Ce qui, chez les socialistes, prendrait pour les médias des allures de « schisme », de « querelles intestines », de « rivalités de personnes », de « mésententes », de « rivalités interminables », de « zizanies », de « l'immobilisme incurable », des « arrangements politicards », relève de gentils arrangements chez le parti du Président. Cet « Elysée » qui s'offre, aux frais de la République, une tournée de précampagne des européennes, en rassemblant non pas des citoyens mais ses fans, ce Président qui n'est plus que celui d'une part réduite de Françaises et de Français, se révèle incapable de juguler la crise qui secoue son parti. En fait, si les socialistes avaient autant tergiversé, bafouillé, rivalisé pour l'établissement de leur listes pour le 7 juin prochain, les exégètes patentés de la vie politique en auraient fait des tonnes sur l'absence d'unité d'un parti en perpétuel affrontement interne. Jean-Michel Apathie se serait fendu, sur le plateau de Canal +, d'un éditorial ironique dont il n'a plus le secret, car il devient répétitif. Et tous les autres, qui ont peu ou prou reçu un sucre d'orge présidentiel, auraient exercé leur droit à dénigrer, avec le talent qu'on leur connaît quand il s'agit de se gausser des rivalités démocratiques au sein du PS. Il est vrai que toutes et tous ont obtenu un bonus, et que désormais ils vivent en toute indépendance de leurs services rendus.
Après avoir dénoncé la censure qui frappe toute critique du président Nicolas Sarkozy, les syndicats de journalistes se sont indigné des diverses fonctions honorifiques et missions rémunérées, offertes par le président de la République à onze chroniqueurs influents des grands médias.
LA SOUPE POPULAIRE
Par exemple, l'ancien courtisan de François Mitterrand, Jacques Attali, éditorialiste à l'hebdomadaire l'Express, a été nommé président de la commission pour la « libération de la croissance française » qui a pondu des listes impressionnantes de réformes qui inspirent désormais le maître de l'Elysée. Georges-Marc Benhamou, confident officiel de l'ancien président Mitterrand, éditorialiste au quotidien Nice-Matin et chroniqueur au quotidien La Provence, avait été nommé « conseiller pour la culture et l'audiovisuel » du président de la République. Jean-Louis Bourlanges, chroniqueur sur la radio France-Culture, avait rejoint le « Comité de réflexion sur la modernisation et le rééquilibrage des institutions de la Ve République » pour une pige, comme Guy Carcassone, chroniqueur à l'hebdomadaire Le Point, Jean-Claude Casanova, fondateur de la revue Commentaire, éditorialiste associé au quotidien Le Monde, Olivier Duhamel, chroniqueur sur France Culture. Jean Marie Colombani, ancien directeur du quotidien Le Monde, chroniqueur politique sur France- Inter le vendredi matin, et animateur de l'émission « Face à face » sur la chaîne de télévision Public Sénat, avait accepté une mission officielle de trois mois sur la réforme des conditions d'adoption. Yves de Kerdel, éditorialiste au quotidien Le Figaro et chroniqueur à la radio économique BFM, a rejoint la commission pour la « libération de la croissance française » où il avait retrouvé Éric Le Boucher, chroniqueur économique au Monde. N'oublions pas tout de même, pour faire bonne mesure, que Myriam Lévy, qui a suivi la campagne de Ségolène Royal pour Le Figaro, a été nommée conseiller en communication du Premier ministre, et Catherine Pégard, rédactrice en chef du service politique de l'hebdomadaire Le Point, a été nommée conseiller politique du président de la République. Si vous preniez tout ce que les uns et les autres ont pu écrire ou déclarer ostensiblement de défavorable au PS, vous pourriez faire un dictionnaire. Le seul problème, c'est qu'ils sont désormais muets, car passés de l'autre coté du miroir aux alouettes, et qu'ils ont laissé la place à Christophe Barbier (au moins une heure cumulée de leçons de politique télévisée par semaine) ou à Jean-Michel Apathie (environ deux heures hebdomadaires en radio et en télé), les deux grandes vedettes du petit écran, qui s'auto-produit ses vedettes extérieures. En fait, il vont soigneusement éviter de se pencher sur les réalités de ce « Mouvement populaire » dont s'occupe avec amour et componction le « gentil organisateur » Xavier Bertrand !
TOUT VA BIEN
Le maire UMP de Marseille, Jean-Claude Gaudin, a reconnu qu'il rencontrait des difficultés dans la constitution des listes de la majorité pour les européennes, laissant entendre que le président Nicolas Sarkozy aurait le dernier mot. « Dans chaque région, on n'arrive pas à caser dans les trois premiers un de chaque département. Il faut arriver à convaincre des personnalités de ne pas être là, de reculer, etc. Tout ça, il me faut encore un peu de temps. Je n'y arrive pas pour l'instant », a déclaré à la presse César Gaudin citant notamment sa région PACA et l'Aquitaine. Tiens donc, Alain Juppé aurait des exigences, et porterait les souhaits d'une tendance particulière de l'UMP ?
« Ces élections européennes sont pour nous absolument prioritaires, ce qui ne fut pas toujours le cas par le passé », a-t-il ajouté dans un communiqué, en fin d'après-midi. « Par expérience, l'attribution des investitures et la constitution des listes de candidats, s'avèrent être un exercice délicat et méticuleux », a-t-il poursuivi, alors qu'on pensait que ce genre de déclaration était réservée... à Martine Aubry !
L'un des points restant à résoudre est la place du Nouveau Centre (NC) sur les listes, M. Gaudin voulant à nouveau garantir au parti d'Hervé Morin « trois députés élus à Strasbourg ». Les éditorialistes vont certainement parler de "cuisine électorale" UMP, avec la même hargne qu'ils l'ont toujours fait pour les socialistes ayant agencé leurs listes.
PATATE CHAUDE
La désignation des candidats, « c'est l'affaire des partis et non pas des chefs de file des listes », a ajouté M. Gaudin, en marge d'un déplacement du Premier ministre François Fillon dans sa ville. « Et je peux vous dire que nous nous préparons très bien, n'en déplaise à ceux qui voudraient que nous allions trop vite et que nous brûlions les étapes », estime le maire de Marseille qui préside la commission nationale des investitures à l'UMP. « Rien ne presse », dit-il, ajoutant en direction de « ceux qui pressent » : « nous avons le président...Vous savez très bien qu'il fait tout ». Selon plusieurs sources, un meeting pour lancer les listes d'union de la majorité aux européennes devait avoir lieu vendredi soir à Marseille, mais il a finalement été annulé. Peut-être que le Zénith est dans toutes les mémoires et qu'il aurait fallu payer beaucoup de monde pour garnir les travées ! On a donc eu peur que la vedette en tournée, ne passant pas par Marseille, et les candidats voulant toutes et tous être sur la scène, il ya ait moins de monde dans la salle que sur l'estrade. Imaginez un instant qu'un éditorialiste en tire des conclusions hâtives sur le score de l'UMP... ! Une catastrophe qui méritait tout de même une prudente retraite. Il faut donc que le Mouvement populaire s'inspire des socialistes !
Au-delà des querelles internes au PS, Martine Aubry avait demandé que les députés de Strasbourg défendent une certaine idée de l'Europe, pas seulement les intérêts de la région qu'ils représentent. « Quand on est député européen, on n'est pas là d'abord pour défendre la pêche quand on est Breton ou Normand, pour défendre l'agriculture quand on est dans le Centre ou pour défendre les acquis culturels quand on est dans le Nord-Pas-de-Calais », a-t-elle dit. « On est d'abord là pour défendre un autre modèle pour l'Europe, pas des intérêts corporatistes ». Elle devrait envoyer un mail à Jean-Claude Gaudin qui attend patiemment que Nicolas Sarkozy se prononce sur les cas douloureux. Alain Juppé aussi. Il sait que lentement mais sûrement, grâce à une campagne de communication savamment orchestrée autour de son livre, il va retrouver le... temps des cerises. En effet ,on n'est plus en hiver, et tout devient possible en juin. Il peut encore y croire!
Mais je déblogue...