Je ne sais pas si vous l’avez remarqué, mais quand un partisan du OUI au traité européen se réveille, et qu’il cherche des arguments destinés à stigmatiser l’idiotie du " mauvais " peuple, il ressuscite, un an après, deux fantômes. Le " plan B " dont il rappelle, avec un sourire narquois, qu’il n’a jamais existé, et le " plombier polonais " dont il se plait à souligner qu’il n’est jamais venu…culpabilisant le citoyen du NON. Ces épouvantails, agités sous le nez rougi par la honte de ces adversaires d’une Europe outrancièrement libérale, sont censés le faire revenir au bercail de la raison.
Hier, ils auraient pu seulement rappeler que la Grande Bretagne de cet admirable Tony Blair n’est véritablement pas prête à s’ancrer au Continent. Et, à la place de Ségolène, je me garderais bien de réaffirmer mon admiration pour celui qui vient d’essuyer un échec patent aux élections de proximité. Il serait étonnant que maintenant le beau Tony lance une consultation sur une Europe, dont les plus ardents défenseurs furent... les Polonais.
On aurait pu aussi revenir sur cette " unanimité " indispensable pour adopter toute harmonisation des statuts sociaux, fiscaux, économiques. Je me souviens avoir rappelé, dans des débats, que cette disposition conduirait à la régression dans tous les domaines. Seule la majorité qualifiée peut relancer un processus européen digne de ce nom. La preuve ? Elle a été fournie, hier, par la situation nouvelle de… la Pologne où, faute de promouvoir les plombiers, on vient de donner leur chance aux pires fachos !
Désormais, après l’Autriche qui avait installé Heider et ses partisans, après l’Italie où Berlusconi a gouverné avec l’extrême droite, il faut se rendre à l’évidence, les xénophobes, les populistes, les anti-européens viscéraux viennent d’accéder au pouvoir dans le pays de sa Sainteté feu Jean-Paul II.
Pour trouver une unanimité sociale et politique à 25, le boulot n’était déjà pas facile; désormais il relèvera de la prouesse. Dommage que nos analystes politiques ne se penchent pas sur cette situation révélatrice du virage brusque à Droite que prend une Europe désabusée, et surtout angoissée, par son avenir.
IL FALLAIT TROUVER UNE SOLUTION
Les élections législatives de septembre 2005 n'avaient pas permis, en Pologne, de dégager une majorité parlementaire. Elles ont, en revanche, rendu la vie politique très instable malgré la victoire globale d’une droite se réclamant du libéralisme économique. Il fallait donc trouver une solution.
Le frère jumeau du Président de la République, apparemment majoritaire, a échoué depuis 6 mois dans ses démarches d’alliances diverses et variées. En pactisant officiellement avec la Ligue des familles polonaises (LPR, extrême droite) et le parti populiste Samoobrona (Autodéfense), le conservateur de Kazimierz Marcinkiewicz vient de réussir à devenir majoritaire au parlement polonais. Il était lassé de diriger un gouvernement minoritaire…
Désormais, il n’y a pas plus à droite, dans toute l’Europe, que la Pologne. Le PIS a été inexorablement contraint de nouer des alliances pour parvenir à former une coalition durable. Après avoir fait entrer au gouvernement " Autodéfense ", parti des populistes antilibéraux d'Andrzej Lepper, les conservateurs sont rejoints à quelques postes clés du pouvoir par l'extrême droite de la Ligue des familles polonaises (LPR).
La coalition disposera de 218 députés sur 460. Une alliance complémentaire avec la frange " poujadiste " assurera au gouvernement une majorité à hauteur de 245 députés. Au cours d'une cérémonie retransmise à la télévision, le président polonais Lech Kaczynski a donc illico nommé, aux postes de vice-Premiers ministres, le chef de Samoobrona Andrzej Lepper et celui de la LPR Roman Giertych. Ils seront chargés respectivement des portefeuilles de l'Agriculture et de l'Education. Samoobrona a obtenu en outre les ministères du Travail et du Bâtiment, et la LPR également le ministère de la Mer, nouvellement créé. Dramatique ! Sur la scène européenne, ces Ministres là ne manqueront pas d’allure quand ils rencontreront l’élite du gouvernement de Crin Blanc.
ADMIRATEUR AFFIRME DE HITLER
De Robien accueillant, à Paris, son alter-ego polonais Roman Giertych, chargé de la défense de la laïcité de l’Europe, ça ne manquerait pas d’allure ! Quant au numéro 2 Nicolas Sark
ozy, il pourrait recevoir ce " formidable " démocrate qu’est Andrzej Lepper, 50 ans, ancien syndicaliste paysan, naguère adepte des passages à tabac des huissiers, et grand admirateur des techniques de communication de... Hitler. Ancien boxeur, éleveur de cochons et paria de la vie politique pendant des années en Pologne, ce populiste a réussi à gagner définitivement une respectabilité en accédant au poste de vice-premier ministre.
Conscient de sa nouvelle importance, Lepper fait aujourd'hui très attention à son image et à ses mots, modérant son hostilité à l'Union européenne, et affirmant qu'il ne veut plus renégocier que quelques articles du Traité d'adhésion. Moins radical sur l'économie de marché qu'il réfutait (il veut une taxe sur les supermarchés étrangers), il affirme désormais volontiers qu'il est lui-même un "capitaliste", propriétaire d'une ferme de 300 hectares. Oubliées les paroles bienveillantes sur la politique économique antilibérale d'Adolf Hitler ainsi que l'admiration pour l'homme fort de la Biélorussie, Alexandre Loukachenko, à qui il avait souhaité une présidence à vie. Incroyable retour de l’histoire que l’arrivée d’un " national socialiste " au pouvoir, dans un pays de l’UE et surtout, quelle claque pour celles et ceux qui rêvaient d’un Traité conduisant l’Europe vers le progrès !
Dans le fond, les deux seuls qui peuvent pousser un ouf de soulagement, sont les frères Kaczynski. Vous vous imaginez un instant, ils doivent recevoir en visite officielle fin mai de sa Sainteté Benoît XVI, et il est impossible qu’il n’y ait pas un gouvernement stable… pour accueillir le successeur très progressiste de Jean Paul II.
EN TRAIN DE CHANGER
Longtemps, dans l'Europe de l'extrême droite, le Royaume-Uni a fait figure d'exception. A la différen
ce de la France, de la Belgique, de l'Italie, de la Scandinavie, des Pays-Bas, aucune formation n'était jusqu'à présent parvenue à émerger en s'attaquant à la question de l'immigration. Cela est peut-être en train de changer, avec la montée en puissance du British National Party, qui a fait une percée aux élections locales de hier. Issu du " National Front ", un ramassis de crânes rasés néonazis et de hooligans, avec lequel il jure n'avoir plus de liens aujourd'hui, le BNP est à 7ou 8 %, ce qui en Angleterre est un score exceptionnel. Il fut un temps où son leader Griffin promettait de défendre "les Blancs d'Angleterre à coups de botte et à coups de poing", dénonçait la "conspiration juive" et courtisait le colonel Kadhafi. Si l'on en croit ce diplômé de Cambridge (élève moyen mais lui aussi bon boxeur), ce passé est révolu. Le discours s'est policé. Même s'il appelle toujours vigoureusement à mettre fin à l'immigration et dénonce "l'islam, cette religion pernicieuse", Griffin a biffé de son programme l'expulsion des étrangers, et drague des recrues plus présentables.
Toutes les études (secrètes bien évidemment) du Ministère de l’Intérieur le prouvent : la tendance va vers une consolidation de l’adhésion aux thèses défendues par Griffin ou Lepper dans de récentes campagnes électorales. Bien plus que la grippe aviaire, la peste brune menace l’Europe.
Devinez donc à qui, depuis hier, et après analyse, les résultats anglais et polonais vont donner des idées ?
Mais je déblogue…