L'AUTRE QUOTIDIEN de Jean-Marie DARMIAN, ancien journaliste, maire et conseiller général de Créon (33). La politique et la vie sociale sans langue de bois...au quotidien et contre l'opinion dominante
La dernière ligne droite est entamée au Chili pour l’élection présidentielle. Un sprint très serré devra départager, le dimanche 15 janvier prochain, Michelle Bachelet, pédiatre de 54 ans, et le milliardaire Sébastien Pinera . Malgré un exceptionnel 45,95% des voix, dès le premier tour, elle devra, au second, lutter pied à pied avec le richissime libéral populiste Pinera (25,41%). Celui-ci, bien qu’entré dans la course tardivement, a réussi à devancer le candidat de l’extrême droite Joaquin Lavin (23,22%). Il rassemble désormais autour de lui un éventail idéologique allant des ex-Pinochistes, qui demeurent le premier parti du pays, aux modérés du néocapitalisme post américain, et constitue un rival dangereux.
La " Docteure" comme l'appellent affectueusement les Chiliens, du fait de sa profession de médecin, n'avait pas prévu d’aller si haut et si loin en politique. Promue par le président socialiste Ricardo Lagos, qui la nomme ministre de la Santé, cette blonde souriante, dotée d’une forte puissance de travail et d’un franc-parler dévastateur, devient rapidement un atout dans les sondages de popularité du gouvernement. Comme quoi il ne suffit pas de distiller des platitudes pour plaire au Peuple. Deux ans plus tard, elle est la première femme ministre de la Défense, dans toute l’histoire de l’Amérique latine.
BRANCHE DURE DU PARTI SOCIALISTE .- Si sa cote ne cesse de grimper, c’est qu’elle incarne aussi l'histoire de son pays. En 1974, son père, général de l'armée de l'air, fidèle à Salvador Allende, meurt à la suite des tortures infligées dans les prisons de Pinochet. Sa mère et elle seront victimes de tortures à la Villa Grimaldi, l'un des principaux centres de la police politique du dictateur. Elle est l'ancienne torturée devenue ministre de la Défense, elle symbolise en cela la capacité du Chili à tourner la page du passé. Les traits qui font sa popularité (divorcée avec 3 enfants de deux pères différents, franchise permanente, refus de toute allégeance aux caciques en place…) sont autant de repoussoirs pour les pouvoirs désignés au Chili comme manœuvrant la politique depuis les coulisses : la très conservatrice Eglise, l'armée et les grandes entreprises. Elle est femme, agnostique, progressiste, issue de la branche dure du parti socialiste. Autant de handicaps qu’elle a su transformer en atouts. D’ailleurs, on sent bien que sa carrière intrigue et surtout intéresse...chez nous!
Ce n’est donc pas un hasard si Madame Royal a décidé de brûler la politesse à Jack le Frimeur et aux autres postulants socialistes à l’Elysée, en se rendant toutes affaires cessantes au Chili. Candidate elle-même à l'élection présidentielle de 2007, Ségolène de Poitou-Charentes cherchait, paraît-il, le moyen de provoquer cette rencontre avant tous les autres. Il lui fallait une référence sur la scène internationale, selon le principe numéro un de la communication politique : on ne se construit une image durable qu’en dehors de son pré carré. Elle a donc accepté, preuve absolue de sa motivation, les vingt heures de vol en classe économique à l'aller, même chose au retour, pour une seule journée, celle du 8 janvier, avec Michelle Bachelet.
Probablement que les flashs vont crépiter durant ces 24 heures, afin que, dans quelques temps, les retombées de la victoire d’une femme, pour la première fois en Amérique du Sud, dans un pays ô combien symbolique, servent de références aux militants français. Le hiatus, c’est que les deux femmes ne boxent pas dans la même catégorie. Michelle Bachelet n’avait jamais arpenté les couloirs des palais présidentiels avant que Ricardo Lagos l’appelle à gouverner, et que c’est cette " inexpérience " qui la rend crédible. Elle vient du Peuple, dont elle a partagé les épreuves. Elle n’a appris la politique que dans l’adversité, le combat, la défense de ses convictions. Mais c’est probablement là que naissent ses difficultés actuelles, car elle a trop pris ses distances avec Ricardo Lagos, que beaucoup comparent à un certain François Mitterrand. Cherchez donc la différence…
UN NOUVEAU MONDE .-
L’Amérique du Sud, longtemps prise pour une " colonie " des Etats Unis, sous la férule de dictateurs impitoyables, entame une édifiante mutation, qui ne se limite pas au retour de la démocratie au Chili. Le profil politique de l'Amérique latine sera en effet totalement renouvelé entre fin 2005 et fin 2006 par des élections présidentielles dans onze pays, rassemblant 85% de la population, du territoire, et du PIB latino-américains. Les deux puissances régionales, Brésil et Mexique, ainsi que le Venezuela, sont concernés. Un nouveau monde va surgir des urnes !
Le Honduras et la Bolivie ont déjà élu leur chef d'Etat. Au Honduras, le parti d’extrême droite au pouvoir a dû laisser la place à Manuel Zelaya (Parti Libéral) et en Bolivie, le succès de Evo Morales a révulsé la CIA et George Bush, qui avaient déjà vu tomber le Brésil (Lula) . Lors des premiers mois de l'an prochain, ce sera le tour de Haïti et du Chili (Janvier) du Costa Rica (février), du Pérou (avril) et de la Colombie (mai). Au second semestre, le Mexique (juillet), le Brésil (octobre), le Nicaragua (novembre) et le Venezuela (décembre) fermeront ce cycle impressionnant de onze scrutins présidentiels en 14 mois. Une valse démocratique se prépare, et elle risque de ne pas plaire à Washington.
Toutes tendances confondues, de la plus tempérée à la plus radicale, la gauche guide, en effet, aujourd'hui, à des degrés divers, les gouvernants du Venezuela, de Cuba, du Panama, de l'Argentine, de l'Uruguay, du Chili et du Brésil. Et comble de l’ironie sud-américaine, à la seule exception de ceux de Cuba, les dirigeants de ces pays ont été élus démocratiquement.
Le Mexique pourrait connaître en juillet un changement radical, et encore plus préoccupant pour Bush. La gauche conduite par Andres Manuel Lopez Obrador, candidat du Parti de la révolution démocratique (PRD), occupe en effet depuis plusieurs mois la tête des sondages. Sa victoire aurait la même résonance que celle, en 2002 au Brésil, de Luiz Inacio Lula da Silva, dit Lula, leader du Parti des travailleurs. Elle aurait même probablement des conséquences sur les états voisins du Nicaragua et du Venezuela qui boucleront une impressionnante série, dont les Etats Unis auront du mal à se remettre… Même le Che n’aurait pas envisagé pareille contagion !
Le pire pour eux réside dans le fait que la croissance est désormais très forte depuis quelques temps dans les pays qui ont opté pour une certaine philosophie de la gauche.
Je parie que les traversées de l’Atlantique en classe économique vont se succéder. D’ici à ce que Droopy nous refasse le coup du Général de Gaulle en 1964 qui durant 27 jours, était allé successivement haranguer les foules au Venezuela, en Colombie, en Equateur, au Pérou, en Bolivie, au Chili, en Argentine, au Paraguay, en Uruguay et… au Brésil.
Mais je déblogue…