L'AUTRE QUOTIDIEN de Jean-Marie DARMIAN, ancien journaliste, maire et conseiller général de Créon (33). La politique et la vie sociale sans langue de bois...au quotidien et contre l'opinion dominante
Comment croire aux enquêtes d'opinions et aux sondages ? Comment penser que ces résultats sont véritablement représentatifs des positions prises par de véritables citoyens ou alors, ils sont sous hypnose ? Comment comprendre des taux autrement qu'en tenant compte d'une ignorance dramatique de la situation d'un pays au bord de la ruine ? Comment ne pas imaginer que l'angoisse de l'avenir paralyse le jugement de celles et ceux qui continuent à se contenter de flots de mots inutiles ? Comment ignorer que jamais un président de la République n'avait réussi une telle prouesse négative ? Comment admettre que l'opinion dominante continue à se contenter de placebos, quand la gangrène gagne l'ensemble du corps social ?
Il suffirait pourtant d'aligner dans une colonne les avantages acquis depuis l'arrivée de Nicolas Sarkozy à l'Elysée et dans l'autre les dégâts causés par sa politique : la comparaison sera édifiante et vous évitera de vous poser des questions inutiles. Surtout si vous surlignez en fluo les promesses électorales et les réalités actuelles. Il n'y aura qu'une seule et unique affirmation qui aura été tenue, celle du paquet fiscal et du bouclier fiscal pour les plus nantis. Pour le reste, c'est la Bérézina !
Dans la colonne travailler plus, travailler plus longtemps, plus nombreux, vous pouvez déjà inscrire : échec généralisé. En revanche, vous n'aurez aucune peine à porter au débit de ce gouvernement, ballotté par la tempête du profit pour le profit, d'avoir réussi à en finir avec les 35 heures, sans améliorer un instant la situation économique. Il a aussi parfaitement réussi à durcir les conditions d'indemnisation des chômeurs, et à les contraindre à reprendre un emploi « raisonnable »... Autant d'idées géniales, présentées avec un coup de menton libéral, par un président de la République clamant sans cesse sa volonté personnelle de remettre la France au travail. Le Titanic, chargé des promesses insouciantes de l'allègement des impôts, de la belle vie garantie par un pouvoir d'achat supérieur, des réceptions grandioses pour tous les nantis, en catimini, une brusque remontée du chômage en août avec « 30 000 à 40 000 » personnes supplémentaires inscrites à l'ANPE, soit un nombre de chômeurs de 1,938 à 1,948 millions. Une situation suffisamment préoccupante pour que les acteurs du service public de l'emploi soient convoqués lundi à Bercy, sous la houlette de la ministre de l'Economie, Christine Lagarde, avant la publication officielle des statistiques de l'ANPE. On peut avoir confiance en ses talents de prévisionniste, et surtout dans sa volonté de dénicher de nouvelles mesures permettant de radier, sous n'importe quel prétexte, des demandeurs d'emplois. Il faut dégraisser le mammouth du chômage, comme il faudra minimiser fictivement tous les autres indices officiels.
CHOMEURS EN AUGMENTATION
Le secrétaire d'Etat à l'Emploi n'a pas dissimulé que les chiffres « seront très mauvais, et beaucoup plus qu'avant ». Après deux ans et demi de baisse régulière, il faut en effet remonter quinze ans en arrière, à mars 1993, pour trouver un résultat mensuel aussi exécrable. Ils traduisent un véritable retournement du marché du travail, déjà perceptible dans le bâtiment, l'hôtellerie-restauration, le transport ou l'intérim. La récession est bel et bien là, n'en déplaise à un gouvernement qui triche uniquement dans les effets d'annonce, alors qu'il sait parfaitement que son avenir n'a jamais été aussi sombre.
Parallèlement, les prévisions contenues dans le projet de loi de finances montrent une chute libre de la création d'emplois salariés marchands (hors agriculture), un nombre pratiquement divisé par dix cette année, de 310 000 en 2007 à 34 000 en 2008. En 2009, le gouvernement table sur 50 000 créations nettes d'emplois salariés, sur fond de « reprise graduelle de l'activité courant 2009 ». Malgré le papy-boom, le taux de chômage devrait remonter, après avoir atteint 7,2 % de la population active au deuxième trimestre 2008, au plus bas depuis vingt-cinq ans.
Hier encore, Christine Lagarde a cependant préféré insister sur le chiffre qu'elle attend pour la fin de l'année 2009, à savoir 7,1 %. Faites lui confiance : elle s'y connaît. Cette dame ressemble à une « contre Pythie » qui n'annoncerait aucune vérité ! Ses chiffres sur le chômage sont aussi rassurants que l'avaient été ses prévisions de croissance pour établir le budget 2008 ! D'ailleurs, sur l'objectif de 5 % de taux de chômage en 2012, la ministre se montre désormais beaucoup plus prudente, affirmant qu'il faut « être soit Madame Irma, soit un charlatan » pour faire des prévisions précises. Comme elle pourrait être le fruit de l'union illégitime des deux, la France a tout à craindre. Par contre, malgré ce contexte difficile, on a déjà une certitude venant de Bercy : le budget de l'emploi sera en baisse de 5,2 % en 2009 et de 9,1 % l'année suivante. ! L'enveloppe allouée au service public de l'emploi, issu de la fusion ANPE-Assedic, augmentera néanmoins de 50 millions d'euros à 1,360 milliards d'euros, pour traiter deux chantiers prioritaires : rendre notre système de formation professionnelle plus efficace, et mettre un terme au sous-emploi des seniors. On sait sans se forcer que ces deux programmes n'existeront pas, puisque la seule priorité qui pourra être satisfaite sera d'indemniser plus de... chômeurs.
UNE ECONOMIE DE CASINO
En fait, la France a vécu sur une économie de casino. Elle repose sur des calculs de rentabilité financière de placements exclusivement tournés vers des profits. Le système est devenu une vaste salle de jeux où des mathématiciens effectuent des calculs de probabilités sur les retombées financières immédiates d'un placement aussi risqué que le placement d'un tas de jetons sur une case de roulette au casino de Deauville ! Après le dépôt de bilan de la caisse d'épargne américaine, Washington Mutual, le spectre des faillites bancaires en cascade, par un effet de domino, des deux côtés de l'Atlantique, réapparaît et inquiète les épargnants. Le souvenir de la crise de 1929 resurgit. D'autant plus que, en Europe, Fortis, le géant néerlandais de la finance et de l'assurance, qui figurait pourtant parmi les établissements les plus solides du Vieux Continent, a été ébranlé et contraint de mettre en vente plusieurs milliards d'actifs.
En France, sans encore atteindre une telle gravité, la banque d'affaires Natixis a frôlé elle aussi la faillite. Avant d'être, in extremis, sauvée par ses deux actionnaires, le groupe des Caisses d'épargne et les Banques populaires. Une certitude, l'inquiétude gagne... car les « machines à sous » de ce que plus personne ne peut appeler le « capitalisme » sont devenues folles ! Ah ! combien j'aimerais retrouver face à moi, dans un débat, ces thuriféraires de la mondialisation triomphante !
Il y en a, au sein du Parti socialiste, qui doivent avaler leur chapeau d'enchanteur Merlin d'une Europe de la libre concurrence rassurante, ou d'une Banque centrale européenne indépendante ! Heureusement pour eux, ils ont la mémoire aussi courte que les retombées des placements effectués « en toute confiance » par des épargnants avides de profits rapides. Se déchirer sur les textes d'un Congrès qui se tiendra dans un contexte totalement inconnu, relève de l'absurdité totale, puisque dès leur parution, les textes adoptés devront être rangés dans les placards des mauvais moments socialistes.
LA TECHNIQUE DU CAMOUFLAGE
Le gouvernement, incapable de maîtriser un iota de la crise, se contente d'incantations prévisionnelles : le déficit 2009 ne devrait pas dépasser le seuil maximal de 3% du PIB prévu par le Pacte européen de stabilité et de croissance et la dégradation de la conjoncture internationale se traduirait par une détérioration des finances publiques de l'ensemble des pays de la zone euro. Alors que les ministres de l'UE sont tombés d'accord, lors du conseil Ecofin informel tenu les 12 et 13 septembre derniers à Nice, pour tolérer une dégradation des finances publiques, pour autant que le seuil maximal des 3% de PIB ne soit pas franchi, la Commission européenne a pris note que le déficit affiché par Paris pour 2009 s'y conformait. Incroyable de malhonnêteté. Il faudrait peut-être un jour se rendre compte qu'à force de transformer en pailles les troncs que nous nous mettons dans l'œil, nous finissons toutes et tous par devenir aveugles.
« C'est un budget véridique », a affirmé la ministre de l'Economie Christine Lagarde à l'issue du conseil des ministres. « C'est un budget réaliste et d'avenir », a renchéri le ministre du Budget, Eric Woerth, élu de Chantilly, ville des courses de chevaux dans laquelle on sait ce que... parier veut dire ! Les économistes les plus honnêtes (il y en a !) sont plus méfiants, et ils estiment difficile pour la France de maintenir ses déficits publics sous le seuil des 3% l'année prochaine, et mettent en doute la prévision d'un retour à un rythme de croissance de 2,5% l'an, dès 2010. En matière d'inflation, Bercy prévoit une décélération progressive avec une hausse des prix à la consommation de 2,0% en 2009 puis 1,75% de 2010 à 2012 après 2,9% attendus, en moyenne, cette année. C'est exactement du même ordre lorsque le projet de budget 2009 affiche un déficit de 52,1 milliards d'euros supérieur à celui de la loi de finances pour 2008 (41,7 milliards) et aux 49,4 milliards prévus en exécution. Il a été bâti en retenant la fourchette basse de l'hypothèse de croissance, soit 1,0%.
L'aggravation du déficit budgétaire de près de 8 milliards d'euros attendue cette année résulte principalement d'un accroissement de la charge de la dette (à hauteur d'environ 4 milliards) et de moins-values de recettes évaluées à 5 milliards. La faute à qui ? Car si le gouvernement tente de taper au maximum sur les dépenses (suppressions des postes de fonctionnaires du quotidien) il évite soigneusement d'explorer les pistes sérieuses pour améliorer les recettes. En fait, en intervenant à la veille de la publication de ces chiffres, que le petit Père du peuple des escroqués du sarkozysme savait mauvais (plus forte hausse du chômage depuis quinze ans et déficit budgétaire en augmentation), il a tout simplement cherché à camoufler les mauvaises performances de sa politique économique derrière la situation internationale, pour mieux faire passer, de surcroît, un budget difficile. Cette technique du rideau de fumée, maintes fois dénoncée dans ces chroniques, marche encore. Pour combien de temps ? Wall Street en décidera !
Mais je déblogue...