Impossible d'envisager au Parti socialiste des faux départs parmi les multiples concurrents prêts à sprinter vers le poste de Premier secrétaire du PS. On sait que la fébrilité des concurrents génère souvent une volonté de s'élancer avant les autres. La tentation est grande notamment quand il y a foule au départ. On sait dans le milieu qu'il vaut mieux faire la course en tête que d'être toujours à la remorque des autres. Mais il existe aussi une tactique bien connue dans le dmi-fond consistant à tout donner dans la dernière ligne droite alors la fatigue atteint celles ou ceux quis e sont épuisés dans une rivalité trop précoce. Difficile de savoir si dans sa jeunesse François Hollande a été coureur de 400 mètres, la plus exigeante des courses mais la plus belle entre toutes car elle exige résistance, rapidité, pugnacité et une maîtrise parfaite de son effort. Il en a pourtant les atouts comme par exemple en Gironde Philippe Madrelle, Président du Conseil Général qui conjugue ces qualités depuis de longues années.
François Hollande sait que le 400 mètres est la course où il faut sans cesse savoir virer à gauche pour espérer déboucher au dernier moment sur les talons des premiers. Ses dernières déclarations permettent de comprendre qu'il n'est pas encore si éloigné que cela du podium quand ses adversaires l'ont enterré un peu vite. ans une tribune publiée dans Le Monde daté de demain, il appelle les socialistes à engager rapidement « une offensive idéologique » sur la base de « dix grandes questions » dans la perspective du congrès de novembre, et à ne poser la question du leadership du parti « qu'au terme d'un débat et non à son commencement ». Il a bien senti qu'avant de prétendre disputer le titre il vaut beaucoup mieux se pencher sur le programme d'entraînement. Il n'est pas le seul.
« Les socialistes ne peuvent à l'occasion de leur congrès, en rester aux pétitions de principe ou à une bataille de mots. Ils doivent savoir poser les légitimes décisions de personnes et de leadership au terme d'un débat et non à son commencement », affirme le Premier secrétaire du PS, qui semble jeter les bases d'une future contribution au congrès car il est à peu près certain qu'il ne laissera pas sa place aussi aisément que l'ont cru les postulants à son poste. « Normalement cela devrait être un débat, le congrès, cela prend figure un peu de pugilat (...) J'espère qu'on va revenir au débat », avait avant lui avancé Laurent Fabius sur LCI. « Je ne suis pas convaincu du tout ».
L'ancien Premier ministre socialiste est prêt à « se prononcer sur les questions de fond et non pas l'affrontement des egos qui n'a qu'un intérêt limité. Si c'est un pugilat, je n'ai pas l'intention de m'en mêler, je resterai au dessus de la mêlée », mais s'il y a « débat, j'y contribuerai avec mes amis sur le fond, autour d'une idée reconstruire le PS », a-t-il précisé. Etrange coïncidence sur le fond entre des personnes n'ayant pas une véritable empathie.
La sortie du bois en forme de mise au point de François Hollande survient alors que Ségolène Royal, la première à l'offensive, et Bertrand Delanoë, parti en contre, n'ont pas encore pris l'avantage l'un sur l'autre et que le débat engagé entre eux sur le libéralisme est apparu « surréaliste » aux autres camps. Le moment est donc opportun : il lui redonné une légitimité à gauche par leurs incartades se voulant novatrices mais qui ne sont en fait que des surenchères de mots pour médias affamés. C'est un fin analyste et un excellent orateur qui peut sans problème retourner toutes les situations à son avantage.
LES DIX INTERROGATIONS
« La gauche n'a pas simplement à préparer une victoire électorale. Elle doit mener une offensive idéologique » auprès « des couches populaires et moyennes » sur « ses valeurs, ses propositions, ses méthodes », estime-t-il. Ce que bien des militants commencent à penser tout haut... se moquant bien des mots pour attendre des actes. Tous les textes internes du monde ne changeront en effet rien aux réalités. Elles s'invitent dans le quotidien et se moquent bel et bien de la sémantique des motions, des contributions, des déclarations. François Hollande a bien senti que les militants attendent autre chose que des mots pour panser les blessures sociales actuelles.
Il engage donc les socialistes à réfléchir à dix grandes questions : "comment être plus fort dans la mondialisation ?", "comment être plus juste dans la répartition ?", "comment préparer le vieillissement de la population ?", "comment mener solidairement la mutation énergétique ?", "comment maîtriser sereinement l'immigration ?", "comment régler démocratiquement la présidentialisation de nos institutions ?", "comment relancer le projet européen ?", "comment rendre cohérente la parole socialiste ?", "comment rassembler la gauche ?", "comment élargir pour gagner ?". Selon lui, « le prochain Premier secrétaire doit avoir l'autorité, la légitimité et la majorité lui permettant de donner de la force à l'expression du PS ». et qui à part lui répond à ces trois critères ?
Il est vrai que grâce à cette tribune il se donne une bonne longueur d'avance.
Personne ne peut en effet nier que les dix problèmes évoqués ci-dessus sont ceux qui décideront du résultat des présidentielles. La femme ou l'homme qui, plutôt que d'ambitionner la première de couv' de Paris Pravda Match, saur apporter des réponses concrètes précises et solides aura la clé su succés face à une Droite en proie au doute le plus total.
DES REPONSES CONCRETES
François Hollande après analyse du moral des troupes a simplement emprunté la voie tracée par Fabius qui s'efforce avec malheureusement moins d'impact que le Premier secrétaire du PS. Il a en effet présenté, il y a déjà plusieurs jours, ses solutions face à la crise du pouvoir d'achat et au financement des retraites : « On paye chaque année des intérêts de la dette qui sont énormes. C'est une des raisons pour lesquelles je trouve mauvais le choix qui a été fait le gouvernement de dépenser au moins 15 milliards d'euros supplémentaires chaque année pour des dépenses qui n'étaient pas prioritaires. Je suis partisan de revenir sur une partie de ces dépenses ».
« Il y a d'autres choses à faire. On parle beaucoup du financement de la retraite, mais nous avons travaillé sur ce financement et je vous donne des pistes : le Cour des Comptes propose de taxer les parachutes dorés et les stock-options, ça peut rapporter 3 ou 4 milliards. Deuxièmement, au fur et à mesure que s'améliorera la situation de l'emploi, la cotisation qui va à l'Unedic pourrait aller sur la retraite. Troisième point : il y a toute une série d'exonérations sociales, les unes sont justifiées, les autres ne le sont pas ». Comment le PS peut éviter de reprendre à son compte de telles propositions alors que l'Expansion vient d'annoncer des augmentations de plus de 50 % des rémunérations des patrons du CAC 40 grâce aux stock-options, que Nicolas Sarkozy se targue des excédents récents de l'Unedic, que la liste des exonérations n'apportent aucune amélioration au monde du travail !
DES POSITIONNEMENTS
On a probablement enterré trop tôt François Hollande qui devait selon son propre souhait entrer dans le cimetière des « éléphants ». Il l'a fait croire mais s'il laisse les autres s'affronter dans la ligne opposée il les garde a distance suffisante. Chaque fois qu'ils accélèrent il est là prêt à démonter que celui qui a des apparences pataudes est beaucoup plus malin qu'on ne le pense. Il se prépare à placer son successeur au carrefour des tendances qui vont lanecr le TSSB (Tout sauf Ségolène et Bertrand). Benoît Hamon, 41 ans, flanqué de deux porte-parole de moins de 30 ans : Razzye Hammadi et Bruno Julliard sait par exemple qu'il ne constituera qu'une force d'appoint quand il déclare : «nous n'avons pas la prétention d'incarner l'alternative» mais il espère bien engranger la «déception des militants» face «à la querelle, au jeu de ping-pong entre Royal et Delanoë , a assuré l'eurodéputé.
Vocation majoritaire oblige, le NPS se recentre. Dénonçant un «discours du sacrifice insupportable» demandé aux classes populaires et moyennes, Hamon a prôné de «l'imagination pour penser de nouveaux droits et de nouveaux pouvoirs sans tomber dans le Grand Soir». Des discussions ont lieu, notamment avec les «reconstructeurs», amis de DSK, de Fabius et de Montebourg, avec Martine Aubry, « dont les mots sont doux à nos oreilles», a reconnu Benoît Hamon. Sauf que pour le NPS le «tout sauf Ségolène ou le tout sauf Delanoë ne peut être le ciment » d'un rassemblement majoritaire. Car on peut fortement envisager que Madame le Maire de Lille pourrait bien dans quelques mois apparaître comme un alternative crédible et de synthèse au départ de François Hollande. Elle aussi va patienter dans l'ombre attendant que les autres s'épuisent dans un duel médiatique leur faisant perdre une part de leur aura au cœur du PS. En fait, encore une fois, les hebdos et les grands quotidiens nationaux prendront leurs rêves pour des réalités, leurs espoirs pour des certitudes et se planteront sur les orientations prises. Le PS revient lentement à la vie, c'est à dire au débat. Et ça François Hollande l'a compris.
Mais je déblogue...