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L'AUTRE QUOTIDIEN de Jean-Marie DARMIAN, ancien journaliste, maire et conseiller général de Créon (33). La politique et la vie sociale sans langue de bois...au quotidien et contre l'opinion dominante

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DU BEUR DE PALME

Des paillettes. Beaucoup de paillettes. Du beau linge. Beaucoup de beau linge. Des paroles. Beaucoup de bonnes paroles. Des rêves. Beaucoup de rêves. Le Festival de Cannes, avant d’être une rencontre autour du cinéma, est devenu un miroir aux alouettes, une sorte d’anti-dépressseur collectif qui consisterait à présenter une société fictive, un microcosme parfait, riche, célèbre, qui éclipserait les miasmes et la boue du quotidien. On y voit des visages heureux, des robes splendides, des couples idylliques, des gens déjantés, des femmes et des hommes inaccessibles… En plus, ces personnes porteuses d’une autre réalité ne trichent pas avec leur métier. Elles ne vendent pas autre chose que de l’extraordinaire et leur univers ne prétend jamais à la vérité. Contrairement à tous ceux que vous pouvez voir défiler sur des plateaux illuminés, pour des effets d’annonce sans lendemain. Eux au moins, les gens du cinéma, affichent la couleur : ils ne proposent que de la fiction.
Le festival de Cannes n’échappe cependant pas aux soubresauts de tous les lieux où se jouent les récompenses. Un savant saupoudrage international éclipse parfois le mérite des uns ou des autres, car les enjeux financiers sont considérables. Croire qu’il s’agit uniquement d’une affaire d’art, au sens pur, relèverait des scénarii pour midinettes. Cannes a pourtant réussi à traverser toutes les crises pour devenir, chaque année durant douze jours, le coeur du cinéma du Monde. Cette permanence dans la notoriété d’un rendez-vous à la française constitue une particularité remarquable. En effet, on sait que tout ce que nous inventons, que nous portons à l’échelle mondiale, finit souvent de l’autre côté de l’Atlantique. Dans un monde de la désillusion quotidienne, le plaisir de magnifier l’illusion séculaire des écrans blancs ne se boude pas.
Le 28 décembre 1895, les frères Lumière organisaient la première projection cinématographique publique et payante. Elle eut lieu dans le salon indien, au sous-sol du Grand Café, à Paris. Le billet d'entrée coûtait un franc et donnait le droit de voir une dizaine de bandes, d'environ une minute chacune (dont la fameuse " sortie des usines Lumière "), réalisées par les frères inventeurs. Le public se montra d'abord méfiant ; il redoutait une simple projection de lanterne magique, et était trop occupé par la préparation des festivités du nouvel an, mais il fut immédiatement séduit par " l’arrivée du train en gare de La Ciotat "; et on dit même que des spectateurs ont eu un sursaut de recul pour éviter le train, pensant qu'il fonçait réellement sur eux.
Trente trois personnes avaient donc, pour leur plus grand plaisir, assisté à cette première projection. On notera que Georges Méliès en faisait partie, et on raconte même qu'il aurait proposé aux frères Lumière d'acheter leur invention contre une forte somme d'argent. Ceux-ci auraient refusé, expliquant que le cinématographe n'était en aucun cas un divertissement, mais bien une technique scientifique moderne…
Cannes, plus de 110 ans plus tard, a pris le contre-pied total de cette volonté d’inventeurs devenus bien moins célèbres que des vedettes ayant profité de leur esprit créatif. Auguste et Louis Lumière n’avaient certainement pas imaginé qu’un soir, le monde entier attendrait que l’on nomme une palme d’or pour renforcer la crédibilité de la création cinématographique.
ECHAPPER A L’ANONYMAT
La remise des prix a été totalement abolie dans notre système éducatif. Elle allait à l’encontre de tous les principes égalitaires. Il semble que le concept reprenne du poil de la bête. Certes, il n’y a encore aucun risque que l’on revienne aux cérémonies d’antan, qui clôturaient la journée consacrée aux Certificats d’Etudes.
Mais Cannes, de manière anachronique, symbolise cette mentalité voulant que l’on distingue, dans la masse, ce qui peut être considéré comme une élite.
En France, par exemple, on ne cesse de produire des œuvres ayant plus ou moins de succès, et le moindre accessit obtenu sur la Croisette permet d’échapper à l’anonymat de l’industrialisation cinématographique.
Ainsi en 2002 le système avait sorti 163 films pour passer à 184 en 2003 et retomber à 167 en 2004 . Il faut admettre que tous ne relèvent pas du jury de Cannes, mais qu’ils permettent au moins au Français de demeurer une langue d’expression artistique. Le phénomène le plus marquant aura été que, dans ce contexte, en 2005, on a constaté une nouvelle hausse spectaculaire du nombre de films produits : tous les records ont été battus, puisque jamais, dans l'histoire du cinéma hexagonal, le nombre de créations d'initiative française (187 films soit 3 films de plus qu'en 2003, où un seuil historique avait déjà été franchi, et 20 de plus qu'en 2004) n' avait atteint un tel niveau. La même tendance s'observe pour les productions minoritaires, dont le nombre augmente fortement aussi, pour porter à 240 le nombre total de films agréés, soit 28 de plus qu'en 2003 et 37 de plus que l'an dernier.
Ces nombres démontrent la vitalité de la production française, mais ne rassurent pas tout le monde : la multiplicité de l’offre ne se traduit pas nécessairement pas un accroissement de la fréquentation. Le problème de la distribution reste en effet posé, car les mastodontes américains écrasent tous les autres ; et certains films produits en France ne seriont finalement jamais distribués en salles. Les prix deviennent alors essentiels, car ils évitent le financement outrancier de campagnes de promotion.
UNE TRES MAUVAISE NOUVELLE
Le fait que " Les indigènes " ait décroché un prix collectif de l’interprétation masculine va ainsi probablement donner une nouvelle dimension au sujet qu’il traite. C’est une très mauvaise nouvelle pour la théorie de " l’immigration choisie " du Roquet de Neuilly, car justement, les héros (aux deux sens du mot) n’avaient pas véritablement choisi de venir défendre un pays qui les a ensuite méprisés. La phrase de Jamel Debbouze, s’exprimant devant un parterre médusé et mal à l’aise, restera comme le symbole de l’anti-Cannes traditionnel : " Grâce au cinéma, je suis passé du RMI (Merci Rocard) à l’ISF ". Voici que la " racaille " s’installe sur la croisette, dans l’une des villes les plus racistes de France (les sketchs remarquables des Guignols l’avaient déjà souligné).
Prix d'interprétation masculine, Jamel Debbouze, Sami Bouajila, Roschdy Zem et Bernard Blancan, les acteurs présents de "Indigènes" de Rachid Bouchareb, ont fait " tache " dans un palmarès bien léché. Ils ne correspondent pas au portrait-type des acteurs. Leur parcours relève davantage de l’aventure sociale que de la formation académique. Je ne sais pas si c’est un préjugé, mais j’ai senti que le " sérail " n’appréciait pas, outre mesure, cette intrusion de quatre olibrius autodidactes et inclassables dans un milieu où ces dames font assaut d’élégance. Et pourtant, le choix de les récompenser va probablement éclipser tout le reste du palmarès !
"1944-1945...Libération de l'Italie, de la Provence, des Alpes, de la vallée du Rhône, des Vosges, de l'Alsace (…).Cette remontée victorieuse et meurtrière vers l'Allemagne a été le fait de la 1ère Armée française, 200 000 hommes, et parmi eux 130 000 "indigènes", dont environ 110 000 Maghrébins et 20 000 Africains... (…) Le film raconte l'histoire oubliée des soldats dits "indigènes" à travers l'épopée de quatre d'entre eux. Abdelkader, Saïd, Messaoud et Yassir (le goumier) qui sont des voltigeurs. Réputés pour leur endurance, leur sens du terrain, leur courage dans le corps à corps, on les envoie en première ligne..." Depuis hier soir, ils se sont retrouvés dans un autre combat. Pas certain qu’il soit plus aisé que celui mené par " Les indigènes " de la Libération, car il n’est pas sûr que la sortie du film s’inscrive dans un contexte aussi consensuel, tant tout ce qui touche à l’histoire et à l’enseignement du fait colonial (dont l’enrôlement de troupes indigènes dans l’armée française est un des aspects) est devenu sensible…
Tiens, je lance un défi politique pur et précis : que tous les profs d’histoire bien pensants aient le courage de sortir avec leurs classes, en début d’année scolaire, pour les conduire face à la réalité de ce film. Ils pourraient se faire accompagner de tous leurs collègues, pour un acte civique au moins aussi décisif que celui consistant à s’évertuer à enseigner théoriquement un volet délibéremment oublié de notre histoire. Si Cannes ne servait qu’à cela…
Mais je déblogue
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E
Votre "colonne de droite" est bien plaisante ! Ce n'est pas de la même veine qu'avant mais les choix sont bons !<br /> Excellent traiteur à Créon (votre voisin !) qui fait, entre autre, une excellente lamproie à la bordelaise. Très bon restaurant sur la Garonne qui est tenu, il me semble, par le fils Amat ! Non ?
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D
Tous les ans, je suis épaté par ce festivol de cannes...
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J
je vous lis régulièrement, pas toujours d'accord mais beaucoup d'intérêts. Quant au film Les Indigènes, c'est à nous tous de nous battre pour qu'il vienne au premier plan dans nos salles.
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