion dominante le sait-elle ?
LA FIN DE LA CULTURE GENERALE
Il faudra enfin faire des économies de tous les cotés. On va donc forcément tailler dans les filières actuelles. Dans les AG, les étudiants prédisent que par exemple, le département de philo ou histoire de l’art seront vite fermés car ils n’intéressent pas les entreprises alors qu’ils coûtent trop cher. Les facultés mobilisées sont d’ailleurs pour l’essentiel celles de sciences humaines et de langues, filières "non rentables" où la peur du chômage est la plus grande. Il faut bien reconnaître qu’au moment où l’on recrute de plus en plus sur la notion de culture générale dans les entreprises de haut niveau comme signalons le dans la fonction publique (voir le concours d’entrée à l’IUFM)
Au ministère, on répond que les directions d’université répartiront elles-mêmes… les fonds alloués par le privé et c’est sûrement là le plus grave dans des conseils d’administration style " entreprises privées ". Derrière la crainte des étudiants actuels qui travaillent pour les bacheliers de demain, il y a aussi le refus de la professionnalisation des filières, des licences pros trop liées aux besoins du marché, et la volonté de défendre une université lieu de transmission du savoir. On sait en effet fort bien que cette conception de l’enseignement dans sa globalité est moribonde car elle n’existe plus dans les salles des profs où personne ne se préoccupe véritablement de la " marchandisation " du système. 
Que dira-t-on le jour où un lycée hôtelier français de renom sera majoritairement financé par MacDO ? Que fera-t-on quand la Suez ou Véolia arroseront les filières universitaires liées à l’environnement ou à l’eau ? Qui protestera quand Total déversera ses millions d’euros piqués dans les portefeuilles des automobilistes idiots qui paieront indirectement ce qu’ils croient ne plus payer directement par l’impôt d’Etat vers les Masters liés aux nouvelles énergies ? Qui garantira cette fameuse équité républicaine que l’on applique avec vigueur aux régimes spéciaux de retraite !
La loi est pourtant très nette là-dessus car elle ne fait pas de distinctions entre campus. Pour les étudiants en lutte, la différence qui existe déjà entre une grande université parisienne et une petite de province risque de se creuser. Les grandes vont en effet se réunir dans de puissants Pres (pôles de recherche et d’enseignement supérieur) où la recherche de pointe va se concentrer et où les capitaux afflueront. Les petites feront de l’enseignement avec des cursus plus courts et de la recherche appliquée. Ce système convient à l’électorat sarkozyste le plus populaire qui n’est préoccupé que par un seul problème : son pouvoir d’achat et qui pense que son salut passe par des mesures présentées comme des sources de diminution d’une contribution que la plupart du temps il n’est plus en mesure d’apporter à la collectivité. L’essentiel c’est qu’on parvienne à lui faire croire via la télé que les barbus, les fainéants, les incapables, les politisés sont de retour. L’esprit de mai 68 ne va tout de même renaître de ses cendres !
Mais j déblogue…
Publicité
Retour à l'accueil
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article
P
Merci pour cette vision éclairée de notre mouvement. Je trouve que c'est un bon récapitulatif de ce que l'on denonce en tant qu'étudiant par rapport à cette loi. merci de votre soutien dans cette lutte. sabrina, la fille de jean-jacques Puig, membre du comité de mobilisation de bordeaux  sciences humaines
Répondre
Y
Mille excuses c'est ce lien ci :http://www.legifrance.gouv.fr/WAspad/UnTexteDeJorf?numjo=ESRX0757893L
Répondre
Y
La loi qui n'a soi disant pas été votée depuis plusieurs moishttp://www.assemblee-nationale.fr/13/ta/ta0023.asp
Répondre
E
@ christine<br /> "Comment peut-on manisfester plusieurs mois après qu'une loi soit votée sans être manipulé." Tu le fais exprès ou tu n'es pas très au courant du dossier ?<br /> Cette loi est passée au cours de cet été, lorsque la vigilance "citoyenne" est en vacances. Oui, les étudiants prennent quelques vacances ou travaillent en été pour pouvoir continuer leurs études ensuite...<br /> Ils ont donc pris le temps de la réflexion, du moins ceux qui ne sont pas aveuglés, comme tu sembles l'être, par le rayonnement de notre grand chef. Manipulations ? Cela ne veut pas dire grand chose... Qui n'est pas manipulé par ce qu'il lit, entend ou voit ? Toi ?<br /> Se moquer des étudiants qui ont conscience du danger que représente cette soi disant "autonomie" des universités, ne me semble pas relever d'une grande analyse politique ! Et là, je suis gentil !<br /> Ta position est celle de tout ceux qui aiment le libéralisme ! Le pouvoir de l'argent ! La loi du plus fort ! La loi de la jungle ! Et les autres, tu n'en as rien à faire ! J'espère pour toi que tu pourras toujours assumer ce choix de société ! <br /> Mais si tu veux discuter de la loi, tu peux toujours le faire... Tu la connais ?
Répondre
C
Il n'y a rien de sectaire dans l'autonomie des universités où d'ailleurs un prof avouait que le niveau des étudiants avait baissé.Comment peut-on manisfester plusieurs mois après qu'une loi soit votée sans être manipulé.On leur fait bloquer des gares alors qu'il n'y a pas de trains qui circulent.Au secours........!!!!!!!!
Répondre