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L'AUTRE QUOTIDIEN de Jean-Marie DARMIAN, ancien journaliste, maire et conseiller général de Créon (33). La politique et la vie sociale sans langue de bois...au quotidien et contre l'opinion dominante

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QUI VA ENCORE BANQUER ?

Mon directeur de collège disait à qui voulait l'entendre que, pour lui, Victor Hugo n'était pas forcément un très grand écrivain. « Il a écrit, disait-il, trop de textes pour qu'ils soient tous bons ! » Si j'ai retenu quelque chose de l'éducation que cet instituteur m'a inculqué, ce n'est pas cet avis, car Hugo avait certes une certaine facilité à écrire, mais nombre de ses œuvres auront eu le mérite de passer à la postérité, alors que bien d'autres ont disparu avec leurs auteurs. Tenez, si l'on se réfère au livre « Les misérables », on peut trouver pas mal d'éléments symboliques qui pourraient servir de références pour la situation actuelle. Dans un contexte économique comme celui qui nous attend, on pourrait par exemple rappeler les raisons qui avaient conduit Jean Valjean au bagne ! Il avait été condamné au XIX° siècle à... 19 ans d'enfermement, avec travaux forcés à la clé, pour avoir dérobé un pain. Victor Hugo n'a pas totalement inventé le personnage. Il s'est largement inspiré de personnages et de situations réels.
Le modèle de départ de Jean Valjean s'appelait Pierre Maurin, et fut condamné en 1801 à cinq années de bagne pour vol d'un pain, qu'il avait dérobé pour nourrir les sept enfants affamés de sa sœur : « Puis, tout en sanglotant, il élevait sa main droite et l'abaissait graduellement sept fois, et par ce geste on devinait que la chose quelconque qu'il avait faite, il l'avait faite pour vêtir et nourrir sept petits enfants ». Dans le roman, Jean Valjean ne fit pas cinq ans de bagne, mais dix-neuf ans, par le jeu des différentes prolongations de peine pour tentatives d'évasion. Dans les années 1840, Hugo assista à l'arrestation d'un autre voleur de pain. La vue de ce pauvre homme, qui allait pieds nus en hiver, l'avait beaucoup ému et il lui inspira ce roman, qui est entré dans la légende. Au total, 19 ans de bagne pour un... pain.
Je suis certain que vous avez cru, un instant, que je voulais faire pleurer dans les chaumières, sur ces familles de plus en plus nombreuses, qui retournent à la précarité permanente ne leur permettant justement plus de se procurer le pain qu'ils aimeraient consommer. Il ne s'agit pourtant que d'effectuer une petite comparaison sociale actuelle : 19 ans de bagne pour un pain il y a deux siècles, 5 ans de prison potentiels pour une escroquerie de... plus de 50 milliards de dollars aujourd'hui. Voici où nous en sommes, depuis que le profit, sans aucune retenue, a remplacé la nécessité de survivre...
Jean Valjean n'était ni « trader », ni banquier. Il courait donc simplement le risque que court chaque citoyen d'être laminé par un système social qui écrase les « fourmis », mais qui exonère volontiers ceux qui exploitent la faiblesse des autres.

UNE VERITABLE LEGENDE
Qualifié de « légende de Wall Street » par le « New York Times », Bernard Madoff, qui n'a rien de Jean Valjean, a été l'ancien directeur du Nasdaq, le second marché d'actions des Etats-Unis. C'est surtout, depuis 1960, le tout puissant fondateur et patron de la société Bernard L. Madoff Investment Securities LLC, un fonds qui accueille et revend des sommes astronomiques, et emploie des centaines de traders. Sauf que, sans même se cacher, Bernard Madoff, ex-maître nageur, avait monté une autre structure, complètement frauduleuse celle-là. En réalité, une entreprise financière vide, installée dans le même immeuble mais à un autre étage que sa société de courtage, qui promettait à ses clients des gains fictifs selon le principe dit « de la pyramide » : l'argent promis aux premiers investisseurs correspondait en fait à l'argent versé par les suivants. Aux Etats-Unis, un tel montage est baptisé « système Ponzi », du nom d'un émigré italien coupable d'avoir monté une telle escroquerie au début du XXème siècle en Californie.
Sur la foi de sa prestigieuse réputation, le prodige du grand bain financier avait réussi à se voir confier 17 milliards par des clients fortunés... et finalement, il en aura volé plus de 50 ! Cinquante milliards de dollars : une somme à faire rêver un Président de la République française !
Depuis quelques mois, à Wall Street, certains spécialistes s'étaient pourtant interrogés sur les performances exceptionnelles affichées par le gourou de Bernard Madoff. Dans un marché en crise, son fonds frauduleux promettait des gains incroyablement élevés. Il vendait du rêve de profits, alors que les autres distillaient avec parcimonie les informations sur leurs pertes. « Les chiffres étaient trop bons depuis trop longtemps pour être vrais », estime un investisseur américain, cité par le « New York Times », mais au nom du « libéralisme » triomphant, personne n'a rien fait. Une preuve supplémentaire de l'absence totale de contrôle sur des mouvements de fonds privés et sur un système bancaire qui a d'ailleurs repris les « subprimes » avec voracité. Selon plusieurs spécialistes, avec la baisse des marchés, le courtier a dû se retrouver face à des demandes de retraits massifs qu'il n'a pas pu honorer, escroquerie oblige.

EFFETS COLLATERAUX
Le scandale financier pourrait avoir des conséquences graves à plus long terme. Certains investisseurs européens faisaient en effet partie des clients du fonds « pourri » de Bernard Madoff. L'image déjà dégradée de Wall Street devrait également en prendre un coup. Quant au financier, après son interpellation, il a été remis en liberté après versement d'une caution... de 10 millions de dollars, garantie par son appartement de Manhattan. Ah ! que voulez-vous, quand on a du bien, c'est plus facile que pour celui qui traîne dans la rue. Jean Valjean, pas plus que bien des « misérables » socialement, intellectuellement ou matériellement, jugés en flagrant délit, n'ont pas eu cette chance : avoir acquis des biens immobiliers, avec des profits illicites amassés sur le dos des autres. Bien évidemment, parmi les banquiers actuels et les actionnaires, personne n'est dans ce cas.
La banque genevoise Benedikt Hentsch a fait savoir qu'elle était pourtant exposée à hauteur de 56 millions de francs dans des produits financiers du gérant du Hedge funds new-yorkais, Bernard Madoff . Cela représente moins de 5% de sa masse sous gestion. Dans son édition de samedi, le quotidien "Le Temps" estime, après enquête auprès de plusieurs établissements bancaires de Hedge funds et sa société de gestion alternative, que la place financière genevoise pourrait avoir perdu cinq milliards de francs dans la fraude. Plusieurs riches personnalités américaines, et des banques étrangères comme la française BNP Paribas, et la japonaise Nomura, seraient aussi victimes de la gigantesque fraude. Outre la banque française et sa concurrente japonaise, le journal cite le nom de la banque suisse Neue Privat Bank et de trois fonds d'investissements spéculatifs, comme victimes. En Espagne, des investisseurs seraient exposés, pour trois milliards de dollars, à la fraude du gérant new-yorkais, affirment samedi plusieurs journaux espagnols. C'est donc reparti : il va falloir abonder au budget des banques pour éviter qu'elles ne sombrent davantage. Contribuables de tous les pays, unissez-vous pour sauver les généraux banquiers qui ont triché, bluffé, détruit mais qui... ne risquent pas le bagne pour autant. Peu importe si, en cascade, des dizaines de milliers de personnes ayant parfois tout juste de quoi se payer du pain, se retrouvent dans la plus profonde difficulté. Ce n'est surtout pas le problème des prestidigitateurs du profit, mais celui de la solidarité nationale !

AUCUNE REACTION
Madoff avait des centaines de clients peu regardants sur les garanties, du moment que chaque mois revenaient, sans qu'ils fassent quoi que ce soit de constructif, des millions de dollars supplémentaires. On n'aurait identifié que quelques-uns d'entre eux, pour un montant de 15 milliards de dollars. Certains observateurs se méfiaient depuis longtemps et indiquent que le milieu financier avait bel et bien été averti ! Il est en effet totalement impossible que les causes de la crise profonde qui affecte les places financières mondiales aient été, comme dans le cas de Madoff, inconnues de tout le monde. Un certain Harru Markopolos, concurrent de Madoff, avait écrit, noir sur blanc, à la commission de sécurité de la bourse américaine, que l'entreprise financière Madoff était.. « la plus grande pyramide Ponzi du monde ». Rien que ça ! Pourquoi cette instance officielle a-t-elle attendu des mois avant d'agir ? Nul ne le saura, car c'est certainement les mêmes causes qui produisent les mêmes effets, et l'on pourrait détecter en cascade encore beaucoup de scandales de ce genre.
Entre les 80 établissements prêteurs de crédit « subprime » ayant dû déclarer forfait au cours des dernières semaines, et les bilans des plus grands banquiers ou assureurs mondiaux, bien malin celui qui peut identifier où les risques se sont nichés. Même les intéressés n'y parviennent plus tout à fait, comme l'illustre le revirement de BNP Paribas qui, après avoir été présentée comme à l'abri des vagues, se retrouve dans la tourmente. Dois-je rappeler que, dans un énième rodomontade, Nicolas Sarkozy avait pris l'engagement de traquer les responsables et de leur faire... payer les erreurs commises. Le problème, c'est que rien n'a été fait en la matière, et que, chaque jour, on découvre que personne n'a renoncé à faire du profit à tout prix la religion de l'économie de marché. Pour l'instant, seul Jérôme Kerviel a été désigné à la vindicte publique, et deux dirigeants ont été fusillés pour l'exemple à la tête de la Caisse d'Epargne... Pour les autres, ils cherchent par tous les moyens, avec les cabinets d'audit, à planquer les carences éventuelles dans les contrôles de gestion.
Si Madoff a tenu durant des années, ils peuvent espérer échapper à toute sanction pour... ne pas affoler les milliardaires qui auraient encore des fonds à placer. Il faut bien que chacun, sur cette terre, gagne son pain !
Mais je déblogue...

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