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L'AUTRE QUOTIDIEN de Jean-Marie DARMIAN, ancien journaliste, maire et conseiller général de Créon (33). La politique et la vie sociale sans langue de bois...au quotidien et contre l'opinion dominante

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LA RENTREE AVANCERA MASQUEE

Dans quelques jours on préparera la rentrée scolaire 2008-2009. Les directrices et directeurs d’écoles devront en effet prévoir leurs effectifs de telle manière que l’administration puisse se préparer à supprimer les postes ou… à en créer. C’est un rituel qui commence très longtemps à l’avance mais dont on sait qu’en 2008 il devra prendre en compte des obligations particulières. Ainsi avant qu’il ne débute on connaît la figure imposée aux inspecteurs d’académie : faire encore mieux qu’à l’habitude mais avec une annonce de 11 200 suppressions de postes !
J’ai hâte de voir comment sera résolu cette quadrature du cercle ! En tous cas les parents d’élèves devront patienter avant de connaître le verdict pour l’école de leur enfant. En effet selon le Sgen-CFDT une consigne a été donnée par le ministère de l'Education aux inspections d'académie afin de reporter après… les élections municipales les annonces d'ouvertures et fermetures de classes primaires. Le syndicat a jugé le procédé " scandaleux " car il va éviter de mettre en évidence la politique destructrice que prépare le gouvernement.
Le ministère a d’ailleurs confirmé l'existence de cette consigne, évoquant une pratique habituelle qui se justifie par la nécessité " d'attendre les nouvelles équipes municipales en place pour annoncer les mesures de carte scolaire ", c'est-à-dire les ouvertures et fermetures de classes en fonction essentiellement du nombre d'élèves accueillis. Bon courage à ceux qui seront installés début avril et qui devront assumer, face aux parents, une suppression de classes ! Dans son communiqué, le Sgen-CFDT a estimé que la décision relevait d'un " mépris profond pour les citoyens, doublée d'une légèreté coupable vis à vis du fonctionnement de l'Ecole ", selon lui " réquisitionnée au service de la cuisine électorale ". a-t-il argumenté. Il s'est inquiété que le retard " aggrave les conditions de travail des personnels administratifs chargés de mettre en œuvre ces opérations " et mette en difficulté les municipalités qui doivent prévoir des éventuelles mesures d'accompagnement. " Le gouvernement doit assumer ses choix budgétaires et revenir à un calendrier plus respectueux de l'organisation de l'école que des opérations électorales ", a-t-il ajouté. Cette décision qui est passée inaperçue va lourdement peser sur le devenir de l’école rurale car il faut s’attendre encore une fois à des mesures impitoyables pour les écoles à petits effectifs.
" Retarder les opérations de carte scolaire, c'est rendre très difficiles les opérations d'affectation des personnels et la préparation pédagogique de la rentrée 2008 dans les écoles ",
CONCENTRATION ET SUPPRESSION
Se prépare également, lentement mais sûrement, la mise en place des " établissements publics d’enseignement primaire ". L’été dernier, au mois d'août, est discrètement passé un article (amendement du 22 juillet, déposé par Monsieur Alain Gest, député UMP de la Somme) dans la loi de décentralisation. Cet article n'était jamais apparu, au printemps 2003, lors des grandes manifestations contre la décentralisation et la réforme des retraites. Il renforce toutefois les craintes de disparition progressive des petites unités pédagogiques dans lesquels la qualité de la vie scolaire et des relations humaines est irremplaçable.
Ainsi, la Loi n° 2004-809 du 13 août 2004 (Loi relative aux libertés et responsabilités locales), instaure dans son article 86 des " établissements publics d'enseignement primaire (EPEP) ", à titre expérimental pour l'instant. En fait, ce sont tous les articles de l’article 86 à 93 qui concernent les EPEP et leur mise en place. En particulier, cette loi modifie le code de l’éducation pour permettre son application.
Ces entités administratives, calquées sur celles des collèges et lycées, vont permettre aux communes, ou aux
communautés de communes, de concentrer plusieurs écoles au sein d’un seul établissement présidé " par un
représentant de la collectivité locale ". On " centralise ", ou plus exactement " concentre " donc les écoles en établissements primaires afin d’économiser le maximum de postes et surtout de directeurs ou de directrices !
Dans les EPEP les conseils d'école seront remplacés par des " conseils d'administration " regroupant plusieurs écoles actuelles et présidés non plus par un enseignant (le directeur), mais par un représentant de la collectivité locale (un politique donc) qui en fixera l’ordre du jour.
En milieu rural en particulier, la création des EPEP permettra une globalisation des effectifs des enfants. Ainsi une classe unique de 15 enfants sera mise en regard des effectifs de 35 enfants dans un village du même EPEP. 15 + 35 = 50. On reste donc avec deux classes, pour la moyenne indiscutable de 25 enfants par classe. Ainsi, l'objectif de baisser les effectifs de la fonction publique sera-t-il atteint. A quel prix pour les personnels et les usagers de l'Education que l'on aura du mal à plus appeler Nationale? A plus long terme, la gestion administrative de telles entités risque de conduire les instituteurs et professeurs des écoles à devenir des fonctionnaires territoriaux. En effet, les enseignants (et les quelques assistants d'éducation) seront les seuls personnels gérés directement par l'Etat et l'Education Nationale. Tout le reste (locaux, administration - et éventuel personnel administratif-, finances) le sera directement par la collectivité locale (commune ou communauté de commune). C'est aujourd'hui ce qui a conduit les TOS à passer personnel des régions ou départements. On parlera par encore beaucoup de cette mesure mais elle sera préparée en 2008 pour une mise en place en 2009 avec la réforme de la carte scolaire.
SUPPRESSION ET CONCENTRATION
En effet il n’y aura pas de mise en place véritable de la suppression de la carte scolaire en enseignement primaire sans une globalisation territoriale des effectifs. Elle est indispensable car dans l’état actuel de la loi le Maire est le seul à pouvoir prononcer l’inscription d’un enfant dans l’école communale. Le véritable choix ne peut donc pas exister pour l’enseignement public alors qu’il est total pour le privé avec, cerise sur le gâteau, une tentative de faire payer par les contribuables de la commune quittée son choix familial ! Par contre il est probable que la carte scolaire va voler en éclats dans les collèges et les lycées !
Marco Oberti, sociologue spécialiste des problème éducatifs donne un avis extrêmement pertinent sur la nouvelobs.com après l’annonce du Minsitre que toutes les demandes de dérogation seraient accordées ! " Cet assouplissement va se traduire par une plus grande polarisation. Les collèges et les lycées en centre-ville, dont les locaux ne sont pas extensibles, vont voir leurs effectifs dépasser 35, voire 38 élèves par classe, avec peu d’effets sur les résultats scolaires, puisqu’il s’agira d’élèves qui n’ont pas de difficulté. A l’autre bout de la chaîne, les établissements les plus stigmatisés vont voir fondre leurs effectifs, et ne garderont que les élèves les plus fragiles. Mais je crains surtout que cette mesure ne déstabilise la grande majorité des établissements ordinaires, les "à peu près acceptables", qui risquent de perdre leurs meilleurs élèves qui auront été tentés d’aller voir ailleurs " explique cet analyste. Il souligne également les énormes problèmes matériels et humains que va poser cette décision. " Il était en effet grand temps de reconfigurer la carte scolaire, parce qu’elle n’était pas équitable. Mais la supprimer est encore pire ". conclut-il ! Comment va-t-on préparer une rentrée quand les effectifs seront à géométrie variable après les mesures de carte scolaire ? Nul ne le sait mais on improvisera.
PRESSION MAXIMUM
Comme ces mesures vont probablement générer quelques mouvements de protestation dans le milieu enseignant, Xavier Darcos anticipe. Il n’a aucun scrupule, comme le Président à transférer les responsabilités de l’Etat sur les communes (voir le blog http://www.jeanmariedarmian.fr) en prévoyant, aux frais du contribuable local, la mise en place de garderies municipales les jours de grève. Le ministre sollicite en effet la participation des communes qui seraient dédommagées par le reversement de tout ou partie… des retenues de salaires des grévistes. Quelle supercherie que celle qui promet une mesure inapplicable concrètement.
" Je souhaite rendre, dès la rentrée prochaine, possible un service minimum d'accueil dans les écoles et j'ai engagé, et je poursuivrai, une discussion avec les représentants des collectivités locales, des familles et les partenaires sociaux pour en définir les modalités ", a indiqué le ministre de l'Education nationale au cours d'une conférence de presse. Déjà avec perversion il place les maires quelques semaines avant les élections (cette fois il puet le faire !) en position de se mettre à dos les familles : " Je souhaite que partout où les communes l'accepteront, nous puissions reverser des aides, des subventions " qui proviendront de " tout ou partie des retenues sur salaires opérées les jours de grève ", a-t-il suggéré.
Selon l'entourage du ministre, l'accueil des communes volontaires se fera au sein des écoles, par du personnel… administratif ou du personnel extérieur, comme par exemple des associations. Ce sera aux communes de choisir qui elles recrutent. Les discussions avec les partenaires sociaux concerneront trois points : " la manière de prévenir les conflits afin que la grève ne constitue que le moyen d'un ultime recours, l'information des familles et des collectivités et la mise en place du service minimum d'accueil qui pourra être assuré lors des grèves ", selon un document du ministère. Seules les écoles primaires, qui ferment s'il y a trop d'adultes grévistes pour accueillir l'ensemble des enfants dans des conditions de sécurité, seront concernées par cette mesure…
C’est certain qu’avec de telles mesures : dissimulation des mesures de carte scolaire, 11 000 suppressions de postes, concentration des effectifs, service minimum à la charge des communes, éclatement de la carte scolaire, la rentrée devrait être à la hauteur des espérances des familles !
Mais je déblogue…
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