L'AUTRE QUOTIDIEN de Jean-Marie DARMIAN, ancien journaliste, maire et conseiller général de Créon (33). La politique et la vie sociale sans langue de bois...au quotidien et contre l'opinion dominante
Qu'il est dur de se décider quand rien ne s'agite autour de vous ! Surtout quand on a l'impression que celui qui dégaine le premier risque de se prendre une balle entre les deux yeux. On se promène, on tourne autour du pot, on attend un signe favorable, en attendant un signe du destin. Au parti des socialistes il semble bien que tout le monde se hâte lentement pour ne pas risquer d'essuyer un tir nourri destiné à dézinguer l'ambition du plus rapide. En fait, plus personne ne cherche à pratiquer le gagnant-gagnant, mais le ami-ami. On s'appelle par son prénom, on se donne du camarade, on soupe ensemble dans les salons feutrés du Sénat, on dissimule les poignards derrière des mots aimables, on se promène en tenue de camouflage, on fait des alliances secrètes afin que, le moment venu, on ait la possibilité de ne pas les dévoiler. Les 48 heures qui s'ouvrent au PS vont devenir les plus dangereuses de cette année. Personne ne bronche, puisqu'il faut que Ségolène Royal tire la première afin que tout le monde puisse ensuite sortir de sa tranchée. C'est probablement la raison qui l'a conduite, hier soir, à réaliser un extraordinaire tour de passe-passe, lors du journal de 20 heures de Laurence Ferrari.
En fait, elle a réussi à capturer une audience royale pour délivrer la plus superbe langue de bois entendue depuis des mois. TF 1 attendait l'aveu de Jeanne d'Arc, prête à faire don de son âme et de son corps à la Nation. Les millions d'adeptes de l'opinion dominante rassurante n'ont eu que de vagues généralités, permettant simplement de vérifier que le chemin de l'enfer est bel et bien pavé, en politique, de bonnes intentions. Elle n'a aucune certitude sur son avenir, et pire, elle n'a visiblement aucune assurance sur le résultat d'une éventuelle candidature.
En fait, elle tente de démontrer à celles et ceux qui n'ont pas voté pour les autres motions que... si elle avait su, elle aurait soutenu leurs textes qui ne contiennent que des positions qu'elle aurait du présenter... Incroyable retournement de situation : le Modem, que tous ses défenseurs présentaient comme incontournable, ne serait recommandable qu'après que l'on ait rassemblé la Gauche; l'Europe sociale de Fabius devient honorable, la social-démocratie a obtenu son indulgence... mais pourquoi n'a-t-on pas pu faire une motion unique ? Pourquoi a-t-on demandé aux militants de se diviser alors que, dans le fond, tout le monde est désormais d'accord sur l'essentiel? Pourquoi ce qui était impossible quand on est minoritaire devient possible quand on est en tête? Qui est désormais plus à gauche dans cette eau de boudin idéologique? C'est comme en 1979 au Congrès de Metz, quand Michel Rocard a été laminé pour ne pas avoir accepté la position dominante. Le jeu est plus que jamais très ouvert!
Ségolène Royal maintient donc le suspense sur sa candidature au poste de Premier secrétaire du PS. A deux jours de l'ouverture du congrès de Reims, la finaliste de l'élection présidentielle de 2007 a déclaré avoir « envie » du poste de Premier secrétaire du PS, sans annoncer explicitement sa candidature à la succession de François Hollande. Une manière de tester la qualité des appuis qu'elle serait susceptible d'avoir. Une situation qui revient à se faire pousser sur le devant de la scène par des amis qui vous veulent du bien, mais qui ne parait pas susceptible de drainer des soutiens désespérés de l'inactivité du PS.
« Les militants ont voté, ont donné une légitimité au projet que j'ai présenté, m'ont donné cette vocation peut-être, à diriger demain, avec une équipe, le Parti socialiste. Je vais vous dire très franchement : c'est vrai que j'en ai envie », a dit la présidente de la région Poitou-Charentes sans jamais répondre aux questions précises de Laurence Ferrari, qui n'a pas osé insister sur cette non-décision. Ségolène Royal a réussi à transformer un non événement en événement !
PORCELAINE BRISEE
Forte de la majorité relative de 29%, remportée jeudi dernier lors du vote des militants, Mme Royal a indiqué qu'elle « prendrait ses responsabilités ». Soucieuse de ne pas provoquer un front de ses adversaires contre elle, elle n'a cependant pas annoncé explicitement sa candidature, insistant sur sa volonté de construire, d'abord, un « rassemblement » des socialistes. « Cet effort de rassemblement, je le ferai jusqu'au moment du dépôt des candidatures (...), si ce cheminement doit se poursuivre pendant le congrès, ce n'est pas un drame », a-t-elle dit, souhaitant que le congrès se déroule « de façon apaisée ». En fait, ce discours masque une réalité: le PS ressemble à une assiette en porcelaine, brisée, que l'antiquaire veut recoller mais sans avoir le plan des morceaux pour les agencer.
En n'annonçant pas réellement sa candidature, Ségolène Royal surprend, mais poursuit un plan parfaitement réglé. Si elle parvient à tenir jusqu'à dimanche prochain, elle peut obliger ses adversaires à la « martyriser », et à s'inscrire dans la dualité constante qu'elle propose à l'opinion dominante. Les militantes et les militants socialistes, à l'image des Françaises et des Français dans leur ensemble, adorent les Poulidor et les martyrs. Ils repoussent les teigneux qui tiennent tête à l'opinion supposée dominante. Et le Congrès va, une fois encore, se jouer à l'affectif.
Elle n'a rien de politique, mais tourne autour d'un principe simple : je suis le bien, la pureté, l'authenticité, la générosité, et donc, toutes celles et tous ceux qui oseront se dresser face à moi représentent le mal, la combine, l'insincérité, le calcul personnel. En termes de communication, c'est extrêmement américain. Le blanc (voir sa tenue) et le noir, dans la vie publique, revient à la mode. Tous ceux qui sont contre l'opinion dominante sont des diables potentiels, puisqu'ils s'opposent à ce qui ne peut être que positif. Elle veut obliger à la constitution d'un front « tous sauf Ségolène », qui lui permettrait une victimisation profitable, non pas à l'intérieur du PS, mais dans l'opinion publique.
LE FRIGIDAIRE SALVATEUR
Delanoé et Aubry se méfient du piège, et jouent la montre. Ils mettent leurs ambitions au réfrigérateur alors que leur aimable camarade avait mis sa candidature « au frigidaire » le 15 septembre dernier, pour favoriser son alliance avec les barons locaux du PS. Au fait, on n'a pas beaucoup dit que ce ne fut pas la motion de Ségolène Royal qui est en tête mais celle de Gérard Colomb ! Si elle n'avait pas réussi, Ségolène Royal l'aurait fait remarquer, mais désormais, elle passe devant puisqu'elle possède quelques longueurs d'avance sur ses poursuivants.
En entretenant le suspense jusqu'au congrès, elle enlève un argument à ses rivaux, et complique la constitution d'un front des autres motions contre elle. « La candidature de Ségolène Royal est parfaitement légitime, mais sa conséquence est de provoquer l'affrontement », a estimé mercredi Michel Sapin, proche de François Hollande et signataire de la motion de Bertrand Delanoë. Les adversaires cherchaient comment la contrer sans se montrer désagréables, sans la critiquer, sans se montrer sur le devant de la scène. Ils appliquent toutes et tous un principe que les généraux italiens auraient mis en pratqiue durant la dernière guerre : "Armons nous... partez!"
Ségolène Royal est une fine tacticienne, beaucoup plus habile que ses concurrents. Pour ne pas rebuter un certain nombre des militants, elle a su rester en retrait durant la période du Congrès, en apparaissant toujours en marge, mais jamais en permière ligne dans les textes. Elle a pris soin de valoriser les plus grosses fédérations, en s'assurant via les personnalités qui les dirigent des milliers de voix. En fait, pendant que localement ses partsians dénonçaient les "odieuses pressions" faites par certains élus départementaux, elle s'offrait une promenade de santé dans le Rhône, les Bouches du Rhône, l'Hérault, les Alpes Maritimes, et la région Poitou-Charentes en général, en faisant croire que les votes avaient été spontanés. Le principe en est simple : ne faites pas chez vous ce que font mes amis ! Remarquez que c'est dommage pour les naïfs, qui ont laissé leurs adhérents (il s'agit de moins en moins de militants), libres de leur choix, s'affaiblissant ainsi par auto-concurrence. Elle n'a pas mis les mains dans le cambouis!
Le poker menteur a débuté. Il va durer une bonne partie de la nuit de vendredi à samedi et plus encore au cours de la nuit suivante. Tout le monde a la trouille d'apparaître comme un diviseur, et donc personne ne sort du bois. En effet, émettre la moindre critique sur le Parti, qui est supposé fonctionner merveilleusement bien, et ne jamais être traversé par des phénomènes surnaturels, constitue une tare définitive. On peut encore le croire jusqu'à dimanche matin, en sachant que l'histoire au PS ne se renouvelle jamais. Mitterrand avait admis que le parti valait bien un Metz, un sacre mérite bien un Reims!
Mais je déblogue...