L'AUTRE QUOTIDIEN de Jean-Marie DARMIAN, ancien journaliste, maire et conseiller général de Créon (33). La politique et la vie sociale sans langue de bois...au quotidien et contre l'opinion dominante
« Tant qu'on a la santé ! » : tout le monde a entendu cette phrase lancée comme un espoir d'échapper à des maladies de plus en plus inquiétantes, car susceptibles de bouleverser en quelques jours une vie jusque-là paisible. Il se trouve que le gouvernement se préoccupe de notre avenir dans ce domaine. La mission a été confiée à Roselyne Bachelot qui, après Xavier Darcos, Valérie Pècresse ou Eric Woerth, va entrer dans l'arène des réformes voulues par un Président dont les Françaises et les Français commencent enfin à se méfier. Selon le sondage Sofres-Logica pour le Nouvel Observateur, faisant suite à la mobilisation du 29 janvier, 58% des Français considèrent que Nicolas Sarkozy « parle beaucoup pour ne pas faire grand-chose » et ils ne sont que 34% à estimer que le président de la République agit en « profondeur » pour changer la société. Il faut convenir que si l'on dressait un bilan objectif chiffré de l'impact des mesures prises, on aurait un tableau encore plus apocalyptique de la situation actuelle. D'ailleurs depuis sa « brillante » intervention télévisée, il semble que le silence ait été imposé par les communicants de l'Elysée à leur protégé. Pour la santé, le mal est profond et avant même que la réforme soit engagée elle soulève des oppositions de toutes parts. Le seul objectif : réduire la facture sociale actuelle en diminuant pour la énième fois les dépenses, sans se soucier véritablement de l'augmentation des recettes, plombées par des milliards d'exonérations accordées, pour tenter de convaincre des gens que le profit financier fait le bonheur des peuples !
« Attention danger : le gouvernement sacrifie votre santé ! ». Ce message sera l'un de ceux utilisés, à partir de ce matin, dans le cadre d'une campagne de communication lancée à l'initiative du Centre national des professions de santé (CNPS), qui regroupe des syndicats de médecins libéraux. Son but : alerter les Français - patients, élus et professionnels de santé - sur les conséquences du projet de loi "Hôpital, Patients, Santé, Territoires" (HPST), dont les effets seront à terme dévastateurs pour les hôpitaux, les patients, la santé et les territoires ! Inutile de se voiler la face : il faudra de plus en plus avoir les moyens financiers pour être correctement soigné, en raison de l'éloignement des grandes plateformes de soins, de la privatisation continuelle du système, de la faiblesse des moyens mis en œuvre dans le secteur public en terme de personnel. Les toubibs eux-mêmes paniquent devant ce qui les attend dans leurs relations avec les malades, qui mériteront plus que jamais le terme de... patients compte tenu des délais qui leur seront imposés pour être soignés.
ETATISATION DU SYSTEME
« Nous invitons les Français à saisir leurs députés, qui ne prennent pas bien conscience des dangers du projet de loi » HPST, actuellement en débat au parlement, a déclaré le président du CNPS Michel Chassang. Selon lui, il en va de l'avenir du système de santé. Le CNPS estime que la loi Bachelot, qui prévoit la création des Agences régionales de santé (ARS), mènera à une « étatisation du système de santé ». Les ARS auront en effet vocation à superviser la médecine libérale, au même titre que l'organisation de l'hôpital. Selon Michel Chassang, « c'est la fin de la liberté d'installation ». La campagne du CNPS commence en tout cas ce matin et prendra la forme de visuels publiés dans la presse quotidienne régionale et la presse professionnelle. Un versant web est également prévu, ainsi qu'une distribution d'affiches dans les cabinets de médecins libéraux... Les Universités sont en ébullition, des écoles sont occupées et maintenant, les médecins entrent dans la danse mais il ne faut pas s'inquiéter, la majorité UMP applaudira des deux mains à cette réforme qui une fois encore, repose non pas sur des choix humains, mais sur des ratios financiers !
Le véritable changement c'est que, désormais, le Ministère de la santé ne cherche plus des fonctionnaires, mais des managers de haut niveau; plus de spécialistes, mais des Stakhanov du bistouri. Leur embauche s'inscrit dans la loi, car tout tourne autour de la notion de...rentabilité. Au menu du texte, des mots clés qui parleront aux patients les plus citoyens : décision, évaluation, responsabilisation, définition d'une stratégie ! Finie la priorité donnée à l'accueil, au soutien, à la prévention, l'accompagnement, les soins, car Roselyne Bachelot va compter sur des « superpatrons », les pilotes des 26 ARS (agences régionales de santé), pour en faire les piliers de sa réforme et fermer les services ou réduire au maximum les coûts du système de santé. Il est vrai qu'il y a urgence, tant les dépenses explosent. En 2008, la France a consacré à l'hôpital 67,5 milliards d'euros, soit près de la moitié des dépenses d'assurance-maladie. A lui seul, l'hôpital public absorbe 51 milliards d'euros, presque autant que... l'Education nationale, et plus de 750 000 postes à temps plein, soit autant que l'Allemagne, qui compte 20 millions d'habitants en plus.
DES PATRONS DE COMBAT
Pour mettre de l'ordre dans le système, Roselyne Bachelot donnera aux directeurs des ARS « les pouvoirs d'un PDG » ce qui en fera forcément très vite des patrons de combat. Leur rôle ? Coordonner la politique sanitaire de la zone, déterminer la stratégie globale, et aussi impulser une culture d'évaluation et de résultat. Il leur faudra surtout être solides, car la réorganisation territoriale ne fera pas l'économie de fusions de structures, de fermetures de services de proximité, de restructurations, avec des transferts de personnels. Signe tangible de son pouvoir, le directeur d'ARS choisira les directeurs des hôpitaux - aujourd'hui, les élus locaux peuvent s'opposer à leur nomination -, et il pourra les évaluer, leur donner des primes, et même les limoger. De fait, les patrons d'hôpital pourront gérer leurs effectifs comme dans une entreprise.
Aujourd'hui, le statut des agents hospitaliers est jugé trop protecteur. Il est impossible, selon les ultra libéraux, de se séparer d'un praticien, et la gestion des effectifs se fait surtout par le non-remplacement des départs à la retraite.
Pour responsabiliser un peu plus les patrons de la santé, Roselyne Bachelot va aussi modifier la gouvernance de l'hôpital. Le conseil d'administration actuel sera remplacé par un « directoire », véritable organe de décision, au côté d'un conseil de surveillance, dont le président ne sera plus obligatoirement le maire de la commune... On entre de plain pied dans la privatisation de la santé, avec la perte inévitable d'un nouveau pan du service au public. Désormais, la marchandisation a de beaux jours devant elle, car personne ne sait véritablement comment encadrer les dépenses de médecine de ville, qui augmentent à vive allure. Mais on ne touche pas à une clientèle politique potentielle !
SANTE FINANCIARISEE
« Ce texte ne résout aucun problème alors que les hôpitaux français sont en grandes difficultés et que le système de santé est fragilisé depuis de nombreuses années, ce malgré l'effort des professionnels », a commenté Hélène Mandroux, médecin et Maire de Montpellier. La vice-présidente de l'Association des maires des grandes villes de France regrette « que cette loi ne soit pas plus précise sur l'installation des médecins et qu'elle présente une grande vacuité sur le devenir des hôpitaux dont la plupart sont en péril ». Autres griefs : « la transformation des conseils d'administration des hôpitaux en conseils de surveillance, et la poursuite de la convergence public-privé qui va aboutir selon la Fédération Hospitalière de France à une baisse de 30 % du budget des hôpitaux ». On est dans la réalité du projet, et pas nécessairement sur son versant théorique ! En attendant, il faudra se pencher sur un fait oublié : l'allongement de la vie ne diminuera en rien le coût de la santé ! On pourra réduire tous les budgets de fonctionnement du monde, rien ne viendra diminuer ce phénomène social. L'augmentation des soins est en effet aussi liée à d'autres problèmes que ceux causés par la « gouvernance » des hôpitaux. La loi l'ignore pour se concentrer uniquement sur l'aspect financier.
Hier par exemple on prenait pourtant connaissance de la mortalité après cancer des enfants dans notre pays : un chiffre effroyable, la maladie est responsable du décès de 500 enfants chaque année en France. Le cancer est la deuxième cause de mortalité chez les 1-12 ans, après les accidents... Qui en cherche véritablement les raisons ? Les leucémies et les tumeurs cérébrales sont les cancers les plus fréquents chez les enfants en Europe. Et si le taux de guérison est passé de 30% à plus de 70% en 30 ans, ce n'est pas à porter au discrédit du système de santé actuel. « Il y a des mesures qui font consensus sur tous les bancs », s'est félicitée Roselyne Bachelot. Cela n'empêche pas de critiquer un projet de loi portant « une réforme technocratique » dont les objectifs sont « purement financiers » pour un hôpital qui manque déjà de moyens. Mais en période de crise, il est extrêmement difficile de ne pas accepter une potion amère !
Mais je déblogue...