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L'AUTRE QUOTIDIEN de Jean-Marie DARMIAN, ancien journaliste, maire et conseiller général de Créon (33). La politique et la vie sociale sans langue de bois...au quotidien et contre l'opinion dominante

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BAIN DE PEUPLE

Pour se construire une réalité, rien ne vaut le changement. Brutalement, tout devient différent et secoue vos certitudes inspirées par un quotidien rassurant, par les repères qu’il propose. En dérogeant aux chemins habituels des sentiers battus, des horaires convenus et d’un mode de vie identifiable, on se plonge brutalement dans l’angoisse de sa propre action. Le plus dur, après une bonne douzaine de jours de rupture réelle, devient donc de remettre les habits de tous les jours, et les pas dans les pas laissés, sur le sable frais, par les marées successives des jours passés. J’avoue avoir beaucoup de mal après un périple intense au Chili à reprendre le rythme parfois dérisoirement futile de chaque tâche oubliée dans un ailleurs lointain et dépaysant. Comment ne pas relativiser ce que je retrouve ? Comment ne pas le considérer comme très médiocre, quand on a vécu intensément, de beaucoup plus près que je ne l’aurais fait dans mon propre pays, des événements d’une dimension exceptionnelle ? Comment me replonger dans le bain des soucis égoïstes ou pervers d’une société qui étouffe dans ses certItudes ? Comment ingérer la multitude de visages, de scènes, de paysages, de comportements, de paroles reçues, sans les trahir et sans les idéaliser ? Maintenant que je suis de retour, j’avoue avoir le plus grand mal à retrouver mes marques, et à me persuader que, dans le fond, le plus dur à assumer demeure l’ordinaire.

Le plus grand des privilèges, après un voyage personnalisé, pensé et conçu librement, sans aucune contrainte commerciale, réside dans ce véritable contact que l’on peut avoir avec d’autres. Dans le miroir de leurs vies se reflètent souvent les insuffisances ou, pire, les suffisances des nôtres. En nous renvoyant notre propre image, les Chiliennes et les Chiliens que nous avons rencontrés m’ont permis de renouer avec les racines de mon engagement.

CONSTRUCTION PERSONNELLE.-
Le voyage constitue pour cela une cure de jouvence. Il ne forme pas la jeunesse, mais permet de renouer avec le plaisir inassouvi de la construction personnelle.
Durant les premiers jours, à Santiago, j’ai en effet ressenti une notion dont on parle beaucoup mais que l’on ne vit plus depuis belle lurette : celle de peuple ! Un mot dont le sens a été confisqué par l’Histoire et que le moule de l’ENA a confisqué au profit de celui péjoratif de " masses populaires " ou plus vendeur de " citoyennes et de citoyens ". Dans les rues de Santiago, au dernier soir de la campagne présidentielle, sur cette immense " Alaméda ", artère irriguant la capitale, j’ai renoué avec ce que je crois être le véritable peuple.

Mon plaisir a été immense, intense, profond, sincère de me " fondre " dans un océan multicolore, joyeux, dégoulinant du simple plaisir d’être ensemble, fier de son pouvoir, heureux de partager la conviction qu’une femme pouvait être l’avenir des hommes. Je n’avais pas assez de mes yeux, de mes oreilles pour m’imprégner de cette ferveur, brillant dans les regards ou chantant dans les slogans. Porté par une marée humaine, anonyme et forcément silencieux, j’ai pris un bain populaire comme on en rêverait en France.

AFFIRMER SON ENGAGEMENT.-
Les idées ne se masquent pas au Chili. Le fameux " Michelle estoy contigo " (1) se portait haut, clair,  et sans secret. Bannières au vent, autocollants, badges, affiches cartonnées…
Tout était bon pour affirmer son engagement, la sincérité de son espoir. Quand on a, dans son cœur et dans son corps, dans ceux de ses proches, les souvenirs de la période noire de Pinochet, et que l’on sait que le ventre de la bête immonde est encore fécond, on n’a pas d’état d’âme sur son engagement à gauche. On le fait vivre, on l’entretient comme la flamme du tombeau d’une citoyenneté perdue qui aurait besoin d’être en permanence rallumée. On ne se cache pas, de peur de voir mourir son rêve. Alors on le défend bec et ongles. Partout sur les fenêtres de son magasin, de sa boutique, se son officine, de sa maison on affiche ses convictions. On ne se cache plus pour être engagé au nom de ce mortifère principe français voulant " qu’il ne faille pas faire de politique ".

J’ai donc d’abord retrouvé un Peuple (il mérite une majuscule) au Chili. Un Peuple positif adhérant à un projet et non pas contraint de voter pour le moins " pire ", un Peuple courageux sachant le prix réel de son rôle.

" Michelle presidente… se siente !.. se siente !.. " clamaient des milliers de femmes, (majoritaires dans la manifestation !), de jeunes (très largement présents), et de familles sorties par quartiers entiers, drapeaux au vent de l’espoir en bandoulière, de banlieues où l’on ne songe pas à casser quoi que ce soit, car on connait trop le prix du peu que l’on a arraché à la pauvreté.

Nul ne venait manifester pour autre chose que l’ancrage de son pays dans la démocratie. Nul n’espérait des lendemains qui chanteraient financièrement mieux. Nul ne pensait à la diminution de ses impôts ou de son temps de travail. Tout le monde venait d’abord soutenir une femme pas tout a fait comme les autres, car sans cesse à contre courant de l’opinion dominante, osant dire tout haut ce que les autres ne disent que tout bas, puisque personne ne veut les entendre

Malmené par cette foule qui voulait approcher, au plus près, celle qui ne lui aura ouvert son coeur une dernière fois que durant un petit quart d’heure, avec des mots de tous les jours, j’aurais voulu parler, parler, parler pour savoir, pour connaître, pour apprécier. J'aurais aimé être véritablement l'un des leurs, leur dire que leur passion était aussi la mienne.

Les seuls avec lesquels le dialogue pouvait d’engager, en raison de ma carence en espagnol, le faisaient en français… Mauvais signe pour eux. Ils avaient bénéficié de ce qu’ils appellent avec humour… " un séjour linguistique Pinochet ", et ceux-là savent que la moindre concession faite à la démocratie se paie forcément très cher un jour ou l’autre. Ils regardent donc notre pays avec inquiétude…(les images de nos banlieues les préoccupent beaucoup), mais ils m’ont offert l’occasion inappréciable de regarder le leur avec envie. Je retrouverai donc vite le rythme du quotidien, mais plus que jamais, hors des sentiers battus.

Mais je déblogue…

(1) Michelle je suis avec toi

(2) Michelle Presidente, ça se sent...ça se sent!

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Y
c'est tres intéréssant !  a suivre !! ce que je ferait <br /> yannick
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J
Merci. Mais j'aurais tant d'autres belles choses a écrire sur le Chili mais j'ai peur de lasser les lectrices et els lecteurs alors pour l'instant je les garde pour moi JMD