L'AUTRE QUOTIDIEN de Jean-Marie DARMIAN, ancien journaliste, maire et conseiller général de Créon (33). La politique et la vie sociale sans langue de bois...au quotidien et contre l'opinion dominante
Depuis bientôt 48 heures, Créon vit au rythme de la tempête. Une décennie après celle qui avait au moins causé autant de dégâts et de soucis, il faut bien constater que la situation a largement empiré. Jamais on n'a eu l'impression d'être face à un vide sidéral des responsabilités, comme si personne n'avait été antérieurement confronté à de telles situations de crise. Tous les diagrammes, tous les tableaux, tous les colloques, toutes les remontées n'ont absolument servi à rien, puisque le système de réponse à la crise a été méthodiquement démantelé depuis dix ans. Car le problème est bien là, avec la casse des services publics qui avaient joué un rôle essentiel dans la réponse apportée en 1999. Quel citoyen a véritablement conscience, quand il peste contre les retards pris dans le dégagement des routes, l'intervention des sapeurs-pompiers ou celui des employés d'EDF, que tout ce beau monde a été liquidé, sacrifié sur l'hôtel du profit et de la concurrence ? Tout a été éclaté et détruit pour soi-disant être plus efficace via la privatisation !
La DDE, qui avait comme mission essentielle de réagir en ces circonstances, n'existe plus, puisque l'essentiel de ses missions a été « refilée » (le mot n'est pas exagéré) aux conseils généraux et aux communes. Un arbre tombé sur une chaussée a désormais un statut : si la route est départementale il faut trouver le centre routier qui puisse intervenir, si elle est communale il faut s'adresser au maire d'une petite commune pour obtenir qu'intervienne une tronçonneuse et ... un employé qui n'existe pas ! Sans de multiples interventions, une motivation hors du commun, des centaines de kilomètres de voies de circulation seraient restées obstrués.
Cette tempête, la plus violente depuis celle de 1999 qui avait fait 88 morts dans l'Hexagone, n'a fait cette fois "que" quatre morts en France car elle s'est déroulée de nuit et avec une forte prévention médiatique, contrairement à l'autre. Les secours, qui dépendaient uniquement des sapeurs-pompiers, ont été morcelés ou déstructurés. Impossible pour eux de couper des arbres ne menaçant pas directement les biens et les personnes, impossible de transporter un blessé ou un malade « privés » sans l'accord du 15 (financement du déplacement oblige !) et interventions limitées pour des problèmes budgétaires. Le maquis des responsabilités n'a fait que compliquer les décisions, et surtout ont suscité l'incompréhension totale des personnes dans la détresse.
DES MILLIERS...D'ABSENTS
Les dégâts sont très importants sur le réseau électrique et le patrimoine forestier, mais aussi sur les réseaux de téléphonie et d'adduction d'eau ont déclaré les « autorités », sans se soucier d'expliquer que tous ces secteurs d'activité, autrefois majoritairement « publics », ont été privatisés au maximum ! Les raisons politiques fournies avaient été farouchement combattues par les personnels, qui mettaient en avant dangerosité de cette volonté de rentabiliser des services au public, dont on ne mesure la nécessité que quand ils font défaut !
Quelque 1,1 million de foyers étaient toujours privés d'électricité aujourd'hui, et il faudra au moins une semaine, voire deux, pour un retour à la normale... Entre EDF qui produit et vend l'électricité, ERDF qui le transporte sur certaines lignes, et RTE sur les plus importantes, les entités sont à la ramasse, avec surtout des centaines de suppressions d'emplois. La sous-traitance est permanente et se traduit au moment des crises par des carences graves, qui renvoient à perpète des solutions techniques pourtant simples.
L'insuffisance caractérisée en personnel est depuis hier soir incroyable. On attend des renforts, venus de régions elles aussi sinistrées, ou qui se démunissent en cas de situations graves.
LA TRISTE REALITE
La société ERDF dit avoir envoyé 1.000 agents sur le terrain, ainsi que 12 hélicoptères pour repérer les dégâts sur le réseau. Des électriciens en provenance de Grande-Bretagne, d'Allemagne et du Portugal devaient arriver en renfort dans la journée... sans connaître la réalité du terrain.
En fait, hier soir, je me suis retrouvé avec l'un des 12 agents ERDF chargés de sécuriser les lignes tombées à terre, sans téléphone portable fiable et sans radio pour joindre le centre chargé de rétablir les alimentations. Après 49 coups de téléphone donnés avec mon mobile personnel, nous avons réussi à rebrancher les abonnés d'un petit secteur; mais aujourd'hui, il n'y a plus personne pour intervenir ! La privatisation a simplement détruit l'unicité de réponse et donc l'efficacité réelle.
Les habitants sont souvent aussi privés d'eau potable et de téléphone. France-Télécom parle d'une coupure de 350.000 lignes et annonce avoir envoyé 1.000 techniciens sur le terrain...Là encore, il faut absolument relativiser ces effets d'annonce dénués de tout fondement, car les techniciens sur le terrain avouent qu'il faudra plus d'un mois pour ramener tout le monde à la normale ! Les opérateurs privés de téléphonie ont baissé pavillon depuis longtemps, car ni Bouygues, ni SFR, n' ont été capables de maintenir leurs relais en état de fonctionnement.
ESBROUFFE PRESIDENTIELLE
En pleine crise financière, et sur fond de forte hausse des déficits publics, le gouvernement annonce qu'il va avoir recours aux crédits déjà programmés pour les catastrophes, mais il semble exclure toute dépense nouvelle. Il en appelle aux assureurs, et compte aussi demander l'aide de l'Union européenne.
Le président Nicolas Sarkozy, accompagné de ses principaux ministres et des dirigeants des sociétés publiques, est arrivé à Pian-Médoc (municipalité UMP), en début d'après-midi pour affirmer que, grâce à sa présence, tous les méfaits de cette déstructuration vont être résolus. « Ce qui me satisfait dans ce drame, c'est que les leçons de 1999 ont été tirées : beaucoup plus de réactivité, moins de victimes, plus d'efficacité », a déclaré plus tôt le président dans le Médoc, où il est venu constater une... intervention de ERDF pour réinstaller une ligne électrique.
« La priorité aujourd'hui est de rétablir l'électricité le plus vite possible. En 1999, il avait fallu trois semaines, là nous espérons que dans une petite semaine tout le monde sera raccordé ». Dommage qu'il ne soit pas venu le dire aux gens de Créon, qui ont défilé toute la journée dans la mairie pour tenter d'obtenir un délai de réparation des lignes qui les desservent... au moins ils auraient obtenu un délai plus court, car, pour nous, la cellule de crise prédit... 6 jours, et 12 jours pour les communes rurales. Mais c'est ce que l'on appelle l'effet Sarko, qui consiste à soigner par les paroles et jamais par les actes !
Mais je déblogue...