L'AUTRE QUOTIDIEN de Jean-Marie DARMIAN, ancien journaliste, maire et conseiller général de Créon (33). La politique et la vie sociale sans langue de bois...au quotidien et contre l'opinion dominante
C'est désormais officiel : les militants du Parti Socialiste devenu le « Parti des Socialistes » auront le choix entre 6 textes différents pour déterminer la répartition des responsabilités à la tête de leur structure politique. Il semble que, contrairement à des périodes antérieures, il existe un véritable choix idéologique, offert aux adhérents ayant acquitté plus de vingt euros pour s'exprimer sur autre chose qu'une icône. Et, quel que soit le choix qu'ils effectueront, ils auront eu le privilège de pouvoir le faire, ce qui constitue une preuve de la vie réelle du PS. Bien évidemment, les médias vont s'emparer de cette réalité pour ressasser leur discours désastreux : l'éparpillement des socialistes est patent. Les éditorialistes, messieurs « je-sais-tout » permanents de la vie sociale, assèneront des sentences irréversibles : les socialistes sont déchirés et incapables de s'entendre. C'est bien mieux ailleurs, et notamment à l'Ump où, comme on le voit pour la présidence du Sénat, il règne une solidarité exemplaire.
Il se trouve que durant des années j'ai été formé au jeu des « tendances » au sein de ce qui fut le Syndicat National des Instituteurs (SNI) et de la Fédération de l'Education Nationale (FEN), et j'ai donc participé à ces votes épiques, avec des campagnes musclées, entre Unité, Indépendance et Démocratie (UID), Unité et action (UA) et l'Ecole émancipée ...J'en conserve un souvenir exceptionnel, avec de véritables débats, un affrontement permanent dans le conseil syndical réparti à la proportionnelle, ou lors des Congrès auxquels j'ai participé avec une immense fierté. Le PS est simplement né de ce travail exceptionnel, fourni durant un bon demi-siècle par des institutrices et des instituteurs, persuadés que la différence enrichissait l'action, alors que le monolithisme a fini par la tuer. Il ne reste que des bribes du puissant SNI et d'une FEN qui a explosé sous les coups de boutoir répétés de gens avides de pouvoir, et oublieux des fondamentaux voulant que, pour faire l'unité, il faut d'abord absolument avoir été... différents, et avoir partagé un parcours commun ! L'inverse n'a jamais été productif.
Le "Parti des socialistes" va donc subir une vague d'assauts répétés pour ne pas avoir su se transformer en parti de la vérité unique dont on connaît l'avenir. Jamais il n'a été aussi vigoureux que quand, après sa création ayant consisté à rassembler des cellules éclatées, il mobilisait ses militants sur d'interminables débats entre Rocardiens, Mitterrandistes et Chevènementistes... A l'époque, la confrontation des idées n'a pas fait fuir des militants, qui n'étaient pas des... adhérents. Il suffisait d'admettre que l'uniformité sclérose, alors que les alliances sur un « maximum commun » renforcent finalement le pouvoir qui en naît. Avec, en fait, 4 motions essentielles, on est loin des affirmations sur une implosion de ce PS gagnant sans cesse des mandats sur le comportement de ses élu(e)s, mais incapable de s'imposer nationalement, en raison de l'éreintement médiatique dont il est victime. En fait, tous les commentaires de l'opinion dominante accréditent l'image négative de socialistes, seulement capables de commettre des petits crimes entre amis au nom de leurs ambitions.
UN CULTE DE LA PERSONNALITE
En fait, les socialistes partent pour leur congrès en « ordre très dispersé », selon les commentateurs. Pas moins de six motions concurrentes, dont celles de Bertrand Delanoë, Ségolène Royal et Martine Aubry, ont été enregistrées par le conseil national qui s'est réuni hier soir à la Mutualité ! Aucun d'entre eux n'étant en mesure de réunir seul la majorité, une synthèse devra être trouvée lors du congrès, à Reims. Le successeur de François Hollande au poste Premier secrétaire ne sera élu, par contre, que le 20 novembre par les militants. Rappelons déjà que vingt-et-une contributions avaient été déposées début juillet, et que seulement six motions seront finalement en compétition : les quatre principales : celles de Bertrand Delanoë, Ségolène Royal, Martine Aubry et Benoît Hamon pour l'aile gauche du parti; et les deux « petites », présentées par le courant Utopia et par le pôle écologique du PS. La première interprétation discutable, repose sur la caractère nominatif de chaque texte, et sur la personnalisation qui en découle. On confond alors très vite les « idées » et les « hommes » sensés les porter, alors que chaque texte ne peut être que le fruit d'une réflexion collective plus ou moins large. La vie politique se meurt d'un phénomène que l'on croyait enterré avec Staline : le culte de la personnalité !
En réalité, il n'y a véritablement que deux axes présentés au congrès de Reims : celui de la Gauche, arc-boutée sur des valeurs traditionnelles, et celui de la social-démocratie allant de Fabius à Royal en passant par Delanoë. En fait, globalement, il n'y a guère de différences entre ce trio qui serait largement majoritaire s'il voulait bien gommer ses appréciations différentes sur les personnes qui mènent la danse. Le Congrès de Reims accouchera donc d'une souris idéologique, car les enjeux de pouvoir se trouvent à l'échelle des fédérations. Une fois encore, les enjeux locaux l'emporteront sur l'intérêt national. Plus personne ne raisonnera en terme de contenu des propositions, puisqu'il faut savoir que le (la) candidat(e) devra forcément, à la vitesse où va le monde, tenir compte de modifications imposées, pour son programme présidentiel.
CONFORTER LE POUVOIR LOCAL
Ce sera donc un Congrès d'enjeux locaux, surtout après les résultats successifs des cantonales, des municipales et des sénatoriales, et pas nécessairement un Congrès national déterminant. Les nouveaux venus voudront s'installer (on le voit bien dans les autres instances où les candidatures se multiplient), et les anciens se maintenir dans les départements ou les villes. Les néo-barons ont besoin de se tailler des fiefs, et les motions leur serviront à compter leurs troupes. D'ailleurs, peu d'entre eux se soucient actuellement de ce qui se passe à Paris : ils règlent leurs comptes à la base, via les motions, et aboient avec les loups, pour alerter sur le comportement de ces éléphants qui barrissent trop bruyamment. Il y a les partisans de l'alliance avec le Modem et qui l'ont réalisée, ne pouvant plus se déjuger, et ceux qui n'ont aucun lien avec des Bayrouistes opportunistes. Hier soir le clivage a traversé les rangs sur ce thème-là et pas nécessairement sur le reste, qui n'intéresse guère que le monde provincial, mais qui ne passionne guère les cabinets de la rue de Solférino.
Dans une pagaille digne d'une réunion de mai 68, hier soir, Delanoë a donc rappelé son opposition à l'alliance avec le centre, prônée par Ségolène Royal. « Nous ne pouvons mettre en place un projet de gauche qu'avec des gens de gauche », a-t-il lancé. Comment ne pas être globalement d'accord avec un tel propos ? Surtout quand, après, on a entendu le nouveau sénateur François Rebsamen prôner une « ouverture », qui a causé une bonne part de l'effondrement d'un parti ayant eu tort de se muer en attrape-mouches : « Nous devons accueillir sur nos projets et nos propositions les démocrates qui ne veulent pas de Nicolas Sarkozy » a expliqué le Royaliste « proviosire ». François Hollande a été le plus lucide, car il a minimisé les divisions du parti : « le problème n'est pas le nombre de motions, c'est de savoir si l'une d'entre elles va se détacher de toutes les autres pour former le pôle central », a-t-il expliqué avant la réunion. « On n'est pas à l'UMP ici, il n'y a pas qu'une seule motion, avec une cooptation du chef ou par le chef. Il y a un débat, qui doit être respectueux et respectable ». Heureux de l'entendre de la bouche de celui qui a parfois eu tendance à oublier ces principes.
UN RETOUR A LA BASE
Le Congrès de Reims s'annonce pétillant, mais surtout ""bon chic bon genre", car tout le monde fera semblant de ne pas savoir qu'il y a loin de la coupe aux lèvres. D'ailleurs, si le « Frigidaire » se remplit, c'est en prévision de besoins ultérieurs, car tous les gens lucides savent déjà qu'une majorité étriquée dans un Congrès ne donne qu'une légitimité étriquée pour celui qui occupera le pouvoir. Cette réalité conduit inexorablement à chercher des alliés sur un objectif commun, qui ne peut être la place de chef unique. Le PS a sans cesse grandi par l'implication des milliers d'élus locaux sur le territoire français. C'est sa force, et surtout sa réussite essentielle, depuis au moins une vingtaine d'années. Il est d'ailleurs constitué de milliers de conseillers municipaux et de responsables associatifs, présents ou passés, qui font une trame territoriale que la Droite n'a plus. Par égoïsme, ou par hostilité, ses partisans ont déserté dans le même laps de temps le champ de l'action citoyenne, pour se replier sur la notion de « gestion ». Elle le paiera de plus en plus cher, et l'exemple de la Bretagne est là pour l'illustrer. Le notable gestionnaire en bon père de famille a été enterré par le militant de la qualité de vie au sens large.
Même si le monde ouvrier a quitté la Gauche pour des raisons liées essentiellement à la perception médiatique qu'il en a, il a été remplacé par une nouvelle classe, prête à s'engager dans le partage avec les autres de ce qui construit la qualité de vie quotidienne. Ces gens-là, en général solides dans leurs convictions, souhaitent le débat, et ne veulent absolument plus faire du suivisme de masse. Ce sont eux qui vont s'opposer, à l'intérieur du PS, à ces courants de « clanification » qui continuent à le parcourir. Le Congrès de Reims fera sauter ce principe. Depuis hier soir, c'est une certitude. Il y aura des reclassements véritables au sein d'un parti qui a perdu ses repères nationaux, puisqu'il s'est laissé imposer par le système médiatique le fait que son intérêt général ne soit qu'une somme d'intérêts particuliers. On ne parle même plus de « courants » ou de « tendances », mais de ralliements à des panaches plus ou moins roses. Les vassaux et les suzerains occupent l'espace local, et le pouvoir central n'arrive pas, à l'heure actuelle, à surmonter cette nouvelle donne voulant qu'il vaille mieux être roi chez soi que prince chez les autres. Le congrès ne sera nullement décisif pour l'avenir, si ce n'est qu'il lui faut dégager une majorité de contrôle de l'appareil local, pour le véritable rendez-vous qui sera, quoi qu'on en dise, la désignation ultérieure de celle ou celui qui portera les couleurs du PS aux présidentielles. Sa victoire ou son échec ne seront jamais celle du parti, mais la sienne. Le culte de la « personnalité » salvatrice n'est donc pas encore mort. Loin s'en faut.
Mais je déblogue...