La société de l’image n’a jamais été aussi forte. Elle se porte à merveille car elle est entretenue par des moyens quotidiens permanents. Toute la campagne présidentielle aura reposé sur cette nouvelle donne sociale dont on ne mesure plus tout à fait les conséquences. Il est vrai que les élections qui viennent de se dérouler, dans la plus petite comme la plus grande commune, tournent uniquement autour de l’appréciation globale que les électrices et els électeurs portent sur la personnalité des personnes qu’elles ont à choisir. Mieux, si je me fie à mon expérience personnelle, on constate que des candidat(e)s n’ont même plus besoin de faire campagne pour attirer à eux les voix d’électrices et d’électeurs ne se posant même pas l’adéquation entre le poste sollicité et les capacités à l’exercer. Le Front national par exemple a présenté sur le canton de Créon une personne qui n’a pas une seule fois mis les pieds sur place et qui a dû regarder les résultats dans le journal de… lundi matin. En guise de slogan un coq, ressemblant à une poule mouillée, moitié plumée a suffi à attirer plus de 1400 voix ! Dramatiquement désolant de constater que des citoyennes réputés responsables peuvent accorder leur confiance pour gérer le plus grand canton de France en nombre de communes à un candidat qu’ils n’ont jamais vu, qui ne leur rien proposé pour leur quotidien, qui ne connaît même pas leur territoire. Il arrive en pourcentage, sans absolument un seul acte démocratique, devant le jeune candidat du Parti Communiste qui a tenté de rassembler, d’animer et de débattre pour exister. Le seul résultat c’est que comme le FN a dépassé 5 % il recevra les fonds de l’Etat pour une campagne qu’il n’aura fait à prix réduit pour que ce soit tout bénéfice !
Le culte de l’image a tué partiellement Nicolas Sarkozy qui en a imposé une overdose en quelques mois à des Françaises et des Français saoulés par cette avalanche. Il a confondu nourriture quotidienne et gavage ; Il est à la diète depuis quelques temps mais dès mardi (remaniement ministériel) on va retrouver le système Sarko consistant à donner aux médias cette pâture dont ils ont besoin pour exister ! Tout l’entourage présidentiel piaffe d’impatience pour repartir sur les bases antérieures…Les fabricants " d’image " au sens global du terme préparent probablement une rentrée en fanfare et avec petits plats dans les grands. D’ailleurs les protégées du président cultivent les fleurs de leur jardin afin d’exister avant que le jeu des chaises musicales ministérielles débute.
UN BUFFET DE CIRCONSTANCE
Le Syndicat de la magistrature (SM, gauche) a dénoncé, dans un communiqué daté de hier, " l'utilisation des moyens de l'Etat au service de l'image médiatique de la ministre de la Justice ", Rachida Dati. Le SM estime que " le dernier exemple de cette dérive est l'organisation le jeudi 13 mars, en vue de célébrer la journée internationale des femmes du 8 mars, d'un déjeuner à la Chancellerie regroupant quelques 300 femmes ayant des fonctions hiérarchiques au sein de l'institution judiciaire ". Bien impoli ce syndicat qui n’a pas encore compris que son Ministre de tutelle était… en campagne électorale à Paris. Les petits plats dans les grands ont toujours apporté des voix quand on sait habilement se servir des cartons d’invitation.
" Il s'agit d'une invitation sans aucun motif professionnel, effectuée aux frais de l'Etat, comprenant évidemment les frais de transport, par un ministère qui n'est pourtant pas réputé pour ses moyens pléthoriques. Nul ne doute que les photos seront belles ", déclare le Syndicat de la magistrature, qui parle de 300 invités alors que la Chancellerie en annonçait 230. L'organisation resitue cet épisode dans une politique générale de la place Vendôme qui aurait, selon elle, pour objectif de promouvoir l'image de cette proche de Nicolas Sarkozy. Pas possible ! Il suffira de lire les bibles politiques que sont devenues Closer, Paris Match Pravda, VSD, Point de Vue Images du monde… et gratuits qui vont avec et ne sont guère mieux.
Le cabinet Dati a rejeté ces critiques et parle de réunion de travail. " Il est normal et légitime que la ministre ait voulu recevoir des femmes des métiers de la justice, magistrates, avocates, responsables de greffes, personnels pénitentiaires, responsables d'associations pour faire le point sur les sujets qui concernent la ministre, violences conjugales, égalité homme-femme ", a expliqué Guillaume Didier, porte-parole de la Chancellerie.
" Il n'y a pas de quoi polémiquer, ce n'est absolument pas somptuaire, c'est d'une très grande simplicité ", a-t-il ajouté, expliquant que les convives avaient pris un déjeuner autour d'un " simple buffet ". Le budget de la Justice et de l'administration pénitentiaire 2008 est de 6,5 milliards d'euros, soit 2,4% du budget de l'Etat et donc une réception pour 300 personnes et les voyages qui vont avec ce n’est qu’une goutte dans un océan de dépenses liées à la seule image de celui qu’elle sert. C’est tout juste si on ne va pas vous expliquer que les invitées avaient amené leurs paniers de pique-nique ! Le Syndicat de la Magistrature voit le mal partout !
EFFACER LES DEBOIRES
Si elle se fait plus discrète, la fronde des députés UMP contre Rachida Dati persiste et dans certaines villes elle enfle avec le résultat des municipales. La méthode de la ministre de la Justice laissera des traces, assurait l’un de ecs maires brimés qui rappelait l'indignation de Pierre Méhaignerie, ancien garde des Sceaux, après la suppression du tribunal de Vitré sans qu'il en soit prévenu. "La carte judiciaire passera, mais le ressentiment des parlementaires à l'égard de la ministre restera", pronostique-t-il. Sauf si elle sait se rendre incontournable par l’image et se refaire une santé politique grâce à un ou deux bons sondages. C’est ce que va tenter de relancer le clan Sarkozy !
Depuis 2002 et son arrivée au ministère de l'Intérieur, Nicolas Sarkozy a bouleversé la communication politique. Maîtrisant parfaitement l'outil médiatique, il a réussi d'abord à imposer son style, direct, qui tranchait avec celui de ses prédécesseurs ; son rythme ensuite, en imposant son agenda aux médias te pas l’inverse ; ses thèmes enfin, en ouvrant des débats sur des sujets qui étaient autrefois tabous, l'immigration, l'insécurité. Une fois entré à l'Elysée, le nouveau président de la République a appliqué les mêmes recettes qu'au ministère de l'Intérieur : il passe d'un sujet à l'autre, impose un rythme effréné aux journalistes qui ne prennent plus le temps d'approfondir les dossiers. Cette stratégie a bien évidemment un coût mais il est particulièrement difficile de le mesurer car elle est diffuse et repose sur des moyens de l’Etat !
DES EQUIPES SPECIALISEES
Nicolas Sarkozy a le même responsable de la communication depuis des années. Franck Louvrier s'occupe de ses relations avec la presse. Officiellement, le service de presse compte cinq salariés à temps plein à l'Elysée, pour un salaire moyen d'environ 3500 euros. Selon les services de l'Elysée, ils utilisent le même matériel que sous l'ère de Claude Chirac, hormis un Smartphone de fonction qui leur a été attribué.
L'organigramme des conseillers de l'Elysée n'est pas toujours très clair. Si Henri Guaino s'occupe des discours, le rôle de Catherine Pégard est plus flou. Officiellement " conseillère en images ", elle est restée très évasive sur son rôle dans une interview accordée au journal Le Monde. Ainsi, elle affirmait qu'elle est très attentive à son image et prenait du recul par rapport à son action pour le conseiller. Le salaire moyen de ces conseillers oscille aux alentours de 7000 euros par mois.
D'autres conseillent le chef de l'Etat de temps en temps, comme Alain Minc, qui a lui-même suggéré le montage financier pour rendre possible la suppression de la publicité sur les chaînes publiques. Ces conseils sont forcément monnayables mais il est difficile de connaître la nature des contre-parties. On est loin du buffet campagnard de Rachida Dati !
Pendant la campagne électorale, Nicolas Sarkozy avait un site internet entièrement tourné vers la vidéo. Pour soi-disant faire des économies, le site de campagne de Nicolas Sarkozy a été dupliqué à l'identique sur Elysee.fr. Selon Le Point, le coût annuel pour l'entretien du site Internet de la présidence s'élève à 150 000 euros.
Il faudrait inclure dans les coûts de communication du président le nombre impressionnant de déplacements qu'il effectue pour faire la Une des journaux de 20 heures. A chaque fois, il se déplace en Falcon présidentiel (coût : 4500 euros de l'heure pour le modèle utilisé par l'Elysée) et mobilise d'importants services de sécurité. Le culte de l’image n’a pas de prix car il y a bien d’autres dépenses qui sont indispensables pour que les apparences soient aussi trompeuses que possible. D’ailleurs, on sait déjà, que des ministres vont être virés pour… image (et donc notoriété) insuffisante. Rachida Dati, elle, ne risque rien. Elle a pris ses précautions.
Mais je déblogue…