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L'AUTRE QUOTIDIEN de Jean-Marie DARMIAN, ancien journaliste, maire et conseiller général de Créon (33). La politique et la vie sociale sans langue de bois...au quotidien et contre l'opinion dominante

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TECHNIQUE DU PARASOL

L’évolution sociale la plus importante des dernières années concerne la suprématie qu’a lentement pris la forme sur le fond. Cette modification d’une hiérarchie, apparemment peu importante, devient cependant fort préoccupante. Elle met même en péril des pans entiers des références fondamentales de notre système. Pourtant le mal progresse, sans que les gens en aient pleinement conscience. Non seulement ils subissent le phénomène, mais parfois ils l’encouragent ouvertement, car il facilite outrancièrement leur appréciation de la vie quotidienne. Il constitue même un système de défense, évitant toute remise en cause profonde.

La forme l’emporte désormais dans tous les domaines. Le savoir-faire devient, par exemple, secondaire par rapport au faire-savoir. Vos idées n’ont pas plus de valeur qu’un prêche dans le désert si vous n’avez pas accès aux médias. Et ces derniers en jouent avantageusement, en menaçant, plus ou moins ouvertement, les porteurs de projets ou d’idées de leur fermer cette porte vers les autres, s’ils s’autorisent la moindre critique.

Ne croyez surtout pas que c’est une vue de l’esprit car, chaque jour, dans les rédactions, on trie le bon grain de l’ivraie, sur la base de critères absolument pas liés à l’intérêt de l’information, mais plus prosaïquement à son intérêt économique, en matière de vente potentielle ou d’Audimat quotidien. Le fond manque d’intérêt ! La forme a ses exigences !

FAMEUX VICE DE PROCEDURE.-
Le phénomène est identique pour la justice, où les avocats recherchent avec avidité,le fameux " vice de procédure " qui pourra exempter un coupable d’une inévitable sanction. Tous les actes de la vie publique sont donc marqués par des obsessions répétitives : le quorum est-il atteint ? les délais ont-ils été respectés ? les pièces sont-elles irréprochablement ordonnancées ? Plus question d’apprécier le contenu de l’action et sa véritable portée : l’essentiel repose sur la rigueur de la forme. La qualité des arguments, du projet, de la gestion, n’a qu’une importance limitée. L’importance d’un acte devient accessoire face à une erreur de méthode. Chaque jour, ou presque, une procèdure quelconque chute sur une brindille administrative.

Exemple concret : hier, dans un conseil de discipline de la fonction publique où je devais siéger, il y avait 2 collèges : 3 élus locaux, 3 représentants du personnel. Le quorum est fixé par la loi à… 2,5 (sic) dans chaque collège ! Nous n’étions que… 2 parmi les élus et la réunion a donc été repoussée d’un mois (délais de convocation oblige) en raison de la faute commise. Il manquait la " moitié d’un élu " pour délibérer !

Tous les chefs d’établissements scolaires vous le confirmeront, des parents engagent un avocat quand leur gamin est convoqué pour une faute grave. Les conseils de discipline tournent alors aux procès des… responsables pour savoir s’ils n’ont pas, par hasard, commis une erreur misérable sur le processus de convocation ou sur un rapport. Un Recteur ne prendra en effet jamais le risque de confirmer une sanction, pour une faute indiscutable d’un élève, s’il sait la décision entachée d’une erreur pouvant le conduire devant un tribunal administratif. La forme s’impose !

Un gendarme doit aussi sans cesse veiller à ne pas oublier une croix ou un détail dans un dossier, car le juge ne lui fera pas de cadeau sur le dossier, malgré tous les éléments à charge. Hier un automobiliste obtenait l’annulation d’une contravention car l’imprimé envoyé ne précisait pas explicitement le retrait d’un point de son permis de conduire ! Et je n'ose pas parler d'un maire !

Cette mise en forme devient obsédante, et masque maintenant le fondement même de l’action. Certes, la rigueur demeure la plus grande garantie contre les abus en tous genres, mais au prix de telles lenteurs, qu’elle paralyse les plus dynamiques.

ON ETALE LE PARASOL.-
Chacun sait que le respect de la loi constitue la base de la démocratie, mais la complexification formelle de la loi ne protège pas nécessairement les plus démunis. Elle creuse même une flagrante inégalité, reposant, on le voit chaque jour ou presque, sur la capacité individuelle de se " payer " ou non un " bon " avocat ou un " bon " technicien !

Parallèlement, la plus grande théorie sociale actuellement en vogue, devient alors celle du parasol ! Autrefois, face à une situation pouvant présenter un danger procédural, on avait l’habitude de recourir à " l’ouverture du parapluie "… Cette précaution est aujourd’hui dépassée : on étale un parasol pour table de jardin ! Plus aucun risque, même au prix d’un renoncement à une conviction profonde. Plus aucune décision sans une analyse méticuleuse des étapes antérieures ne devient possible. La notion d’initiative, d'espérience, de nouveauté, devient réservée aux aventuriers sociaux les plus convaincus.

ANALYSE DE L’OPINION.-
Le phénomène touche aussi la politique. Ainsi, plutôt que d’affirmer une conviction forte, le candidat cherche d’abord à aller dans le sens de l’attente des gens. Tous les jours, sur les bureaux ministériels, un conseiller bien intentionné dépose une " analyse de l’opinion ". Elle servira de base aux discours de la semaine, et aux interventions médiatiques du Ministre. C’est ainsi que Robien (de) s’en prend à la méthode globale de lecture, alors qu’elle n’existe plus. Peu importe : il flatte dans le sens du poil celles et ceux qui se répandent sur les carences de l’école publique…en matière de savoir. Demain, il pourrait annoncer le retour de la plume sergent Major, la remise au goût du jour de la blouse grise, l’apprentissage précoce du chinois, ou la lecture systématique de la Bible, si… des sondages lui promettaient une remontée de sa fameuse cote de popularité. Rassurez-vous, ce n’est pas mieux à gauche où, pour quelques voix à récupérer à… droite, on est prêt à vendre son âme au colonialisme nostalgique ou au racisme latent. L'essentiel, c'est de mettre les formes!

Tout l’art de la forme repose ainsi désormais, en politique, sur des " petites phrases ". Elles sont préparées avant chaque intervention médiatique et, sur la base de la technique sommaire qui fit le succès de Georges Marchais, sans se soucier de la question, on vous formera à l’art de la placer. On sait que le lendemain, la presse ne retiendra que ces quelques mots chocs, qui serviront de socle idéologique, et qui forgeront une notoriété.

Qu’a mis en mémoire  l’histoire des débats télévisés entre candidats aux présidentielles ? Probablement pas les professions de foi, mais plus synthétiquement une réplique, ou un attaque courte, ciblée, concrète… On a retenu la forme et jamais le fond. D’ailleurs, on sait fort bien que, dans le fond, vous ennuyez prodigieusement un auditoire en lui présentant des idées, en organisant un débat, en proposant un choix réel… Laissez vous porter par l’opinion dominante, et vous vous assurerez un avenir. En la combattant, vous allez vers des ennuis garantis. Que vous soyez en grande forme ou pas!

Mais je déblogue…

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J
Voyons, voyons! La méthode globale de lecture, ce sont bien des enseignants qui ont décidé de l'expérimenter sur nos gamins avec le succès que l'on sait : une effarante nullité en orthographe!<br /> Bien pire. Ce sont bien des enseignants qui ont décidé d'enseigner la théorie des ensembles à des gamins de CE1. Je me souviens très bien que leurs motivations, à l'époque, étaient de mettre tout le mond sur un pied d'égalité. C'était ce qu'ils avaient compris de la lutte contre les inégalités sociales! <br /> On devrait en rire si ce n'était aussi grave! On en pleure maintenant. <br /> Heureusement, j'ai de la mémoire quand il faut. Y compris quand je vote! 
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E
Tout cela n'est pas nouveau ! "Le paraître" est très important pour l'homme dans tous ses comportements.<br /> C'est vrai que tout ce que vous racontez là, est assez triste, mais parfois, il est très utile de jouer sur la forme pour faire passer le fond !
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