Y-a-t-il encore un pilote dans l’avion France ? Il semble bien que non, car malgré les assurances répétées, il vole en rases mottes, avec le simple espoir de ne pas rencontrer un nouvel accident de terrain sur sa route. Qui tient les commandes ? Chirac ? De Villepin ? Ils ont le costume et les galons, dans les faits. Mais ils se préparent à sauter en parachute, pour éviter d’être jugés responsables du crash qui menace. Plus aucun citoyen lucide ne peut honnêtement prétendre que ce sont eux les détenteurs du plan de vol et les responsables du prochain atterrissage. Discrédités par des erreurs récurrentes, ballottés par des événements qu’ils ne maîtrisent plus, dénués de toute réserve de carburant " confiance ", incapables de faire respecter une seule consigne par l’équipage actuel, ils ne naviguent même plus au radar. Ils n’ont qu’une angoisse : sauver leur peau avant qu’il ne soit trop tard. Ils avancent à la vitesse du son avec la visibilité d’un Cap-Hornier dans le brouillard.
Le pire, c’est qu’un dangereux " terroriste " se trouve à leurs côtés, dans le cockpit, et dicte ses volontés sous la menace. Il leur a mis un revolver de marque Cleartstream sur la tempe, et les contraint maintenant à prendre la direction qu’il souhaite. Via la radio, la télé, les journaux, à chaque instant, il lance des messages menaçants, que ses " complices " relaient immédiatement dans les tours de contrôle ou chez les aiguilleurs du ciel politique.
Cet individu, qui a pris la direction du vol 2007, est bien connu des services de police et plus encore, depuis quelques temps, par la DGSE ou la DST. Ici il sévit sous le code du " Roquet de Neuilly ", alors que sa carte d’identité française porte le nom de Nicolas, Paul, Stéphane Sárközy de Nagy-Bócsa, dit Nicolas Sarkozy. Un homme agité, pressé, menaçant, dont la taille est inversement proportionnelle à l’ambition.
Personne ne sait véritablement comment le maîtriser. Il suffit qu’il s’exprime pour que ses désirs d’avenir soient des ordres. La preuve ? Nicolas Sarkozy s'est déclaré, samedi sur la radio de bord, canal UMP nouveau, "stupéfait" de l'absence de sanction prônée contre le juge Fabrice Burgaud, arguant à nouveau qu'elle éloignerait un peu plus les Français de la justice. "Qui peut considérer qu'après ce désastre judiciaire, on doit penser "circulez, il n'y a rien à voir'?", a lancé le président de l'UMP devant ses nouveaux adhérents réunis à Paris. "Alors donc, il n'y a pas de responsable, pas de coupable, pas de sanction. Simplement quelques personnes qui ont passé des mois, voire des années en prison, avant d'être acquittées", a-t-il ajouté. Il s’est offert une violente critique publique de la justice, dans laquelle il déclare, en d’autres lieux et en d’autres temps, avoir pleinement confiance pour faire la lumière sur l’affaire " courant clair ". Il s’attaque, sans vergogne, en tant que président d’un parti politique et… accessoirement comme Ministre de l’Intérieur, à l'inspection générale des services judiciaires (IGSJ), qui est considérée comme indépendante et au moins aussi compétente que IGS dans la Police… Il vitupère, il menace, il exige le samedi matin et, le lendemain, le Ministre de la Justice, s’exécute. Ce que la commission parlementaire n’avait pas obtenu est immédiatement traduit en mesures par un serviteur dévoué. Le fameux syndrome de Stockholm, qui transforme les preneurs d’otages en héros, semble avoir frappé au sein du gouvernement.
DEUX DECLARATIONS RASSURANTES
En effet, Pascal Clément s’est fendu illico de deux déclarations rassurantes, en écho, afin de satisfaire aux desiterata de celui qui, dans les faits, pilote l’avion. Il a ainsi immédiatement annoncé sa décision de saisir "pour avis" le Conseil supérieur de la justice (CSM) sur les cas du juge Fabrice Burgaud et du procureur Gérald Lesigne, mis en cause dans l'affaire d'Outreau. "Je suivrai l'avis du CSM quel qu'il soit", a déclaré le ministre de ce qui reste de la Justice .
Il aurait pu saisir d'emblée cette institution judiciaire en vue de sanctions, mais il a attendu que le Roq

uet aboie pour se décider. Il a justifié la saisie pour avis du CSM par son souci de
"faire évoluer la jurisprudence", qui écarte actuellement la possibilité de sanctionner des magistrats, s'il n'y a pas
"de faute intentionnelle". "Compte tenu de l'aspect hors normes de cette affaire, compte tenu que la France entière a été bouleversée, compte tenu qu'une partie importante des Français a suivi la commission d'enquête parlementaire à la télévision (sic), je considère que peut-être le CSM va faire évoluer sa jurisprudence", a expliqué le ministre, qui a oublié d’ajouter "compte tenu des exigences de Nicolas Sarkozy… " mais ça aurait fait mauvais effet. Un argument de poids. Pascal Clément a aussitôt franchi un pas supplémentaire, pour être agréable au " terroriste " de la Place Beauvau.
Le Ministre de la Justice a en effet également annoncé, dans la foulée, qu'il déposerait un projet de loi réformant la justice avant 2007, à partir des conclusions "consensuelles" de la commission d'enquête parlementaire sur Outreau. Il a souhaité que ce texte soit débattu à l'Assemblée, en session extraordinaire, à la rentrée. Allez, une couche de vernis supplémentaire, sur les ordres du Président de l’UMP
Cette réforme, qui sera donc "consensuelle", comportera des mesures inspirées pour partie du rapport de la commission parlementaire sur Outreau, autour d'un "compromis raisonnable". "Je m'engage à faire une loi de procédure civile qui traitera de la garde à vue, de l'instruction, de la détention provisoire, de la protection de l'enfant et de la responsabilité des magistrats", a-t-il promis.
FIN DE LA SOLITUDE
Dévoilant ses pistes, il a précisé que ce texte mettrait fin à "la solitude du juge de l'instruction". Comme le proposent les parlementaires, il y aura "un travail en équipe" avec "trois juges plutôt qu'un" et, "si la chambre de l'instruction le décide, co-saisine obligatoire" dans les affaires les plus "difficiles".
Le texte rendra également obligatoire l'enregistrement des interrogatoires pendant la garde à vue et l'enregistrement des auditions des enfants victimes. La notion de trouble à l'ordre public ne pourra plus être utilisée pour placer une personne en détention provisoire en matière correctionnelle. En revanche, le ministre n'a pas retenu la présence de l'avocat dès la première heure de garde à vue "pour les affaires de grand banditisme et de terrorisme", comme le souhaitait la commission Outreau. De même, le texte ne reprendra pas la limitation de la durée de la détention provisoire. "Nous n'avons pas les moyens d'aller assez vite" dans l'instruction, a-t-il justifié. Il faut "éviter d'avoir un grand criminel qui se retrouve du jour au lendemain, pour des raisons de procédure, en liberté". A la place, il a proposé qu'il y ait "tous les six mois, au moment de la détention provisoire, une audience publique où l'on revoit le problème de A à Z". Les preneurs d'otages n'ont plus qu'à bien se tenir!
VOIE DE RECOURS POSSIBLE
Enfin, cette réforme comportera un volet sur la responsabilité des magistrats, thème cher à Nicolas Sarkozy. Cette responsabilité pourra être mise en cause en cas "d'erreur grossière et manifeste d'appréciation". De même, un citoyen ayant "un grief contre un magistrat disposera d’une voie possible de recours": il pourra saisir le médiateur de la République, qui saisira le ministre de la Justice, qui lui-même pourra se tourner vers le CSM. Il a le temps d'attendre que justice lui soit rendue...
M. Clément a affirmé que cette réforme serait "peu coûteuse", de l'ordre d'une "trentaine de millions d'€".
Enfin, concernant la réforme du statut pénal du chef de l'Etat, il a estimé que "rien ne s'oppose" à ce que ce texte soit débattu au Parlement "avant la fin du quinquennat". Mais "ça ne dépend pas de moi", a-t-il glissé… afin de mettre encore très mal à l’aise le commandant de bord directement concerné. Du bon boulot,au nom de Nicolas.
Le temps presse. Il faut réagir avec célérité pour ne pas se prendre une balle dans la tête, et plus encore pour éviter qu’une proposition royale viennent perturber, sur un sujet sensible, le bel ordonnancement de la campagne. Elle ne sera faite que d’effets d’annonce multiples. Une sorte de catalogue de la Redoute des réformes en tous genres. Chacun peut y aller de son numéro, puisque rien n’assure qu’il sera encore là au moment de la livraison, qu’il aura à assurer la livraison et encore plus le service après vente.
En attendant, nous sommes tous passagers de cet avion géant dont on ignore la destination. C’est injuste, car la compagnie nous avait expliqué, au moment de l’embarquement, qu’il valait mieux le pilote actuel que celui qui n’avait qu’un œil. Résultat : il y a tromperie sur le service. Je vais porter plainte sans attendre la réforme Clément-Sakozy.
Mais je déblogue…