Mais comment peut-on croire dans des sondages qui continuent à présenter la politique gouvernementale et celui qui la conduit comme extrêmement soutenus ? Les considérer comme crédibles c’est admettre que la remarque impitoyable du général de Gaulle, les " Français sont des veaux " a un sens. En effet il ne se passe pas un jour sans que de manière détournée ou truquée ils subissent collectivement des attaques sur leur statut actuel. Le pire réside dans le fait qu’ils pensent souvent que le boulet est destiné aux autres.
Depuis hier beaucoup d’entre eux, spectateurs assidus de leur télévision bien pensante, devraient pourtant se poser quelques questions. 800 000 foyers modestes avaient en effet oublié qu’on leur reprendrait d’une main ce qu’on ne leur avait pas donné de l’autre. Les gens non imposables sur le revenu et âgés de plus de 65 ans bénéficiaient depuis belle lurette de l’exonération de la redevance audiovisuelle. Ils avaient négligé que la télé a besoin de fric pour survivre face aux exigences des budgets actuels. Pour 2008, si on se réfère à la loi de finances, ils acquitteront 116 euros pour voir le droit de suivre les exploits de leur vedette préférée. Une décision qui améliorera fortement leur pouvoir d’achat de " petits retraités " sarkozystes si l’on en croît les analyses sociologiques faites après le vote aux présidentielles. Il est vrai que 116 euros ce n’est pas cher payé pour constater que Nicolas Sarkozy a été la personnalité la plus présente, en volume horaire, au troisième trimestre, dans les journaux télévisés des six grandes chaînes (TF1, France 2, France 3, Canal+, Arte et M6), selon l'étude trimestrielle de l'Institut national de l'audiovisuel publiée mardi.
La palme revient à TF1 qui a consacré au total… 43 heures de ses journaux télévisés au président nouvellement élu, de juillet à septembre, qu'il soit invité en plateau, qu'il prononce une allocution, qu'il fasse une déclaration publique ou qu'il ait un entretien avec des journalistes. Viennent ensuite France 2 (39 heures), France 3 (36 heures), Canal+ (23 heures), M6 (12 heures) et Arte (10 heures). Au total, pour la modique somme de 116 euros ces retraités, sans trop de moyens pour se distraire, ont eu l’extraordinaire possibilité de contempler le maître des médias pendant au minimum… plus de 160 heures de prestation présidentielle soit pour un trimestre une moyenne de quasiment 10 minutes par jour ! Je trouve que c’est un exploit digne du livre des records que celui qui consiste à taxer de braves gens pour qu’ils puissent ainsi accéder à votre propagande systématique.
Il faudra néanmoins attendre les chiffres de ce dernier trimestre et surtout du premier de 2008 pour savoir si les directeurs des chaînes financées par les téléspectateurs feront mieux ! Ce sera difficile. D’autant qu’il faut rappeler que ce temps de parole organisé n’est pas pris en compte pour la majorité présidentielle puisque le président qui harangue ses troupes dans un congrès de l’Ump est au-dessus des partis pris !
LE DOUBLE BENEFICE
Des députés UMP ont donc proposé mardi de couper la poire en deux en… 2008 pour amortir la suppression au 1er janvier de cette exonération. Ils ont suggéré une exonération partielle de 50% de redevance pour ces ménages proches de leur président ; "Il est proposé de faire entrer progressivement ces personnes dans le droit commun", précisent les députés auteurs de l’amendement parmi lequel se trouve le rapporteur du budget médias Patrice Martin-Lalande.
D’autres députés UMP sont allés plus loin car ils savent qu’ils risquent gros. Ainsi Lionnel Luca et Eric Ciotti des Alpes Maritimes, département où les retraités sont nombreux ont déposé un amendement pour "exonérer de la redevance audiovisuelle les personnes de plus de 65 ans non imposables à l’impôt sur le revenu". Le PS avait également demandé le maintien du dégrèvement qui représente un enjeu de 50 à 100 millions d’euros, selon les estimations. La fin programmée de l’exonération est la conséquence de l’alignement de la collecte de la redevance sur la taxe d’habitation en 2004. Cet alignement a eu pour effet de faire entrer dans l’assiette d’imposition un certain nombre de redevables déjà assujettis à la taxe d’habitation mais jusqu’alors exonérés de redevance.
En fait en bougeant les lignes l’Etat récupère sur ces foyers une double rentrée d’argent qui lui permet, grâce à cette subtilité, de transférer la responsabilité sur les maires. En effet il n’a plus à compenser les exonérations de taxe d’habitation et en plus il encaisse des redevances télé supplémentaires lui permettant de faire semblant de limiter la hausse ! Le coup a été soigneusement préparé mais il a surpris cette majorité qui n’avait pas vu venir les conséquences de ce subterfuge programmé en une période où le problème du pouvoir d’achat n’était pas si prégnant !
22 V’LA SARKO
Des études très précises et surtout irréfutables démontrent que le matraquage de l’été 2007 a atteint un niveau inégalé. En cet été 2007, dans les " journaux et bulletins d’information " des trois premières chaînes (les plus regardées), le Président Nicolas Sarkozy s’est vu attribuer … à lui seul 13 % du temps de parole politique. Et, si l’on considère l’ensemble des huit chaînes, son temps de parole a même atteint 21,2% du temps de parole politique total.
Sur les mois de juillet et août 2007, les téléspectateurs ont donc eu droit, en tout, à 31 heures et 46 minutes de parole présidentielle (...et très certainement beaucoup plus en images et en commentaires journalistiques). Si l’on y ajoute les 1 heure et 14 minutes de ses collaborateurs (Henri Guaino, David Martinon...), les médias télévisuels ont octroyé au discours élyséen 22 % du temps politique total. Effarant et inquiétant car il faut y ajouter els temps des radios, les unes des magazines, les pages entières des journaux ! Est-ce plus ou moins que ses prédécesseurs ? Et en quelle proportion ? Pour le savoir, il suffit bien évidemment de comparer ces pourcentages à ceux de Jacques Chirac et de François Mitterrand... Sauf que, toujours aussi avare de chiffres, le CSA ne les a jamais communiqués !
A défaut de pouvoir comparer ce qui est comparable, il faut citer les chiffres disponibles. Car, si le CSA garde jalousement les données les plus essentielles (celles qui, concernant les journaux télévisés, permettraient de réaliser des comparaisons quantitatives entre Présidents), il a néanmoins publié les temps de parole du chef de l’Etat " toutes émissions confondues " entre 1989 et 2005. Ceux-ci révèlent que, sur la totalité des périodes hors actualité électorale et sur les trois premières chaînes, les présidents François Mitterrand et Jacques Chirac arrivaient en moyenne à 7 % du temps de parole politique total.
On a donc plus que triplé pour leur successeur la possibilité de délivrer un message aux retraités désormais conscients que ce déluge à un prix. Selon Le Monde Nicolas Sarkozy est apparu 224 fois de mai à août 2007, contre 94 pour M. Chirac sur la même période, en 1995. Ce classement, qui prend en compte les éditions d’information du soir des six chaînes nationales hertziennes, comptabilise le nombre de passages dans les JT qu’elle qu’en soit la forme. Si les apparitions de Sarkozy ont été 2,4 fois plus nombreuses, il n’est pas invraisemblable de penser que le facteur multiplicatif est du même ordre de grandeur pour les temps de parole...
MEME AU TELETHON
Pour 116 € en 2008 ils auront droit à la " Sarko télé " ou mieux à " l’Ump télé ". Attention l’effet compensation existe aussi et il faut être prudent car ils pourront se refaire une santé mentale avec cette semaine et la suivante la Royal télé destinée à promouvoir un livre qui vous raconte comment on perd une élection présidentielle, ce qui ne manquera pas de vous passionner. Elle va en effet ce week-end écumer tous les plateaux où elle pourra commenter les propos de François hollande et de tous ces responsables socialistes qu’elle a méprisés durant sa campagne.
D’ailleurs son adversaire a senti le danger d’une telle situation. Il allume immédiatement un contre feu ! Nicolas Sarkozy pourrait en effet, selon Le Point apparaître sur le plateau du Téléthon le week-end prochain. Il passerait dans l’émission de vendredi soir, soit lors du lancement en direct sur France 2 à 18 h 50, soit lors du prime sur France 3.
Le président de la République a en effet été invité par l’AFM (Association française contre les myopathies) qui est toujours à la recherche de personnalités populaires pour faire grimper le compteur des promesses de dons. Cette apparition fera plaisir à ceux qui participe au Téléthon gouvernemental en offrant 116 € de pourboire à la redevance télé !
Mais je déblogue…