L'AUTRE QUOTIDIEN de Jean-Marie DARMIAN, ancien journaliste, maire et conseiller général de Créon (33). La politique et la vie sociale sans langue de bois...au quotidien et contre l'opinion dominante
Il faut absolument se poser la question de savoir si, dans le fond, la contestation durable n’est pas souhaitée par le gouvernement actuel. En allumant volontairement des foyers dans tous les coins, il espère peut-être tactiquement ressouder son électorat. Les gens de Droite déçus, comme l’ont fait celles et ceux de gauche à l’égard de Yoyo Jospin, pourraient en effet se retourner contre ses serviteurs. Le désenchantement potentiel guette, et donc la meilleure manière de démontrer que l’on fait bien une politique, c’est de susciter de fortes réactions dans le camp adverse.
Les plus âgés s’inquiètent donc désormais de voir les jeunes dans les rues, sécher les cours, lancer quelques pierres, casser des vitrines, piller des magasins. Ils ont pourtant les preuves que Crin Blanc a le courage de tenir son cap vers la droite. Les entrepreneurs lui seront reconnaissants de se sacrifier pour imposer le Contrat Première Embauche. Les "fascistes" silencieux seront rassurés de vérifier que le Roquet de Neuilly attaque la racaille aux mollets. L'ancien petit téléphoniste Breton n’est pas forcément mécontent quand s’élèvent des voix pour protester contre les défiscalisations ou les réductions d’impôts qu’il accorde à ses amis. En définitive, plus la polémique monte, et plus le socle de droite se consolide, s’agrège, se crispe.
Les plus vieux analystes se rappelleront, qu’après mai 68, il ne subsista plus que deux députés socialistes au Sud de la Loire : René Cassagne sur la Rive droite de la Garonne et Pierre Lagorce en Sud Gironde ! Et si le calcul était plus machiavélique qu'on le croit ? D'ailleurs, en voila une preuve.
Le Roquet, avec la complicité de Robien (de), a donc décidé d’ouvrir, subrepticement, un nouveau front. Il leur faut une belle guerre pour rameuter les troupes et se donner l’image des héros. Quelle est, selon vous, celle qui a toujours été la plus rentable pour la Droite ? Quel combat a réalisé les meilleurs scores de mobilisation ? Quel affrontement a cristallisé, depuis un bon quart de siècle, les forces de chaque camp ? La confrontation sur l’école privée… est, nettement, la pus rentable des querelles. Une bonne embuscade, et le tour est joué.
Une circulaire conjointe, Ministère de l’Education nationale - Ministère de l’Intérieur, en date du 2 décembre 2005 (jour historique pour les coups d’Etat), a ainsi pour objet principal de préciser les modalités d’application de l’article 89 de la loi du 13 août 2004 sur les libertés et responsabilités locales. Jusque-là, vous pensez qu’il n’y a pas de quoi fouetter un chat, fût-il laïque.
Or, la première subtilité, c’est qu’il s’agit d’une circulaire, donc d’un texte qui n’a généré aucun débat à l’assemblée nationale et n'a donc aucun retentissement médiatique potentiel.
La seconde, réside dans un petit article de ce texte strictement administratif. En effet, l’article 89 (il faut être patient et s’accrocher pour le trouver si on n’est pas initié), étend aux écoles privées sous contrat d’association, l’obligation de participation financière de toutes les communes de résidence, pour les enfants scolarisés, obligation qui ne concernait jusqu’à présent que… les écoles publiques, et dans des cas très précis.
Ce bout de circulaire va relancer un affrontement oublié, et donner l’occasion aux chantres de la pseudo école… "libre", d'effectuer discrètement des pressions politiques. Les laïques sont demeurés sans voix. Les syndicats enseignants, préoccupés par le CPE, rament pour suivre les élèves et ont oublié de mobiliser. Les élus de gauche (surtout les présidentiables PS) ont mis leur mouchoir sur leurs fragiles convictions, en sachant que le sujet n’était pas porteur. Il est vrai que Ségolène et François ont leur progéniture dans les établissements privés les plus huppés de Neuilly, avec ceux de Sarko.
La bombe a retardement éclate pourtant à la gueule de tous les Maires, en train de préparer leurs budgets 2006. Le Préfet leur a d’ailleurs, avec un zèle particulier, rappelé ces nouvelles obligations, quelques jours avant d’expédier ses consignes sur la grippe aviaire. C’est le désespoir dans les petites collectivités, en faisant le point sur l’ardoise à prendre sur les impôts locaux.
La circulaire du 2 décembre contient en effet des dispositions qui auront de lourdes conséquences pour les communes déjà en difficulté financière, puisqu’elle génère un accroissement considérable des coûts de scolarisation et, plus encore, des tensions garanties entre l’enseignement public et les écoles privées.
A situation identique – la scolarisation hors de la commune de résidence - la participation financière de la commune est en effet rendue obligatoire pour chaque élève fréquentant une école privée sans que le maire ait la moindre possibilité de donner son avis sur le lieu de scolarisation.
Il s’agit véritablement, dans les faits, d’une atteinte profonde au libre choix de l’école car, dans un cas, les parents, en inscrivant leur enfant dans le privé engageront financièrement leur commune sans accord du maire, contrairement à ce qui se passe dans le public. En effet, une dérogation au secteur scolaire dans le public, est obligatoirement soumise à l’accord du Maire, qui, la plupart du temps, refuse d’avaliser le choix des familles quand il compromet la survie de son école. On crée ainsi une distorsion à l’égard des élèves de l’enseignement public pour lesquels, hormis les cas de dérogations précis (absence de places, fratrie dans une autre commune, raisons médicales), la participation financière de la commune est, en toute logique, facultative et soumise à l’autorisation du Maire.
Cet article discret vient, dans les faits, de créer l’inégalité flagrante d’accès à l’école. Les familles faisant confiance au système éducatif de la République (et il y en a tout de même pas mal) n’ont jamais eu la possibilité de choisir leur école publique, alors que ce choix est accordé aux autres, sans aucune formalité, sans aucune démarche particulière, sans aucune autre contrainte que celle de faire payer leur commune. Les contribuables de leur commune de résidence assumeront finalement un privilège qu’ils n’ont pas eu ou dont ils ne veulent pas !
De plus, la liste des dépenses obligatoires mentionnée dans la circulaire, entraînera aussi une augmentation considérable des coûts supportés par les communes. Non seulement cette liste est étendue par rapport à celle en vigueur actuellement, mais de surcroît, des dépenses qui ne sont pas obligatoires pour les écoles publiques y figurent (ex : la rémunération des ATSEM et des intervenants extérieurs par exemple).
Ces coûts seront d’autant plus difficiles à anticiper pour les communes qu’ils seront largement dépendants de la volonté exclusive des familles et des fluctuations éventuelles de leurs choix d’une année sur l’autre. Mais peu importe : aux Maires de se débrouiller !
La disparité honteuse de traitement instaurée entre l’enseignement public et les écoles privées va raviver les tensions autour de la question scolaire. Le maire et le conseil municipal, pris en otages, perdant la maîtrise de l’organisation scolaire locale (pas d’autorisation à donner), les écoles privées pourront exercer une concurrence déloyale à l’encontre de l’enseignement public, et menacer, voire rapidement réduire à néant, les efforts engagés par les élus pour maintenir, notamment en milieu rural, le service public d’éducation.
La "racaille" aura ses écoles de pauvres. Les autres pourront paisiblement ajouter à leur forte contribution financière celle de communes mises devant le fait accompli. Si avec de telles mesures, l’école libre, c’est à dire celle laïque et républicaine, ne s’effondre pas dans la prochaine décennie, c’est qu’elle a la peau dure.
La France se glisse, grâce à un petit paragraphe dans une circulaire non débattue démocratiquement, dans le sillage des Etats-Unis, dont on connaît la qualité de l’enseignement pour les plus faibles…
Mais rassurez-vous, Ségolène, Dominique, Jack, Laurent, Lionel, François vont se dresser pour mener le combat laïque !
Mais je déblogue...