L'AUTRE QUOTIDIEN de Jean-Marie DARMIAN, ancien journaliste, maire et conseiller général de Créon (33). La politique et la vie sociale sans langue de bois...au quotidien et contre l'opinion dominante
Le mandat de Nicolas Sarkozy entre dans le livre des records dès son début. Tout est inédit et exceptionnel, ce qui lui permet d'exister. Il sait fort bien que pour intéresser notre société il faut absolument s'afficher comme hors du commun, pour s'attirer l'intérêt des spectateurs que sont devenus les citoyens consommateurs. Le concept de communication demeure extrêmement simple : que l'on parle de vous en mal ou en bien, peu importe. L'essentiel, c'est que l'on parle de vous ! Il a débuté sa présidence en fanfare que des « premières » et tout a été calculé pour qu'il en soit ainsi : repas au Fouquet's, références à la Résistance, escapade sur un yacht de milliardaire... et tout s'est enchaîné comme un tourbillon d'inédits permanents. Même quand la situation se dégrade, les records pleuvent et il entre de fait dans l'Histoire. Le pire, c'est qu'il y restera pour avoir obtenu les plus mauvais résultats socio-économiques sur une année. Il enfile les mauvais résultats avec la même aisance qu'il empile les réformes inutiles. Mais, comme le repli sur soi, sur ses difficultés, ses angoisses, devient la règle générale, l'indifférence estompe tout. Le parcours de Nicolas Sarkozy s'inscrit, en cette période de passage du père Noël, comme les dessins d'enfants sur une ardoise magique. Un coup de réglette et il n'y a plus aucune trace de ce qui a été antérieurement dessiné. La politique de l'éphémère l'emporte sur tout le reste. En définitive, il est devenu un artificier, illuminant par des fusées prometteuses le ciel noir du quotidien.
Tenez, hier, un nouvel exploit était en préparation pour la fin de l'année 2009. Le ministre du budget, Eric Woerth, a chiffré à l'Assemblée à 79,3 milliards d'euros le déficit budgétaire de l'Etat en 2009, en incluant les mesures de relance qui doivent être votées d'ici à janvier, contre 57,6 prévus jusqu'ici. Le ministre a détaillé la facture budgétaire de la crise et du plan de relance devant les députés, qui ont voté l'ensemble du projet de loi de finances 2009. Il faudrait reprendre toutes les déclarations depuis des mois pour offrir une compilation des mensonges d'Etat qui peuvent être énoncés dans l'intérêt de son idéologie... Il a annoncé tout et son contraire, niant les évidences, truquant les prévisions, massacrant les évidences pour tenter soit de gagner du temps, soit pour faire passer pour des sectaires, celles et ceux qui seraient éventuellement en désaccord. Le déficit budgétaire ? Il serait contenu. La récession ? Elle n'existerait pas. Le déséquilibre de la balance commerciale ? Une pacotille. Le chômage ? Un malheureux concours de circonstances. Et la liste serait tellement longue qu'il faudrait éditer un recueil des catastrophes réelles ou potentielles. Une sorte de livre des records négatifs du Sarkozysme ! .
Les mesures fiscales du plan de relance annoncé par le chef de l'Etat vont coûter 9,2 milliards d'euros supplémentaires, alors qu'on vous a expliqué durant des heures qu'il ne s'agissait que d'avances récupérables faites aux banquiers, dont on mesure chaque jour la rigueur, la lucidité et plus encore la... fiabilité. Annoncé le 4 décembre à Douai, le plan de relance prévoit 26 milliards d'euros essentiellement ciblés sur l'investissement, avec déjà un mensonge, car il ne s'agit que d'aides qui nécessiteront des maîtres d'ouvrage autres que l'Etat. Si ces collectivités, ces entreprises ne bougent pas... rien ne bougera et ces fonds seront inutiles, car ils ne relanceront que le vide. Tout les élus sont tétanisés par les risques pris en augmentant la fiscalité des ménages ou en empruntant : les ratios sont tellement surveillés qu'ils vont gérer à minima et réduire les investissements. Les entrepreneurs ne veulent pas investir sans avoir de débouchés, et comme il n'y a pas de pouvoir d'achat, ils vont au contraire licencier à tout va. Les seuls véritables effets des annonces seront... médiatiques !
DOUBLE PEINE
Le gouvernement UMP, obnubilé par sa chasse aux fonctionnaires, a multiplié depuis des semaines les attaques contre les dépenses publiques, pour laisser croire que l'impôt était un frein au pouvoir d'achat. Or on oublie toujours d'expliquer qu'un euro de contribution à l'effort collectif est un euro restitué au milieu économique, que ce soit sous forme d'achats, de construction ou de salaire. A partir du moment où l'on restreint sciemment la collecte de la participation à la vie collective, on tarit inexorablement les possibilités de trouver un emploi dans le bâtiment, les travaux publics, la fabrication de produits, la mise en place de services... puisque, par ailleurs, toute amélioration du pouvoir d'achat est refusée aux salariés déjà en place. L'euro de taxe professionnelle que ne va plus payer l'entreprise ne se traduira surtout pas par un euro de plus sur un bulletin de salaire, mais par un euro supplémentaire placé dans une banque plus ou moins solide. Toutes les remises d'impôts qui ont été faites, via le bouclier fiscal, n'ont absolument eu aucun effet économique direct puisqu'elles se sont volatilisées dans la bulle financière !
La fraude Madoff pourrait, en effet, faire perdre plusieurs centaines de millions d'euros aux épargnants français qui ont investi dans des titres, gérés collectivement par des institutions financières, a estimé l'Autorité des marchés financiers (AMF), le gendarme de la place financière de Paris. Plusieurs banques françaises ont déjà annoncé qu'elles risquaient de perdre des centaines de millions d'euros dans cette fraude. BNP Paribas et Natixis, filiale commune des Caisses d'Epargne et des Banques Populaires, sont pour l'heure les banques françaises les plus touchées par l'escroquerie, avec respectivement 350 et 450 millions d'euros de pertes potentielles, selon les chiffres communiqués lundi par ces établissements. En fait, la mesure sarkozyste pour les plus nantis a probablement condamné l'Etat à la double peine : il a perdu d'abord 15 milliards de rentrées fiscales (ce dont il ne s'est jamais remis), mais ensuite ces sommes se sont évanouies dans la crise ! Mais ce n'est pas fini.
PROCHE DE 5% DU PIB
Et pendant ce temps, le déficit budgétaire se creuse et atteint un montant sans précédent. Il est à la mesure des graves dangers que la crise mondiale fait peser sur notre économie. Il faut aussi être très clair: il atteindra en 2009 3,9 points de Produit intérieur brut, ce qui sera un nouveau record absolu. En fait, on va recommencer à promettre que tout ira mieux en 2012 avec... absolument aucune autre certitude que celle de la phrase d'Edgard Faure : « les promesses n'engagent que ceux qui les écoutent ! »
Le président PS de la commission des Finances de l'Assemblée, Didier Migaud, a estimé, pour sa part, que le déficit budgétaire total (Etat, Sécu, collectivités locales) allait frôler les "100 milliards d'euros". Soit près de 5% du PIB ! mais avant qu'Eric Woerth l'annonce, il coulera de l'eau devant le Ministère des Finances à Bercy. La France est entrée dans cette crise, beaucoup plus affaiblie que d'autres pays, à cause du paquet fiscal de l'été 2007 (financement des heures supplémentaires, bouclier fiscal plafonnant l'impôt à 50% des revenus...). Elle ne s'en remettra pas, sauf à revenir en arrière, ce que ne fera jamais Nicolas Sarkozy, pour tenir son engagement vis-à-vis de ses copains du CAC 40 !
Pour ceux qui ont la mémoire courte, rappelons que fin septembre, le projet de budget ne prévoyait qu'un déficit d'un peu plus de 52,1 milliards d'euros, pour une prévision de croissance entre 1 et 1,5% en 2009.
Outre l'aggravation spectaculaire du déficit, la prévision de croissance a, elle aussi, été révisée à la baisse (entre 0,2% et 0,5%) au Sénat, en novembre, par la ministre de l'Economie Christine Lagarde. Et ces objectifs n'ont aucune chance d'être atteints !
LE VRAIES ANNONCES DU QUOTIDIEN
Les records se cumulent également chaque jour dans un autre domaine. Les grands groupes profitent des circonstances pour dégraisser, comme ils disent dans les conseils d'administration, ou pour maintenir le niveau de leurs profits, comme il faudrait l'expliquer à l'extérieur. Bien évidemment, les banques vont y aller de bon cœur. Hier la BNP a effectué un plongeon spectaculaire à la Bourse de Paris, mais avait déjà annoncé... 800 suppressions d'emplois ! La banque française qui doit avaler Fortis a annoncé qu'elle envisageait de supprimer 5% de ses effectifs au niveau mondial, dans sa division banque de financement et d'investissement, la CIB. La Caisse d'Epargne prévoit « une mauvaise année 2008 » et prépare le terrain. Le groupe d'équipement automobile Valeo a annoncé, dans un communiqué publié hier, une réduction de ses effectifs "de l'ordre de 5.000 personnes dans le monde, dont environ 1.600 en France et 1.800 dans les autres pays d'Europe". Qui dira mieux demain... Il suffira que Darcos persiste, avec ses dizaines de milliers de suppressions de postes, pour qu'à la prochaine rentrée on replonge des familles dans le doute. Il sera en 2009 le recordman dans ce domaine !
En présence de la crise financière, les réservations des Français pour des voyages à forfait (vol et hôtel) pour la saison d'hiver 2008/2009, ont chuté de 19,1% en novembre par rapport au même mois de l'année précédente, a annoncé l'Association des tour-opérateurs français (Ceto). Tous les tour-opérateurs ont adopté des plans de crise, assortis d'économies, pour s'adapter à la situation, en attendant la sortie du tunnel.
La filière viticole, au terme d'une année 2008 marquée par une production historiquement faible et une baisse des exportations du fait de la crise financière, redoute le pire au premier semestre 2009. Comme tous les acteurs de l'économie, le secteur viticole, touché depuis la fin de l'été, voit ses exportations chuter alors que près de 40% de la production française est vendue à l'étranger... Des dizaines d'exploitations, en Gironde, sont au bord du gouffre en ne passeront pas le printemps !
Des records de faillites sont annoncés dans l'artisanat et le commerce, pour le second trimestre 2009 ! Impossible de trouver une lueur d'espoir... sauf si, comme dans une secte, on met toute sa confiance dans les mots distillés par un gourou prédicateur ! La seule certitude : en étant attentifs, vous trouverez dans l'actualité de ce jour un nouveau record. Ils sont faits pour être battus, alors, en 2009, tous les espoirs sont permis.
Mais je déblogue...