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L'AUTRE QUOTIDIEN de Jean-Marie DARMIAN, ancien journaliste, maire et conseiller général de Créon (33). La politique et la vie sociale sans langue de bois...au quotidien et contre l'opinion dominante

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AVALEUR AVALE

Il arrive souvent que les fusions d’entreprises provoquent des effusions médiatiques. Au soir d’une annonce fracassante d’alliance économique, les responsables exultent devant les caméras et arrosent leur succès qui constitue, pour eux, un gage de solidité renforcée. Le problème c’est que, dans quasiment tous les cas, cette union sacrée s’effectue dans une situation de crise : affaiblissement de l’un des mariés, ou tentative d’absorption inamicale menaçante. Elle se construit donc dans la hâte, et avec toujours à l’esprit un profit protégé ou augmenté.
Des conseils d’administration, dans lesquels siègent des hommes grassement rémunérés, jouent donc au Monopoly boursier, sous l’œil bienveillant des tenants de la banque. Il ne sont parfois qu’une douzaine de part et d’autre pour sceller le sort de milliers d’autres personnes anonymes. Eux, ne prennent aucun risque réel, puisque les fonds mis en jeu ne sortent pas de leur poche, et les conséquences ne les priveront pas de leurs subsides quotidiens.
Durant le week-end, avec une hâte exceptionnelle, la France vient ainsi de voir l’un des symboles de son développement industriel public historique basculer dans le plus pur combat capitaliste. Une véritable révolution a été conduite à l’heure où les rugbymen français et italiens s’affrontaient, et où la très grande majorité des gens concernés pensaient à tout autre chose qu’au devenir de leur entreprise. Gaz de France, tout de même encore très attaché à une certaine vision de l’aménagement égalitaire du territoire, avale Suez, dont on sait qu’elle a représenté, durant des décennies, l’antithèse exacte du service public. En fait, ce gouvernement libéral qui a objectivement bradé, pour le plus grand plaisir des places boursières, Electricité de France, en invoquant la nécessité d’une gestion plus profitable, a eu peur d’une attaque en règle de Suez, groupe absolument privé, par le groupe italien Enel. On a donc vite cherché à présenter l’acquéreur hostile, en grenouille susceptible de se transformer en bœuf : la proie devenant trop volumineuse à digérer, Bercy a pensé que le prédateur passerait son chemin !

LA FAMEUSE RUMEUR BOURSIERE


Suez et Gaz de France évoquaient certes, depuis plusieurs années, un possible rapprochement. Ils avaient noué des partenariats, notamment sur la gestion de centrales électriques dans le sud de la France, mais le processus a été accéléré après que le groupe italien Enel eût fait part, ces derniers jours, de son intérêt pour Suez, en brandissant la menace d'une OPA. Des sources proches du dossier évoquaient même le dépôt d'une offre hostile dès ce matin. La fameuse rumeur boursière du week-end a provoqué un nouveau vent de panique au gouvernement, où on se mobilise déjà, depuis le mois de janvier, pour essayer de bloquer l'offre de Mittal Steel sur Arcelor. Pire que la grippe aviaire, ou le chikungunya : une épidémie d’O.P.A. risquait de déstabiliser totalement le CAC 40. Impensable. Et là, Bercy n’a pas attendu longtemps pour réunir la fameuse cellule de crise.
Perdre la sidérurgie, puis les gestionnaires de tout un pan de l’environnement (eau, assainissement, propreté avec notamment la célèbrissime Lyonnaise des Eaux) et de la production d’énergie, ne pouvait qu’accréditer l’idée que le libéralisme sauvage conduisait à la perte totale de l’indépendance réelle de la France. Dominique, Marie, François, René Galouzeau de Villepin dit ici « Crin blanc », chantre du "patriotisme économique", et son ministre de l'Economie et des Finances, Thierry Breton, ont multiplié les consultations, pour voir comment protéger Suez, alors que l'Europe de l'énergie est en ébullition depuis l'OPA de 29,1 milliards d'€ du géant allemand E.ON sur l'espagnol Endesa, qui était convoité par Gas Natural. Une vaste foire, avec braderie des ex-entreprises nationalisées est lancée !
Chacun est en train de venir y faire ses emplettes, puisque chacun sait que l’avenir appartient à ceux qui contrôleront la distribution de ces éléments devenus vitaux que sont l’électricité, le gaz ou l’eau ! La guerre durable en Irak, le récent attentat manqué en Arabie Saoudite, les prévisions sur la fin de la ressource pétrolière, obligent les investisseurs à trouver rapidement d’autres stratégies. Seuls ne survivront que les monstres froids capables de rafler, sur des « services » indispensables, le maximum de profit.

 

VERTUS DE L’INTERVENTIONNISME ETATIQUE.

Ils ont fini par trouver la solution : sauver les amis de Suez en les faisant « digérer » par un autre ami ! Le plus extraordinaire, c’est que le gouvernement le plus à droite qu’ait connu la France, et qui n’a jamais cessé de clamer que la gestion des fleurons de feu le service public devait être confiée à une gestion privée plus efficace, vient de redécouvrir les vertus de l’interventionnisme étatique ! En effet, le Ministère des Finances a vite déniché un « sauveur » parmi les entreprises qu’il contrôlait ayant la possibilité de s’endetter. Le choix est tombé sur GDF, en plein essor, et surtout lancée dans une étrange concurrence avec sa jumelle d’EDF ! Il fallait un PDG docile et du sérail UMP pour sauver les « meubles », progressivement passés du mobilier national au patrimoine privé. Cirelli est de ceux là !
C'est d’ailleurs Crin blanc qui avait annoncé lui-même l'opération avant de partir démoustiquer La Réunion. "Compte tenu de l'importance stratégique de l'énergie, la fusion entre Gaz de France et Suez semble aujourd'hui la voie la plus appropriée", a-t-il dit en présence des principaux intéressés. Il avait ajouté que la France avait ainsi "l'ambition de créer un des tout premiers groupes mondiaux de l'énergie, en particulier dans le secteur du gaz", Suez-GDF étant de fait un des leaders du gaz naturel liquéfié.
 Le principe étant décidé, il faut préparer la cuisine juridique.

 

PRIVATISATION INCONTESTABLE

On annoncera donc d’abord aujourd’hui, avec force communiqués, que c’est bien GDF qui absorbe Suez et surtout pas l’inverse. Tout cela afin de préserver les apparences. Il est impensable, en terme de communication, de laisser à penser que Gaz de France est totalement privatisée, en tombant aux mains de son ennemi héréditaire. Alors, on va sortir de derrière les fagots de Bercy, un montage en toc bâti sur le sable des apparences.
En fait, le mélange des capitaux (au total Suez affiche une capitalisation boursière de plus de 43 milliards d'€ contre seulement 29 milliards pour Gaz de France), va conduire à une privatisation incontestable de Gaz de France, sans mise sur le marché. En cas de fusion par simple échange d'actions, les 80% de l'Etat dans le capital du gazier se transformeraient en une participation de 32,4%, en dessous des 34% souhaités par les pouvoirs publics pour conserver, selon eux, une minorité de blocage. Mais ne vous faites pas trop d’illusions, la loi interdisant à l'Etat de descendre sous les 70% de GDF sera sacrifiée sur l’autel du libéralisme triomphant, dès la semaine prochaine. Le gouvernement aura alors inventé, après « l’arroseur arrosé », le film de « l’avaleur avalé ! »
Et pendant ce temps, les salariés des deux « fusionnés » embauchent ce matin. A leur place, je douterais de mon avenir, car ils risquent bel et bien de mourir étouffés, dans quelques mois, par les « effusions » en cours… Qui trop s’embrasse mal étreint.
En tous cas, sur le terrain, à Créon comme ailleurs, on doit se préparer, après la destruction du « monopole public » à devenir les otages d’un concessionnaire en situation de « monopole privé ». Et là, ce ne sont pas les usagers qui en tireront bénéfice !  C’est une certitude.
Mais je déblogue…

 

 

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J
Et vous escomptez combien de participation à votre référendum? 30%? A mon avis, ce sera moins!  
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D
Si seulement  nous pouvions mettre un terme à ces hold-up, dans l'attente de 2007, encore trop loin! Pouvions-nous nous attendre à autre chose de celui qui mena France-Télécom dans la situation que nous connaissons et qui  entama de façon drastique les économies placées en actions de ses agents? Car après GDF viendra le tour de EDF, avec en toile de fond une OPAviaire, en faisant fi des engagements antérieurs et encore proches de nos dirigeants et surtout sans demander l'avis, par reférendun,  des propriétaires (actionnaires) que nous sommes tous, nous les citoyens. Mais les vrais démarchent citoyennes apeureraint-elles nos gouvernants? <br /> Redouteraient-ils pas une piqûre qui les priverait de "réunions"?
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