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L'AUTRE QUOTIDIEN de Jean-Marie DARMIAN, ancien journaliste, maire et conseiller général de Créon (33). La politique et la vie sociale sans langue de bois...au quotidien et contre l'opinion dominante

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JOUR DE POISSONS

Hier fut une journée de printemps tendre et douce comme on les imagine quand on croit aux lendemains qui chantent. Il faut absolument savourer ces moments où tout paraît possible, car ils deviennent rares. Que des bonnes nouvelles et de la bonne humeur durant 24 heures, pour faire disparaître l'angoisse de l'avenir, pour ne plus vivre dans la crainte mais dans l'espoir ! Ah ! Si tous les jours pouvaient se succéder ainsi, la crise disparaîtrait vite. Un seul exemple : Nicolas Sarkozy, reçu en grandes ondes sur « Europe numéro un», comme il l'a lui-même annoncé, a pu hier, ne pas croire au sondage qu'on lui présentait. Tout était suspect, et il était préférable de se méfier des annonces pouvant être fausses. Vous pouvez être, par exemple, certains que quand il a entendu qu'une large majorité des Français (59%) pense que l'action de Nicolas Sarkozy face à la crise depuis six mois « va plutôt dans la mauvaise direction », il n'y a pas cru.
A la question, « globalement, depuis septembre 2008, diriez-vous que l'action de Nicolas Sarkozy pour lutter contre la crise financière et économique en France va plutôt dans la bonne direction ou va plutôt dans la mauvaise direction? », 59% des personnes interrogées répondent « plutôt dans la mauvaise direction ». 29% répondent au contraire qu'elle « va plutôt dans la bonne direction ». 12% n'ont pas d'opinion. Avant  de lui annoncer cette nouvelle, Jean-Pierre Elkabbach avait discrètement rappelé au Maître des médias que ce n'était probablement qu'un poisson d'Avril comme les journalistes aiment en faire, chaque année, en cette journée particulière. Impossible que celui qui a tellement fait pour hisser son fougueux poulain sur la fauteuil élyséen puisse croire en un pareil échec. Ce n'était qu'une mauvaise blague...Il ne fallait surtout pas que le Président  se fâche. D'ailleurs, il a vite tourné la page avec sa morgue habituelle : « Je comprends qu'une radio comme Europe n°1 commande des sondages, mais je n'ai pas le temps de les commenter (...). Ni les manifestations. » ajouta le chef de l'Etat quelques instants plus tard. Il est des babioles que personne ne supporte... surtout un premier avril !
Parmi les autres affirmations pouvant être sujet à caution, il y a eu celle qui est parvenue jusqu'à Grenoble. Les quatre cadres de Caterpillar, constructeur américain d'engins de chantier, retenus depuis 24 heures par des salariés au siège de l'entreprise à Grenoble, ont été libérés à la mi-journée, alors que le président Sarkozy s'est engagé à « sauver le site ». Non... non ce n'est pas un poisson d'avril ! C'est une affirmation, déjà entendue un autre jour. Tenez, à Gandrange, pour une usine sidérurgique qui, mardi, a fermé ses portes. Il a répété, un premier avril, que « les promesses » qu'il avait faites au sujet d'ArcelorMittal à Gandrange « ont été scrupuleusement tenues », et que le PDG du groupe, Lakshmi Mittal, a aussi « tenu ses engagements », qui portaient notamment sur le reclassement des salariés. Pour les salariés de Gandrange, comme pour les syndicats et l'opposition, ce « je vous ai compris » allait au delà des reclassements et de la reconversion du site vers d'autres activités, et portait aussi sur le maintien de l'aciérie. Sur ce point, le chef de l'Etat avait simplement parlé « d'un objectif ». Ils avaient mal compris !

SAUVER LE SITE
Le 4 février 2008, lors d'une visite de l'usine mosellane, il avait pourtant annoncé que « l'Etat était prêt à prendre en charge tout ou partie des investissements nécessaires », si besoin aux côtés d'un repreneur. « L'objectif est de trouver une solution totale ou partielle, pour maintenir l'outil de production », avait-il dit, avant de lancer aux salariés : « vous n'êtes pas seuls, on ne laissera pas tomber ». Finalement, l'aciérie a fermé mardi, un des deux laminoirs qui lui étaient annexés doit faire de même à la fin de l'année et le second restera en activité. Au total 575 des 1.108 emplois du site sont supprimés. Tout ça parce que les salariés avaient mal entendu : la formation, le reclassement, le financement d'une éventuelle reconversion devaient représenter le maintien du site. Cette fois, les licenciés potentiels de l'Isère sont au moins prévenus !
Au cours d'une réunion de négociations, mercredi après-midi, à la Direction départementale du travail (DDT), qui portait sur le plan social prévoyant 733 suppressions d'emplois, la direction a annoncé aux élus syndicaux de Caterpillar qu'elle garantissait le paiement des trois jours de grève, à condition que les salariés reprennent le travail ce matin. Hier, l'intersyndicale FO-CFDT-CGT-CFTC avait lancé un « appel solennel » à Nicolas Sarkozy et aux parlementaires européens pour qu'ils débloquent des fonds européens pour soutenir l'entreprise.
« Je vais sauver le site, je recevrai cette intersyndicale puisqu'ils m'ont appelé au secours (...) et on ne les laissera pas tomber », a réagi le chef de l'Etat, dans son interview sur Europe 1. Personne n'a relevé qu'il y avait un paradoxe entre la demande des salariés d'obtenir des primes de départ rassurantes et la déclaration du Zorro du G 20 de « sauver le site », et donc de remettre tout le monde sur un poste effectif de travail pour fabriquer des engins, dont l'économie en récession n'a plus besoin. Diantre, ce pourrait donc être un poisson d'avril ! Il vaut mieux que les salariés de Grenoble s'assurent donc que cette déclaration sera confirmée par des actes dans les prochains jours.

INTIMIDATIONS D'AVRIL
Les journalistes de France 3 et de Rue89 avaient cru qu'un jour de poisson d'avril, leur convocation dans les locaux de la police n'était qu'une plaisanterie. Quatre d'entre eux ont pourtant été entendus hier, après une plainte concernant la diffusion sur internet de propos tenus hors antenne par Nicolas Sarkozy, et ont dénoncé à leur sortie des mesures « d'intimidation » à leur encontre. Augustin Scalbert, du site Rue89, Joseph Tual et Karine Azzopardi de France 3, ont d'abord été entendus par les policiers de la Brigade de répression de la délinquance contre la personne (BRDP), après être  arrivés escortés par une cinquantaine de confrères venus manifester leur solidarité. Puis Pierre Haski, directeur du site Rue89, qui a mis en ligne la vidéo, a à son tour été entendu dans l'après-midi. Après ces auditions, il appartient désormais au parquet de Paris de donner une suite ou non aux poursuites engagées.
Selon Pierre Haski, il n'y a « aucun doute que c'est une action très politique qui a été menée », assurant qu'un conseiller de l'Elysée avait évoqué devant lui une pression de la présidence de la République sur France Télévisions en vue d'un dépôt de plainte. « On se paye deux cibles d'un seul coup dans cette affaire: on veut remettre au pas France 3, qui est la chaîne que Sarkozy a dans le collimateur depuis longtemps, et on envoie un signal d'intimidation au monde d'internet qui pour l'instant ne joue pas le jeu de cette information politique qui est de plus en plus de la communication », a estimé M. Haski, lors d'une conférence de presse au siège de l'organisation Reporters sans frontières. De son côté, Joseph Tual a reproché à la direction de France Télévisions d'avoir collaboré avec la police pour aboutir à cette convocation, en fournissant des images prises par les caméras de surveillance. « Des journalistes ont balancé d'autres journalistes », a-t-il estimé, évoquant Patrick de Carolis, PDG de France Télévisions, et Patrice Duhamel, numéro deux du groupe public. Mais cette attitude n'était qu'une blague, destinée à faire peur à leurs collègues. Ils auraient bien pu se présenter devant les enquêteurs avec un poisson muni du logo de France Télévisions dans le dos !

LES PARADIS ARTIFICIELS
Dans le genre « retenez moi car je vais faire un malheur », le Président est parti pour Londres disputer le match des 20 nations. A son menu, la mise en place d'une liste noire des paradis fiscaux. Et là, vous allez voir ce que vous allez voir : il y aura des morts sur le carrelage de la blanchisserie à profits. Le problème, c'est que hier toute la presse annonçait que Elf (Total), Addidas France et Michelin, belles entreprises de notre CAC 40 avaient utilisé la lessiveuse du Lichtenstein. C'est du plus mauvais effet, ou alors il s'agit d'un grand coup de bluff pour impressionner le pack anglo-saxon. Les responsables de ces sociétés ont cru à de gros poissions d'avril ! En effet les faits remontent à plusieurs années. Les gérants nient toute infraction, et assurent même, pour Total et Michelin, qu'elles ne possèdent pas de structures du type de celles qui sont visées par l'enquête. Total déclare ne posséder que "deux stations-service" au Liechtenstein.
La procédure, ouverte à la veille du sommet du G20 de Londres qui doit traiter du problème des paradis fiscaux, vise des fondations et des personnes physiques semblant liées aux trois sociétés en question. Les « fondations » visées - Copa, qui serait liée à Michelin, Elf trading, qui serait liée à Total, et six autres, qui seraient liées à certains « membres de la famille fondatrice d'Adidas » - sont mises en cause pour divers mouvements de fonds figurant dans les documents transmis par Bercy. Créées avec des formalités minimales, les fondations servent ordinairement, dans les paradis fiscaux, à effectuer des transactions illicites ou à organiser la fraude fiscale. La France, en ressortant de vieilles listes oubliées dans les coffres de Bercy, se met en évidence... en sachant que ça ne débouchera sur rien, puisque les délais peuvent être forclos !
Une bien belle première belle journée d'avril pour celles et ceux qui croient que le bonheur est dans la blague permanente. Demain tous les médias dévoileront les fausses nouvelles qu'ils ont montées en épingle pour amuser leurs lecteurs, leurs auditeurs ou leurs téléspectateurs. Ils vont enfin porter une vision objective de la situation, et vous expliquer que toutes les déclarations présidentielles relevaient de la fameuse tradition du poisson d'avril. Le problème c'est qu'il peut les multiplier.
Mais je déblogue...
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