Maintes et maintes fois dans ces chroniques j'ai tenté de prouver que notre monde courait à sa perte en laissant « économique » l'emporter dans tous les domaines sur le « politique ». La seule justification du libéralisme repose sur cette conception de la vie sociale qui permet aux détenteurs de la richesse d'imposer leur vision de ce que plus personne n'oserait appeler un monde meilleur. Le suffrage dit universel ne peut pas résister à ce pouvoir qui possède des centaines de solutions pour imposer aux citoyens sa loi. Il n'y a même plus une seule minute sans que nous soyons otages, plus ou moins consentants, de ce réseau parfaitement organisé et solidaire qui arrive désormais inexorablement à ses fins. La droite, dans tous les pays du monde, n'est plus que la partie apparente d'un iceberg colossal. Elle devient une sorte de courroie de transmission de puissances infiniment plus fortes que les partis politiques ayant parfois gangrené une gauche compatissante.
Les exemples quotidiens ne manquent pas : pas une seule mesure, loi, décret, circulaire n'a pas, comme vocation première, de favoriser cette fameuse croissance sans laquelle le profit n'est pas possible pour des mastodontes ayant une assise financière supérieure à celle que des Etats disposent pour des millions de leurs ressortissants. Un exemple ? Inutile de fouiller dans la crise pétrolière car ce serait trop facile. Il suffit de restituer la lutte des pots de terre européens contre les pots de fer des immenses groupes financiers. Ce sont eux qui font et défont les normes, les règlements sociaux, les positions bancaires, les cours des matières premières. Ils assassinent les prises de position politiques les plus sûres. Ils sapent les efforts liés à l'intérêt général pour ne privilégier que leur intérêt particulier. Aucune considération pour l'Homme et son sort mais seulement le souci constant de refuser tout ce qui peut altérer les résultats des multinationales.
Si l'on se réfère au débat européen sur les OGM on a une idée exacte du siège du pouvoir. Inutile de parler du débat franco-français qui a vu les céréaliers de la seule FNSEA faire reculer un gouvernement peu désireux de se brouiller avec cette énorme puissance... économique. Il a suffi qu'ils activent leurs réseaux et on a vite trahi le Grenelle qui avait été pourtant présenté comme une victoire du... politique ! A l'échelle de l'Union européenne l'adversaire a d'autres moyens et sait qu'il obtiendra d'une manière ou d'une autre satisfaction car les mêmes causes produisent les mêmes effets.
Le président du groupe alimentaire suisse Nestlé, Peter Brabeck, a en effet appelé l'UE à assouplir ses règles sur les organismes génétiquement modifiés (OGM), pour faire face à la montée de prix des matières premières agricoles, dans un entretien paru hier dans la presse. Il suffit de s'adresser aux supports médiatiques grassement entretenus par la manne publicitaire de Nestlé pour obtenir un écho mondial à ses affirmations. Le PDG de Nestlé a mille fois plus de pouvoir que le président français obligé d'avoir recours à la Pub pour défendre sa politique, c'est à dire d'appeler à la rescousse la plus perverse de techniques commerciales pour sauver son image .
LE PATRON C'EST MOI !
Le sieur Peter Brabeck est donc passé à l'offensive : « On ne peut pas nourrir la planète sans les organismes génétiquement modifiés », a donc estimé Peter Brabeck, dans un entretien au quotidien britannique Financial Times (tiens donc !). « Nous avons les moyens de faire une agriculture viable à long terme », a-t-il ajouté, regrettant le manque d'engagement politique en faveur des OGM. L'opposition de l'UE aux OGM a notamment favorisé le rejet de cette technologie en Afrique, a estimé le président du géant alimentaire helvétique et il le regrette car il ne maîtrise plus le prix des matières premières comme il pourrait le faire va Monsanto et ses semences.
« L'Union européenne a fait usage de pression politique pour empêcher certains pays d'utiliser des organismes génétiquement modifiés », a-t-il poursuivi, ajoutant que cette démarche « n'était pas forcément positive pour l'agriculture de ces pays ni pour leurs stocks ». Il a oublie « ni profitable pour nos actionnaires ! »
Les OGM sont donc pour lui « une des technologies les plus sûres que nous ayons jamais vues, bien plus sûres que (les produits) biologiques ou écologiques à la mode en Europe, a poursuivi Peter Brabeck. Il sait fort bien que tout son système de production ne peut pas lutter contre ce secteur non industrialisé par principes de cette production.
Rappelons que le maïs MON810, conçu par le groupe agrochimique américain Monsanto, est la seule culture OGM présente dans l'UE, essentiellement en Espagne. Il représente moins de 1% des surfaces de maïs cultivées en France (22.000 hectares l'an dernier) et c'est véritablement un scandale pour l'approvisionnement de Nestlé qui a fermé des dizaines et dizaines d'unités de production de ses nombreuses marques alimentaires sans soulever des tempêtes sociales gigantesques. Ces déclarations révèlent le lieu du pouvoir réel et transforment en guignols les opposants aux OGM. Il faudrait les commenter dans tous les espaces de débat démocratique car ils posent la problématique des véritables ravages de la loi du marché non contrôlée par le politique.
TAPER DANS LES DEPENSES
Plus aucun secteur échappe à cette règle d'une gestion comptable de l'avenir de l'humanité. La France est même devenu une territoire expérimental de cette marchandisation outrancière des faits de société. On n'y vend plus des promesses de progrès ou de solidarité mais on décline les principes de la rentabilité et de l'individualisme. Morceau après morceau on dépèce la République égalitaire libre, égalitaire et fraternelle.
L'obsession permanente du gouvernement est simple : diminuer toujours davantage les dépenses liés aux « avantages » accordées aux plus faibles sans se préoccuper des opportunités d'amélioration des recettes prises aux plus riches. Hier encore on en a eu la preuve manifeste. Pour l'association de lutte contre le sida Act Up-Paris, c'est une « véritable déclaration de guerre ». Pour d'autres associations de malades, des membres du gouvernement et des syndicats hospitaliers, c'est une volée de réactions très vives qui ont suivi les propos de Frédéric Van Roekeghem.
Le directeur de la caisse nationale d'assurance maladie (Cnam) a en effet suggéré, probablement emporté par son besoin d'être agréable au maître de l'Elysée pour sauver son poste dans un fauteuil doré, de baisser de 100% à 35% le remboursement par la sécurité sociale des médicaments « à vignette bleue », dits « de confort », pour les malades atteints d'une affectation longue (diabète, cancer ou VIH), le reste étant « transféré aux organismes complémentaires » (mutuelles ou assurances privées)... sans bien entendu leur consentement ou même sans concertation.
BIEN FAIT POUR EUX !
Pour la CMH (syndicat de médecins, biologistes et pharmaciens des hôpitaux publics), « les déclarations du directeur de l'assurance maladie sonnent soit comme un tocsin, soit comme une provocation ». Le syndicat a rappelé « qu'en France, 7,4 millions d'assurés sociaux sont atteints d'une ALD. Parmi eux, 1,4 million sont atteints de cancers, 1,3 million de diabète et 845.000 d'hypertension sévère ». Le syndicat précise que d'ici 2015, ils seront 12 millions. Bien évidemment plutôt que d'investir pour en déterminer les causes (pollution, intoxication au travail, nourriture de mauvaise qualité...) liés aux multinationales et à leurs systèmes de productions diverses on va taper sur les effets.
Pour le collectif d'usagers de la santé CISS, « cette proposition est inacceptable car être malade n'est pas un choix. Payer les franchises, c'est déjà une double peine; ne plus être remboursé à 100% c'est une triple peine infligée aux malades ». la réduction du déficit de la sécurité sociale n'est pas comme le prétend la Droite une fatalité grave pour l'économie nationale : il suffirait que cessent les exonérations et les impayés ; que les dettes soient réglées par l'Etat et l'équilibre serait immédiatement au rendez-vous. Assurés sociaux rassurez vous : les laboratoires pharmaceutiques veillent sur vous et ils vont défendre leurs malades tirelires ! C'est là tout le paradoxe du système : les industriels luttent pour garder leurs « consommateurs » alors que les citoyens renoncent à combattre leurs exploiteurs ! Ils vont y aller de leurs pages de pub achetés dans des journaux ravis de les voir arriver.
Les pauvres gens frappés par une longue maladie disparaîtront usés par leur maux au prétexte que les effets secondaires sont leur affaire personnelle et que s'ils ont la migraine ou s'il ont la nausée après une chimio c'est un peu de leur faute : ils n'avaient pas à croire que le nuage de Tchernobyl s'était arrêté aux frontières ou que les produits Nestlé avec Ogm sont profitables à leur santé. Et dans le fond si les politiques ne peuvent rien y faire autant laisser le loi du marché anéantir celles et ceux qui ne peuvent plus en supporter les bienfaits !
Mais je déblogue...