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L'AUTRE QUOTIDIEN de Jean-Marie DARMIAN, ancien journaliste, maire et conseiller général de Créon (33). La politique et la vie sociale sans langue de bois...au quotidien et contre l'opinion dominante

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DANS LE RETRO

CHRONIQUE PUBLIEE LE 7 FEVRIER 2006, SOUS LE TITRE "JEUX SANS PAIN"

3000 ans de son salaire habituel ! En quelques secondes, il a oublié son statut de serveur stressé pour se retrouver, à vie, dans les pantoufles du rentier décontracté. L'un des trois gagnants, dont deux Français, à se partager les 183.573.077 € de la cagnotte de l'Euromillions, est un jeune serveur de 30 ans qui travaille à Evian. Il remporte la somme de 61.191.026 €, une somme dont on ne mesure même pas les limites exactes.

Cette aventure a certainement fait rêver, dans toutes les chaumières, ceux qui attendent avec impatience le jour où la chance va tomber sur eux. Ils espèrent mettre ainsi un terme à tous les malheurs réels ou potentiels qui les frappent, par ce qui relève du coup de baguette magique. Plus le gagnant est issu du Peuple et plus il dope les ventes de tickets ou bulletins en tous genres. Alors, pourvu qu’il se montre ! On sait bien que les sommes misées sont en effet très souvent inversement proportionnelles au niveau du compte en banque de celui qui les joue.

Le problème, c’est que les mathématiques devraient pourtant refroidir l’ardeur des fous du grattage ou du " cochage " de cases. En effet, la chance réelle de toucher le pactole de l’Euromillions, est évaluée à une chance sur… 76 millions (76.275.360 pour être précis) pour le premier rang (5 numéros + 2 étoiles ). Mais, c’est vrai, on peut gagner à partir du douzième rang c'est à dire (2 numéros + 1 étoile ), avec 1 chance sur 38 (en excluant les probabilités de gains des rangs supérieurs), mais vous aurez tout juste de quoi… rejouer la semaine suivante !
Il faut bien convenir que, plus que jamais, la tentation irrationnelle de décrocher la lune, emplit les esprits.

L’ETAT AMASSE LES BENEFICES 
Jamais les Français n' ont autant consacré de leurs revenus à toutes les formes de jeux. Aujourd'hui, le portefeuille de "La Française des Jeux" comporte 25 marques différentes. Les produits en temps réels (tirage) y participent pour 53,5% contre 46,5% pour les produits de grattage; mais on a bien du mal à connaître le volume des sommes collectées d’abord pour le compte de l’Etat. Paradoxe des paradoxes : des contribuables qui hurlent pour quelques € supplémentaires sur leur feuille d’impôts, octroient sans sourciller dix à quinze fois cette somme à Bercy, en allant spontanément chez leur buraliste ou dans une Maison de la presse.

Pendant ce temps, l'Etat amasse en effet les bénéfices. La Française des jeux, détenue à 72% par l'État français, a enregistré en 2005 un chiffre d'affaires de 8,9 milliards d’€ , soit une hausse de 4,3 % par rapport à 2004. Cette hausse ne tient pas du miracle. L'Euromillions, justement, et son gain record en France de 75 millions, empochés par un chômeur de Franconville, est le nouveau cheval de Troie, conçu pour s'insinuer dans la bourse des contribuables. La cagnotte de l'Euromillions, dans laquelle Eric, le serveur d’Evian, a puisé, a été de 125 millions d'€. C’est colossal, mais pourtant, nul besoin d'être devin pour savoir qui a été le grand gagnant.

UNE PLACE CONSIDERABLE DANS L’ECONOMIE
Les jeux occupent actuellement une place considérable dans l'économie. Ainsi, le chiffre d'affaires du jeu (hors machines à sous clandestines) est de 20% supérieur à celui de… la SNCF, et le bénéfice, pour L'État, est supérieur au budget qu’il consacre… à la culture et à la communication. Les jeux de hasard correspondent en gros à 6% du PIB français, et si une machine à sous coûte 7500 € elle en rapporte…dix fois plus sur une seule année.

Les nombres suivants témoignent de cette vogue croissante et discrète : PMU: +12% en 1998, 1.8% en 1999, 6.5% en 2000, +22% entre 2001 et 2003 ; Française des Jeux : plus 5.8% en 1999, 13.3% en 2000 ; casinos: Produit brut (proche du chiffre d'affaires) multiplié par 12 entre 1988 et 2000, avec sept ans consécutifs de croissance à 2 chiffres, croissance due à l'apparition des machines à sous qui réalisent 91% du produit en 2000. Il faut également savoir que le jeu touche une part considérable de la population française avec 62% des français qui jouent au moins une fois dans l'année. 20% des français jouent régulièrement.

Vous comprendrez mieux pourquoi les communes de Bordeaux d’abord, et Gujan-Mestras ensuite, se sont tellement battues pour obtenir sur leur sol un… casino, dont le produit des taxes est largement supérieur à celui de n’importe quelle entreprise de main d’œuvre, car leur prélèvement est de 2 % du Produit Brut des Jeux, dont les machines à sous !

Le secteur connaît actuellement une croissance impressionnante, et le passage d'une société de consommation à une société de loisirs, privilégiant l'émotion par rapport à la possession, a toutes les chances de perpétuer, voire encore accentuer, l'engouement des français pour les jeux. Ils sont accros, et même s’ils sont extrêmement discrets sur leurs pratiques réelles dans ce domaine, ils se laissent tenter par le rêve des millions déferlant sur leur compte en banque !

Souvent, il m’arrive de transformer une cotisation à une association, en tickets du Banco ou du Millionnaire : c’est plus parlant pour les familles qui protestent toujours contre le prix des services jugés exorbitants. La mutation en cartes à gratter relativise une augmentation annuelle de 2 ou 3 € ! Elle parle mieux aux gens.

LES CASINOS VIRTUELS 
Un danger menace pourtant la poule aux œufs d’or. Non pas la grippe aviaire, mais l’intrusion des casinos virtuels sur Internet. Si vous êtes curieux, regardez sur le net en tapant dans votre moteur de recherche deux mots " casino " et " internet " et vous aurez tout bonnement une idée précise de ce qui guette les institutions actuelles : la fuite d’une part de leurs gains, liée à une offre en ligne luxuriante.

En France, l'activité des casinos en ligne est a priori interdite. Pourtant, on ne peut s'empêcher de relever une attitude ambiguë des pouvoirs publics. En effet, l'Etat prélève des recettes importantes sur le produit des jeux, mais cette activité est pourtant perçue comme immorale. Parallèlement, l'Etat, actionnaire majoritaire de la Française des Jeux, mène une politique de développement très active, à tel point qu'un rapport du Sénat (rapport "Trucy") a osé parler d'"Etat croupier". L’inquiétude essentielle de ce brave sénateur Trucy ne reposait pas sur l’immoralité de ce comportement, mais sur le fait que les Cybercasinos échappent au prélèvement de l’Etat. Inadmissible… clame-t-il entre les lignes. Mais, comme l’Europe libérale veille, il ne faut pas s’affoler : l’avenir s’annonce radieux ! En effet, l'interdiction des casinos en ligne pourrait être contraire aux articles 43 et 49 du traité européen. Comme quoi l’Europe " sociale " a du bon.

Elle permet aux gens, des siècles après les Romains, d’espérer dans leur quotidien, du pain et des jeux. Quoique, dans le contexte actuel, il arrive que le jeu prive les plus pauvres… du pain. Ce n’est pas grave : le profit excuse tout !

Mais je déblogue…

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A
Et il faut bien constater, qu'en dépit de la baisse du pouvoir d'achat - et plus vraissemblablement, à cause d'elle - l'engouement  des gens modestes pour les jeux d'argent ne fait que croître et embellir... L'envie de rêver? L'espoir d'une richesse inaccessible par le travail?... Mais attention ! Cette route là est aussi semée d'écueils...Un journaliste rapportait hier qu'un des plus gros gagnants du loto (je crois), qui s'était retrouvé à la tête de plusieurs dizaines de millions d'euros, et les avaient placés en suivant les conseils de sa banque - dont je tairai le nom - avait été victime des aléas du CAC40, et s'était retrouvé ruiné ! Et le comble dans tout cela, c'est que ladite banque lui signifiait un découvert de 600 000 euros, après avoir fait des placements hasardeux auxquels le pauvre homme n'avait rien compris... Faites confiance à votre banquier !!!Si des incidents comme celui-là pouvaient servir de leçon aux joueurs invétérés... qui pensent plus à des gains potentiels, qu'à nourrir leur famille. Mais il ne faut pas que, moi aussi, je rêve.
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