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L'AUTRE QUOTIDIEN de Jean-Marie DARMIAN, ancien journaliste, maire et conseiller général de Créon (33). La politique et la vie sociale sans langue de bois...au quotidien et contre l'opinion dominante

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ON FERME !

Dernier jour de 2005. Dernières heures d’une année. Derniers instants à partager. Les quittez-vous avec des regrets ou véritablement sans aucun scrupule. C’est tout l’enjeu de ce que nous ne faisons que rarement, au nom de je ne sais quel malheureux désintérêt : un regard sur le passé. Il faut, en effet, si l’on se réfère aux grands penseurs, se tourner résolument vers l’avenir et ne pas analyser l’histoire, car elle ne servirait, dit-on, jamais les mêmes plats. Dommage que cet a priori, dramatique pour la citoyenneté, pèse sur notre système social.

La télé va donc se fendre de quelques rétrospectives en images, qui occulteront vite toute tentative d’analyse. Comme d’habitude, l’écume des jours passera avant les vagues de fond, mais la tendance moderne sera ainsi respectée. L’obsession dominante réside en effet dans l’oubli. Chacun essaie d’ensevelir sous une poussière rassurante les mauvais moments, et de se persuader que même les bons ne le sont pas encore assez. La raison essentielle du succès de la Française des Jeux prend ses racines dans cette envie permanente d’aller toujours plus haut, toujours plus loin, toujours plus vite pour exorciser ce que l’on croit être une mauvaise facétie du destin ! Pas question, cependant, de passer en revue tous les faits d’une année. Ce ne sont donc que des sensations qui émergent, comme des écueils au-dessus de l’océan des jours. Le reste est déjà submergé par le présent.

LENTEMENT MAIS SUREMENT.-
 Alors 2005 ? Personnellement je ne la mettrai pas au Panthéon des rendez-vous de ma vie avec le destin. Mieux, je considère qu’elle sera la première phase d’une crise profonde de la société. Les douze derniers mois ne constituent que le germe d’un revirement complet de l’opinion. Lentement mais sûrement, la France penche à droite, sous l’influence de médias omnipotents. Les symptômes de ce basculement de l’opinion, que j’espère provisoire, sont patents : absence de mobilisation syndicale réelle, échecs répétés des mouvements sociaux ponctuels, approbation silencieuse des mesures gouvernementales envers les banlieues, acceptation résignée de la précarité des emplois publics ou privés, montée de comportements agressifs, attaques réussies contre les services au public…

L’instillation de la nécessité du libéralisme infiltre les esprits. La moindre grève transforme les usagers concernés en clients désapprobateurs. L’angoisse de perdre son travail, la peur de ne plus pouvoir faire face à l’aléniation des crédits, la crainte de ne pas être en mesure de répondre à des temps familiaux très serrés, ont considérablement réduit, en 2005, le champ de la citoyenneté. La décrédibilisation du PS, recroquevillé sur la notion de gestion financière des problèmes sociaux, tétanisé par l’audace de Sarkozy, rongé par les rivalités de personnes, accentue le phénomène. 2005 restera comme l'année de toutes les peurs utilisées.

L’histoire gardera aussi, c’est une certitude, les provocations du Roquet de Neuilly, qui ont généré un épisode d’émeutes, dont l’influence durable aura été décisive pour son ascension vers l’Elysée. La moindre étincelle, le moindre incident, raviveront ce fameux sentiment d’insécurité, maintenu dans les esprits par les flammes des automobiles ou des établissements publics. Il suffira de souffler sur les braises pour rallumer l’incendie. L’expérimentation de 2005 aura été… concluante. Elle aura permis le retour du couvre-feu, au début du XXI° siècle. Elle aura même mis un terme théorique à la loi fondant la laïcité française. Un siècle plus tard, l’Etat a fait appel aux cadres religieux pour rétablir l’ordre républicain, alors que, de l’aveu même de ses services, la religion n’avait eu aucun rôle... Bizarre. Bizarre. Vous avez dit bizarre? L’engrenage du communautarisme est enclenché, depuis que le gouvernement a, implicitement, appelé au secours les recteurs de mosquées et les cardinaux (pour la forme).

2005 aura donc vu deux principes clés de la République malmenés, sans provoquer d’autres réprobations que celles institutionnelles des habitués du micro et des plateaux télé. Guère rassurant pour la suite…

ET CE N’EST QU’UN DEBUT.-
Le réchauffement climatique a fait ses grands débuts sur la scène médiatique, et plus encore dans la vie quotidienne. L’année aura été, localement, l’une des plus sèches de la décennie écoulée. Les restrictions d’utilisation de l’eau ont été beaucoup plus drastiques qu’antérieurement, et on peut affirmer, sans trop de risques de se tromper, que ce n’est qu’un début. La terre se révolte devant les souffrances que lui infligent ses habitants les plus fortunés. L'année 2005 a été la plus difficile sur le plan humanitaire depuis la Seconde Guerre mondiale. Les typhons, les raz de marée, les ouragans, les tornades, les tempêtes, les cataclysmes se sont répétés, démontrant la vanité des dispositifs préventifs.

Le Programme alimentaire mondial de l'ONU fait ce triste constat, avec une succession de catastrophes naturelles qui ont frappé des centaines de millions de personnes. Le tsunami dans l'océan Indien, la sécheresse au Niger et le conflit au Darfour ont marqué le début de l'année. Les ouragans Katrina et Stan et le tremblement de terre au Cachemire, font aussi partie des événements marquants.

En 2005? un événement, beaucoup plus que l’enlisement militaire en Irak, a accentué le sentiment de la faiblesse dramatique du système libéral américain : l’incapacité de cette puissance économique à réagir, efficacement, à une catastrophe de pays… émergeant, sur son territoire.

Chaque citoyenne et chaque citoyen français devrait retenir cet épisode de 2005, car il montre à la perfection les conséquences désastreuses du libéralisme débridé : plus de solidarité quand on a cultivé outrancièrement le chacun pour soi, plus de solidarité quand on a détruit les services globaux d’intérêt général, plus de solidarité quand la fracture sociale ressemble au canyon du Colorado, plus de solidarité quand tout repose sur la capacité individuelle à s’assurer et donc à s’assumer. Sur tous ces points, dans une France sous sédatif idéologique, on a effectué, en 2005, un pas supplémentaire vers le gouffre

PUISSANCE DE LEUR BULLETIN DE VOTE .-
Tout le monde pourrait être au moins d’accord sur un point positif de l’année écoulée : la mobilisation intellectuelle et citoyenne, provoquée par le référendum sur le Traité Constitutionnel européen. La participation a constitué un superbe repère pour ceux qui, comme moi, ne désespèrent jamais des débats de proximité. Elle a démontré que les électrices et les électeurs pouvaient mesurer les enjeux d’un scrutin, et qu’ils avaient encore suffisamment de force morale pour résister au matraquage médiatique. Ils ont peut-être eu conscience, pour la première fois depuis longtemps, de la puissance de leur bulletin de vote. Et les plus lucides ont été les jeunes, que l’on est pourtant si prompts à critiquer pour leur désintérêt à l'égard de la " chose publique "…

Le sursaut démocratique du 29 mai aura des incidences pour l’avenir, car je suis prêt à garantir que peu de Présidents de la République prendront maintenant le risque du… référendum !

Alors qu’ils continuent à se quereller sur l’intérêt de ce pensum indigeste dont l’Europe n’aurait pu appliquer le moindre article quand on constate ce que vient de pondre la règle de l’unanimité en matière budgétaire, les socialistes majoritaires actuels n’ont tiré qu’une faible leçon réelle de leur désillusion.

Ils ont tenu un Congrès, en 2005, pour rien (Jean-luc Mélanchon et Arnaud Montebourg en auront été les seules victimes expiatoires), car un marathon les attend : celui qui les conduira dans 15 mois aux Présidentielles. Le départ a été donné. Les abandons vont se succéder, et le sprint final ne sera pas nécessairement le plus paisible.

Le reste des événements de l’année appartiendra (pour moi) à l’anecdote.

Mais je déblogue…

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A
D'accord aussi avec cet analyse...guère vivifiante. Mais bon rien n'est jamais définitif et un sursaut n'est jamais exclus...puisqu'on ne s'y attend plus!<br /> Une remarque cependant suite à cette phrase:"Ils ont peut-être eu conscience, pour la première fois, depuis longtemps, de la puissance de leur bulletin de vote". J'ajouterais en effet qu'après cette prise de conscience "européenne",un autre signe peu perceptible mais indiscutable semble-t-il concernant l'inscription de nos concitoyens  des périphéries sur les listes électorales.<br /> La question qui se pose et que seul Montebourg semble (depuis longtemps) soulever est celle concernant l'adéquation de nos institutions à une participation citoyenne du plus grand nombre. Des institutions nouvelles qui redonneraient espoir en la politique (prédominance du Parlement, fin du cumul des mandats, limitation dans le temps, dépersonnalisation de la gouvernance, référendums de proximité, redéfinition des strates aministratives locales, départementales, régionales, et j'en passe!) me semble une issue à cette crise persistante. Bien sûr quel chantier! Et puis les français ne s'intéressent pas aux institutions mais au social me dit-on ! D'accord, mais on voit ce que cela donne... Et puis il ya eu l'Europe et le référendum pour lequel on disait la même chose...<br /> Alors je persiste à croire qu'à gauche ce chantier ne devait pas être écarté avec les gens qui le défende. Pierre Mendés France en son temps fut aussi écarté... Dommage! Maintenat préparons-nous à ses présidentielles à l'américaine qui vont nous apporter l'homme providentiel..ou la femme puisque les médias aimeraient bien!
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R
Il est probable que l’Histoire nous repassera encore les mêmes plats et qu’ils seront cependant beaucoup plus amers !<br /> Il est très vraisemblable aussi que nos enfants et petits enfants « goûtent » à des plats inédits préparés par la génération actuelle qui s’empiffre !
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E
Je partage cette analyse mais je ferais deux remarques :<br /> 1) le petit Nicolas est un être brillant. Il ne profite pas des circonstances mais il les fabrique ! Il sera chef d'état parce qu'il est le seul a en avoir les moyens à l'heure actuelle ! Et je le regrette !<br /> 2) Sommes-nous sûr que la Terre se "rebiffe" ? Les périodes de réchauffement ou de refroidissement de notre planète ne sont-elles pas "naturelles" ? Je n'affirme rien ! Je me pose la question ?
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