L'AUTRE QUOTIDIEN de Jean-Marie DARMIAN, ancien journaliste, maire et conseiller général de Créon (33). La politique et la vie sociale sans langue de bois...au quotidien et contre l'opinion dominante
L’humour n’a plus sa place dans notre société de l’efficacité triomphante. Il faut, en effet, veiller à la protection de l’image que l’on donne ou que l’on cherche à donner. Il est donc impératif de se retenir, de ne pas apparaître comme quelqu’un qui manie la dérision, la caricature, la plaisanterie, afin de se préserver d’une haine féroce de celles et ceux qui sont brocardés. Or, il n’y a rien de plus salutaire pour une démocratie que sa capacité à pratiquer l’autodérision.
Les Guignols de Canal + constitueront, j’en suis certain, dans quelques années, une référence pour les Historiens, car ils y trouveront d’étonnantes synthèses de la vie politique et sociale d’une période différente de celle des fameux chansonniers. Durant les années 50 et 60, ce sont eux qui ont apporté cette dose irremplaçable de dérision sur les choses sérieuses, afin que nul ne se prenne au sérieux. Les Guignols les ont remplacés, avec un autre ton et un autre support, et avec un impact beaucoup plus fort. Seuls, ceux qui n’ont pas un brin d’esprit critique, peuvent les rejeter au nom de je ne sais quelle exagération du trait ou du comportement. Pourtant plus l’humour décape les certitudes, plus il mérite le respect. Un dessin d’Ituria ou de Plantu ont souvent plus d’efficacité que tous les éditoriaux dont la radio tire quelques bribes sentencieuses. Leurs personnages vivent, alors que les mots les figent dans des certitudes. Ils sont dans l’instant, alors que les autres prétendent s’inscrire dans la durée.
LA VALEUR D’UN ATTENTAT .-
Les hommes politiques n’aiment absolument pas être le cœur de cible de ces tireurs fous que sont les humoristes. Ils cherchent derrière chaque écho, chaque sketch, chaque séquence, une arrière-pensée mesquine ou partisane. Ils attribuent à la moindre marque de dérision la valeur d’un attentat. Ils oublient que toutes les notoriétés ne peuvent pas être exclusivement positives. Ils cultivent, pour certains, le jardin de leur ego avec d’autant plus d’empressement que leur entourage cherche, par tous les moyens, à les persuader qu’ils sont les meilleurs partout. Alors, quand un peu d’humour jette une ombre sur leur " brillantes " actions, ils recherchent illico les coupables.
La chasse au caricaturiste, au journaliste irrespectueux, au dessinateur impudent, constitue le sport matinal des Ministres, des grands " serviteurs " de l’Etat, des Présidents de Région, des députés, des sénateurs, des maires importants... Ils ne veulent jamais trouver sous l’humour, la réalité de leur comportement, mais aspirent à dénicher... un coupable. Pour avoir, comme journaliste, subi cette " vindicte ", et pour la retrouver dans quelques réactions aux " Fragments de blog " (voir ci contre), pour écouter les appréciations portées par certains d’entre eux lors de rencontres où ils se lâchent, je sais que rien n’a changé depuis des siècles ! Le pilori prononcé contre l’auteur. La gloire préservée pour l’acteur. De tous temps, le principe a été valable. La seule chance qu’a l’humour de l’emporter c’est de devenir incontournable, car populaire.
GRAND PRIX .
Il y a quelques jours, on a remis par exemple " Le vainqueur 2005" dont peu de journaux ont vanté les mérites, et qui a accompli un exploit dans un redoutable contexte de concurrence. Il l’a en effet emporté, haut la main, grâce à une phrase laconique mais ne pouvant laisser personne indifférent. Nicolas Sarkozy est monté sur la plus haute marche du podium avec un "Je ne suis candidat à rien!", lancé dans un moment de franchise extrême. Pas étonnant que les médias aient fait preuve d’une discrétion particulière, tant ils manquent, eux-mêmes, d’humour dans leur contenu quotidien ! Je vous livre donc les prouesses des principaux prétendants au titre qui étaient en lice, afin que vous puissiez en cette période de fêtes, un dimanche où le bonheur est dans votre salon, constituer votre palmarès :
Jean-Luc Benhamias (ancien secrétaire national des Verts) : "Le miracle permanent des Verts, c'est que les gens nous attendent encore pour refaire le monde".
Jean-Louis Debré (président de l'Assemblée nationale, après la réception de la délégation du CIO) : "A l'Assemblée on s'occupe des J.O. et on laisse les Jeux paralympiques au Sénat".
Valéry Giscard d'Estaing (parlant du projet de Constitution européenne) : "C'est un texte facilement lisible, limpide et assez joliment écrit : je le dis d'autant plus aisément que c'est moi qui l'ai rédigé". (j’ai un faible pour celle là ! Par ailleurs, un Prix spécial du Jury a été accordé à Valéry Giscard d'Estaing, pour "l'ensemble de son oeuvre".)
Robert Hue (ancien secrétaire national du PCF) : "Si Bush et Thatcher avaient eu un enfant ensemble, ils l'auraient appelé Sarkozy".
Manuel Valls (député-maire PS d'Evry) : "J'étais partisan du non, mais face à la montée du non, je vote oui".(député-maire PS d'Evry) : "".
Michel Barnier (ancien ministre des Affaires étrangères) : "Que l'on soit pour ou contre la Turquie, on ne pourra pas changer l'endroit où elle se trouve".
Malek Boutih (secrétaire national du PS à propos de la venue de Lionel Jospin aux universités d'été du PS) : "Cela fait toujours plaisir de revoir ses grands-parents".
Hervé Gaymard (ancien ministre de l'Economie) : "Je n'ai pas le sentiment de tromper ma femme quand je suis avec la France".
Bernard Poignant (PS, parlant de Laurent Fabius) : "L'an dernier, les carottes étaient râpées, cette fois elles sont cuites".
Jean-Pierre Raffarin : "Les veuves vivent plus longtemps que leurs conjoints".
Je pourrais faire, comme dans ces tests sommaires que l’on trouve dans les magazines des salles d’attente chez le toubib, une étude pouvant déterminer votre comportement social, ou constituant une analyse de bazar, et vous proposer l'évaluation suivante :
Si ce florilège vous a laissé indifférent, méfiez vous, votre vie va rapidement tourner à l’aigre.
Si vous avez souri intellectuellement, c’est que vous avez échappé au syndrome actuel du " pisse-froid ".
Si vous avez souri devant votre écran, c’est que vous avez une belle dose d’optimisme naturel.
Si vous n’avez pas pu vous empêcher de rire, c’est que vous appartenez à cette catégorie des femmes et des hommes indépendants, qui font le bonheur de mon quotidien. Attention cependant : vous êtes en voie de disparition ! Essayez donc, très vite de faire des " petits " autour de vous.
Mais je déblogue…