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L'AUTRE QUOTIDIEN de Jean-Marie DARMIAN, ancien journaliste, maire et conseiller général de Créon (33). La politique et la vie sociale sans langue de bois...au quotidien et contre l'opinion dominante

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VIRTUEL ET REEL

Les relations entre la Gendarmerie nationale et les Maires sont devenues, depuis quelques années, beaucoup plus étroites qu’elles ne l’étaient dans les années 80. On n’est pas encore revenu au bon vieux temps, où les « pandores » passaient à vélo à la Mairie de Sadirac pour discuter,avec mes parents, de tout et de rien, autour d’un café (pour les plus sages), d’un verre extrait d’une chopine (pour ceux qui sont attachés au terroir), d’un « jaune » anisé complété à l’eau fraîche du puits (pour les plus urbains). Ils appliquaient alors la fameuse technique du « poisson dans l’eau » permettant, en immersion dans une population éclatée, de connaître tout ce qui, un jour, serait utile à une enquête. Quelques poules volées, quelques querelles de voisinage, quelques arsouilles à calmer, et de temps à autre un événement réellement extra… ordinaire dont on parlait, ensuite, durant des années, faisaient le quotidien de la brigade. Le Maire et les gendarmes représentaient l’autorité, et leurs décisions ne se discutaient guère.
Désormais ils passent moins souvent par le bureau de celui qui est Officier de Police Judiciaire sur sa commune en cas de défaillance des services de l’Etat. En revanche, ils rendent compte régulièrement de leurs activités à travers des graphiques de la délinquance de plus en plus pointus. Selon le Ministre de tutelle ils affinent leurs calculs et recherchent, eux aussi, la performance, pour démontrer l’efficacité de la politique gouvernementale. Leur taux de résolution d’affaires leur vaut des félicitations ou des remontrances, et les rencontres avec les élus locaux tournent autour de ce fameux sentiment d’insécurité porté par la rumeur ou les médias. Ils savent, eux, que la situation n’est en rien angoissante et que, par exemple, sur le Créonnais, les faits délictueux ne cessent de baisser, sans pour autant faire taire les interprétations de tel ou tel incident, généralement dû à une poignée d’irréductibles de l’incivilité défouloir. Toutes les réalités deviennent virtuelles. La preuve !

UNE MUTATION PREOCCUPANTE


Ce matin, le Chef de brigade est venu courtoisement dialoguer sur la situation en Créonnais. Il en a profité pour me conter une aventure intervenue dans la nuit de mercredi dernier sur son territoire d’intervention. Et son récit a de quoi inquiéter mille fois plus que toutes les autres bêtises du quotidien. Elle illustre, en effet, une mutation préoccupante de certains jeunes vis à vis de l’ordre établi. En voici un récit aussi précis que possible.
Lors d’une patrouille, un duo de gendarmes remarque un véhicule dont les plaques d’immatriculation sont visiblement mal posées. Le conducteur, à leur vue, se montre bizarre, nerveux. Ils décident de le contrôler. L’automobiliste accélère et s’enfuit, peu désireux "d’obtempérer" selon la formule consacrée. Une course poursuite animée s’engage vers Sadirac. Le fuyard finit par emprunter juste avant la Mairie, sur la droite, un chemin communal discret dans lequel il s’engouffre suivi par le fourgon des gendarmes. Comme ils connaissent les lieux, les gendarmes savent qu’il est entré dans en cul de sac… Le duo stoppe donc son véhicule, et avance prudemment à pied vers le fond de la route.
Brutalement, l’automobiliste arrêté, toutes lumières éteintes, accélère dans un crissement de pneus pour foncer sur les gendarmes, et tenter de les écraser. Ils s’écartent, sortent leurs armes, et tirent sur le fuyard sans le toucher. Ils croient tous deux que, pour en être arrivé à pareille extrémité, leur agresseur a beaucoup à se reprocher. Alerte générale… On identifie le véhicule et, surprise des surprises, le propriétaire habite à moins de 300 mètres de là.
Les forces nécessaires à son arrestation sont mobilisées, et l’on a recours au fameux hélicoptère utilisé dans la « guerre des banlieues ». De son projecteur ultra puissant, il éclaire une paisible demeure du lieu-dit Le Casse au nom prédestiné (je garde souvenir d’un meurtre dans ce hameau sadiracais). Les gilets pare-balles sont revêtus, les armes sorties, et l'encerclement de l’habitation mis en place. Le fuyard s'est réfugié chez lui. Il faut parlementer. Sauf que, de temps en temps, il a un comportement bizarre : il ouvre les fenêtres et avec un caméscope, il filme tout ce qui bouge : les gendarmes en position, l’hélicoptère au-dessus de lui, et tous les mouvements de ses assaillants. Il a également un fusil dans l’autre main. Après un face à face tendu, l’homme en question finit par se rendre non sans avoir tiré des coups de feu dans son habitation.


AUCUNE FAUTE PARTICULIERE

Bien évidemment placé en garde à vue, il fait l’objet d’un interrogatoire serré. On épluche ses « papiers ». Surprise : aucune faute ! Tous les papiers sont parfaitement en règle. Le véhicule est assuré, vérifié. Il possède son permis. Il n’a commis aucune faute particulière. Il n’a aucune explication à fournir pour sa fuite, sa tentative d’écrasement, son Fort Chabrol. Il finit cependant par avouer qu’il a fait tout cela par… jeu, pour comparer ses émotions avec ce qu’il regarde sans cesse à la télé, dans les séries policières !
La course poursuite, le démarrage en trombe, les coups de feu essuyés, il les a vécus « en vrai » ! Il était dans un scénario type des séries télé. D’ailleurs s’il a filmé le siège de son habitation, c’est probablement pour garder un témoignage de son action. Peut-être espérait-il vendre les images à une émission de TF1 à sensation ? Peut-être voulait-il se projeter sur son écran le fruit de ce qu’il considérait comme un "exploit » ? Peut-être s’est-il pris pour l’un de ces personnages américains, que la télé réalité montre et remontre ? Présenté au parquet, il a, rapidement, été remis en liberté dans l'attente une expertise psychiatrique.

Le seul problème, c’est que le scénario de cette soirée polar relève presque du roman rose, alors qu’il aurait pu virer au cauchemar. Que serait-il arrivé si un gendarme avait été accroché par la voiture folle ? Que se serait-il médiatiquement passé si une balle avait atteint le fuyard ? Qui aurait fait l’ouverture des journaux télévisés de 20 heures ? La mort a été présente en permanence, et les gendarmes ont risqué leur vie dans un jeu de rôles imprévu. On a frolé la catastrophe.

ILS S’ETONNENT QU’ILS NE SE REVEILLENT PAS

Son père a confirmé le goût immodéré de son fils pour les films et les jeux vidéos violents.  Or il est désormais prouvé qu’à forte dose, ou sur des personnalités fragiles, ces « créations »  conduisent à des comportements déraisonnés. Le passage à l’acte suppose que deux conditions soient réunies : que le joueur ait des pulsions agressives, et qu’il ait une personnalité narcissique, sans quoi, il s’identifierait à la victime. Il n’est pas indifférent, à cet égard, que les héros de ces jeux soient tous beaux, forts et virils.
A forte dose également, une image violente ou perverse crée des traumatismes : le joueur n’a pas le temps de « l’élaborer », (c’est à dire de la situer dans son psychisme, de la relativiser). Il développe alors une tendance répétitive à faire activement ce qu’il a subi passivement.
Le témoignage du président du Tribunal pour enfants de Bobigny (93) est sans ambiguïté : "Un certain nombre de jeunes sont dans un monde irréel : ils enfoncent un couteau dans le cœur de quelqu'un pour lui prendre sa montre et ils s'étonnent qu'il ne se réveille pas". Dans tout ce qu’ils voient, la mort est en effet virtuelle. Ainsi, un enfant peut avoir tué, en une année, plus de personnes virtuelles qu’il n'y a eu de morts, il y a 90 ans, à Verdun !

D’après une recherche américaine, un enfant, à l’âge de cinq ans, passe environ deux heures et demie devant la télévision, pendant qu’un adolescent y passe quatre heures par jour ! Vers la fin de l’adolescence, le temps consacré à regarder la télévision se stabilise à deux ou trois heures par jour. En revanche, les résultats d’une autre recherche démontrent que l’adolescent américain normal de 16 ans aura déjà vu environ 20 000 homicides !
Le nôtre n’a rien fait d’autre, à 19 ans, que de transformer ce virtuel en sa réalité. Au péril de sa vie, et de celle des autres. Quelle importance ?

Mais je déblogue…

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E
Il va falloir être plus ambitieux dans l'éducation de nos enfants !
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