L'économie aurait donc besoin d'être modernisée pour être plus efficace et renforcer le pouvoir d'achat des consommateurs. Drôle de démarche que celle qui consiste à expliquer que des libéraux veulent encore et toujours réguler la loi du marché en lui ouvrant les grands espaces de la concurrence. En fait c'est reconnaître que jusqu'à cette loi la fameuse concurrence qui doit tout réguler pour diminuer les profits effectués par la grande distribution ne sont pas soumis à cette règle fondamentale du système libéral.
Les députés se sont donc attaqués au texte sur la modernisation de l'économie (LME), qui veut relancer la croissance par la baisse des prix, et risque de créer des tensions entre l'exécutif et sa majorité UMP, toujours à la recherche d'un compromis sur les grandes surfaces. Un de plus car les pommes de discorde sont en solde actuellement dans la majorité présidentielle. Impossible de trouver un sujet sur lequel il n'y a pas de risque de la voir se briser au détour d'un amendement.
Après avoir concédé que « les caisses sont vides », Nicolas Sarkozy, convaincu par Edouard-Michel Leclerc, compte sur cette loi pour améliorer le pouvoir d'achat par la concurrence et la baisse des prix. « Je pense que ce n'est pas foutu! », aurait-il lancé avec l'espoir que dans deux ou trois ans il aura tellement laissé s'implanter de discounts en France qu'ils dicteront leur loi aux autres grandes enseignes réduites à la portion congrue.
Le secrétaire d'Etat à la consommation Luc Chatel a estimé que la LME peut faire baisser l'inflation de 1,6 point sur trois ans. En présentant le projet de loi en avril, c'est le Premier ministre qui tablait sur « 0,3% de croissance supplémentaire chaque année et 50.000 emplois par an » grâce à la LME. Ce serait la panacée aux maux actuels sur les denrées alimentaires de base ou sur les produits de première nécessité. « Je suis incapable de vérifier la pertinence de ce calcul », a avoué le député UMP qui va défendre le texte à l'Assemblée, Jean-Paul Charié. Une tâche difficile tellement le poids des lobbies écrase le débat. Ils sont tous là dans les couloirs de l'assemblée pour tenter de décrocher des amendements encore plus favorables ou surtout défavorables. Les permanences parlementaires ont reçu des fax. Quelques ténors ont été approchés pour les convaincre de les conduire à créer des groupes organisés pour défendre le fond de commerce de l'Ump : le « petits » commerçants et le « petit » artisan !
LE BATON DE MARECHAL DE LECLERC
Avant la discussion générale qui s'est ouverte, le Premier ministre a négocié tout le week-end avec les députés UMP opposés à l'un points-clés de la LME, l'assouplissement des conditions d'installation des grandes surfaces dans les villes au nom de la concurrence voulue par le gouvernement. Une catastrophe pour la grande majorité des « ruraux » ou des représentants de « petites » villes centres. En fait c'est surtout un nouveau transfert des responsabilités de l'Etat vers des élus locaux qui récoltent tout ce que ce dernier ne veut plus (ou ne peut plus) assumer. Le service minimum dans les écoles publiques d'Etat, la confection des pièces attestant de la nationalité (Cartes nationales d'identité, passeports biométriques...) et maintenant l'urbanisme commercial ! La grogne est remontée de tous els cotés car les maires attachés au libéralisme économique le sont jusqu'à un certain point, celui de rupture avec leur électorat habituel un tant soit peu poujadiste. Sarkozy ne l'a pas encore compris mais Fillon l'a senti !
Il a vite effectué machine arrière en admettant qu'il « ne veut pas que les maires soient les arbitres de la concurrence », selon son entourage. « Que le maire ait plus de pouvoir sur l'urbanisme, sur l'organisation, d'accord, mais ce n'est pas à lui de dire s'il y a assez de surfaces commerciales dans tel ou tel secteur », ajoute-t-on chez les proches du « premier collaborateur » du Président.
En fait tout le monde admet que cette loi a été voulue et prônée par Michel-Edouard Leclerc qui est devenu le penseur de l'Elysée en matière de pouvoir d'achat. Oui, il a eu une très forte influence. Il a une faculté de persuasion assez forte. Sur l'histoire des 1000 m2 ce n'est pas tellement Leclerc. Il a surtout influencé sur la négociabilité, pour donner plus d'aisance aux centrales d'achat pour négocier plus facilement les prix. "Ça fait 5 ans que je travaille sur ce dossier, et j'ai vu que ça négocie déjà très dur entre la grande distribution et les fournisseurs. Le risque est qu'ils vont souffrir plus. Certain vont même couler. Mais j'ai fait passer un amendement qui va dans un sens de protection. Le distributeur sera obligé de justifier lorsqu'il demande au fournisseur de baisser ses prix. Si on avait écouté Leclerc, il n'y avait rien du tout. Leclerc n'a pas toujours raison sauf à croire qu'il est un défenseur du consommateur. Sarkozy a un peu trop tendance, parait-il, à écouter ses arguments. Il ne dit pas que des choses vraies, il a sa façon de mentir avec élégance » explique Michel Raison député Ump spécialisé sur ce sujet. Il examine le contexte avec lucidité car il sait fort bien que les idées fondatrices de la LME ne peuvent se traduire dans les faits qu'avec le soutien très appuyé des grandes enseignes de distribution. On annonce donc en France, plus de 915.000 m2 de centres commerciaux créés d'ici 2009 même si le dynamisme du marché dépendra aussi du contexte économique général.
FOURNISSEURS EN DANGER
La LME prévoit aussi que les grandes surfaces pourront négocier librement leurs tarifs avec leurs fournisseurs. Avant de soutenir la loi, ces derniers ont plaidé devant le chef de l'Etat pour obtenir des garanties. C'est, dans les faits, un texte rédigé pour la grande distribution, car des distributeurs comme Leclerc attendent avec impatience la loi pour payer leurs produits moins chers. Ce système de libre négociation entre distributeurs et fournisseurs - dit de négociabilité - mettra fin à la pratique des fameuses « marges arrières », réformées régulièrement depuis 2004. La CGPME (Confédération générale du patronat des petites et moyennes entreprises) et la FNSEA (Fédération nationale des syndicats d'exploitants agricoles), les représentants de l'agroalimentaire, des grossistes s'inquiètent de la «suppression de milliers d'emplois» et «l'asphyxie des PME».
7.500 professionnels ont signé une pétition qu'ils ont remise aux députés. En effet il va y avoir des « morts » sur le carrelage car il faudra tenir compte de la flambée du prix des matières premières qui vont réduire déjà considérablement la rentabilité des productions. Les fournisseurs vont se retrouver avec la pression de la base qui va réclamer son dû et la pression des centrales d'achat qui vont tenter des les étrangler. Il leur faudra forcément chercher un peu d'oxygène...qu'ils trouveront nécessairement sur la masse salariale qu'il faudra partout et tout le temps rogner pour dégager au moins des profits équivalents.
C'est en cela qu'il faudrait se méfier absolument de la notion de « concurrence » en tant que consommateur puisqu'en fait, plus nous achetons bon marché et plus nous sommes responsables des licenciements, des délocalisations, des mouvements de révolte dans les pays producteurs... Cette loi va renforcer cette réalité qui a fait oublier au consommateur qu'il était aussi un citoyen. Michel Edouard Leclerc aurait dû expliquer cette donne à un Président qui joue son avenir sur cette LME qui, dans les faits, ne pourra faire effet que dans plusieurs mois voire plusieurs années.
LE MAIRE EN DANGER
En fait Michel Sapin, ancien ministre socialiste de l'Economie, a résumé parfaitement le contexte que va créer cette LME : « Le maire sera confronté à un arbitrage difficile entre l'intérêt du consommateur et l'intérêt de sa commune", analyse-t-il. Il existe en France un oligopole, ce sont les grands groupes de distribution. Quand vous leur donnez plus de pouvoir, vous les renforcez. Et c'est au détriment des consommateurs et des producteurs de taille moyenne .Cette analyse est beaucoup plus lucide que celle qui voit les prix baisser de 1,3 %... en 2010 ! La chasse aux terrains disponibles va en effet battre son plein. Les maires vont voir débarquer les dénicheurs d'espaces d'implantation pour 300 m² de surface de vente qui, selon l'impact constaté, deviendront ensuite des 1 000 m² ou plus. Le seuil de 300 m² pour les nouvelles implantations sera donc relevé à 1.000 m2 mais en parallèle les pouvoirs du maire de la commune d'implantation seront renforcés via trois amendements selon un pacte conclu entre gouvernement et députés Ump.
Un accord de principe donnera aux maires un pouvoir de préemption renforcé (avec quels fonds en dehors de celui des contribuables) et la possibilité de saisir l'autorité de concurrence créée par la LME.
Enfin, dans les communes de moins de 15 000 habitants, les édiles pourront saisir la Commission départementale d'aménagement commercial (CDAC) sur les projets de plus de 300 m² s'ils estiment ne pas avoir les éléments nécessaires pour juger. Il y a fort à parier que rien ne sera changé car tous iront devant cette instance pour se « couvrir » vis à vis des commerçants de proximité. Au cours des 15 dernières années les seuls moments difficiles vécus dans la vie locale auront été les conséquences de prises de position en ex- Commission Départementale d'Equipement Commercial.
D'abord avec une forte contestation venant des acteurs économiques du centre ville. Ensuite à la suite de toutes les tentatives du maire de bordeaux hostiles à la structuration commerciale d'une ville en expansion de la seconde couronne urbaine. Enfin de la part des enseignes différentes de demanderesses ce fut en permanence le travail souterrain hostile. Le milieu est impitoyable et l'élu local aura toutes les peines du monde à résister à ce contexte difficile surtout que les enjeux financiers seront considérables. La modernisation a bien des égards a des allures de retour en arrière.
Mais je déblogue...