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L'AUTRE QUOTIDIEN de Jean-Marie DARMIAN, ancien journaliste, maire et conseiller général de Créon (33). La politique et la vie sociale sans langue de bois...au quotidien et contre l'opinion dominante

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DES SURFACES GLISSANTES

L'économie aurait donc besoin d'être modernisée pour être plus efficace et renforcer le pouvoir d'achat des consommateurs. Drôle de démarche que celle qui consiste à expliquer que des libéraux veulent encore et toujours réguler la loi du marché en lui ouvrant les grands espaces de la concurrence. En fait c'est reconnaître que jusqu'à cette loi la fameuse concurrence qui doit tout réguler pour diminuer les profits effectués par la grande distribution ne sont pas soumis à cette règle fondamentale du système libéral.
Les députés se sont donc attaqués au texte sur la modernisation de l'économie (LME), qui veut relancer la croissance par la baisse des prix, et risque de créer des tensions entre l'exécutif et sa majorité UMP, toujours à la recherche d'un compromis sur les grandes surfaces. Un de plus car les pommes de discorde sont en solde actuellement dans la majorité présidentielle. Impossible de trouver un sujet sur lequel il n'y a pas de risque de la voir se briser au détour d'un amendement.
Après avoir concédé que « les caisses sont vides », Nicolas Sarkozy, convaincu par Edouard-Michel Leclerc, compte sur cette loi pour améliorer le pouvoir d'achat par la concurrence et la baisse des prix. « Je pense que ce n'est pas foutu! », aurait-il lancé avec l'espoir que dans deux ou trois ans il aura tellement laissé s'implanter de discounts en France qu'ils dicteront leur loi aux autres grandes enseignes réduites à la portion congrue.
Le secrétaire d'Etat à la consommation Luc Chatel a estimé que la LME peut faire baisser l'inflation de 1,6 point sur trois ans. En présentant le projet de loi en avril, c'est le Premier ministre qui tablait sur « 0,3% de croissance supplémentaire chaque année et 50.000 emplois par an » grâce à la LME. Ce serait la panacée aux maux actuels sur les denrées alimentaires de base ou sur les produits de première nécessité. « Je suis incapable de vérifier la pertinence de ce calcul », a avoué le député UMP qui va défendre le texte à l'Assemblée, Jean-Paul Charié. Une tâche difficile tellement le poids des lobbies écrase le débat. Ils sont tous là dans les couloirs de l'assemblée pour tenter de décrocher des amendements encore plus favorables ou surtout défavorables. Les permanences parlementaires ont reçu des fax. Quelques ténors ont été approchés pour les convaincre de les conduire à créer des groupes organisés pour défendre le fond de commerce de l'Ump : le « petits » commerçants et le « petit » artisan !
LE BATON DE MARECHAL DE LECLERC
Avant la discussion générale qui s'est ouverte, le Premier ministre a négocié tout le week-end avec les députés UMP opposés à l'un points-clés de la LME, l'assouplissement des conditions d'installation des grandes surfaces dans les villes au nom de la concurrence voulue par le gouvernement. Une catastrophe pour la grande majorité des « ruraux » ou des représentants de « petites » villes centres. En fait c'est surtout un nouveau transfert des responsabilités de l'Etat vers des élus locaux qui récoltent tout ce que ce dernier ne veut plus (ou ne peut plus) assumer. Le service minimum dans les écoles publiques d'Etat, la confection des pièces attestant de la nationalité (Cartes nationales d'identité, passeports biométriques...) et maintenant l'urbanisme commercial ! La grogne est remontée de tous els cotés car les maires attachés au libéralisme économique le sont jusqu'à un certain point, celui de rupture avec leur électorat habituel un tant soit peu poujadiste. Sarkozy ne l'a pas encore compris mais Fillon l'a senti !
Il a vite effectué machine arrière en admettant qu'il « ne veut pas que les maires soient les arbitres de la concurrence », selon son entourage. « Que le maire ait plus de pouvoir sur l'urbanisme, sur l'organisation, d'accord, mais ce n'est pas à lui de dire s'il y a assez de surfaces commerciales dans tel ou tel secteur », ajoute-t-on chez les proches du « premier collaborateur » du Président.
En fait tout le monde admet que cette loi a été voulue et prônée par Michel-Edouard Leclerc qui est devenu le penseur de l'Elysée en matière de pouvoir d'achat. Oui, il a eu une très forte influence. Il a une faculté de persuasion assez forte. Sur l'histoire des 1000 m2 ce n'est pas tellement Leclerc. Il a surtout influencé sur la négociabilité, pour donner plus d'aisance aux centrales d'achat pour négocier plus facilement les prix. "Ça fait 5 ans que je travaille sur ce dossier, et j'ai vu que ça négocie déjà très dur entre la grande distribution et les fournisseurs. Le risque est qu'ils vont souffrir plus. Certain vont même couler. Mais j'ai fait passer un amendement qui va dans un sens de protection. Le distributeur sera obligé de justifier lorsqu'il demande au fournisseur de baisser ses prix. Si on avait écouté Leclerc, il n'y avait rien du tout.  Leclerc n'a pas toujours raison sauf à croire qu'il est un défenseur du consommateur. Sarkozy a un peu trop tendance, parait-il, à écouter ses arguments. Il ne dit pas que des choses vraies, il a sa façon de mentir avec élégance » explique Michel Raison député Ump spécialisé sur ce sujet. Il examine le contexte avec lucidité car il sait fort bien que les idées fondatrices de la LME ne peuvent se traduire dans les faits qu'avec le soutien très appuyé des grandes enseignes de distribution. On annonce donc en France, plus de 915.000 m2 de centres commerciaux créés d'ici 2009 même si le dynamisme du marché dépendra aussi du contexte économique général.
FOURNISSEURS EN DANGER
La LME prévoit aussi que les grandes surfaces pourront négocier librement leurs tarifs avec leurs fournisseurs. Avant de soutenir la loi, ces derniers ont plaidé devant le chef de l'Etat pour obtenir des garanties. C'est, dans les faits, un texte rédigé pour la grande distribution, car des distributeurs comme Leclerc attendent avec impatience la loi pour payer leurs produits moins chers. Ce système de libre négociation entre distributeurs et fournisseurs - dit de négociabilité - mettra fin à la pratique des fameuses « marges arrières », réformées régulièrement depuis 2004. La CGPME (Confédération générale du patronat des petites et moyennes entreprises) et la FNSEA (Fédération nationale des syndicats d'exploitants agricoles), les représentants de l'agroalimentaire, des grossistes s'inquiètent de la «suppression de milliers d'emplois» et «l'asphyxie des PME».
7.500 professionnels ont signé une pétition qu'ils ont remise aux députés. En effet il va y avoir des « morts » sur le carrelage car il faudra tenir compte de la flambée du prix des matières premières qui vont réduire déjà considérablement la rentabilité des productions. Les fournisseurs vont se retrouver avec la pression de la base qui va réclamer son dû et la pression des centrales d'achat qui vont tenter des les étrangler. Il leur faudra forcément chercher un peu d'oxygène...qu'ils trouveront nécessairement sur la masse salariale qu'il faudra partout et tout le temps rogner pour dégager au moins des profits équivalents.
C'est en cela qu'il faudrait se méfier absolument de la notion de « concurrence » en tant que consommateur puisqu'en fait, plus nous achetons bon marché et plus nous sommes responsables des licenciements, des délocalisations, des mouvements de révolte dans les pays producteurs... Cette loi va renforcer cette réalité qui a fait oublier au consommateur qu'il était aussi un citoyen. Michel Edouard Leclerc aurait dû expliquer cette donne à un Président qui joue son avenir sur cette LME qui, dans les faits, ne pourra faire effet que dans plusieurs mois voire plusieurs années.
LE MAIRE EN DANGER
En fait Michel Sapin, ancien ministre socialiste de l'Economie, a résumé parfaitement le contexte que va créer cette LME : « Le maire sera confronté à un arbitrage difficile entre l'intérêt du consommateur et l'intérêt de sa commune", analyse-t-il. Il existe en France un oligopole, ce sont les grands groupes de distribution. Quand vous leur donnez plus de pouvoir, vous les renforcez. Et c'est au détriment des consommateurs et des producteurs de taille moyenne .Cette analyse est beaucoup plus lucide que celle qui voit les prix baisser de 1,3 %... en 2010 ! La chasse aux terrains disponibles va en effet battre son plein. Les maires vont voir débarquer les dénicheurs d'espaces d'implantation pour 300 m² de surface de vente qui, selon l'impact constaté, deviendront ensuite des 1 000 m² ou plus. Le seuil de 300 m² pour les nouvelles implantations sera donc relevé à 1.000 m2 mais en parallèle les pouvoirs du maire de la commune d'implantation seront renforcés via trois amendements selon un pacte conclu entre gouvernement et députés Ump.
Un accord de principe donnera aux maires un pouvoir de préemption renforcé (avec quels fonds en dehors de celui des contribuables) et la possibilité de saisir l'autorité de concurrence créée par la LME.
 Enfin, dans les communes de moins de 15 000 habitants, les édiles pourront saisir la Commission départementale d'aménagement commercial (CDAC) sur les projets de plus de 300 m² s'ils estiment ne pas avoir les éléments nécessaires pour juger. Il y a fort à parier que rien ne sera changé car tous iront devant cette instance pour se « couvrir » vis à vis des commerçants de proximité. Au cours des 15 dernières années les seuls moments difficiles vécus dans la vie locale auront été les conséquences de prises de position en ex- Commission Départementale d'Equipement Commercial.
D'abord avec une forte contestation venant des acteurs économiques du centre ville. Ensuite à la suite de toutes les tentatives du maire de bordeaux hostiles à la structuration commerciale d'une ville en expansion de la seconde couronne urbaine. Enfin de la part des enseignes différentes de demanderesses ce fut en permanence le travail souterrain hostile. Le milieu est impitoyable et l'élu local aura toutes les peines du monde à résister à ce contexte difficile surtout que les enjeux financiers seront considérables. La modernisation a bien des égards a des allures de retour en arrière.
Mais je déblogue...
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P
Un propriétaire de centre Leclerc m'avouait récemment qu'il ne trouvait plus de marge, car coincé entre les fournisseurs, jusque là (un peu) protégés, et les clients.Voilà pourquoi Mr Leclerc se démène pour faire assouplir les lois sur la concurrence. Mais son prétexte du pouvoir d'achat  ne trompe que ce pauvre benet de Sarkozy et il se fait de la pub à bon compte.Tout économiste un tant soit peu au fait de pratiques de la GD sait que la baisse des prix ne fera jamais augmenter le pouvoir d'achat car ce sont les fournisseurs qui vont payer....et comme nous sommes tous directement ou indirectement des fournisseurs.......
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A
On peut se demander si la loi de Modernisation de l'Economie a quelque chance d'aboutir à favoriser la concurrence,  à faire baisser le prix des produits et à améliorer le pouvoir d'achat des français... Quand on sait que l'"inspirateur" de Nicolas Sazrkozy, pour ce qui est de rendre plus facile l'implantation de grandes ou moyennes surfaces un peu partout en France, est Charles Edouard Leclerc qui, sous des apparences de défenseur des gens modestes songe surtout à la rentabilité de ses magasins (il suffit pour s'en persuader d'écouter la description que font ses salariés de 'l'esprit social" de leur patron...), quand on sait que les grands groupes qui vont s'implanter dans les communes suburbaines sont entre les mains de quelques grosses fortunes, qui ne tarderont pas à s'entendre sur le dos à la fois de leurs fournisseurs et de leur clientèle, ...on peut avoir quelques doutes !Il est certain qu'il ne sera pas facile de maintenir des commerces de proximité, et les commerçants qui se sont installés dans des communes qui s'efforçaient de maintenir un équilibre fragile et leur promettaient de les préserver de l'implantation d'une grande surface vont se sentir floués....Au surplus, certains maires auront bien du mal à ne pas se laisser séduire par la manne que représente la taxe professionnelle procurée par l'implantation d'une grande surface....Et bien sûr, l'implantation sur une commune dont le maire aura cédé aux sirènes de l'amélioration de ses finances communales... portera ses conséquences dommageables non seulement sur le petit commerce de sa commune, mais aussi sur celui de toutes les communes environnantes. Les conséquences réelles de la multiplication de ces grandes surfaces est difficilement mesurable.Et les consommateurs y gagneront -ils vraiment, au bout du compte?... pour quelques euros de moins sur les produits achetés, ils devront faire un déplacement souvent de plusieurs kilomètres, qui, compte tenu de l'évolution prévisible du prix des carburants viendra s'ajouter au coût de leurs achats. Et puis, ils y perdront la convivialité, la rencontre, la chaleur, l'échange avec le commerçant, les conseils, parfois, toutes ces choses qui rendent plus agréable la vie en société . Ils n'auront plus pour interlocuteurs que des rayonnages anonymes, et des caissières stressées par la pression d'une foule de clients pressés et râleurs... Et encore, tant qu'il y aura des caissières, ils auront en face d'eux un visage humain... mais on nous promet que cela ne durera pas et qu'elles seront remplacées par des machines !Et bien sûr cette Loi de Modernisation de l'Economie prévoit que l'essentiel des décisions incombera aux Maires... de telle manière que la somme des mécontentements retombera sur le malheureux élu qui devra  subir les récriminations tout à la fois de ceux qui ne veulent pas de ces implantations -commerçants et artisans de proximité, sans doute- et de ceux qui les souhaitent, et reprocheront au maire de ne pas les avoir autorisées....Pauvre Maire, le voilà avec une responsabilité qui s'ajoute à toutes celles dont l'Etat s'est déjà déchargé sur lui depuis quelque temps.A une députée (socialiste, bien sûr) qui osait, cet après-midi, au cours de la séance des questions au gouvernement, s'insurger contre tous ces transferts de charges vers le commectivités locales, sans compensation, ou avec des compensations qui viennent trop tardivement, Mme Alliot-Marie, Ministre de l'Intérieur, a répondu assez violemment que toutes ces protestatins des Maires étaient sans fondement, les participations de l'Etat étant reversées aux communes au franc près.....J'ai imaginé quelle aurait été la réaction  du Maire de Créon s'il avait pu entendre ces propos !!! Et le plaisir (?) qu'il aurait eu à voir la tête du dénommé Karoutchi, assis en face d'elle, auprès du Premie Ministre, opinant vigoureusement du chef pour approuver les propos de la dame... Quel spectacle affligeant... Tous ceux qui en ont le temps devraient assister, sur la 3 le mardi et le mercredi, à ces séances retransmises depuis l'assemblée Nationale. Ils pourraient constater avec quelle désinvolture, voire avec quel mépris sont traités les élus du peuple, par les membres de ce gouvernement.
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