Aujourd’hui, un nouveau drame vient de frapper à Marseille, après celui, totalement horrible, de l’incendie par vengeance d’un immeuble. Il est révélateur d’une nouvelle do
nne sociale dont on ne veut pas parler car elle affolerait le bon peuple. Et c’est encore un peu tôt par rapport aux échéances électorales. En fait elle se résume dans le constat provocateur suivant : les terroristes ne sont pas où on le croît. Ils ont investi les routes de France, et ce n’est pas eux que l’on voit sur les photos des radars automatiques. Quatre collégiens ont ainsi été fauchés par un adolescent de… 15 ans qui conduisait à grande vitesse une voiture volée hier, à 12h 30, devant le collège Massenet, situé dans le XIVe arrondissement de Marseille. Le véhicule, une Clio grise, remontait le boulevard devant l’établissement scolaire à l'heure de la sortie. Il a heurté, dans des circonstances qui n'ont pas encore été entièrement définies, quatre jeunes gens qui venaient de quitter l'établissement. Deux d'entre eux, un garçon et une fille, élèves de 4e, ont été très sérieusement blessés par le choc. Si la jeune fille est hors de danger, le garçon est toujours en réanimation dans un état critique. Deux autres collégiens, apparemment du même âge, ont été fauchéss mais leurs blessures n'inspiraient aucune inquiétude.
Le chauffard, membre de la communauté des gens du voyage, et connu des services de police, avait dérobé le véhicule dans la matinée. L'adolescent a pris la fuite après avoir percuté les adolescents, mais devait heurter, quelques instants plus tard, un autre véhicule dans la cité La Simiane. Il a alors abandonné son véhicule et tenté de s'échapper à pied. En début d'après-midi, les policiers marseillais l'interpellaient dans la cité Consolat. Le jeune garçon correspondait parfaitement au signalement donné par les témoins de la scène.
Ce faits divers, qui va certainement raviver la haine entre les communautés, n’est pourtant pas extraordinaire et se produit quotidiennement en France. Actuellement, sur les routes, circulent des conducteurs dans la plus parfaite illégalité sans pour autant provoquer une mobilisation particulière.
UN GRAVE ACCIDENT DE LA ROUTE
Samedi, les sapeurs-pompiers m’ont alerté sur un accident de la route qui s’était produit vers le lieu-dit " Mailleau ". Deux véhicules s’étaient heurtés, face à face, de plein fouet, et un blessé grave nécessitait le déplacement du Samu. Nous n’étions pas dans les Bouches-du-Rhône ou dans une banlieue, mais en pleine campagne, dans une cité à peu près paisible. Un jeune automobiliste de 19 ans roulant à une allure folle s’était déporté sur la gauche, dans une ligne droite, pour heurter la voiture venant en face ! Il n’avait pas la ceinture de sécurité attachée et a perdu le contrôle de son véhicule… Le choc fut terrible, mais heureusement, les deux femmes qui arrivaient paisiblement face à lui, s’en tiraient avec un minimum de traumatismes.
Comme à l’habitude, les premiers secours ont tout fait pour sauver le conducteur imprudent qui avait violemment heurté le pare brise. Quelques temps après, les gendarmes ont pris le relais pour s’apercevoir que le conducteur fautif, et le plus gravement blessé, n’avait pas… de permis qui lui avait déjà été retiré depuis plusieurs semaines.
Le phénomène n’est pas nouveau et, au contraire, se développe. Les accidents constatés montrent en effet que des chauffards plus ou moins jeunes circulent en toute impunité sans permis (plus qu’on ne le croit), ou dans les meilleurs des cas sans assurance (gare aux accidents matériels), et le nombre des délits de fuite augmente.
L’hebdomadaire Marianne, dans son dernier numéro avance le constat de " plus d’un million et demi de sans permis en France ". Cette estimation qu’annonce le magazine, est peut-être en dessous de la réalité puisque, selon Christophe Naudin, chercheur à Paris II, " en 2001, ils étaient 700.000, leur nombre a plus que doublé aujourd’hui ". Ce nombre, même s’il est très difficile à vérifier, n’est pas contredit par l’Observatoire national interministériel de la Sécurité routière (ONISR), qui note que " la progression des sans permis atteint 1000% en trois ans. En 2003, il n’étaient que 3000, en 2004, ce chiffre atteignait déjà 10.000".
Ce même institut indique que " les conducteurs n’ayant pas tous leurs points étaient très minoritaires en 2002 (8% environ). Ils ont fortement augmenté, et vont dépasser les 30% en 2006 " ! Sur les 36 millions de détenteurs du permis de conduire, ce chiffre commence à être parlant. Cela peut paraître colossal, mais c’est en partie confirmé par le fonds de Garantie des assurances obligatoires, qui estime, lui, que le nombre des sans permis " atteint les 2 millions " !!!
Pourquoi une telle inflation ? A cause de la politique du " contrôle-sanction-automatisé " qui a rendu caducs 54.000 permis en 2005 contre 21.000 en 2003, soit 50% de plus en deux ans. Une hécatombe, dont les conséquences réjouissent les uns, et plongent les autres dans la difficulté.
Comment va faire le chauffeur de poids lourds, le livreur, le conducteur d’ambulance, le commercial, le dépanneur télé, sans permis ? Il va rouler sans le précieux sésame. Résultat, en cas d’accrochage ou d’incident plus sérieux, il aura tendance à commettre un délit de fuite pour ne pas alourdir son casier.
34 000 PROCES-VERBAUX POUR LES SANS PERMIS
Bien évidemment, tout le monde fait le silence sur cette triste réalité qui met en cause la politique faussement " sécuritaire " d’un gouvernement ayant inventé la Française des Jeux routiers sanctionnant pécuniairement les automobilistes identifiables et solvables. En revanche, SUD-OUEST qui publie régulièrement les statistiques des sanctions exemplaires prises pour excès de vitesse, feux rouges grillés par des cyclistes, taux d’alcoolémie ravageurs, n’a jamais indiqué combien les services de police avaient arrêté de personnes circulant sans… permis ou sans assurance. En 2004 on aurait dressé plus de 34 000 procès-verbaux à l’égard de conducteurs sans permis, contre moins de 10000 un an auparavant.
La situation préoccupante se détériore chaque jour. Depuis trois ans, l'insécurité routière recule et le prix à payer est peut-être ces suspensions, ces retraits, ces annulations qui touchent des conducteurs apparemment sans histoires. Le nouveau permis, entré en application le 1er juillet 1992, est bien entendu à la base du problème. Avec la politique répressive qui s'intensifie, plus de 10 millions de points ont été retirés l'an dernier contre 6,4 millions en 2004, année qui avait connu une hausse de 44 % par rapport à la
précédente. Les conséquences sont bien souvent catastrophiques. Selon les derniers chiffres officiels, 39.413 permis de conduite ont été invalidés en 2004, soit 87 % de plus qu'en 2003 et quatre fois plus qu'en 1997. Et l'année 2005 devrait afficher un bilan encore plus noir… En transformant la sécurité routière en pompe à fric permanente, les pouvoirs publics développent une nouvelle forme d’insécurité routière.
ATTENUER LES INEGALITES SOCIALES
Pour les jeunes, la situation est dramatique. Quand existait le service national, bon nombre d’entre eux, bénéficiaient de la préparation et de l’obtention gratuites des permis de conduire. L’armée permettait ainsi d’atténuer les inégalités sociales liées au coût d'obtention d’un document indispensable pour trouver du travail et s’insérer dans la vie sociale. Rien ne remplace ce soutien réel à la citoyenneté responsable. Et pour prendre un exemple concret, on ne peut désormais devenir sapeur-pompier professionnel qu’avec le permis poids lourds, compte tenu de la pénurie néfaste à l’efficacité des secours (les camions de lutte contre l’incendie relèvent tous de ce permis). Or l’ardoise est inaccessible à un jeune chichement payé !
La semaine dernière j’ai également vu une situation aberrante. Un collégien ayant quitté, à la fin de la quatrième le cursus scolaire pour entrer dans la vie active, n’a obtenu que le première partie du Brevet de Sécurité Routière (BSR). Il a absolument besoin de son permis de conduire pour continuer à travailler pour l’entreprise qui lui a donné sa chance. Or, s’il n’a pas le second volet de son BSR qui ne se prépare que… dans un collège il ne peut pas passer son permis. Comment faire quand on a abandonné ses études ? Simple et hallucinant: il faut s’inscrire auprès d’un GRETA, qui organise deux sessions… par an. La validation du BSR n’est possible que dans le milieu scolaire, comme si les auto-écoles n’étaient pas capables de pallier cette carence involontaire.
Le jeune que j’ai vu devra patienter plusieurs mois avant de recevoir un permis qu’il peut réussir sans pour autant recevoir le document qui en atteste, tant qu’il n’aura pas le second tampon sur son BSR … La tentation sera grande de rouler sans rien respecte, et si vous êtes en face, planquez vous ! Vous ne serez pas photographié par un radar tirelire mais plus sûrement expédié aux urgences!
Mais je déblogue…