Overblog Tous les blogs Top blogs Économie, Finance & Droit Tous les blogs Économie, Finance & Droit
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

L'AUTRE QUOTIDIEN de Jean-Marie DARMIAN, ancien journaliste, maire et conseiller général de Créon (33). La politique et la vie sociale sans langue de bois...au quotidien et contre l'opinion dominante

Publicité

LE MIROIR AUX ALOUETTES

La société de l’image n’a jamais été aussi forte. Elle se porte à merveille car elle est entretenue par des moyens quotidiens permanents. Toute la campagne présidentielle aura reposé sur cette nouvelle donne sociale dont on ne mesure plus tout à fait les conséquences. Il est vrai que les élections qui viennent de se dérouler, dans la plus petite comme la plus grande commune, tournent uniquement autour de l’appréciation globale que les électrices et els électeurs portent sur la personnalité des personnes qu’elles ont à choisir. Mieux, si je me fie à mon expérience personnelle, on constate que des candidat(e)s n’ont même plus besoin de faire campagne pour attirer à eux les voix d’électrices et d’électeurs ne se posant même pas l’adéquation entre le poste sollicité et les capacités à l’exercer. Le Front national par exemple a présenté sur le canton de Créon une personne qui n’a pas une seule fois mis les pieds sur place et qui a dû regarder les résultats dans le journal de… lundi matin. En guise de slogan un coq, ressemblant à une poule mouillée, moitié plumée a suffi à attirer plus de 1400 voix ! Dramatiquement désolant de constater que des citoyennes réputés responsables peuvent accorder leur confiance pour gérer le plus grand canton de France en nombre de communes à un candidat qu’ils n’ont jamais vu, qui ne leur rien proposé pour leur quotidien, qui ne connaît même pas leur territoire. Il arrive en pourcentage, sans absolument un seul acte démocratique, devant le jeune candidat du Parti Communiste qui a tenté de rassembler, d’animer et de débattre pour exister. Le seul résultat c’est que comme le FN a dépassé 5 % il recevra les fonds de l’Etat pour une campagne qu’il n’aura fait à prix réduit pour que ce soit tout bénéfice !
Le culte de l’image a tué partiellement Nicolas Sarkozy qui en a imposé une overdose en quelques mois à des Françaises et des Français saoulés par cette avalanche. Il a confondu nourriture quotidienne et gavage ; Il est à la diète depuis quelques temps mais dès mardi (remaniement ministériel) on va retrouver le système Sarko consistant à donner aux médias cette pâture dont ils ont besoin pour exister ! Tout l’entourage présidentiel piaffe d’impatience pour repartir sur les bases antérieures…Les fabricants " d’image " au sens global du terme préparent probablement une rentrée en fanfare et avec petits plats dans les grands. D’ailleurs les protégées du président cultivent les fleurs de leur jardin afin d’exister avant que le jeu des chaises musicales ministérielles débute.
UN BUFFET DE CIRCONSTANCE
Le Syndicat de la magistrature (SM, gauche) a dénoncé, dans un communiqué daté de hier, " l'utilisation des moyens de l'Etat au service de l'image médiatique de la ministre de la Justice ", Rachida Dati. Le SM estime que " le dernier exemple de cette dérive est l'organisation le jeudi 13 mars, en vue de célébrer la journée internationale des femmes du 8 mars, d'un déjeuner à la Chancellerie regroupant quelques 300 femmes ayant des fonctions hiérarchiques au sein de l'institution judiciaire ". Bien impoli ce syndicat qui n’a pas encore compris que son Ministre de tutelle était… en campagne électorale à Paris. Les petits plats dans les grands ont toujours apporté des voix quand on sait habilement se servir des cartons d’invitation.
" Il s'agit d'une invitation sans aucun motif professionnel, effectuée aux frais de l'Etat, comprenant évidemment les frais de transport, par un ministère qui n'est pourtant pas réputé pour ses moyens pléthoriques. Nul ne doute que les photos seront belles ", déclare le Syndicat de la magistrature, qui parle de 300 invités alors que la Chancellerie en annonçait 230. L'organisation resitue cet épisode dans une politique générale de la place Vendôme qui aurait, selon elle, pour objectif de promouvoir l'image de cette proche de Nicolas Sarkozy. Pas possible ! Il suffira de lire les bibles politiques que sont devenues Closer, Paris Match Pravda, VSD, Point de Vue Images du monde… et gratuits qui vont avec et ne sont guère mieux.
Le cabinet Dati a rejeté ces critiques et parle de réunion de travail. " Il est normal et légitime que la ministre ait voulu recevoir des femmes des métiers de la justice, magistrates, avocates, responsables de greffes, personnels pénitentiaires, responsables d'associations pour faire le point sur les sujets qui concernent la ministre, violences conjugales, égalité homme-femme ", a expliqué Guillaume Didier, porte-parole de la Chancellerie.
" Il n'y a pas de quoi polémiquer, ce n'est absolument pas somptuaire, c'est d'une très grande simplicité ", a-t-il ajouté, expliquant que les convives avaient pris un déjeuner autour d'un " simple buffet ". Le budget de la Justice et de l'administration pénitentiaire 2008 est de 6,5 milliards d'euros, soit 2,4% du budget de l'Etat et donc une réception pour 300 personnes et les voyages qui vont avec ce n’est qu’une goutte dans un océan de dépenses liées à la seule image de celui qu’elle sert. C’est tout juste si on ne va pas vous expliquer que les invitées avaient amené leurs paniers de pique-nique ! Le Syndicat de la Magistrature voit le mal partout !
EFFACER LES DEBOIRES
Si elle se fait plus discrète, la fronde des députés UMP contre Rachida Dati persiste et dans certaines villes elle enfle avec le résultat des municipales. La méthode de la ministre de la Justice laissera des traces, assurait l’un de ecs maires brimés qui rappelait l'indignation de Pierre Méhaignerie, ancien garde des Sceaux, après la suppression du tribunal de Vitré sans qu'il en soit prévenu. "La carte judiciaire passera, mais le ressentiment des parlementaires à l'égard de la ministre restera", pronostique-t-il. Sauf si elle sait se rendre incontournable par l’image et se refaire une santé politique grâce à un ou deux bons sondages. C’est ce que va tenter de relancer le clan Sarkozy !
Depuis 2002 et son arrivée au ministère de l'Intérieur, Nicolas Sarkozy a bouleversé la communication politique. Maîtrisant parfaitement l'outil médiatique, il a réussi d'abord à imposer son style, direct, qui tranchait avec celui de ses prédécesseurs ; son rythme ensuite, en imposant son agenda aux médias te pas l’inverse ; ses thèmes enfin, en ouvrant des débats sur des sujets qui étaient autrefois tabous, l'immigration, l'insécurité. Une fois entré à l'Elysée, le nouveau président de la République a appliqué les mêmes recettes qu'au ministère de l'Intérieur : il passe d'un sujet à l'autre, impose un rythme effréné aux journalistes qui ne prennent plus le temps d'approfondir les dossiers. Cette stratégie a bien évidemment un coût mais il est particulièrement difficile de le mesurer car elle est diffuse et repose sur des moyens de l’Etat !
DES EQUIPES SPECIALISEES
Nicolas Sarkozy a le même responsable de la communication depuis des années. Franck Louvrier s'occupe de ses relations avec la presse. Officiellement, le service de presse compte cinq salariés à temps plein à l'Elysée, pour un salaire moyen d'environ 3500 euros. Selon les services de l'Elysée, ils utilisent le même matériel que sous l'ère de Claude Chirac, hormis un Smartphone de fonction qui leur a été attribué.
L'organigramme des conseillers de l'Elysée n'est pas toujours très clair. Si Henri Guaino s'occupe des discours, le rôle de Catherine Pégard est plus flou. Officiellement " conseillère en images ", elle est restée très évasive sur son rôle dans une interview accordée au journal Le Monde. Ainsi, elle affirmait qu'elle est très attentive à son image et prenait du recul par rapport à son action pour le conseiller. Le salaire moyen de ces conseillers oscille aux alentours de 7000 euros par mois. 
D'autres conseillent le chef de l'Etat de temps en temps, comme Alain Minc, qui a lui-même suggéré le montage financier pour rendre possible la suppression de la publicité sur les chaînes publiques. Ces conseils sont forcément monnayables mais il est difficile de connaître la nature des contre-parties. On est loin du buffet campagnard de Rachida Dati !
Pendant la campagne électorale, Nicolas Sarkozy avait un site internet entièrement tourné vers la vidéo. Pour soi-disant faire des économies, le site de campagne de Nicolas Sarkozy a été dupliqué à l'identique sur Elysee.fr. Selon Le Point, le coût annuel pour l'entretien du site Internet de la présidence s'élève à 150 000 euros.
Il faudrait inclure dans les coûts de communication du président le nombre impressionnant de déplacements qu'il effectue pour faire la Une des journaux de 20 heures. A chaque fois, il se déplace en Falcon présidentiel (coût : 4500 euros de l'heure pour le modèle utilisé par l'Elysée) et mobilise d'importants services de sécurité. Le culte de l’image n’a pas de prix car il y a bien d’autres dépenses qui sont indispensables pour que les apparences soient aussi trompeuses que possible. D’ailleurs, on sait déjà, que des ministres vont être virés pour… image (et donc notoriété) insuffisante. Rachida Dati, elle, ne risque rien. Elle a pris ses précautions.
Mais je déblogue…
Publicité
Retour à l'accueil
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article
J
"La politique, c'est une histoire partagée entre ceux qui la font et ceux à qui elle est destinée. On ne transforme pas un pays sans être capable d'écrire et de >raconter une histoire."A qui devons-nous cette citation ? A un scénariste d'Hollywood? A un gourou américain du storytelling? Ni l'un ni l'autre, en fait, puisqu'elle est extraite d'une interview donnée en juillet dernier par Henri Guiano, "plume" -au demeurant peu classique- du Président de la République.Une telle déclaration ne va pas sans surprendre, tant elle tranche avec notre conception classique de la pratique politique. Pourtant, il faut se rendre à l'évidence : la dernière campagne présidentielle a laissé, de la part des principaux candidats, plus de place à la narration et la mise en scène de récits cherchant à susciter l'adhésion qu'à une argumentation sur le fond... Et la déclaration d'Henri Guaino permet de valablement supposer que, loin d'être un simple phénomène de campagne, cette pratique s'étend largement à l'exercice du pouvoir...Nous ne reviendrons pas ici sur la naissance du storytelling politique aux Etats-Unis, favorisée par une volonté d'influence de l'opinion ne dépendant pas des médias après l'affaire du Watergate, exploitée avec talent par Ronald Reagan et ses spin doctors, reprise par Bill Clinton et élevée au rang de méthode degouvernement par George W. Bush (le clip de la campagne de 2004, Ashley's story, en étant un exemple incontournable). Il s'agira ici de présenter en quelques mots la récente déclinaison à la française de cette discipline que l'Hexagone commence tout juste à nommer en matière de marketing et de management, et quele monde politique feint encore d'ignorer tout en en faisant un usage immodéré... En quoi consiste le storytelling en matière de communication politique ? Eh bien, tout simplement, à raconter l'histoire du candidat, l'histoire de sa vision de notre pays, en illustrant d'anecdotes susceptibles de remporter l'adhésion.Ainsi, Nicolas Sarkozy, sous l'influence d'Henri Guiano, évoque, au fil de ses déplacements de campagne, les belles histoires de nos régions, la grandeur des marins bretons, les valeureux Normands conquérants de l'Angleterre, ou encore "les Fédérés du 10-Août montant à l'assaut des Tuileries en chantant la Marseillaise" et la Lorraine "cette terre sainte où c'est la mêmechose de prier Dieu ou de prier la France". Ici, nous ne sommes pas face à une argumentation politique, mais face à la création d'un véritable mythologie nationale... Et c'est efficace. Il semble que, très souvent, un bon récit vaille mieux qu'un long discours, et qu'il soit plus facile de s'adresser aux émotions des électeurs qu'à leur intellect, ceux-ci votant, au final, pour celui dont la vision du monde concorde le plus avec la leur...Dans ce contexte, la politique cesse d'être une affaire de persuasion pour devenir une affaire de plausibilité, du "travailler plus pour gagner plus" de Nicolas Sarkozy au "désir d'avenir" de Ségolène Royal. Il s'agit de mettre en scène une image du candidat dans laquelle le plus grand nombre puisse se reconnaître, que ce soit par une certaine peapolisation de la vie privée, étalée à la Une de nombreux journaux, ou encore par un discours simple sur les valeurs ("je ne vous trahirai pas, je ne vous mentirai pas"). Pourtant, cette scénarisation permanente peut comporter certains éléments de manipulation. un bon exemple en sont les fameux débats participatifs de Ségolène Royale, méthode nouvelle qui contribua beaucoup à sa popularité, mais qui n'étaient en fait niparticipatifs, ni même des débats, mais simplement filmés pour en donner l'impression. En fait, les militants présents pouvaient poser des questions pendant un temps donné, puis la candidate prononçait un discours préparé à l'avance et pas forcément spécifiquement en rapport avec celles-ci... et les trois minutes de reportage au journal de 20 heures retranscrivaient et vendaient l'image du débat participatif...Au-delà de quelques mécanismes de communication de campagne, le storytelling politique me semble montrer le gros écueil de représenter une réelle victoire de l'imagination sur l'intelligence, jouant sur les ressorts émotionnels des citoyens. La meilleure illustration, dans l'actualité récente, en est sans doute la forte adhésion populaire à la mesureétablissant une rétention de sûreté pour les criminels jugés dangereux à l'issue de leur peine... et même à une possible application rétroactive de cette loi. Il y avait là, pour le moins, matière à controverse en terme de débat sur le terrain juridique et éthique. Pourtant, près de trois quart de nos concitoyens ont été sensibles à la "publication malencontreuse", fort à propose, d'une liste d'auteurs de viols et de crimes desang libérables dans l'année à venir, assortis de commentaires comme "Et s'il s'en prenait à votre enfant ? A votre femme? A votre soeur?..."Avec une communication politique basée sur le storytelling, on sort de l'obligation de présenter un >programme ou des mesures cohérentes et argumentées,pour se centrer sur la nécessité de faire converger la vision du monde de l'homme politique avec celle de ceux à qui ils s'adresse. Maigre perte, diront certains,puisque les spécialistes de la communication de campagne s'accordent généralement à admettre que l'électeur moyen ne retient qu'un seul argument (seul Bill Clinton, lors de sa campagne de 1992, a su exploiter pleinement cette particularité, adressant son programme -un corpus de mesures conséquentes, qu'iln'aurait pas eu le temps d'exposer dans le cadre des débats télévisés- à toutes les bibliothèques du pays, et en se contentant de marteler inlassablement "Moi, j'ai un vrai programme... d'ailleurs vous pouvez le consulter près de chez vous"... ce que peu, au final, ont fait, mais cela lui a valu de remporter l'élection...). Perte tout de même, car comment pousserles citoyens à se sentir concernés par la vie politique si celle-ci ne fait plus appel à leur esprit critique, mais contribue au contraire à l'amoindrir. Il semble difficile, dans ces conditions, d’être inconditionnel du storytelling politique, tout en en reconnaissant - et peut-être précisément en en reconnaissant- la redoutable efficacité.Sans doute cette pratique aurait-elle dû rester cantonnée au marketing et à la publicité - son application au management peut, elle aussi, susciter quelques réserves-, qu'elle a su faire évoluer sans en trahir l'essence - même si elle ne contribue pas à faire de nous des consommateurs citoyens et avertis, particulièrement quand elle veut nous le faire croire-.Pour finir, juste une anecdote, qui résume l'inquiétude que devrait générer la "dérive narrative" actuelle. Voici quelques mois, un juge à la Cour Suprême, chargé de défendre la position de l'armée américaine quant à la torture à Guantanamo, a argumenté en exposant le fait que Jack Bauer, dans la saison 2 de la série télévisée "24 heures", a sauvé Los Angeles d'une attaque nucléaire grâce à des renseignements obtenus à l'occasion d'un interrogatoire "musclé", et que nul ne songerait à le condamner pour cela, le considérant au contraire comme un héros... Cela fait froid dans le dos de penser que la ligne dedémarcation entre réalité et fiction, solidement implantée dans la pensée occidentale au moins depuis le XIVème siècle, est en train de tomber sous la tendance du storytelling à mettre en récit pour susciter l'adhésion tous les aspects de la pensée et de la déontologie...J'espère que ces quelques considérations, induiront des réactions, qu'il s'agisse de réserves quant au storytelling appliqué à la politique...
Répondre