L'AUTRE QUOTIDIEN de Jean-Marie DARMIAN, ancien journaliste, maire et conseiller général de Créon (33). La politique et la vie sociale sans langue de bois...au quotidien et contre l'opinion dominante
La période actuelle est considérée comme extrêmement dangereuse. Elle peut en effet conduire à toutes les tentations et donc à tous les excès. On tente d'oublier les dures réalités de la vie durant quelques heures, comme si les lendemains qui arrivent risquaient de ne pas chanter autant que ne le laissaient supposer les vœux. Déjà, hier, il a fallu se rendre à l'évidence, et prendre acte des gestes généreux que permettaient la situation de crise. Forcément, on a caché ses désillusions, ou on a masqué son angoisse de savoir qu'à un moment où à un autre il faudrait payer... l'addition ! Une sorte d'insouciance règne, comme un parfum énivrant qui masque une ambiance délétère, ce qui constitue une sorte de « drogue » bienfaisante, comme un bain chaud dans lequel on se plonge pour éviter de ressentir les morsures du froid du quotidien. Il est impossible de perdre ses illusions en un instant, car une préparation morale doit précéder tous les verdicts. Le moral général défaillant a simplement bénéficié d'une éclaircie passagère, mais d'aucune amélioration durable. Les commandes de plateaux de nourriture toute prête ont considérablement augmenté dans les services traiteurs des grandes surfaces, confirmant le repli sur la cellule familiale, aussi fragile soit-elle... La crise va conduire à un retour sur des espaces plus réduits et plus rassurants, puisque les grands enjeux planétaires semblent échapper au contrôle de tout le monde. N'empêche que le lendemain, la réalité revient comme un claque.
En ces périodes de fêtes de fin d'année, une étude très sérieuse, publiée dans le « British Medical Journal » prévient qu'il n'y aucun remède contre la « gueule de bois », que peu de monde appelle de son nom médical, « la veisalgie ». Ceux qui se retrouveront donc avec la gueule de bois ne pourront pas se soigner, et devront prendre leur mal en patience... quels que soient les efforts qu'ils puissent faire pour l'estomper. Il existe en effet des tonnes de recettes miracles qui sont sensées vaincre la crise... de foie qui vous menace. Chacun vous conseillera un « truc » qui ferait des miracles, et vous proposera des plans à plus ou moins long terme.
Le foie n'y est pour rien, contrairement à une idée répandue; par contre, son rôle est majeur dans la détoxication de l'alcool et explique en partie la fatigue qui suit ces agapes. C'est le métabolisme de l'alcool qui est en cause, en particulier sa dégradation en acétaldéhyde, une substance 30 fois plus toxique pour notre organisme que l'alcool. Son accumulation, par dépassement des capacités d'élimination, serait en partie responsable des maux de tête et des vomissements. Ces symptômes désagréables sont d'autant plus graves que l'alcool consommé contient du méthanol, dont la teneur varie en fonction du breuvage, dans l'ordre décroissant : brandy, vin rouge, rhum, vin blanc, gin et vodka.
Pour éliminer un toxique, le rein doit éliminer aussi de l'eau, ce qui explique l'augmentation de la diurèse (le volume des urines) et la déshydratation (paradoxal, non ?), d'où soif et maux de tête. Les nausées et vomissements sont favorisés par la gastrite alcoolique (effet toxique direct de l'alcool sur l'estomac).
La tolérance à l'alcool est, de plus, variable selon « l'entraînement », selon le poids du sujet, selon le sexe (la femme est 2 à 3 fois plus sensible), selon les races (60% des asiatiques sont déficients en un enzyme, les rendant ainsi plus vulnérables). En fait, ces constats, vous les connaissez, et vous avez sûrement une solution dont vous vantez les mérites à vos amis, tout aussi exposés que vous. Et internet regorge de ces anti-gueule-de-bois, garantis efficaces et sans risques !
PRENEZ DES RISQUES
Il faut boire de l'eau, en même temps ou après l'absorption d'alcool, pour favoriser son élimination et éviter la déshydratation... c'est la solution la plus facile ! La prise d'aliments concomitante ralentit l'absorption de l'alcool, mais n'en diminue pas la quantité totale absorbée; donc, même si vous pratiquez l'art de la grande bouffe, ça ne change rien ! Les maux de tête seront combattus avec du paracétamol mais, vous dit-on, on évitera l'aspirine qui va aggraver la gastrite, voire favoriser un saignement oeso-gastrique. D'autre part, l'aspirine interfère défavorablement, au niveau enzymatique, avec la dégradation de l'alcool... Donc, là encore, les cures préventives sont pires que le mal.
L'acidité gastrique et les brûlures gastriques en résultant, seront soulagées par un pansement gastrique ou un antiacide effervescent comme la ranitidine, complété éventuellement d'eau de Vichy ou de Badoit. La principale défense naturelle contre les toxiques étant le glutathion, on peut augmenter sa production avec la vitamine C (qui atténuera aussi la fatigue) et la N-acétylcystéine (fluidifiant bronchique, en principe). Bien sûr, on évitera toute nouvelle prise d'alcool et les aliments un peu lourds ou gras, un petit bouillon de légumes ne nuira pas...
On n'oubliera pas que l'alcool est éliminé à la vitesse de 0,1 à 0,15g/l par heure, et que donc si on se couche à 3 heures du matin avec un taux d'alcoolémie de 2 g/l, le taux résiduel à midi aura toutes les chances de se situer entre 0,6 et 1g/l, d'où des complications possibles si on prend alors le volant en se croyant à jeun !
L'abstinence certes, mais aussi une certaine modération, évitera ce désagrément qu'est la gueule de bois, qui vous fait jurer qu'on ne vous y reprendra pas...avant le prochain réveillon, car pour le reste, une étude extrêmement sérieuse vient de sortir, et elle dézingue tous les trucs miraculeux.
La gueule de bois ne se soigne pas avec les différents remèdes de grand-mère que l'on peut retrouver sur Internet, ou qui ont été conseillés par les amis ou la famille. Selon une étude publiée par le « British Medical Journal », pour ces périodes de fêtes de fin d'année, aucun des remèdes connus et supposés contre la gueule de bois n'a eu de résultats scientifiquement prouvés. Existe-t-il un remède à la gueule de bois ? Non, d'après deux médecins de l'université de l'Indiana selon qui, au grand dam des fêtards, la gueule de bois a encore de beaux jours devant elle.
ALLEZ Y A FOND !
Ces deux médecins de l'université de l'Indiana ont décortiqué la littérature sur la médecine traditionnelle et les mélanges, pour en conclure que... la veisalgie (vous vous voyez disant à vos amis que vous ne sortez pas à cause d'une veisalgie. C'est plus chic et plus sérieux que gueule de bois !) ne se soigne pas. Selon ces médecins, contre les effets , la seule prévention efficace c'est la modération. Selon ces deux médecins, Rachel Vreeman et Aaron Carroll, aucune preuve scientifique n'établit l'efficacité de traitements quelconques contre la gueule de bois.
Ce message décourageant démontre qu'il n'y a toujours aucun remède contre la gueule de bois, autre que celui qui consiste à consommer de l'alcool seulement dans la modération, voire pas du tout... mais ce n'est vraiment pas bon pour combattre la crise, qui veut que la relance passe par une augmentation de la consommation dans tous les domaines. En fait, si ce matin vous n'avez pas la gueule de bois, c'est que vous n'avez pas participé avec des moyens convenables à la résorption des difficultés que traverse notre pays.
On ne va pas tarder à décorer de l'ordre national du mérite celles et ceux qui restent prostrés sous leur couette, pour avoir englouti des huitres au bénéfice des ostréiculteurs en difficulté, des dindes pour sauver les éleveurs de Loué, du fois gras pour relancer la culture du maïs OGM, des oies plus ou moins rôties pour sauvegarder les fermes d'antan, des fromages au lait cru pour faire la nique aux règlements européens et à l'aseptisation mondiale, des desserts glacés afin d'aider les producteurs de lait et, plus encore, des vins de toutes origines pour éviter que le Crédit Agricole devienne propriétaire de milliers d'hectares en déserrance ! Vive la gueule de bois anti crise ! Vive la veisalgie salvatrice ! La première mesure gouvernementale de la rentrée sera de délivrer des ordonnances qui permettront d'éviter que dure cette gueule de bois généralisée qui s'annonce !
UNE BONNE BOURRACHE
Les licenciements vont arriver en masse après les vœux présidentiels. Dans une journée normale, les vagues portent sur des centaines d'emploi (Trois Suisses ce matin, La Redoute antérieurement... Ce qui démontre que la Camif n'était pas tellement mal gérée, mais seulement plus fragile), et le mouvement va s'accentuer. Ces familles oublieront vite les remèdes qu'on leur a annoncés et qui n'auront aucun effet immédiat. Les lycéens et les étudiants vont découvrir que les remèdes proposés sont des pansement rutilants sur des jambes de bois, destinés à masquer des recrutements limités partout, des suppressions massives de postes, des restrictions budgétaires drastiques... Les entreprises qui se présenteront, pour obtenir des perfusions vitales dans les banques du « sang financier » attendront que ces dernières aient d'abord refait leurs marges. Les employés, qui espéraient des doses d'heures supplémentaires rémunératrices, se contenteront des prescriptions antérieures, tout heureux de garder leur job. En fait, c'est bien vrai : contre la veisalgie post-crise, il n'y a aucun véritable remède efficace, mais des croyances possibles.
Si l'on en croit un site extrêmement sérieux, il faudrait tous les jours boire une bonne tisane de bourrache officinale, car c'est la meilleure manière de ne pas se ruiner, car la bourrache se trouve aisément dans la nature. Elle correspond parfaitement à la situation actuelle, puisqu'on peut l'employer en laissant infuser 10 à 30 g pour 500 ml d'eau. C'est simple et pas cher. Sa forte teneur en nitrate de potassium est la principale propriété médicinale de cette plante. Plante riche en vitamine C à l'état frais, elle est adoucissante, émolliente et expectorante par son mucilage. Par la présence du nitrate de potassium, elle augmente l'élimination, ce qui, par les temps qui courent, reste une triste méthode... qui se pratique sans modération.
Mais je déblogue...