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L'AUTRE QUOTIDIEN de Jean-Marie DARMIAN, ancien journaliste, maire et conseiller général de Créon (33). La politique et la vie sociale sans langue de bois...au quotidien et contre l'opinion dominante

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LA XENOPHOBIE MONTE EN PUISSANCE

La xénophobie prend des allures planétaires car, quel que soit le pays, on est toujours l'immigré que l'autre ne peut pas voir. Les récents incidents graves en Afrique du sud ne sont en fait que la parie visible de phénomènes quotidiens moins médiatisés. Soixante-deux personnes ont été tuées et 670 blessées au cours de la récente vague de violences xénophobes, a indiqué la police révisant à la hausse un précédent bilan de 56 morts. Selon elle, le bilan s'est alourdi car « certains des blessés sont décédés à l'hôpital ». Mais « aucun incident majeur ne m'a été rapporté dernièrement », a-t-on officiellement assuré. La plupart des victimes ont été recensées dans la province du Gauteng, où se situent la capitale économique Johannesburg et la capitale politique Pretoria. Cinquante deux personnes y sont mortes massacrées par des expéditions punitives.
La police a procédé à 1.433 arrestations et la grande majorité des personnes interpellées restaient en détention. Le gouvernement avait indiqué jeudi que des tribunaux spéciaux seraient organisés pour juger les auteurs des violences xénophobes qui ont débuté le 11 mai dans un quartier pauvre de Johannesburg avant de se répandre dans toutes les provinces du pays. La situation s'est calmée progressivement depuis la fin de la semaine dernière mais des dizaines de miliers de personnes -- 35.000 selon le gouvernement, 100.000 selon les ONG -- ont fui les bidonvilles par peur de ces attaques. Les violences ont été imputées notamment à la frustration des Sud-Africains pauvres, qui attendent toujours 14 ans après la chute de l'apartheid l'amélioration de leurs conditions de vie.
L'Afrique du Sud a beau être la première puissance économique du continent, 43% de sa population vit avec moins de deux dollars par jour et deux adultes sur cinq sont au chômage. Dans ce contexte les immigrés, en majorité Zimbabwéens et Mozambicains, sont accusés de voler les emplois et de participer à la criminalité.
Une partie des immigrés sont rentrés dans leur pays, le Mozambique ayant ainsi rapatrié plus de 30.000 ressortissants. Les autres se sont réfugiés dans des commissariats ou des centres sociaux, dans des conditions souvent précaires. Cette situation véritablement désastreuse dans un pays africain se reproduit partout sur la planète selon le principe voulant que l'enfer ce soit les autres. Un haut diplomate africain, qui a préféré gardé l'anonymat, a exprimé sa vive préoccupation au sujet de la réaction tardive du gouvernement sud-africain alors que 50 immigrés africains innocents avaient déjà été tués et des milliers d'autres blessés. Il n'a toutefois pas écarté la possibilité que les querelles internes au niveau du parti au pouvoir, le Congrès national africain (ANC) aient encouragé la violence.
UN POPULISME DANGEREUX
Il a également pointé du doigt ceux qui ont perdu le pouvoir et qui auraient pu se servir des populations vulnérables et marginalisées de la société en leur disant que depuis la chute de l'apartheid en 1994 ils n'ont vu aucun changement significatif par rapport à leurs conditions de vie. « Le tollé provoqué par ces violences à travers l'Afrique est justifié, parce que les pays africains ont mauvaise conscience parce que le peuple à qui ils ont apporté soutien durant la lutte contre l'apartheid et l'oppression ne leur a pas rendu la monnaie de leur pièce », a souligné le diplomate africain. Pour lui, que la violence soit spontanée ou planifiée, elle aurait dû être contenue immédiatement.
Il a regretté le fait que le gouvernement sud-africain ait choisi d'être passif et négatif quand leurs frères africains qui ont pris le risque de partager la victoire et le nouveau paradis avec les Sud-africains sont maltraités alors que les portes du pays ont été largement ouvertes aux investisseurs étrangers.
L'afflux massif de réfugiés économiques et politiques en Afrique du Sud, en particulier ceux du Zimbabwe constitue le fondement de cette xénophobie organisée . L'attitude bienveillante du président Mbeki vis-à-vis de Robert Mugabe est en partie à blâmer car elle a permis de laisser filer une immigration liée à la situation politique chez les voisins sud-africains. Mbeki qui a mis beaucoup de temps à réagir récolte aujourd'hui les fruits amers de sa fidélité à un ancien compagnon des luttes de libération nationale qu'il n'a pas su condamner alors qu'il a tourné au despote incompétent. La montée en puissance d'un populisme incarné par l'homme qui a défait Thabo Mbeki au dernier congrès de l'ancien mouvement de libération (Jacob Zuma) constitue également un facteur accélérant le processus des représailles envers des travailleurs, là-bas comme chez nous, exploités par des entreprises sans scrupules. Les émeutiers d'Alexandra attaquaient d'ailleurs les étrangers en entonnant le chant de ralliement des supporters de Zuma, même si ce dernier a catégoriquement condamné ces comportements.
Jacob Zuma, inculpé après avoir été accusé d'avoir bénéficié de la corruption d'un groupe d'armement français, et relaxé après avoir été accusé de viol, prétend incarner la base contre l'élite, agitant un discours un peu démago aux accents populistes. Il se trouvait la semaine dernière à Paris, où il vantait le « style de Nicolas Sarkozy... »
LA RUSSIE AUX RUSSES
Autoroutes quasi-inexistantes, capacité hôtelière déficiente ou archaïque, stades à construire ou rénover, violences de hooligans ou skinheads xénophobes, la Pologne et l'Ukraine devront beaucoup travailler pour assurer le succès de l'Euro-2012 de football. La Pologne a également un sérieux problème de hooliganisme. Pendant le Mondial-2006 en Allemagne, les polices des deux pays ont mis en place tout un dispositif pour empêcher des débordements de supporteurs polonais. Si les hooligans polonais ont finalement renoncé à aller en Allemagne, ils peuvent causer de sérieux dégâts chez eux. L'an dernier, des supporteurs du Legia de Varsovie ont dévasté une partie du centre de la capitale, lors d'un violent affrontement avec les policiers.
En Ukraine, les ambassades étrangères mettent en garde contre les attaques de skinheads racistes et xénophobes. En Russie les incidents se multiplient mais par égard avec le tsar Poutine on évite soigneusement d'en parler. Il est vrai que désormais il est reçu comme un chef d'Etat (qu'il n'est plus) en France. La montée de l'extrémisme en Russie ne se résume pas à l'existence de groupes de « crânes rasés » (ils seraient, selon les données du ministère de l'Intérieur, de 15 à 20 000 dans le pays). La guerre en Tchétchénie et les attentats commis par les extrémistes tchétchènes, en particulier la prise d'otages dans une école de Beslan, en Ossétie du Nord, petite république voisine de celle-ci, le 1er septembre 2004, n'ont pas seulement attisé la haine des partis ultra-nationalistes et des bandes fascisantes, ils ont été utilisés par le pouvoir dans des buts électoralistes. Les déclarations d'importants responsables régionaux, comme le gouverneur du territoire de Krasnodar, région du sud de la Russie regroupant un grand nombre de minorités nationales, Alexandre Tkatchev, ou sa collègue de Saint-Pétersbourg, Valentina Matvienko, jouent avec le feu en accusant les migrants de tous les maux et en reprochant aux médias de trop mettre l'accent sur les crimes racistes. Les procès intentés pour incitation à la haine raciale ou même pour meurtre à caractère raciste se soldent bien souvent par des peines trop clémentes.
La Russie a toujours été un pays multinational et les conflits qui ont éclaté dans les Etats post-soviétiques ont en outre entraîné un afflux de réfugiés sur son sol, en particulier dans les régions méridionales proches des zones frontières. Par ailleurs, il existe une émigration économique importante en provenance non seulement des anciennes républiques soviétiques, mais aussi de Chine et du Vietnam. Les marchés des grandes villes russes accueillent également des commerçants originaires du Sud-Caucase et d'Asie centrale, accusés de faire monter les prix. Lors d'une enquête effectuée en juin 2005 par le Centre d'étude de l'opinion publique Levada (institution indépendante), 58 % des Russes interrogés ont dit être « d'accord » ou « plutôt d'accord » avec le slogan « La Russie aux Russes ». Fait notamment préoccupant, les jeunes sont particulièrement nombreux à partager cette vision des choses. Il n'y a donc pas qu'en Afrique du Sud que la xénophobie couve sous la cendre fasciste.
CHASSE AUX ROMS EN ITALIE
Encore plus près de chez nous, en Italie, les dernières élections viennent de mettre en évidence une résurgence forte de la xénophobie. Berlusconi et surtout ses alliés ont beaucoup joué sur ce rejet des nouveaux arrivants venant des pays de l'Est. Les autorités roumaines et les associations des Roms de Roumanie, pays de l'union européenne, ont été contraintes de dénoncer en bloc les dérapages racistes apparus en Italie. L'indignation a été exacerbée par un message apposé à l'entrée d'une entreprise d'usinage de bois de Pieve di Soligo (nord-est de l'Italie) et repris dans la presse roumaine, qui annonce « le lancement de la saison, durant toute l'année, de la chasse aux animaux sauvages migrateurs comme les Roumains, les Albanais, les Kosovars, les Musulmans, les talibans, les Afghans, les Tziganes et les extracommunautaires en général ».
Ce tract n'a donné lieu à aucune autre... dénonciation officielle italienne que celle de la Confédération générale italienne du travail (CGIL) par laquelle l'affaire a été révélée. L'ambassade de Roumanie à Rome a demandé des mesures contre les auteurs de « ce texte à caractère extrémiste et xénophobe prononcé ».
L'association des Roms de Roumanie, Romani Criss, dénonce, quant à elle, « l'extrémisme » de la nouvelle politique italienne d'immigration. « Il est inconcevable que, dans l'Europe de 2008, on combatte la délinquance selon des critères ethniques, il s'agit là d'une politique d'inspiration extrémiste, a affirmé son dirigeant, Marian Mandache, par ailleurs avocat. Il ne resterait plus que de contraindre les Roms à porter une étoile ou une banderole pour que l'on revienne soixante-dix ans en arrière, à une époque dont on ne veut plus se souvenir ».
Les allusions au nazisme se multiplient en Roumanie et risquent de nuire aux bons échanges économiques entre les deux pays. 23 000 entreprises italiennes sont implantées en Roumanie et des milliers de Roumains travaillent en Italie. L'organisation Caritas estime à 556 000 le nombre de Roumains installés dans la Péninsule mais, selon d'autres estimations, leur nombre, qui aurait fortement augmenté depuis l'adhésion de la Roumanie à l'Union européenne en 2007, pourrait atteindre 1 million de personnes. Montrée du doigt comme la première responsable de la délinquance pendant la campagne des élections législatives italiennes d'avril, qui a vu le triomphe de la droite, cette communauté se sent aujourd'hui fragilisée. Les Tchétchènes en Russie, les Zimbabwéens en Afrique du Sud, les Roms en Italie... la constante demeure la même : chasser l'autre de son territoire que l'on pense susceptible de se développer sans présence étrangère. Le rejet monte de partout surtout en cette période de tension économique forte. Quand on a l'impression que l'autre vient vous manger votre pain toujours plus rare et toujours plus cher il est difficile de prendre du recul surtout quand personne ne le dénonce véritablement.
Mais je déblogue...
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