Comment voulez-vous avoir confiance dans le milieu économique ? Il hurle en permanence sur l'insuffisance de ses profits et plus encore sur les difficultés qu'il traverse en temps de crise. La seule chose à retenir c'est qu'il y a une seule vérité : tout faire pour piquer le maximum de fric au pauvre consommateur et ce par tous les moyens. Quand les matières premières montent on se dépêche d'augmenter les prix de détail et quand elles baissent on se hâte lentement. Depuis quelques jours, la forte progression des prix du riz sur les marchés internationaux a fait craindre la famine dans plusieurs pays. L'avertissement de la Banque mondiale n'est que le dernier en date. Déjà, le 24 mars dernier, le patron de Nestlé, Peter Brabeck, avait pointé du doigt les biocarburants, responsables selon lui de la flambée des prix des matières premières agricoles: « si l'on veut couvrir 20% du besoin croissant en produits pétroliers avec des biocarburants, comme cela est prévu, il n'y aura plus rien à manger » indiquait-il comme une certitude. En fait, il masquait une tendance beaucoup plus complexe, reposant uniquement sur la soif de bénéfices encore plus exorbitants.
La genèse du phénomène a pourtant son origine bien en amont de la flambée des prix du pétrole. Depuis 2000, sur les huit récoltes de blé effectuées au niveau mondial, sept se sont révélées déficitaires. La consommation dépasse la production. Le train de vie de certains pays émergents n'y est pas étranger. L'émergence d'une classe moyenne en Inde et en Chine a dopé la consommation de viande au niveau mondial, faisant croître de facto les besoins en céréales. Cette raréfaction de l'offre s'est trouvée en partie amplifiée par la montée des prix du pétrole à partir de 2003. Les biocarburants, qui restaient jusqu'alors assez coûteux à produire, sont brusquement devenus bon marché. Les cours du colza, du maïs et du blé n'y ont pas résisté, affichant des hausses spectaculaires durant les trois dernières années sur le marché à terme de Chicago.
Depuis 2006, les cours du blé ont ainsi triplé à Chicago. Idem pour le maïs. Dernière denrée touchée : le riz. Car ces hausses ont des répercussions en cascade. La hausse du prix du pain, provoquée par la flambée des cours du blé, a provoqué des troubles en Egypte, l'un des pays exportateurs de riz. Du coup, le pays a décidé d'arrêter ses exportations. L'annonce a ainsi provoqué une flambée des cours, la tonne de riz thaï avait bondi de 580 dollars à 760 dollars en une seule séance à Chicago. Depuis, c'est l'inquiétude en Asie. Car de son côté, l'Office national interprofessionnel des grandes cultures a averti : le maintien de la production mondiale de riz par habitant est un défi quasi insurmontable d'ici à 2010.
SE REFAIRE UNE SANTE
L'activité d'une poignée de fonds spéculatifs, mis en difficulté par le marché des crédits, joue elle aussi un rôle non négligeable. D'après le FMI, « ces facteurs financiers semblent expliquer une grande part de la hausse des prix du pétrole brut depuis le début 2008, de même que la hausse des prix d'autres matières premières ». Le Fonds met également en exergue la dépréciation du dollar et la chute des taux d'intérêts, qui ont « renforcé l'attractivité des matières premières comme actif alternatif », devenues les nouvelles valeurs refuge. Le soja, le colza ou encore le maïs n'ont quasiment plus rien à envier aux actions et aux obligations, ce qui fait la joie des producteurs, mais le malheur des consommateurs.
Industriels et distributeurs sont-ils en train de se refaire une santé sur le dos des Français ? La question devrait préoccuper aussi bien les ménages que les associations de consommateurs, tant le décalage entre l'évolution des cours des matières premières et celle des prix des produits de grande consommation est large.
Ainsi, à la fin de décembre, alors que les denrées agricoles avaient plongé de 13,4 % sur un an, les tarifs de l'alimentation avaient grimpé de 3,2 %, selon l'Insee. Si les géants de l'alimentaire avaient répercuté la baisse des cours, les prix des coquillettes, des yaourts ou des gâteaux industriels auraient dû reculer. Fin décembre, en plein pic de consommation, il n'était pas question de ne pas rattraper la baisse des volumes achetés, par une augmentation des prix de base.
Les calculs exclusifs réalisés alors par L'Expansion en apporte la preuve irréfutable. Un exemple : les pâtes. Compte tenu du poids du blé dur dans leur coût de production, les tarifs en magasin auraient dû chuter de 37,5 %. Stupeur ! Ils affichaient à la fin de 2008 un bond de 16,3 % sur un an, d'après les relevés de Nielsen. Certes, depuis quelques semaines, d'après une enquête de la Confédération de la consommation, du logement et du cadre de vie (CLCV), certaines grandes marques ont commencé à réduire leurs tarifs. Mais le compte n'y est pas, et il ne faut pas s'attendre à de fortes baisses courant 2009. On attendra le bon moment, après avoir récolté le maximum, pour compenser les pertes antérieures dues le plus souvent à la spéculation !
TROP TARD
« Dans les négociations actuelles avec les fournisseurs, certaines hausses nous semblent injustifiées », s'énerve Jérôme Bédier, de la Fédération des entreprises du commerce et de la distribution. On l'aura compris, comme chaque fois, c'est toujours la faute du voisin... Prenons l'exemple du pain. Au bout de la chaîne, les boulangers se plaignent de l'inertie des cours de la farine. L'association nationale de la meunerie française, se défend : « Nous achetons le blé avec des contrats à long terme, d'où un décalage. Cela dit, selon l'Insee, le prix de la farine a reflué fin 2008 » mais celui de la baguette traîne. Il faut préciser que les principaux gagnants ne sont pas les artisans, mais les... grands fournisseurs, qui ont parfois un monopole de fait, via des contrats d'exclusivité.
Dans le domaine de l'énergie, il ne fallait pas attendre des miracles. Tout le monde (EDF, pétroliers, gaziers...) se préoccupera des tarifs quand la saison de chauffe sera terminée ,même si depuis des semaines les matières premières ont chuté.
Par exemple, le premier ministre François Fillon a annoncé, hier (par hasard), lors d'un déplacement sur le thème du financement des entreprises, que les tarifs du gaz allaient baisser « d'environ 10% » au 1er avril. Ce recul du prix de vente du gaz aux particuliers fait suite à une augmentation de... 15,2% en 2008, réalisée en trois étapes. La précédente hausse remontait à mai 2006, et il restera toujours, avec des prix revenus au même niveau ,une hausse minimum de 5,2 % .
Les associations de consommateurs ont dénoncé une baisse tardive, alors que GDF Suez privatisé a abaissé de 20% ses tarifs de vente de gaz naturel aux gros industriels , dès le mois de janvier ... mais pour eux, c'est une affaire de pouvoir d'achat ! « Ce qui n'est pas satisfaisant, c'est que la baisse intervienne au moment où on n'a plus besoin de se chauffer », a regretté le directeur adjoint des études à l'UFC-Que choisir. « Le prix du gaz suit le prix du baril de pétrole, mais avec six mois de décalage. Il aurait dû baisser début 2009 », a-t-il objectivement estimé. C'est dommage, très dommage, en effet, qu'on attende avril alors que les trois premiers mois de l'année représentent 45%,de la consommation des ménages.
LES MARGES GARANTIES
Les associations se sont aussi interrogées sur l'ampleur de la baisse qui devrait être au moins équivalente à celle dont ont bénéficié les entreprises, c'est-à-dire 20%. Ce serait logique, et seulement juste, sauf que la crise est passée par là et que les bénéfices 2009 doivent être dopés par cette supercherie.
Le groupe GDF-Suez, interrogé par l'AFP, n'a pas souhaité faire de commentaire sur cette annonce. En janvier, le PDG de GDF Suez avait indiqué qu'une baisse interviendrait en avril, précisant que suivant la « décision du gouvernement », le prix du gaz était « gelé pour tout l'hiver ». Un vrai faux-cul qui tente seulement de jouer sur les mots puisque le gel a surtout frappé les ménages, dont la consommation de gaz a augmenté, et que son maintien préservait d'une éventuelle hausse, mais pas d'une baisse !
Les tarifs réglementés du gaz naturel, qui concernent 93% des consommateurs français, sont fixés par le gouvernement après avis de la Commission de régulation de l'énergie. Ils sont déterminés selon une formule prenant en compte les prix du pétrole, le cours du dollar, les coûts d'acheminement, de stockage et de commercialisation. Or hier, le cours du baril de pétrole brut a chuté de 70%, à environ 47 dollars le baril, après avoir atteint un pic proche de 150 dollars en juillet dernier. Qui s'en souvient ? Avez-vous constaté une telle chute des prix à la pompe ? Remarquez que la loi du marché n'a jamais fait le bonheur des salariés, surtout quand ceux qui l'appliquent sont farouchement défendus par le Premier Ministre !
François Fillon a apporté en effet hier son soutien Total... à Total, « une des plus belles entreprises françaises », après l'annonce par le groupe de la suppression de 555 postes, estimant que Total allait « créer plus d'emplois qu'elle n'en supprime ». Il a pris le contre-pied de son secrétaire d'Etat à l'emploi Laurent Wauquiez qui s'était dit « scandalisé » par cette annonce et avait demandé un « geste » à l'entreprise pour « l'apprentissage et l'emploi des jeunes. »
« J'ai regardé de très près les décisions qui ont été annoncées assez maladroitement il faut le dire par la direction de Total », a-t-il poursuivi. « Qu'est-ce que je constate? Qu'il n'y a aucun licenciement, que Total va créer plus d'emplois qu'il n'en supprime en France, que Total va investir en 2009 en France mais qu'il est normal qu'une entreprise s'adapte, qu'elle veuille produire moins d'essence parce qu'on a besoin de moins d'essence, plus de diesel parce qu'on a besoin de plus de diesel », a-t-il ajouté pour rassurer celles et ceux qui... verront baisser leurs profits au 1° avril ! Quand aux abonnés au gaz, c'est naturel, pour eux de ne pas être défendus par le gouvernement du pouvoir d'achat !
Mais je déblogue...