L'AUTRE QUOTIDIEN de Jean-Marie DARMIAN, ancien journaliste, maire et conseiller général de Créon (33). La politique et la vie sociale sans langue de bois...au quotidien et contre l'opinion dominante
Dans les périodes de crise, tous les moyens sont bons pour tenter de sauver ce qui peut l'être encore. Alors que seule la solidarité pourrait sauver des pans entiers d'une société mal en point, on semble se diriger vers une concurrence farouche sans aucune considération pour la dimension humaine. Le climat se détériore chaque jour davantage, mais il ne faut pas l'écrire car c'est une marque évidente de pessimisme. En matière commerciale, le protectionnisme va aller grandissant, et la mondialisation, exclusivement tournée vers le profit, va tourner au vinaigre, car les barrières vont se dresser pour préserver le domaine essentiel de l'économie. C'est une évidence, le protectionnisme va enfler ! Cette politique économique veut que l'État ou un groupe d'États interviennent dans l'économie pour protéger leurs entreprises et aider leurs produits, par la mise en place de politiques d'achats publics, de normes, de barrières douanières, de subventions à l'exportation, etc. On qualifie souvent des pratiques isolées, sur un secteur particulier, de protectionnistes sans que cela engage une politique générale, et elles vont s'accroitre afin de redonner des marges internes à des entreprises n'ayant plus de marchés potentiels. Le made in China ou le made in Taïwan ne vont plus nécessairement représenter le nec plus ultra de la consommation... et une guerre larvée va éclater et s'amplifier au fil des mois.
Les Etats-Unis, qui sont les champions incontestables de ces pratiques, vont mettre en œuvre la totalité de leur arsenal pour fourguer à la planète toutes leurs productions agricoles massives et industrialisées. Ils ont, par exemple, annoncé qu'ils portaient plainte contre l'Union européenne devant l'Organisation mondiale du commerce (OMC), afin d'obtenir l'autorisation de la commercialisation, sur le marché européen, de la volaille... désinfectée avec des solutions chlorées. Oui, vous avez bien lu : ils espèrent que nous allons accepter de manger dans les Mac Do des nuggets chlorés, afin de faire plaisir aux petits consommateurs, qui mourront à petit feu de cette soif inextinguible de profits au mépris de la santé. Les Etats-Unis demandent à l'OMC des consultations, en vue de résoudre le différend avec l'Union européenne (...) concernant l'interdiction par l'UE d'importer, et de mettre sur le marché, de la volaille (...) ayant subi un traitement de réduction des agents pathogènes jugé sain, à la fois par les autorités de sécurité alimentaire américaine et européenne. On avait connu, à Bordeaux, un grand boucher qui lavait ou revivifiait ses produits avec un procédé tout aussi expéditif et qui ensuite ravitaillait divers établissements publics de la ville. Les ministres européens de l'Agriculture ont osé refuser de lever l'interdiction d'importation de volailles désinfectées au chlore, qui est en vigueur depuis dix ans, et à laquelle la Commission européenne avait proposé de mettre fin.... Ils souhaitent aussi refiler leur bœuf aux hormones ou nourris aux OGM. Peu importe les dégâts ultérieurs, car le principe de précaution ne résiste pas aux récriminations des producteurs d'un pays qui ne met en avant que le profit.
PRISE D'OTAGE
Les Etats-Unis ont décidé de monter d'un cran leur refus du libre échange quand il leur est défavorable. Ils l'aiment bien quand il leur est profitable ! Ils viennent donc de s'attaquer à un symbole français : le Roquefort ! Nous ne devrions pas le lessiver au chlore, mais pour montrer leur puissance, ils ont officialisé le fait de tripler les droits de douanes du célèbre fromage. Il faut donc immédiatement surtaxer le label Mac Do, et tous les outils de la mal bouffe. Des mesures de rétorsion, reposant sur de faux arguments sanitaires sont aussitôt mis en place : les normes ont bon dos ! En définitive, le libéralisme, en agissant concrètement à l'opposé de ses principes quand ça l'arrange, tente de vaincre l'adversaire en lui imposant des règles iniques mais rédhibitoires.
L'exportation de Roquefort sur le marché américain est dérisoire à l‘échelle du commerce mondial, car elle ne représente qu'environ 450 tonnes par an, soit 2% de la production, mais on est dans le symbole. « Ca peut paraître peu, mais c'est l'un de nos axes majeurs de développement, les Américains sont très friands de notre produit. Nous retirer de l'un des plus gros marchés, c'est insupportable! » explique Thierry Zurcher, directeur général de Roquefort Société, plus gros fabricant (64% de la production totale), qui est, sur son département de l'Aveyron, un ardent défenseur de la mondialisation des marchés ! « On en a marre de se faire taper dessus parce qu'on est un symbole de la gastronomie française! C'est toute une filière qui est fragilisée et, en ces temps de crise, c'est incompréhensible », ajoute-t-il. Il faudrait simplement lui rappeler, à ce patron, que ce n'est pas une nouveauté, et que quand José Bové s'était battu pour mobiliser l'opinion sur ces réalités économiques, il a fini en taule !
Déjà pénalisés par des droits de douanes passés à 100% en 1999, les fabricants se sentent « prisonniers d'un conflit entre les Etats-Unis et l'Union européenne, qui ne les concerne pas ». Enfin, ils croient que c'est ainsi, mais ils oublient qu'ils sont embarqués sur la galère mondiale du protectionnisme, et que même s'ils constituent un épiphénomène, ils auront à ramer pour se dégager des tourbillons dans lesquels les entraîne un conflit économique planétaire. En dix ans, le roquefort est déjà devenu un produit de luxe outre-atlantique, réservé à une clientèle plutôt aisée... et demain les américains, avides de communication, s'attaqueront au camembert, au champagne ou aux parfums s'il faut mettre symboliquement à genoux Zébulon Sarkozy et ses « copains et copines » européens ! Obama ou pas Obama, le contexte ne changera pas, car les lobbies prennent le pas sur les décisions politiques ! La preuve ?
CLAUSES SOCIALES
Le président américain George W. Bush a mis en garde, lors de sa dernière conférence de presse à la Maison Blanche, avant de céder la place à Barack Obama le 20 janvier et de quitter son siège éjectable, contre une évolution... protectionniste de son pays. Il a été écouté ! « Ce serait pour nous une énorme erreur que de devenir un pays protectionniste », a lancé M. Bush. En période de difficultés économiques, « la tentation est grande de dire: élevons des barrières (douanières), protégeons-nous et refusons la concurrence », a-t-il relevé avec l'aplomb qui le caractérise. Il s'est dit déçu que trois accords de libre-échange signés par son administration avec Panama, la Colombie et la Corée du Sud, n'aient pas été ratifiés par le Congrès... comme si les lobbies agricoles ne savaient pas manipuler les majorités dans les chambres parlementaires américaines.
Son successeur, Barack Obama, a promis pendant la campagne électorale d'être plus ferme vis-à-vis des pays étrangers en matière commerciale, se faisant fort de renégocier l'Accord de libre-échange nord-américain (Alena), qui lie les Etats-Unis au Canada et au Mexique. C'est dire que la machine va s'accélérer, car le nouveau président souhaite aussi inclure des clauses sociales et écologiques dans les négociations commerciales avec les autres pays, une perspective qui alarme nombre de pays en développement. L'Europe a été incapable d'inclure ces paramètres dans ses échanges, et il serait tout de même extraordinaire que le pays le moins « social » du monde obtienne de tels aménagements restrictifs avant les démocraties du vieux continent !
Les promesses d'un G20 n'auront donc duré que l'espace d'un communiqué ? Il y a deux mois, le 15 novembre 2008, les dirigeants des vingt principales puissances économiques mondiales tenaient une réunion qualifiée "d'historique" à Washington, pour tenter de remédier à la crise financière mondiale. Zébulon Sarkozy avait terrassé la crise !
ON SE PROTEGE PARTOUT
Parmi les engagements solennels figurait le rejet du protectionnisme. "Dans les douze mois, nous nous abstiendrons d'élever de nouvelles barrières aux investissements ou au commerce des biens et des services. (...) De plus, nous nous efforcerons de parvenir à un accord cette année sur les modalités qui permettront de conclure le cycle commercial de Doha." Dans l'esprit de tous, les mesures protectionnistes prises dans les années 1930 ont accentué la crise née en 1929. On en tirait des leçons, avec une emphase médiatique qui ne bernait que les gogos ne sachant pas que la réalité revient toujours à la charge dès que les caméras sont reparties !
Aujourd'hui, c'est le cas : les négociations lancées en 2001 sont toujours au point mort, et ce n'est pas maintenant qu'elles vont progresser !
Et, ici et là, nous assistons bel et bien à une nouvelle tentation protectionniste. L'histoire retiendra peut-être que le dernier legs de George Bush au commerce international aura été l'annonce, le 15 janvier, d'un triplement de la taxe sur le roquefort, une décision qui nous ramène douze ans en arrière. Ce ne serait qu'anecdotique, si le même jour Nicolas Sarkozy, flamboyant "président de l'Europe" durant un semestre, n'avait pas conditionné les aides à l'automobile à la "localisation des emplois en France". Entre les Etats-Unis et l'Europe, le contentieux sur l'automobile n'est pas loin. Il y a quelques jours, Angela Merkel s'est inquiétée du plan d'aide américain à Detroit. De son côté, Moscou a, en novembre, augmenté les taxes sur les importations automobiles, et, le mois dernier, les Etats-Unis et le Mexique se sont plaints devant l'OMC des mesures, à leurs yeux protectionnistes, prises par la Chine. Le phénomène est mondial et va s'amplifier, provoquant des tensions entre les peuples, et la montée d'un climat politique inquiétant. En attendant, mangez du roquefort. Les producteurs vont en avoir besoin, et vous éviterez à José Bové de repartir en prison !
Mais je déblogue...