L'AUTRE QUOTIDIEN de Jean-Marie DARMIAN, ancien journaliste, maire et conseiller général de Créon (33). La politique et la vie sociale sans langue de bois...au quotidien et contre l'opinion dominante
Nicolas Sarkozy a décidé de passer sur la crise économique, piteusement gérée par un gouvernement taclé à de multiples reprises sur les mesures prises, par les Allemands, ou tout simplement par son mentor élyséen. Le « collaborateur » de Matignon a été déconnecté des affaires puisque, désormais, quand il faut justifier des décisions politiques, un groupe du premier cercle supplante le conseil des ministres. Nicolas Sarkozy a reçu vendredi à l'Elysée les sept ministres qu'il réunit régulièrement (Luc Chatel, Xavier Darcos, Brice Hortefeux, Nathalie Kosciusko-Morizet, Nadine Morano, Laurent Wauquiez, Eric Woerth), alors que les marchés continuaient de s'effondrer, pour parler... de l'emploi. Tout le monde sait, en effet, que dès le second trimestre 2009, les effets de la crise financière vont déboucher sur une immense crise économique. Le PDG de Nexity annonçait la semaine dernière pas moins de 180 000 suppressions de postes dans le BTP ! Bien évidemment, cette prédiction a vite été contrée par des propos optimistes du milieu UMP, car elle paraissait trop réaliste pour être ajoutée à la débandade actuelle. Or, partout, les signaux se mettent au rouge ou au minimum à l'orange, car les carnets de commandes actuels ne dépassent pas une lisibilité à plus de 3 ou 4 mois, dans le meilleur des cas. Les licenciements économiques vont vite fleurir pour inverser la courbe d'un chômage déjà extrêmement coercitif.
L'avis de tempête ne paraît pas modifier fondamentalement la capacité d'analyse du système UMP, focalisé sur un seul mot magique : réforme ! Un peu comme si le fait de détruire pour libérer allait préserver les salariés d'une hécatombe promise aux fonctionnaires... Impensable que le gouvernement, par pure idéologie, ne soit pas capable de comprendre qu'en phase de récession, si l'on ne donne pas un signe fort de relance potentielle, on court inexorablement à la catastrophe. Il serait pourtant opportun, en termes de développement, de faire immédiatement coïncider deux opportunités : la mise en place du Grenelle de l'environnement, et l'obligation de transformer des bonnes intentions en actes concrets. Or, comme la crise est là, les caisses de l'Etat sont vides et toutes les décisions prises les vident encore plus chaque jour. Personne ne croit donc un seul instant que Borloo (qui n'appartient pas au fameux premier cercle présidentiel d'une rutilante efficacité), pourrait débloquer le veto sur des « taxes » écologiques, susceptibles de financer la création d'emplois nouveaux. Mieux, alors qu'il faudrait compter sur les collectivités locales pour s'investir à fond dans la mise en œuvre du Grenelle, on veut tailler dans la masse, faire planer un doute sur leur existence et les contraindre à ne plus investir ! Cette obsession de la réforme pour la réforme va finir par ressembler à une fuite en avant.
« C'est justement maintenant qu'il faudrait investir massivement sur la question des économies d'énergie, par exemple, puisque de toute façon on sait pertinemment que le prix de l'énergie va nous rattraper, et risque d'entraîner de nouvelles difficultés bien plus grandes demain », assure Jean-Stéphane Devisse. Alors que le projet de loi Grenelle 1, censé retranscrire les grandes lignes du Grenelle, est débattu à l'Assemblée, le directeur adjoint des programmes au WWW.France redoute « un affadissement des mesures, faute de budget satisfaisant ».
Si une des mesures du Grenelle de l'Environnement était facilement applicable, réductrice des émissions de gaz à effet de serre, favorisant le pouvoir d'achat, emblématique et créatrice d'emplois, c'était bien celle qui encourageait l'isolation des bâtiments.
UN CHANTIER QUI DISPARAIT
Elle affichait comme objectif celui de réduire d'ici 2012 la consommation d'énergie à 50 KWH/an et par m2. Or le brillant Patrick Ollier (UMP), Président de la commission des affaires économiques, de l'environnement et du territoire de l'Assemblée Nationale vient de faire passer l'amendement 58 qui modifie l'article 4, alinéa 1 de la Loi Grenelle 1, remettant fondamentalement en cause cette mesure. Un exploit, car il a tout bonnement cédé aux pressions inciviques d'EDF et des fabricants de radiateurs électriques.
L'efficacité énergétique, les économies, sont devenues des priorités. 120 KWH/an /m2, c'est le retour aux erreurs du passé, le refus du passage à une économie légère, l'acceptation du dérèglement climatique et de ses dramatiques conséquences, et plus encore l'abandon d'une nécessaire création d'emplois pour atténuer les effets de la crise financière. Le temps que les décrets paraissent, que les mesures concrètes soient édictées, il pouvait s'écouler plusieurs mois, alors que là, les accords conclus sont bafoués et mis en péril dans leur globalité. Le débat à l'Assemblée commence bien mal : la montagne médiatique du Grenelle accouchera d'un texte de loi « souris ».
Parmi les lignes directrices du Grenelle, figurait pourtant l'idée d'un "New Deal" écologique, que s'était approprié Nicolas Sarkozy. Mais cette "croissance verte est pour l'instant incantatoire" , estime Jean-Stéphane Devisse. « De la part des politiques ou bien des parlementaires, certains se disent que ça ne mange pas beaucoup de pain de prétendre que la croissance verte tirera l'économie vers le haut », remarque-t-il. « Dans les deux ou trois ans de difficultés économiques que l'on va connaître, ce sera plutôt un frein à la mise en œuvre rapide de mesures (...) alors qu'au-delà de cette crise, il y a derrière les perspectives de rebâtir une économie », assure pourtant le directeur adjoint du WWW. Le scénario qu'il faut redouter est donc celui d'un catalogue rutilant de mesures très ambitieuses et une dilution des moyens, étalés sur des années, avec aucun impact sur l'emploi.
CHOMAGE EN CASCADE
Il est envisageable que la France traverse des moments un peu moins difficiles sur le front du chômage au cours des trois prochains mois. Car une des raisons à la forte hausse du nombre de chômeurs au mois d'août est liée à la forte destruction de contrats aidés dans le secteur non marchand (16 000 pour le seul mois d'août). Ce rythme est inhabituel, et pour la fin de l'année, on s'attend plutôt à des destructions de 5 000 emplois, soit finalement trois fois moins qu'au cours du mois d'août. Cela permettrait au chômage, non pas de se résorber, mais d'augmenter à un rythme moins soutenu au cours des derniers mois de l'année 2008. On ne manquera pas d'expliquer au bon peuple que la crise financière internationale en est la seule responsable... le gouvernement, lui, aura tout fait pour réduire son impact. Il n'en reste pas moins vrai que les effets du ralentissement mondial ne permettront pas à la France de créer suffisamment d'emplois pour faire baisser le chômage, et que donc, ce dernier continuera à augmenter jusqu'au milieu de l'année prochaine, et devrait frôler la barre des 8 % à ce moment-là selon les prévisionnistes. Certains économistes se fondant sur une prévision de croissance comprise entre 0,5 et 0,8 % pour l'année 2009 avancent une hausse de 200 000 chômeurs... Il va falloir que le Président interventionniste fasse beaucoup de voyages sur le terrain pour changer cette triste annonce. C'est vrai que jusqu'alors ils n'ont pas été très efficaces.
Quand il va chez Arcélor Mittal, il promet la première « nationalisation locale » de l'histoire pour sauvegarder l'emploi et... laisse couler l'usine de Gandrange au moment clé de son éventuelle relance. Quand il va à chez Renault à Sandouville, neuf mois plus tard, il évite soigneusement d'aller à la rencontre des salariés... Il lui sera de plus en plus difficile de trouver un espace pour démontrer la validité des réformes prises ou prévues. Il aura du mal à expliquer qu'il a su trouver des milliards pour les banques fautives, et qu'il ne les a plus pour sauver des salariés, non fautifs mais victimes.
L'EFFET BLAST
La semaine prochaine sera décisive. Au Parlement, les députés UMP s'efforcent de dénaturer le projet de loi issu du Grenelle. Les banques cherchent, pour leur part, successivement, du matin au soir, des banques prêteuses sur les marchés asiatiques, européens ou américains. L'Elysée expédie des émissaires dans de multiples réunions de concertation, pour tenter de trouver des solutions communes que personne ne veut. Absolument aucune des réformes mises en place n'a eu un effet positif sur le sort du pays. Aucun indicateur économique n'est favorable. Le moral des ménages est au plus bas, et le pouvoir d'achat accompagne cette chute angoissante. La conjonction de ces facteurs négatifs ne s'effacera pas en quelques semaines et aura, c'est la seule certitude du jour, des effets terribles en décalage. C'est inéluctable. Il faudrait anticiper, pour tenter de minimiser ce que les militaires appellent le « blast » après une explosion, et qui finira par revenir sur le champ de bataille. Or, on se contente de parer au plus pressé.
Trente-sept pour cent des Français ont l'intention de restreindre leur consommation, selon un sondage sur l'impact de la crise financière, réalisé par CSA. Les personnes interrogées sont 58% à déclarer vouloir maintenir le niveau de leur consommation, et seulement 2% à dire vouloir l'augmenter. Trois pour cent des sondés ne se prononcent pas.
Par ailleurs, 60% des Français ont l'intention de maintenir leur épargne, 20% de la restreindre et 13% de l'augmenter, tandis que 7% ne se prononcent pas. Si les politiques qui les gouvernent ne l'ont pas compris, eux au moins semblent avoir pris la mesure des événements. Ils savent que les lendemains ne chanteront pas forcément, et que, si les fonctionnaires ont été les premières victimes de la politique gouvernementale, plus personne, de l'entrepreneur au travailleur intérimaire en passant par l'ouvrier spécialisé ou la caissière du supermarché, n'échappera au tsunami qui se prépare. Pour l'instant, le séisme reste sous-marin, et confiné aux salles closes des marchés boursiers. La semaine prochaine, il va déboucher sur les rivages de la société. Il va falloir s'accrocher aux cocotiers ou y grimper, car personne ne sera épargné.
Mais je déblogue...