L'AUTRE QUOTIDIEN de Jean-Marie DARMIAN, ancien journaliste, maire et conseiller général de Créon (33). La politique et la vie sociale sans langue de bois...au quotidien et contre l'opinion dominante
Il est un lieu, en France, où les anti C.P.E. ne font pas recette. Le quotidien est assuré avec des amphis complets, des cours paisibles, des devoirs maintenus et des examens sans problèmes. Les étudiants BC-BG y travaillent sans état d’âme et sans aucun blocage. Ils avancent sur le chemin de la réussite, avec l’espoir secret que le C.P.E. ne les concernera jamais, car eux sont dans les allées du pouvoir. Ils se penchent sur des sujets sérieux, et surtout ils se préparent à devenir, un jour, des rédacteurs de lois, de circulaires, de décrets, ou à mettre les syndicats à genoux lors de négociations durables.
Bien évidemment ce n’est pas la Sorbonne. Bien évidemment ce ne sont pas les facultés ordinaires, ou les IUT où l’on tente de se frayer une place dans la jungle de la réussite, mais un immeuble ultra moderne, doté de tous les atouts technologiques pour favoriser un travail de qualité. Ce havre de paix sociale n’est autre que l’Institut d’Etudes politiques de Paris, plus connu sous l’abréviation de Sciences-Pô Paris. La mecque de la gouvernance ne s’émeut pas outre mesure des difficultés rencontrées par celles et ceux qui ne seront un jour que des exécutants.
On y prépare l’entrée dans l’Enarchie qui donnera, à terme, des Hommes Politiques Génétiquement Programmés, (les fameux H.P.G.P.) qui décideront de l’avenir des citoyens, au nom d’une citoyenneté qu’ils n’auront pas nécessairement pratiquée. Essentiellement futurs membres de cabinets ministériels ou présidentiels plus ou moins prestigieux, grands commis de l’Etat, journalistes, cadres de banques ou d’entreprises, ou élus de tous bords… ils regardent le C.P.E. avec une certaine distance, ou même un certain mépris. Il est vrai qu’ils auraient beaucoup de mal à critiquer violemment ce qui a été imaginé, proposé, rédigé par les membres de l’Association des anciens élèves de... Sciences-Pô.
Il existe pourtant un syndicat… SUD/CNT des étudiants à Sciences-Po Paris (1). De doux dingues, qui proposent des mesures révolutionnaires, et qui tentent de friser la loi du milieu. Ces étudiants-là filent du mauvais coton, et je ne résiste pas à l’immense plaisir de vous livrer des extraits de leur diatribe contre leur institution, publiée sur un blog. C’est pour le moins décapant.
« En cette fin de premier semestre, vous vous sentez guilleret(te). La scolarité a Sciences PÔ se déroule comme prévu, vous envisagez avec ferveur votre séjour d'études aux "Staaates" ou à London dans les établissements les plus "preeeestigieux". Comme dirait Laurent Bigorgne : « vous êtes des individus multilingues qui évoluez dans un monde global ». Malgré votre jeune âge, vous commencez irrésistiblement à vous prendre très au sérieux dans votre costume de futur(e) responsable important(e)… Tout va donc pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles ! Sauf que, voilà, cette douce routine qui vous fait sillonner les arrondissements chics de Paris, parmi la jet-set internationale (en goguette chez Sonia Rykiel ou aux Deux Magots), vous éloigne chaque jour un peu plus de ces êtres ténébreux et inconnus, que parfois même, vous trouvez amusants par leurs idées simples et leur bêtise bon enfant… nous voulons parler des gens "normaux", ou en termes plus militants, des "travailleurs" ».
Ils n’y vont pas avec le dos de la cuillère. A croire que ces gens-là se sont résolument trompés d’adresse. Et ils en remettent une couche dans leurs propositions pour totalement modifier le contenu des études.
« Ils ne font ni de l'audit, ni de la finance, ni de la politique, ni de la com', ni des galeries d'art contemporain…et pourtant ils existent ! Ouvriers ou employés, dans un boulot chiant, répétitif, mal payé, mal considéré, sans espoir d'avancement, ils constituent une proportion non négligeable de la population active (selon le recensement de 1999 de l'INSEE, 25,4% de la population active pour les ouvriers, et 23% pour les employés). Ce sont d'ailleurs leurs petites mains et leurs économies qui font tourner la croissance, que les cours d'Eco vous ont appris à vénérer. Plus grave encore, de par les débouchés de votre IEP préféré, vous serez probablement amenés à leur donner des ordres, par sous-fifres interposés ou non. Et c'est alors que vous mesurerez, si vous êtes encore lucide, le ridicule voire l'indécence des modes de hiérarchie qui fondent notre société. Est-il normal que des salariés d'une certaine ancienneté, et doués parfois d'expérience , deviennent les bénis-oui-oui de bébés requins sortant de Sciences- Pô, lesquels parfois ne connaissent rien ou pas grand-chose au monde du travail ? »
Qu’ajouter à cette vision hyper-réaliste ? Ces jeunes-là méritent le respect pour leur vision de leur futur rôle. Il n’est pas certain que s’ils affirment publiquement et hautement ces convictions, ils puissent un jour trouver autre chose qu'un… C.P.E.
« Cette critique (évidemment idéaliste) nous semble d'autant plus justifiée que Sciences-Pô se complaît, dans ses enseignements, à nous montrer l'économie et la vie de l'entreprise "vues d'en haut", du point de vue des décideurs et des dirigeants. Le module "vie de l'entreprise", obligatoire en 1er cycle, en est l'exemple le plus caractéristique (et malheureusement pas le plus caricatural).
En "vie de l'entreprise", vous vous initiez aux grandes fonctions qui permettent à une boîte de fonctionner : management, ressources humaines, audit, marketing, logistique, etc. Vous avez droit également à des recherches sur des secteurs d'activité divers et variés (tels que le luxe, la banque, l'industrie… le bonheur à portée de main !). Bien sûr, ça n'est pas inintéressant. Le problème est que l'angle de vue est toujours celui des dirigeants de service. Vous serez un "fonctionnel"; quant aux autres, ce seront les "opérationnels", chargés d'exécuter vos brillantes idées.
Encouragé par ce "projet pédagogique", l'élève de Sciences Pô peut se prendre pour le représentant d'une caste supérieure, bien séparable du reste de la populace. Nous proposons de rompre avec ce discours et d'amener l'étudiant-e à se penser sur un pied d'égalité avec les autres travailleur-se-s ».
Que ça fait du bien ! Que c’est rafraîchissant, dans cette période où l’opinion dominante est quelque peu malmenée, mais résiste à tous les assauts. Et, cerise sur le gâteau, les jeunes qui s’expriment proposent tout simplement la prise de la Bastille, la révolution d’Octobre, un Mai 68 de la gouvernance, en interpellant leur directeur et leurs prestigieux professeurs, qui n’ont pas trop testé ce qu’ils enseignent.
« Depuis toujours nous demandons que cette approche du monde du travail se complète d'une expérience pratique. La scolarité à Sciences Pô a l'avantage de nous permettre de réaliser de nombreux stages hors les murs. Mais ces stages ont le plus souvent pour objectif de nous former à des tâches plutôt valorisantes, les conditions étant en général avantageuses (stage rémunéré, ou bien à l'étranger).
Idéalement, il serait préférable que les modes d'organisation du travail se fondent sur l'expérience, un recrutement diversifié, voire des rapports horizontaux (c’est à dire le moins de hiérarchie possible, d'où l'intérêt de l'autogestion). Mais dans l'état actuel des choses, on peut souhaiter que la belle jeunesse du 27 puisse, le temps d'un bon gros stage, mettre les mains dans le cambouis, dans la friture, dans le Monsieur Propre fraîcheur cascade, ou dans l'exploitation en centre d'appel.
En quoi consisterait un tel stage ? Il serait obligatoire, sinon pas grand monde ne le ferait; court (2 semaines à 1 mois), parce qu'on n'est pas des monstres non plus ; pénible . Ce type d'expérience existe déjà dans d'autres établissements, et a existé à Sciences Pô. Le problème est que certains élèves favorisés contournent la difficulté en se faisant recruter dans la boîte de Papa, ou à un poste avantageux, rémunéré avec un lance-pierre évidemment, afin que chacun puisse mesurer ce que vaut vraiment un SMIC ».
Fermez le ban, il n’y a rien à ajouter. Je parie que ces gars là ne sont pas très adulés de leurs condisciples. Ils ont même une case vide. Les idiots, ils font de la politique…de la vraie! Sont-ils naïfs ! Ils devraient vite prendre une adhésion à 20 € au P.S.
Ca ferait du bien à leurs copains de la prestigieuse amicale des anciens élèves qui militent à gauche !
Mais je déblogue…
SUD-Etudiant Sciences Po
27 rue Saint Guillaume
75007 Paris
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