L'AUTRE QUOTIDIEN de Jean-Marie DARMIAN, ancien journaliste, maire et conseiller général de Créon (33). La politique et la vie sociale sans langue de bois...au quotidien et contre l'opinion dominante
Aux effets les plus catastrophiques de la crise sociale, le Président et le gouvernement UMP ajoutent une attaque en règle contre la démocratie. Mieux. Ils profitent de la focalisation de l'essentiel de l'opinion publique sur les dangers qui menacent le quotidien pour accentuer la pression antirépublicaine. Aucune attaque frontale, mais des réformes permanentes qui, ajoutées les unes au autres, finissent pas menacer les fondements déjà fragile de la vie collective à la Française. Ce travail de sape ne se révèlera réellement que quand il sera trop tard et que le reconstruction sera impossible. L'équilibre des pouvoirs bascule, sous le regard lointain de citoyens redevenus, par indifférence, des sujets potentiels. La justice va être soumise au bon vouloir du Président qui, malgré toutes les assurances données, pèsera, par conseillers ou ministres interposés, sur le sort de bon nombre de personnes. Les médias s'étiolent, et en plus, deviennent dépendants. La réforme de la télévision qui n'aura bientôt plus rien de publique va se mettre en route, et déjà les premiers abus sont signalés. Le conseil constitutionnel a « aggravé les pires dispositions » de la loi réformant l'audiovisuel public, estime le syndicat SNJ de France Télévisions dans un communiqué diffusé hier. Personne ne s'en est ému. Personne n'en a parlé à la télévision, puisque ce n'est pas jugé « vendable » et « rentable ». C'est même reconnu « dangereux ».
Mardi, le Conseil constitutionnel a en effet validé l'essentiel de cette réforme, mais en apportant quelques légères modifications. Il a notamment annulé le droit de veto des commissions parlementaires concernant la révocation des présidents des sociétés de l'audiovisuel public (France Télévisions et Radio France), rendant l'avis du Parlement simplement consultatif. Le président de France Télévisions pourra « désormais être révoqué sans même débat au Parlement », déplore le SNJ. « Un Parlement qui ne verra pas non plus passer le cahier des charges de France Télévisions, qui lui, sera soumis au bon vouloir et aux intérêts des officines des ministères concernés », poursuit le syndicat. Selon lui, le financement de France Télévisions « devient encore plus aléatoire », mais qui s'en soucie véritablement. Ce renoncement, sur des sujets paraissant ésotériques ou abstraits, finira par poser un véritable problème. En fait chaque fois, on constate que ce n'est qu'une partie des gens directement concernés qui se mobilise car on ne peut pas attendre mieux de la part des autres, essentiellement préoccupés soit par leurs intérêts financiers soit par leur carrière. Cette parcellisation de la résistance contraste beaucoup avec les événements de Guadeloupe ou de Martinique où, sur un problème global, les salariés ont répondu par une action globale.
GUILLON AGACE
Il n'y a pas un seul jour sans que l'espace de liberté se rétrécisse, soit par des décisions restrictives, soit simplement par des abus de pouvoir. Diminution du droit effectif de grève par l'institution des services minimum, qui sont présentés comme une amélioration de la vie quotidienne, mais qui constituent bel et bien une régression sociale; nomination systématique des personnels d'autorité sur des critères l'allégeance politique, avec des sanctions disproportionnées en cas de manque d'égard; fichage outrancier de toutes celles ou tous ceux qui tentent de contester les réformes; diminution des droits de l'opposition parlementaire; surveillance des médias alternatifs pouvant cristalliser des foyers de résistance... la liste des pressions pourrait être encore longue, mais beaucoup trop de monde se refuse à en percevoir tous les dangers . Les premiers effets sont pourtant là...
Dans le journée de hier deux facettes de cette triste réalité ont illustré en effet cette disparition de tout contre-pouvoir potentiel. Celui qui est en train de devenir le premier et principal opposant de Nicolas Sarkozy dans les médias...Stéphane Guillon, dont de nombreux auditeurs vantent l'indépendance, l'humour ravageur, le culot et le talent, n'en déplaise aux sarkozystes, vient de se « suicider » à l'antenne.
Sur l'antenne de France Inter, où il a été au bout de son rôle de nouveau Coluche, après que Nicolas Sarkozy l'ait vivement critiqué pour l'une de ses dernières chroniques, dédiée à Martine Aubry. Il est vrai qu'un saltimbanque qui sort de son cadre pour embrasser le statut d'un éditorialiste politique pose un véritable problème à l'Elysée. Car, qu'on le veuille ou non, Guillon n'est ni Laurent Gerra, ni Nicolas Cantelou, deux bateleurs bien tièdes face au sniper de France Inter que Nicolas Sarkozy a désormais dans sa ligne de mire. L'hostilité que lui voue le président de la République lui confère ainsi, aujourd'hui, un statut inattendu : en effet, par une alchimie imprévue et un concours de circonstances, qui a pour nom Sarkozy, il a acquis une liberté qu'on va tenter de lui ôter. Maintenant que la loi lui en donne le droit, Nicolas Sarkozy pourrait bien décider de limoger le patron de Radio France. Ou plus simplement, profiter de la fin du mandat de Jean-Paul Cluzel, qui arrive à échéance en mai prochain. Les chances qu'il soit reconduit dans ses fonctions semblent en effet diminuer de jour en jour.
FAUSSE DEFENSE DES AUTRES
Selon Le Canard enchaîné, Nicolas Sarkozy n'apprécie pas franchement le climat qui règne à la Maison ronde. Il estime ainsi que Jean-Paul Cluzel « se laisse manipuler par la gauche et les syndicats ». Un véritable crime, dans le contexte actuel ! Et ce ne sont pas les chroniques de Stéphane Guillon qui risquent d'arranger les choses. Dans l'avion le ramenant de Rome la semaine dernière, Nicolas Sarkozy serait ainsi, lui aussi, revenu sur la polémique née après l'accrochage entre l'humoriste de la station publique et Dominique Strauss-Kahn. Le président du FMI s'était en effet élevé le 17 mars dernier contre la « méchanceté » de celui qui l'avait brocardé à l'antenne quelques minutes plus tôt. Le socialiste n'avait pas apprécié de voir ses mésaventures conjugales moquées. Solidaire, le chef de l'Etat n'a pas aimé non plus. « C'est injurieux, c'est vulgaire, c'est méchant. Vous vous rendez compte ce qu'il a dit à l'heure de la plus grande écoute, sur la vie privée de Strauss-Kahn ou sur le physique de Martine Aubry. Mais dans quel pays vit-on? », se serait exclamé le président de la République devant plusieurs conseillers. Facile de se donner le beau rôle en défendant la veuve et l'orphelin, pour masquer une pure vengeance personnelle, et surtout pour vider de son esprit caustique une radio qui, il est vrai, détonne un peu.
Le président de la République a en effet été choqué (NDR : il est extrêmement sensible) d'apprendre que Jean-Paul Cluzel, qui revendique son homosexualité, soit apparu dernièrement, posant pour un calendrier édité par Act-Up. Le président de Radio-France y apparaît en effet, à la page du mois de mars, masqué et tous tatouages dehors. « Ce n'est pas digne d'un patron de service public », aurait estimé Nicolas Sarkozy, toujours selon Le Canard enchaîné. « Ce type est fou. Il se croit tout permis. Sa vie privée, c'est sa vie privée. Il en fait ce qu'il veut mais il n'a pas à s'afficher comme ça », aurait-il sentencieusement affirmé. De sa part, ça sonne faux, car tout le monde sait que ce n'est pas son genre d'afficher sa vie privée dans les médias. On ne sait rien de ses amours ou de ses aventures personnelles. Ce n'est pas lui dont les photos s'étaleraient sur des pages glacées de magazines. Et, bien évidemment, son épouse n'a jamais figuré sur un calendrier...
PRISE DE CONSCIENCE LIMITEE
L'article du Canard a provoqué la « stupéfaction » de Jean-Paul Cluzel, apprenait-on hier à la lecture d'un communiqué diffusé par Radio France. « Jean-Paul Cluzel tient à marquer qu'il ne peut accorder le moindre crédit à des affirmations, prétendument rapportées, qui porteraient si gravement atteinte à son intégrité, à son honneur et à ceux des personnels de Radio France ». Cet étonnement feint, masque en réalité la première application de la loi sur l'audiovisuel que le Conseil des sages a jugé conforme aux principes républicains : liberté de critique, égalité d'accès, fraternité des gens. Il est aisé de constater que, grâce à la vertu des fusillés pour l'exemple, l'Elysée impose, de fait, sans se forcer, son pouvoir. La publicité doit disparaître des écrans... le président de France Télévisions obéit avant même que le Parlement se soit prononcé. Croire que ce dévouement est spontané serait pure coïncidence... mais ce n'est qu'une interprétation abusive de la réalité de l'équilibre des pouvoirs.
A la question : « Nicolas Sarkozy, selon vous, représente-t-il un risque d'atteinte aux libertés? » Marielle de Sarnez, élue parisienne du Modem qui devient ainsi une dangereuse gauchiste, a répondu dans un interview sur son blog : « Absolument. Il incarne une centralisation extrême de l'autorité. Avec lui, il n'y a pas de séparation des pouvoirs. Il ne veut pas de contre-pouvoirs. On le voit avec la suppression du juge d'instruction ou la nomination et la révocation par l'Elysée du président de l'audiovisuel public. Cela n'existe nulle part ailleurs en Europe. » Heureusement que ce n'est pas un socialiste qui a formulé pareille critique, car ce serait jugé outrancier et indigne de notre démocratie parlementaire, désormais réduite à la portion congrue sur la durée de ses questions au gouvernement ou pour son droit d'amendement.
Un signal a été envoyé à la Gauche pour qu'elle ne critique pas trop ce type de réaction. On prétend en effet que plusieurs journalistes, qui ne la démolissent pas du bout de la plume, du micro ou par un clin d'œil de caméra, pourraient être "promouvables" à la place de Cluzel. Et, avec eux, il est certain que Guillon reviendra dans une cage pour bêtes férocement lucides.
Mais je déblogue...