L'AUTRE QUOTIDIEN de Jean-Marie DARMIAN, ancien journaliste, maire et conseiller général de Créon (33). La politique et la vie sociale sans langue de bois...au quotidien et contre l'opinion dominante
Tous les regards se tournent vers la gauche... et même vers l'extrême gauche ! Extraordinaire modification du paysage français, quand depuis des années on scrutait l'évolution de l'extrême droite et que toute la vie politique tournait autour de sa montée dans les consultations électorales. Le pic de cette propension à valoriser les positions lepénistes a conduit au soir du terrible 21 avril 2002 ! Ce fut l'affolement général des consciences, et on assista au grand bal des faux-culs qui ont préparé les élections présidentielles suivantes, puisqu'elles ont remis en selle celui qui actuellement tente de faire du mitterrandisme inversé. En effet, il serait vain de nier que François Mitterrand a usé de stratagèmes divers pour mettre en place un réflexe collectif de défense vis-à-vis du Front National, et que la tactique inspire Nicolas Sarkozy !
Depuis quelques semaines l'Elysée met le paquet pour, par exemple, valoriser le syndicat Sud et transformer, grâce à cet affrontement, le mouvement social en épouvantail sociétal. Le secrétaire général de la CFDT, François Chérèque, a estimé hier, à juste raison, que Nicolas Sarkozy avait fait le choix de « survaloriser médiatiquement Sud » pour affaiblir les autres syndicats et que cela était « un jeu dangereux ». Il a ajouté ce constat clair qui démonte un système de communication extrêmement bien organisé : "On voit bien la tactique : on se crée un ennemi qui n'existe pas, qui fait moins de 4 % aux élections des prud'hommes, qui est présent dans quelques entreprises publiques, et qu'on survalorise au niveau médiatique, pour inévitablement affaiblir le syndicalisme ». Le seul détail qu'oublie le « patron » de la CFDT, c'est que ce processus n'est pas un élément isolé, mais fait partie intégrante d'une véritable technique de gouvernance. Il faut, en effet, ajouter les prises de position de sa Ministre de l'intérieur sur « l'ultra gauche ». Un nouveau concept ayant émergé, grâce à la complicité médiatique bien organisée autour de l'affaire Coupat, il faut absolument le faire monter dans l'opinion, inquiète sur son avenir. En accréditant la dangerosité de certaines entités politiques existant parfois depuis longtemps, MAM a créé un autre front.
LA VIOLENCE PRESUMEE
Sur son blog du www.nouvelobs.com, Sylvie Veran, journaliste spécialisée dans l'actualité judiciaire, confirme explicitement cette réalité. « De dangereux terroristes les manifestants, anonymes et élus compris, en faveur de la remise en liberté de Julien Coupat ? A Paris, samedi dernier, en milieu de matinée, des forces de l'ordre, en nombre considérable, ont été déployées dans le quartier de la prison de la Santé où reste incarcéré Julien Coupat, l'un des quinze saboteurs présumés d'une ligne SNCF. Bien que les manifestants, qui n'étaient que 1200 selon la police (3500 selon les organisateurs: une cinquantaine de comités de soutien à Julien Coupat), ne devaient se retrouver qu'à 15 heures, boulevard Arago, dans le 14ème arrondissement, il n'était, dès treize heures, plus possible de prendre un autobus passant par les avenues ceinturant la place Denfert-Rochereau. A la même heure, toute une partie des 13ème et 14ème arrondissements était bloqués. Dans le 5ème, de la rue Claude Bernard au boulevard de Port-Royal, situé pourtant à une station de RER de Denfert-Rochereau, la totalité des voies, hormis un temps les rues Saint-Jacques et Berthollet, étaient barrées. Dans la petite rue en sens unique Pierre Nicole, parallèle au boulevard Saint- Michel, stationnait une quinzaine de cars de CRS, empêchant ainsi les riverains de prendre leur voiture alors que les bus ne pouvaient circuler. Du jamais vu dans le quartier, même un jour de « Gay pride »... ! » Ce récit atteste de la volonté de présenter cette contestation, qui relève, par certains côtés, des « germes » de mai 68, comme étant inquiétante par son caractère violent. D'ailleurs, les bilans officiels parlent de 8 blessés parmi les centaines de policiers présents. L'emploi du qualificatif de « terroriste » pour le groupe de Tarnac prend toute sa signification avec ce déploiement de forces et ces affrontements dans un quartier symbolique de la rébellion soixante-huitarde !
Comme il est fort probable que la situation va empirer, et que les événements de Grèce ont été décodés, il faut s'attendre à une montée en puissance de la contestation, alors autant préparer l'opinion dominante à la condamner, à priori, dès maintenant. Personne ne peut oublier le virulent discours de Nicolas Sarkozy contre « l'héritage » de mai 68, prononcé le dimanche 29 avril lors du meeting du candidat UMP au Palais omnisport de Paris-Bercy. Il avait provoqué de nombreuses réactions et surtout servi de base aux réactions actuelles. « Mai 1968 nous avait imposé le relativisme intellectuel et moral », a déclaré Nicolas Sarkozy pour qui il faut désormais « tourner la page » et « liquider cet héritage ».
LE CAS BESANCENOT
L'extrême gauche, présentée comme non respectable, sera vite assimilée à celle plus institutionnelle. Olivier Besancenot verra son image écornée avec l'enquête lancée autour d'un « incident » lors d'une manifestation syndicale. Les sondages, qui s'accumulent sur le bureau des spécialistes, font référence à des scores forts de la Gauche de la Gauche. Un sondage Ifop commandé par le... Parti de gauche place d'éventuelles listes européennes PG-PCF-NPA en troisième position avec 14,5%, derrière le PS (22,5%) et l'UMP (25,5%).
Alors qu'Olivier Besancenot écarte pour le NPA l'idée de faire seulement « un bon coup électoral », Jean-Luc Mélenchon s'est dit ouvert à une alliance pérenne, incluant les élections régionales et, pourquoi pas, l'élection présidentielle de 2012... Et ça commence à inquiéter au PS, et à réjouir à droite ! D'ailleurs tout le monde a brutalement tourné les yeux vers ce score qui pourrait même placer cette alliance en seconde position... puisque Mélenchon exclurait toute alliance avec les socialistes.
Immédiatement, les offres de service sont apparues. A l'issue de son voyage au Brésil pour participer au Forum social mondial de Belem, Ségolène Royal estime qu'un dialogue est possible entre la gauche et l'extrême gauche en France. « Une chose m'a frappée à Belem: il n'y a pas de barrière infranchissable entre ces trois composantes que sont la gauche de gouvernement, les mouvements sociaux qui luttent sur le terrain, et ce qu'on appelle en France l'extrême gauche », écrit-elle dans une tribune publiée par le Journal du Dimanche.
« Bien sûr, la critique est parfois vive, mais dans l'ensemble sans sectarisme stérile. Ici, on s'écoute. Ici, on argumente », ajoute la présidente de la région Poitou-Charentes, présente au forum altermondialiste qui se tient en même temps que le sommet économique de Davos. Une main tendue qui va faire jaser. Changement de cap ! D'ici à ce qu'elle appelle Jean-Luc Mélenchon pour un déjeuner chabichou... il n'y a qu'un pas qu'il sera difficile de franchir. L'amalgame médiatique va donc être patiemment exploité. Et d'ailleurs, ça n'a pas tardé ! Le porte-parole du gouvernement y voit un manque de cohérence de la part de Ségolène Royal, et une preuve de l'absence d'idées du Parti socialiste. « Mme Royal a passé la campagne présidentielle à nous expliquer le bien-fondé de l'alliance avec M. Bayrou, avec le centre. Aujourd'hui, elle nous vante les mérites de M. Besancenot et de l'ultra-gauche ».
Reprenant à son compte l'expression de la ministre de l'Intérieur pour qualifier les suspects de Tarnac, et démontrant qu'il s'agit bel et bien d'une tactique de communication savamment orchestrée. Il n'y a plus pour faire peur dans les chaumières le Bolchévik avec le couteau entre les dents ou le révolutionnaire prêt à accrocher les patrons au croc des bouchers. Alors on reconstitue un fantôme : le gauchiste terroriste agissant !
« M. Besancenot a des idées qui sont antérieures à son âge mais il est sympathique quand il passe à la télévision. Cela peut susciter de l'intérêt, surtout dans une crise comme aujourd'hui, auprès d'un certain nombre de vieux militants de gauche qui ne voient plus d'alternatives, de contre-propositions au sein du Parti socialiste », a donc ajouté Luc Chatel ! Durant les semaines qui s'ouvrent, la diabolisation de la Gauche de la Gauche va s'accentuer, car elle arrange bien les affaires très mal en point de l'Elysée ! La « chienlit », si elle n'existe pas, peut être fomentée. Cherchez, bien et vous trouverez des exemples historiques.
Mais je déblogue...