L'Afghanistan va servir de terre de réconciliation pour les grands de ce monde. Alors qu'ils avaient eu dans le passé de fortes divergences de vues sur la nécessité d'intervenir en Irak, les voici unanimes sur l'indispensable guerre contre les talibans intégristes dans ce pays miné par un conflit culturel permanent. Car là où les occidentaux voient une menace réelle pour leur société à travers les actes terroristes, une bonne part de la population afghane continue à penser qu'ils s'ingèrent dans leur mode de vie, inspiré d'une longue histoire critiquable mais pourtant ancrée dans les esprits. Cette « guerre » à la pensée dominante n'a jamais été facile à mener sauf à réformer totalement et avec une infinie patience l'éducation et, chose quasiment impossible, d'imposer une autre vision culturelle chez les enfants et les jeunes. On ne lutte jamais uniquement, avec des chances sérieuses de vaincre, contre l'obscurantisme par les armes sauf à commettre des actes qui... renforcent ses chances de résister.
Pour l'Alliance Atlantique, l'Afghanistan, reste le dossier le plus brûlant et surtout le plus dangereux. « Notre épreuve de vérité », affirmait hier Angela Merkel, la Chancelière allemande. Au lendemain du drame du 11 Septembre 2001, pour chasser Al-Qaïda de ses sanctuaires, la communauté internationale avait soutenu les Américains. Huit ans plus tard, le bilan est maigre. Les Talibans regagnent du terrain. Ben Laden court encore et nul ne sait véritablement où il se trouve. Ses réseaux, installés à cheval sur la frontière entre l'Afghanistan et le Pakistan (dont la stabilité est menacée), sont toujours vivants et actifs. Beuacoup d'entre eux sont dormants dans des pays éloignés mais peuvent à tout moment se réveiller pour frapper au cœur des capitales occidentales. Al-Qaïda disposerait de dizaines de camps d'entraînement dans la région et l'Afghanistan sombre chaque jour davantage dans l'obscurantisme.
ENLISEMENT PROGRAMME
Le constat est implacable : les occidentaux s'enlisent dans un conflit qui ne correspond plus aux standards habituels d'une « guerre » moderne. Déployée depuis 2003 dans le pays, l'Otan commande plus de 60 000 hommes sur le terrain. Hier, l'Organisation a décidé un renfort de 5000 hommes, à l'occasion de la prochaine élection présidentielle afghane. Les forces de sécurité afghanes vont notamment voir leur nombre doubler. Ces troupes s'ajouteront aux 21 000 Américains que l'équipe Obama a décidé d'envoyer. Barack Obama se félicite de cette décision: « Nous sommes unis. Ils ne nous vaincront pas, nous mènerons à bien notre mission. »
A Strasbourg, Obama a beaucoup insisté sur la vigueur des menaces terroristes, en particulier sur l'Europe. On retrouve les motivations de 2001, qui avaient permis à Washington de bénéficier d'une solidarité dans le monde, gaspillée par l'intervention en Irak. « Les États-Unis ne sont pas en Afghanistan pour contrôler le pays. Leur objectif est de vaincre Al-Qaïda », a-t-il notamment déclaré et on se souvient que Bush avait utilisé des arguments similaires à l'égard de Saddam Hussein, pour ensuite dévoiler une toute autre facette de cette action à laquelle la France avait refusé de s'allier. Annoncée il y a quelques jours, la nouvelle stratégie américaine a deux objectifs : éradiquer Al-Qaïda et « afghaniser » les forces de sécurité. L'homme de la situation, c'est le général Petraeus, fort de son succès en Irak. Il compte adapter sa stratégie de pacification aux spécificités afghanes. Vaste défi dont nul, parmi celles et ceux qui l'ont décidé, ne connaît véritablement l'issue.
D'ici à la fin de l'année, les troupes américaines représenteront les deux tiers de la mission de l'Otan en Afghanistan. L'envoi de 900 Britanniques, 600 Allemands et 600 Espagnols et de 150 gendarmes français ne changera pas la donne. Le risque de voir cette opération se transformer en guerre américaine est élevé. Cela inquiète les responsables du Département d'État américain.
RESSOURCES CIVILES DECISIVES
Washington n'ignore pas que ni les Britanniques, ni les Soviétiques, pour ne parler que du siècle passé, ne sont venus à bout du bourbier afghan. Obama privilégie une approche régionale, souhaite mutualiser le coût de l'opération et compte, pour cela, sur le soutien de ses alliés européens. Le soutien annoncé hier, ne sera suffisant qu'en cas de réussite spectaculaire de la nouvelle stratégie. Et rien n'est sûr en la matière. En effet la donne devrait prendre en compte le puissant voisin pakistanais qui est, lui aussi, assis sur une poudrière et qui ne pourra jamais éradiquer la présence « terroriste » et « idéologique » sur son territoire. Ce paramètre interviendra tôt ou tard dans les paramètres que l'OTAN devra intégrer. Que faire si le conflit se déplace dans l'un des pays les plus puissants démographiquement et économiquement du secteur ? Jusqu'où ses dirigeants sont-ils prêts à aller pour mettre en péril une unité nationale extrêmement précaire ? La déclaration finale de Strasbourg est d'ailleurs moins optimiste sur l'issue des décisions que ne le sont officiellement les « ravis » de l'unité de façade de l'OTAN.
« Nous maintenons notre engagement à long terme en faveur d'un Afghanistan démocratique, qui ne redevienne pas une base pour des attaques terroristes ou un sanctuaire pour l'extrémisme violent, source de déstabilisation de la région et menace pour l'ensemble de la communauté internationale. Nous reconnaissons que la présence d'extrémistes au Pakistan, en particulier dans les zones occidentales et l'insurrection en Afghanistan, nuisent à la sécurité et à la stabilité dans les deux pays, et que ces problèmes sont inextricablement liés. Pour réussir il faut une approche régionale plus affirmée, qui associe tous les voisins de l'Afghanistan et, comme il ne s'agit pas d'une entreprise purement militaire, il faut aussi des ressources civiles plus importantes ». C'est probablement ce dernier membre de phrase du communiqué final qui était le plus important mais qui ne concerne pas du tout l'OTAN mais les pays eux-mêmes. Jusqu'où sont-ils prêts à aller pour financer la reconstruction d'un pays en lambeaux et sous développé ? En cette période de crise les soldats coûtent moins cher que les médecins, les enseignants, les industriels ou les formateurs... D'ailleurs, nous n'avons même plus les moyens de nous payer les nôtres. Alors, ce volet conduit à des extrémités révélatrices de la situation.
LA JEUNESSE A COMPRIS
Ainsi hier, chez ce facho arrogant de Berlusconi, la police italienne a découvert vingt-quatre enfants afghans âgés de 10 à 15 ans et vivant sans parents dans les égouts de l'une des grandes gares de Rome. Les enfants dormaient sur des cartons, dans les égouts, et les sous-sols non utilisés de la gare d'Ostiense, l'une des deux grandes gares de la capitale italienne, a indiqué la police ferroviaire romaine qui les a trouvés au cours d'une vaste opération de contrôle des sans-abris dans les gares romaines. Certains, dans un état de santé précaire, ont été confiés aux services sociaux de la municipalité de Rome.
Aucun des enfants ne parlant l'italien ou l'anglais, les autorités n'ont pu établir précisément jusqu'à présent ni leur âge exact, ni leur situation familiale, pas plus que leur ville ou région d'origine.
L'hypothèse la plus plausible est qu'ils ont traversé l'Iran, la Turquie puis l'Est européen dans des camions avant de traverser clandestinement la mer Adriatique sur des embarcations pneumatiques ou cachés dans des camions sur des ferries, écrit le quotidien La Republica. Débarqués sur les côtes des Pouilles ou à Ancône, plus au nord, ils ont réussi à gagner Rome, ville qui semble n'être qu'une étape sur leur route vers l'Angleterre et l'Europe du Nord où ils espèrent retrouver des parents ou des Afghans originaires de leur région.
En plus des 24 enfants afghans, 98 adultes, dont de nombreux Afghans, ont été découverts vivant dans les mêmes conditions dans la gare d'Ostiense et dirigés vers les services sociaux et les associations caritatives, selon La Repubblica. Selon la branche italienne de l'association caritative Save the Children, le nombre des mineurs afghans échouant dans les rues de la capitale italienne, en constante augmentation, est passé de 32 en 2004 à 264 en 2007. Rome a dû accueillir 1.152 mineurs étrangers sans parents en 2007, a précisé dans un communiqué le directeur de Save the Children en Italie, Valerio Neri. La même année, un total de 7.797 mineurs étrangers non accompagnés sont arrivés dans la péninsule. Il faut mettre en rapport ces chiffres avec les 150 gendarmes que la France va envoyer patrouiller dans les rues totalement insalubres, défoncées et peu sûres de Kaboul. Tant que la jeunesse n'a pas confiance dans l'avenir de son pays, la guerre continuera à y faire rage et les « occupants » seront vécus comme des ennemis qui n'apportent que le malheur sur un territoire. Le paradis, loin d'être fiscal celui-là, ne se gagne que dans la fuite ! Et c'est un constat beaucoup plus dur à faire que celui qui consiste à chasser vainement le taliban dans des régions où il est protégé.
Mais je déblogue...