L'AUTRE QUOTIDIEN de Jean-Marie DARMIAN, ancien journaliste, maire et conseiller général de Créon (33). La politique et la vie sociale sans langue de bois...au quotidien et contre l'opinion dominante
Depuis le début de cette "révolte" légitime liée au CPE je n’ai cessé, dans ces colonnes, malheureusement lues par encore trop peu de citoyens, de répéter que cet amendement avait été volontairement introduit, dans un texte de loi, par des amis de Dominique Galouzeau de Villepin, afin de provoquer une véritable crise. Le piège s’est refermé hier soir sur ses adversaires, et à Matignon on a dû sabler le Champagne. Tout l’entourage de Crin Blanc a atteint son objectif : donner une taille patron à celui qui n’était jusqu’à présent qu’un apprenti présidentiable. L’emploi des jeunes n’a absolument aucune importance et ne sert que de prétexte à une grande opération de com’ savamment orchestrée. Elle repose sur trois principes clairs : occulter l’image de champion de la droite la plus dure, que s’était patiemment façonnée Sarkozy, placer Chirac dans une nasse et donc le marginaliser définitivement, se forger une stature d’homme d’Etat dans l’adversité.
De Villepin a reçu le précieux renfort du conseil constitutionnel qui, comme l’écrit très synthétiquement Arnaud Montebourg dans un communiqué laconique est "composé d’affidés serviles du pouvoir exécutif, et principalement d’anciens collaborateurs de la droite au pouvoir". En effet, le cadeau princier vient de cette acceptation d’un texte créant un code du travail à deux vitesses. Emballé c’est pesé : la patate chaude passe de Matignon à l’Elysée ! Droopy va se retrouver obligé d’assumer une décision dont il espérait que les "sages", complices, le débarrasseraient. C’est manqué! Il n’échappera pas à ce qu’il craignait le plus : promulguer la loi et se suicider irrémédiablement, la refuser et courir le risque de se couper de la frange la plus solide de son électorat. Celui qui avait eu l’aplomb de se faire élire sur la réduction de la fracture sociale deviendrait le fossoyeur des volontés du MEDEF, en tergiversant ou en rompant avec son "poulain" encombrant. Il lui ferait perdre la face, légitimant ainsi Sarko et les siens.
Désormais, il est sur le fil du rasoir pouvant basculer dans le ravin de l’impopularité absolue ou faire boucler son mandat dans un climat de "chienlit" dramatique. Le choix va être douloureux et…il n’y a plus, comme lors de la dissolution, un certain de Villepin pour en assumer les conséquences !
Un récent sondage démontre la raison pour laquelle le Premier des Ministres s’arc-boute sur son CPE : 63 % des supporteurs de l’UMP apprécient son attitude courageuse. Il applique la fameuse tactique de Mitterrand : "pour gagner une élection il faut d’abord faire le plein des voix dans son propre camp". Crin Blanc a étudié le scrutin du premier tour de la dernière Présidentielle, et particulièrement le score de Yoyo Jospin ! Pour ne pas avoir su cristalliser autour de lui son électorat traditionnel, il est resté en rade. Or, De Villepin, s’il veut avoir un avenir, devra aller d’abord convaincre les militants de l’UMP. Pour l’instant, il assure et donc il les rassure.
Les personnes interrogées, toutes options politiques confondues, dans un récent sondage, sont partagées sur l'autoritarisme du Premier ministre : 46% le trouvent "trop autoritaire" alors que 46% ne le jugent pas "trop autoritaire". Il ne se trouve donc pas mis au ban de la société actuelle, de plus en plus friande d’hommes ou de femmes, de gauche comme de droite, à poigne, faisant respecter la loi ! En revanche, (et c’est là l’intérêt de ce sondage !) les Français estiment que Dominique de Villepin est "courageux" (68%, contre 25%), "compétent" (52%, contre 39%) et qu'il "sait où il va" (48%, contre 43%).
Je suis certain que ses conseillers en com’ ont été extrêmement attentifs à ce "French paradoxe", consistant à respecter celui qui vous accable. Commerçants affolés par les avatars des Invalides, artisans en quête de main d’œuvre malléable, médecins rassurés par l’augmentation de leurs rétributions, professions libérales spéculant sur le profit, fonctionnaires d’autorité impunis, paysans nantis, retraités égoïstes, ruraux anti-jeunes, angoissés des banlieues…ne détestent pas, en silence, cette bravoure anti-gauche ! Avec le CPE De Villepin a joué au poker menteur et a bluffé toute le monde.
Il a réussi à passer pour plus à droite, plus intraitable, plus pro patronal que le Roquet de Neuilly. Marginalisé dans cette crise, oublié par les critiques, mais éclipsé alors qu’il comptait beaucoup sur son concept de l’immigration positive, ce dernier a perdu la main. Il n’a pu, à ce jour,Karchériser ni les manifs, ni les universités, ni les lycées, ni les casseurs. Tenant le mauvais rôle, celui que justement il voulait absolument éviter, il se retrouve confiné dans le rôle du commentateur. A lui, le job impopulaire du "maintien de l’ordre établi". A lui, le risque de la "bavure". A lui, l’obligation de réserve. A lui, les petites phrases tendancieuses mal vues de ses troupes de l’UMP.
"Un ministre, ça ferme sa gueule. Si ça veut l'ouvrir, ça démissionne" : Jean-Pierre Chevènement a déjà résumé en d’autres circonstances le dilemme dans lequel se trouve Sarko. Il devra, à un moment où à un autre, se résoudre à l’ouvrir et donc à partir. Plus longtemps il sera au gouvernement, et plus longtemps Chirac et de Villepin auront un semblant de paix. Or, on ne quitte pas facilement l’extraordinaire tour de contrôle qu’est le Ministère de l’Intérieur à presque un an des présidentielles.
S’il s’en va de la Place Beauvau, c’est pour déclarer sa candidature aux Présidentielles ; il perd un solide atout. Dans le contexte actuel, c’est totalement impossible… Ficelé donc le Sarko, sur son siège et, depuis hier soir, obligé de la fermer ! Il a d’ailleurs longuement rencontré son "geôlier" pour apprendre qu’il serait pris en otage encore quelques temps.
En imposant de force la loi sur l'égalité des chances qui inclut le Contrat Première Embauche (CPE) grâce à l'article 49-3 de la Constitution, le Premier Ministre a souhaité s'affirmer face à son concurrent par un choix courageux, et faire oublier son profil de "gaulliste social". Résultat, c'est son obstination et son intransigeance qui resteront dans les esprits et qui finiront selon lui, par pousser Sarkozy vers la sortie. Ce sera alors soit une fuite, soit une trahison, soit une couardise, soit de l’arrivisme pur. Mais ce ne sera plus du tout neutre !
Droopy, lui à l’Elysée se retrouve le dos au mur : valider le CPE sèchement, c’est donner un signe fort à De Villepin et affirmer que la gauche (malgré les apparences) est dans un tel état, que la victoire en 2007 ne se jouera pas au centre gauche ou au centre (au fait avez vous entendu « Adolf » Le Pen sur le sujet ?), mais à droite toute. Refuser de le valider, conduirait à conforter Sarkozy, mais permettrait à l’auteur de cet acte de courage de se refaire une santé dans l’opinion. Cette option a un inconvénient majeur : elle obligerait à changer de Premier Ministre. Or, il n’y a plus grand monde de crédible à droite pour tenir le cap : Borloo imbibé... de social a perdu de son aura dans cette crise ; Tatie Michèle a son Clémenceau à digérer ; Douste Blazy a connu une chute de tension politique. Il reste bien Alain le Magnifique mais la réhabilitation serait trop rapide.
Alors, il y a fort à parier que Droopy va sortir, dans une déclaration solennelle sur fond de drapeau tricolore et européen, une formule du genre (c'est une exclusivité de L'AUTRE QUOTIDIEN) : "Le CPE est une bonne mesure qu’il est urgent de ne pas appliquer en décrétant l’état de concertation durable". Et la Marseillaise retentira.
Ce résumé synthétisera tout son art de gouverner… dit la technique de la Raspa, danse d’antan consistant à faire un pas en avant et deux pas en arrière !
Mais je déblogue…